‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 2)Chapitre 4 sur 30 · LES PRINCIPES ET LES CONDITIONS DE LA FERME · texte numérisé non relu

LES PRINCIPES ET LES CONDITIONS DE LA FERME

Le nom de ferme, ni le mode de perceptitHi qui la constituait, ne fut particulier au moyen-âge; il remontait plue haut, car tenant à la nature même de la propriété) il rentrait dans le droit réglé par le Digeste et les Instituteê de lustinieui

A foutes les époques, on avait reconnu que le propriétaire qui veut exploiter lui-même son champs dépense plus, récolte moins, etqu'eo le concédantàftrme il obtient des résultats plus satisfaisants. De là cm araît conclu que l'État, propriétaire dé l'impôt, trourerait meilleur compte de l'affermer à des particuliers.

Les Romains ne connaissaient pas d'autre iiiode de perception de l'impôt que la ferme; la haine était profonde contre les pubHcains, fermicFs des deniers publics , qui acquéraient de grandes fortunes. L'État quelquefois les faisait rançonner : Néron, ce dictateur démocratique, les supprima pour plaire au peuple. Il n'y eut plus d'impôts.

kmc lé système des fennien , l'État n'aTait pas Todieux de la maltôte; des milliers d'employés ne l'enlaçaient pas comme des reptiles; les fermiers lui faisaient au besoin des arances : point de comptes , point de ces petits fractionnements de recette qui font des financeâ une espèce d'art occulte. On signait un contrat avec le fermier, comme le propriétaire avec le loueur de sa terre; tous les IVais, toUtM les charges de la perception étaient au compte du fermier. Il devait verser le pnx net au trésor sans plus on moins de value.

Dans ce système, dit-on, le peuple était livré sans garanties aux exactions des maltétiers, gens de finances : capitale erreur I car le contrat des fermes stipulait toutes les conditions dans lesquelles le concessionnaire devait se renfermer : il ne pouvait pas plus les violer que les stipulations du contrat moderne qui fixe le tarifdes chemins de fer : n'existait- Sl pas un contrôleur-général, un paflemedt, la cotlr des comptes : instituticms d'examen et de surveillancêi toutes d'Utte extrême sévérité 1

On ajoute : « L'État, par la tkcitité qu'il trouvait dlms ses rapports avec les fermiers-généraux , était toujours tedté d« leur demander Aw avaaees aur ]m

baux des fermes, de telle sorte que [es revenus étaient par avance dévorés; car on négociait les bons des fermes à trois , six mois d'échéance : porte ouverte pour absorber l'avenir. »

Ce qui se faisait alors avec Ira fermiers-généraux se fait aujourd'hui avec la banque et les receveurs de finances : la trésorerie elle-même négocie ses valeurs et emploie légitimement ses ressources pour les besoins du service.

Est-ce que le trésor n'est pas en compte courant avec les receveurs-généraux, les compagnies industrielles, la caisse d'amortissement et la Banque de France? Est-ce que les bons du trésor à six mois, à un an ne constituent pas une immense dette flottante? Est-ce que l'État ne négocie pas, en cas de besoin, les billets souscrits pour les coupes des bois et les droits des douanes à trois, à six mois et k un an? n'est-il pas dépositaire des fonds des communes et de la caisse d'épargne? n'a-t-il pas dans les mains les obliptioDs souscrites par les compagnies des chemins de fer et qu'il négocie selon ses nécesûtés?

Il ne faut pas trop s'élever contre ce système d'avances que faisaient les compagnies des fernjes générales. Ces avances rendirent de grands services à .

— sw-

rÉtât; dles permirent les campagnes de Villars, qui sauvèrent la monarchie de Louis XIV.

Qu'était donc cette compagnie de fermiers^énèraux, si active, si puissante et si riche?

A l'ori^ne, je le rappelle, tout impôt, toute branche de revenu avait son fermier particulier : à mesure qu'un impôt était établi , qu'une province était réunie au royaume, le roi cédait les revenus à un fermier, ce qui compliquait les comptes et les services. Vers le règne de Henri IV, alors que les idées financières d'Italie obtinrent quelque succès, il se forma de grandes compagnies qui offrirent de réunir toutes les fermes particulières en une seule par un bail général ; l'État contractait avec les fermiera dans des conditions précisés, très-exactement formulées avec de forts dédits. On calculait en général le produit moyen des dix années précédentes pour fixer le prix du nouveau bail.

Presque toujours le bail était accompagné d'une forte avance au trésor et de quelques dons indiqués par le roi au moyen d'acquits au comptant. Tout était calculé avec une telle précision que , si les bénéfices de la ferme concédée dépassaient certaines

3,q,i,.cdbvGooyIc

limtw déteriQiaéâi, t'Elat 7«ntrftU on partage île ces

excédants de bénéfloes.

Ce système créa une classe à part, cell^ ()e9 fermiera-généraqx , dont la fortune était liée à l'État. Comme il n'y avait qu'un très-petit nombre de régies, tout se faisait par compa^ies financières ; les fournitures, les manutentions de pain, de vivres pour les armées, pour la marine : système de quelque valeur et d'une haute utilité, qui faisait que l'État n'avait à s'occuper d'aucun détail dans le vaste gouvernement du pays. Est-ce que la monarchie aurait réuni tant de provinces it son territoire , si la centralisation excessive avait absorbé sa pensée dans les petites découpures administratives du grand tout gouvernemental?

L'État ne doit pas être un banquier, un fournisseur; il fait mal ce qu'il fait en dehors de sa sphère élevée; une compagnie, dans une opération, déterminée par l'intérêt particulier, se procurera plus de reswurces qu'un gouveraeinent n'invoquant que la pensée et les forces vaj^ et froides de l'intérêt public.

Les fermiers^énéraux svaient sotu Irairs ordres un? vaste et active administration^ dont le centre était

à Parii, Lç bail des cinq grosaw fermes câmpronait les anciennes provinces de la monarchie en dehQni 4il système des État^; les autres proviqce^ formaient l'objet de ttaus partic^liers■ De petite comité» étaient formés; chaoun, charfé d'une partie spéciale du service , se réunissait un jour par semNino arec uqe «pUtude et un zèle particuliers.

Aux époques déterminées par le bail , les fermier»généraux faisaient les versements stipulés, soit au comptant, soit en billets de ferme. Un comité s'oecupait de l'amélioration de9 impôts, des transformations qu'ils pouvaient subir : op dQit aux fermiers-généraux la balanee des douanes , le système des primes d'importation et d'exportation , le monopole du tftbac ; leur projet était de remplacer successivement l'impôt direct (la taille) par un ensemble d'impôts indirects , en donnant une haute impulsion au commerce. Les capacités ûnancières étaient parmi ces fermiers-généraux qui voulaient former une banque chaînée du paiementdes dépenses publiques, des intérêts de la dette, et par conséquent de la perception de l'impôt : de cette manière, une seule compagnie eût été substituée à l'État dans tous les détails de l'administration publique. Les ministres n'aunûcnt plvs

u,q,i,.cdbvGooyIe

eu à s'occuper que de la politique d'État; ils ne se seraient plus absorbés dans les petits moyens.

Cette situation élevée qu'avaient prise les fermiers-généraux leur donnait ud immense crédit; H la comédie raillait les Uondor, tes Turcaret trompés par les Céphise et les Célimèoe, ce n'était là qu'une ingrate vengeance de quelques pauvres diables de poètes qui, le lendemaio, venaient tendre la main au linancier pour solliciter une pension ou vivre chez Ini en parasites.

Les fermiers-généraux formaient les hauts salons de Paris; protecteurs des arts, de l'esprit, de ta philosophie, ils tenaient une gracieuse et haute place dans la société; les financiers avaient un cachet de distinction et de haute générosité, leur maison hospitalière s'ouvrait à toutes les renommées. Ils aimaient la vie douce, sptendide, dans de délicieux - hôtels, qu'ils faisaient construire et orner eux-mêmes avec un goût parfait; leur table était ta meilleure de

Paris, leur existence la plus animée; nul ne faisait un plus somptueux et plus noble usage de la fortune.

Cette vie en dehors ne nuisait pas au travail actif de l'administration des fermes, dont l'hôtel central

était à la rue du Bouloy; elle avait des bureaux, dèsemployés sur tous les points de la France ; elle dirigeait admîraMement sa gestîoQ. Les temps modernes ûe sont-ils pas revenus k ce système d'admioifttratioo par compagnies, pour certains intérêts de l'État? est^îe que toutes les mCTveilies des chemins de fer ne se sont pas opérées pn* des compagnies? Un temps viendra où l'Etat ne se réservant plus que la vaste tutelle et la gestion sociale, tout le détail passera aux mains des associations, parce qu'elles font mieux et à meilleur compte, et qu'en dêûnitive il làut sous la surveillance d'un gouvernement, le plus fort et le plus haut possible, laisser les intérêts de la société se grouper, s'a^lomérer pour la mutuelle protection de tous.

Je vais examiner maintenant à travers quels efforts s'est développé l'état financier et commercial de ht France, depuis le xv* siècle; étude essentielle pour pénétrer dans l'examen sérieux du système des fermes générales. Nfe faut-il pas connaître la vie des hommes considérables qui ont préparé les idées financières et industrielles de notre pays?

u,q,i,.cdbvGoOylf

JACQUES GŒtR,

iisGËRtiià fat nisciniBS i>n ioi.

Oh était encore âans le Inoyen-âgé, & cette époque où la perfcèpUoh de l'impôt, moi'celée, irrégulière, h'oiïî-ait aucune l'essolii-ce fixe aii trésor. t*ar la fatalité de la gutitrë civile, Pàfis mêine était au pouvoir dfés Ailglîtis. Là toyalilé de Cliai^lës Vil continuait à se rfeHfemèl' dâhà Bourrés âaiis un iiériiéi-, presqiié 'sA'A'A àrliifes ; si Bien tjilfè lorEqiie I^ Hire vîiit Irodvéi* le roi en son liôtel :

n'avsit [war toat fratoieraent

Et deux poulets tant Bealement.

A.lors{t&rut l'homme lexl^aordinàire qui prépàrs, (tlUfe qu'Agnès Sorel et Dunois, la détiVranco du territoire. Jacques Cœur naquit à Bourges dàiis la maison db son père, orfèvre, état qui embrasait alors totttes les opérations monétaires incessamment remaniées; on suivait à cette époque la méthode aujourd'hui con-

seryée en Orient; ott «Itéhdt Itt ttiDhtiiiië (Idtif bh graDdir lé prix nobiHlttl et eb multiplier leS §ighbs : Jacques Gteur^ Irës-habite dabs l'aUtnagé, ftlt d'abord attaché à la monnaie de fioùrgës. Il y rendit des services considérables au trésor.

Soi! g^ie lui fit etttrevoir les èlétriëtiU et les avantages des échanges ; btl ebvoyant des armùreâ dé (ér ea Italie, en Oriebt, il te procura àèi seqdiba d'ori des draps dé êbiei deâ éplces de riiide, et ^i!é ce comnlerbé étendb sur une vaste échelle^ it abqtiit une fortune immebse : le t-oi Charles VII le créft maître de la ihoitnale & Bourges; pois son ài'gentieh et todà les reveriuâ de là couronhé; Fei-iiiës, Ihijjôtâj vinrent désormais dans se^ matliS. ]ab(}tlës Cceilt \\ié fit fructifier avec une activité féconde.

Sa méthode était simple : faire servir lë boiMmiîi'cë à muiUjiller les feventis de l'État et réciproquement, employer les deniers de l'État à protéger le commerce par un eiiiploi inutuel et habile.

Todt fut conçu eh ^hkbd dans ce Système fîtiànclet' qui Etrait la Spécnltltion b6bimerciale jidUr base : 7àc^ ques Ccfeiir avait partoiit des agents, en Egypte, dabs îâ Perse, eb Arabie; eb Espace; au nord et âd ihldl dé rEtlI-BtJe; les chroni(luèbrâ (tdHedl S trbiS teriti le

nombre de ses commU et facteurs k rétranger, qui vendaient et achetaient pour son compte. Sa fortune devint si considérable, qu'on avait l'habitude de dire en toutes les cours du monde : « Riche comme Jacques Cœur. »

Les vastes relations de l'argentier du roi aidèrent Charles VII à délivrer la France de l'étranger : et l'on ne peut dire toute sa puissance dans les affaires; il négocia la reddition de Gènes, au grand avantage du trésor, car ta République était le centre d'un vaste commerce , et sa bourse était toujours prête à s'ouvrir pour la France. Jacques Cœur prêta de ses propres deniers 200,000 écus d'or au roi [\ 4i8) pour l'aider dans la conquête de la Normandie ; la pauvreté de Charles YII était proverbiale à Bourges; la couronne dut sa.force et son éclat à l'activité habile de l'argentier Jacques- Cœur.

Il ilt construire à Bourges un beau palais, dans la forme vénitienne mélangée aux traditions du moyenr âge, on eût dit la place Saint-Marc transportée en France; il acheta et défricha des terres immenses, parmi lesquelles la bàronnie de Saint-Fargeau qui contenait à elle sede vingt-sept paroisses. Le luxe fut partout : Agnès Sorel non-seulement protégea Jacques

Cœur, mais encore quand la mort vint la saisir, elle le nomma pour exécuter son testament et disposer de sa fortune.

Jacques Cœur négocia presque toutes les sérieuses affaires de son temps, même celles de l'Église, assistant comme un clerc aux conseils. Il brilla de tout l'éclat de ses richesses à la cour, un peu trop orgueilleux, toujours placé à côté du roi, dans les rangs de la plus haute gentilhommerie.

Mais après la conquête du royaume, province par province, on voit se développer la rivalité inhérente à toutes les générations entre l'homme d*armes et le financier, l'étemel débat «itre le soldat et le fournisseur : comment pourrait-il y avoir une armée sans les ressources qui la font vivre? Les plus violrats accusateurs de Jacques Cœur, l'ai^entier du roi, furent Dunois et Chabannes, chefs des expéditions militaires ; l'argentier fut dénoncé comme ayant altéré leâ monnaies, vendu des armes aux mécréants en échange de leurs marchandises ; puis pour avoir levé des impôts arbitraires sur les provinces. Une commission royale présidée par le comte de Ghabannes luinnèrae fut désignée pour examiner les griefs imputés à Jacques Cœur.

Ces griefs absurdes étaient la cooséquence de ses p;vp^)i rel^ttops comBierciales ; Jacques Cœur avait acheté et vendu des marchandises partout en Europe, 011 ^&i^; lecoqimerce na copsîdëre pas la religion de rae)i«t$ur et du vendeur, mais se^ propres besoins et ceux de {a consommation ; si les musulmans manquaient d'arines, Jacques Gœur leur en vendait cpntme simple opération mercantile, et en échange il avait reçu les produits de l'Orient; quant aux tribu^ levés sitr les provinces; imposés par lés besoins ûp la guerre, iU avaient sei^i à payer les hommes d'aripes, peux-là même qui l'accusaient de péeulat qu^d la guerre était Soie et la pacification i sa Bn.

IjA ççtmmmÏQtt fut inflexible ; cela devait être, car la cpitfiscaMPQ allait profiter aux commissaires et aux princes. ïapques Cœur possédait de splendides terres, des clfiteiiux, des seigneuries de plus de dix lieues de tour, et cela faisait envie aux hommes de guerre. L'a^étest du 49 mai 4 4S3; si Jacques Cœur ohtient grâce de la vie^ ses biens sont confisqués et, indépendamment de cette confiscation, il doit payer 400,000 écus d'or au roi , comme restutiqn de sqniQies indûment perçues.

Celte clause peut paraître extraordinaire; comment

apcè« li eta^xi&ou de ses biens Jacques Coeur i)OUv^t-îl trouver 400.000 mille ^cus d'or? c'est que l'fi^VT^ flli rof avait des crédits dans toutes les ban- §lie| : ^ y^qisfl, Kso. Florence, on lai devait des ■nilli^ (je «Aquins que seul il pouvtit recouvrer par sop «ptiyit fit SUK sa signature. Le comte de GhalUKpil itut pour son lot la belle terre de Saint- Fid^ftUl tmi faisait deiHiis longtemps son envie ; tous les biens de Fat^entier furent distribués ou vendus à \il prix aux hommes d'armes, gentilshommes qui entouraient les victoires de Cbarles YII.

Jacques Cœur, condamné au bannissement, relégué pour quelques mois au couvent des Gordeliers de fieaucaire, s'en écbappa, vint à Florence, puis à Rome; et son génie commercial, toujours actif, trouva des ressources pour fournir au pape Calixte III tous tes fonds nécessaires à l'immense armement préparé contre les Turcs. Jacques Cœur suivit l'armée de sa personne pour assurer les vivres, les vêtements du soldat ; c'est l'argentier, le fournisseur tout à la fois, doubles fonctions qui supposent un génie actif et fertile en ressources au milieu de ces vastes mouvements d'affaires. La maladie le saisit à Chypre, où il mourut au mois de mars 1461 ; son tombeau était

eucorediiiisréglisâdesCordeliers.Hodesteetsiinple, Jacques Cœur avait démontré cette vérité : a Que la capacité du fournisseur est souvent supérieure à celle du général, et que dans la guerre il périt plus de soldats faute de subsistances) desoins, de vêtements, qu'il n'en tombe sous tes coups des ennemis. » Jacques Cœur, argentier et urfëvre du roi , est le premier type de l'babile et riche commerçant français.

ZAMETI OU ZAMEI,

BAIfQDIBH ITALIEN.

1880 — i6U LE MARQUIS D'O,

SDUHTBIIDAIIT SU FISAHCU.

Les croisades qui donnèrent une si grande impulsion au commerce, créèrent l'importance des banquiers italiens : les villes telles que Pise, Gênes, Florence, fondèrent des comptoirs à Chypre, Constantinople, en Morée. Ces comptoirs eurent ensuite des agents dans les principales cités de France, à Marseille, à Lyon, et à Paris même en leurs magasins de ta rue des Lombards.

Les Florentins surtout furent d'habiles préteurs d'argent, souvent fort usuriers, mais en tous les cas très^actifs, très-ingénieux dans les moyens de s'en procurer ; les Médicis s'étaient ^e?és à leur royale puissance par de l'argent. Maîtres de la République de Florence, ils traitèrent d'égal à égal avec les sou-

verains, et lorsque le roi Henri II épousa une fille de cette riche maison, Catherine conduisit à sa suite un certain nombre de serviteurs florentins. Parmi eux se trouvait Zamet ou Zameti, né à Lucques, dans la classe des artisans ; quelques membres disent qu'il était fils de cordonnier ou même cordonnier. D'abord au service de la reine Catherine de Médicîs, quelque temps valet de chambre du roi Henri II, il ménagea si bien les deniers de la cassette qu'il put acquérir une fortune personnelle.

I| fi'asfacii), fin 1^89, à U kme flusel ou gabelle PRHr U »om(t\d de 7P.0QÛ éfius Qnrentins ; et ce fUt la pr^fiiière sQurce dfl sa ricfaesse; la gabelle était d^ ^^ux ii^rd^ p»ur livre de sel, et la fenne s'Alevajt k 3 ffîillipns. G'fl^t suc Zamet que Henri {li déViyr^it de@ apquils au comptant, foujouits exeetiH m\^i P3Ï^^< ^ <]") Ç4¥i»ait le roi.

Après la mort de ce prince m ohevalereaque, si g^ néfeuf, ZafD^ devint h banquier ds la Ligue «t la Pf qvideqp^ (lu dw de Mayenne ; la Ligua alors e'éb^it la Dation, Ifl peuple, la Fcani^; en h secondant fffif ^s avaqpes, ïamet aoquit une popularîti mé^ i\ièpt fit ^auva le pays : combattre le paoti protestant c'ét^t gràiarvâr la na^pualité fcanoaise. Zamet d'ail-

leuro magnifique dm» fw braquets, ses galu et laa fêtes, iptrqduJBiï en France le gp^ pour les pompes vénitiennes que François I*' avait appliquées ài^k aux ar^, k l'embellisHment àe pes palais.

Au milieu de» agitations de la l'igné, Zamet avait fait bâ^ir <)aqs la rue de la Cerisaie, le premier bo^l vastç, gracieux, élégant, que l'on connut à Paris; rarchit^pture en était florentine; un peu lourde. mais d'une voluptueuse oEnementation. Un gnind pavillon au centre, deus ailes entourant une cour vaste et commode; de larges appartements pour recevoir la cpippagnie. de beaux cabine et boudoirs pour la cetraite, la msle de raidi ; deux salles à man-' ger, une pour la collation, l'autre pour le souper, un jardin bien planté: fruits, fleurs, baute futaie, et à l'extrémité nne salMe hainïtoute en marbre, exposé» en plein soleil, comme à Home, tout entourée de statues et f|c cbarmillep, de ^(ms et de jasmins, pui^ un petit salon pour le repos mystérieux da la galasr

tepie amoureuse.

{.'b^tel de Zamet était ËD vague à Paris ; leducde Mayeppp y venait souper familièrement deux fois pgr semaine et le J«*irmf àe fÈUtilfi (1 §Q3) . médi-

mi pofRittâ un psrl^iwutoire* décrit iin djner que

Zamét donna aux princes, d'une somptuosité ÎDComparable; on en rapporta le duc de Mayenne dans tin état complet d'ivresse.

Zamet qui aimait les plaisirs, fiit néanmoins un esprit très^sérieux, mêlé à toutes les négociations importantes de l'époque : contraste qui se produit trèfl-souvent dans l'histoire ; il n'est pas besoin d'être sec, ennuyeux, et même de s'ennuyer pour bien conduire les affaires d'État et même ses propres affaires. La fortune immense de Zamet le mettait dans cette situation heureuse d'être utile à tons les partis, et il usa- de toute son influence sur la ligue pour la rapprocher de Henri IV; il agit dans ce dessein avec plus d'efficacité que le duc de Villeroy, car c'est Zamet qui fournit à Henri IV les écus au soleil qui apaisèrent les chefe du mouTcnwnt poptilaire, depuis le duc de Brissac jusqu'au duc d'Elbeuf. L'argent est une puissante solution dans les difficultés de toute nature.

Sans aucun titre ostMwible que celui de banquier, même de traitant ou de financier de la cour, Zamet vécut dans la plus intime fomiliarité avec Henri IV; le roi venait souvent habiter le bel hôtel de la rue de la Cerisaie, si richement, si commodément meu-

tilé que nul palais ne pouvait lui être comparé : « Le lundi, 10 révrier 1597, le roi arriva k Paris, dîua et coucha chez Zamet, » ainsi parle le Journal <He fÈtoite. C'était sa coutume, parce qu'il s'y trouvait bien avec toute l'aisauce itaUeooe, glace et fraîcheur l'été, vin de Chypre et large cheminée l'hiver.

' Zamet possédait un admirable caractère de patience et d'espérance, qui ne boudait jamais devant les situations les plus difficiles ; le surintendant Sully, ou le verra, tout en s'enrichissant d'une façon fabuleuse, grondait toujours Henri IV sur ses dépenses personnelles ; Zamet fournissait tout au roi sans mot dire : 1^ pertes au jeu, les bagues aux maîtresses, l'argent nécessaire pour apaiser Huguenots ou Ligueurs; il restait ainsi au mieux avec tous les ffaads seigneurs, Bassompierre, d'Elbeuf, d'Épernon ; et il ne perdait rien dans cette circulation habile dffl'argentqui, en définitive, des mains de ces prodigues, revenait toujours au trésor.

Zamet savait se faire rembourser au temps voulu, lorsque l'argent est facile, avec une entente merveilleuse des occasions. Quand Henri IV mettait un impôt, créait des charges nouvelles, le banquier se les faisait céder moyennant des avances nécessaires

3,q,l,.cdbvG00ylf

duos la gestion de la fortune publiliue; de cette manière il apaisait les guerresi les mécont^iitèmenls i y avait-il une afiairo dii&eile à négocier) le roi en chargeait Zamet ; l'habile banquier avait là bëitfiatiek des plus hautes et des plus liuiasentes familles : il eut la gestion dé I& fortune des Uebtmorencjr.

C'est dans l'hôtel de Zatnet que Gabridie d'Ësti'ée sentit les premiers symptômes de lit maladie fktale qui l'enleVa subitement) K cette éiloquë d'empoisonnements étranges ; et quelques soupçons pesèrrat sur le banquier; te protestant d'Aubîgné les rapporte avec sa méchanceté froide et aecedtumée ; mais Sully, tout hostile qu'il puisse être att banquier du toi, le Vengea de ce soupçon. Henri lY ne eessa pas un nibment de l'efitimeri de l'employer daiis \ei négoéiatiens de là fin àesùa règnei même pour l'exaiAen des actes dd concile de Trente, et les traités avec le duc de Savoie. Zamet avait sous sa main les banquiers des papes et dcâ priaces italiens^ il tirait sur eux deS lettres de change) payait pour leur compte à Paris et maniait avec habileté toutes les négociations d'argent; à cette oocasien il fut créé barbn dé Hurat et de Bilty. (C'est ainsi que depuis a été désignée sa famille.)

Zamet conclut le mariage de Henri IV avec Marie

de Médicis ] fbrt \ié avee li hklite banque dfe Flltreoee -, il lerà toutes Ifis difficultés 6ur les t{Ueitlt}tlb de la dot [ il fit des kTancbs au Hédicis et d^ viht lé surintendant de la nautelle rbiOb; A bûA HM- Tée 9 Piri^i la rane Marie Vint babltei* datt» l'hètel Ûi la rue de la Ceriftaiei toujours etnlwll) dto dtidvelles ricbesses et des plus B{ilendideà 41égdnéëil; elle y demeura quinze jours diiratat, Jusqu'à të qilb les aftpartemeata du Lotttre (Usaedt prépares (Janvier 1600) ; elle ^rmtn tsbjoun rbdtbl Umi i Voiik leè palaii de ta capitale.

Après la nlort dé HenH IV, cettfe farfetlf cotllinua. Od lit dans les mémoirea de Sully : « Ob m'arèttit que la tëine dînait chez laam i jb bie doùtili& {tas qub ee du lut faire tna cour ^\ïé d'allef \à tt-buvtil- dans cette matsmi. )» Esprit babllej éminetit. fAVàéi tlè siit rom^e avec aucun i>artl ; tl I>lb;Bit fet h% BrlJ^it pas; il était au mieux avec le tliâréchal bt li ti\Atécliale d' Ancre; Italletia comme hii; H arêb les dlics d'Éperaodt de Gtiise ; Il avait en ses Maibs les Danari (argen^. Contme diâait Concinii « àVet; ce |liltssant levier on arrive ft soii but. ^

Ce qui dbit Être loiié chez Zaniet, c'est l'àttiouf ihâni des arts ; il sur^llla et protégea les bMiinëhtâ dii

roi, leur somptuosité, riche et belle ; il sut particulièremrat meubler un hôtel, l'approprier, le rendre commode ; il dessinait lui-même les jardins, les pavillons, les escaliers, les appartements, les vestibules à l'italienne ; il suivit la construction de la Place- Royale, du Luxembourg, création florentine; on lui doit le goût des marbres, des fresques et des tableaux, souvenir de l'Italie.

Zamet mourut à 6â ans, le 14 juillet 4614, et avant que ta révolution eût tout détruit, on voyait encore son tombeau aux Célestins : il eut deux fils; l'un fut baron de Murât et de Billy, hrave soldat, mort au champ d'honneur maréchal-de-camp de l'armée du roi ; l'autrei aumônier de la reine Marie de Médicis, mort évéque de Langres, fut le protecteur de l'abbaye de Port-Royal et du Jansénisme. Un certain nombre de familles titrées depuis le règne des Hédicis étaient issues de financiers.

Quelques gentilshommes, également au milieu des vives émotions de la guerre civile et durant les batailles de la Ligue, avaient pris part aux opérations des finances, et l'on peut compter parmi eux, François , marquis d'O , seigneur de Fresne, issu de race normande ; il avait d'abord été pourvu, sous

Henri III, d'une compagnie de gens de guerre ; il se battit courageusement contre les huguenots , ces a^tatenrs turbulents qui excitaient la guerre civile : H^ri ni si -étrangement calomnié par les faiseurs d'histoires farlementaires, Mézeray et deThou, avait remarqué dans 4e marquis d'O, avec un dévouement sans bornes un esprit fertile en expédients j joueur hasardeux, magnifique en ses dépenses, il pourvoyait à tout par les infinies ressoi^rces de son îmagioation ; il De faut pas oublier qu'on était au milieu des plus ardentes nécessités de la guerre civile, quand le marquis d'O fut élevé au poste difficile de surintendant des finances.

Ce qui distinguait le marquis d'O, c'était -un profond dévouement à l'autorité; catholique de conviction, il n'aimait pas les résistances à ces édits nécessaires pour donner des ressources au roi dans la guerre engagée contre les huguenots; il dédaigna les remoBtrances du parlement de Bourgogne sur de nouveaux édits bursaux, comme un soldat qui luimême ^e craint pas les sacrifices, même celui de sa vie : On lui doit deux créations dans le crédit public ; les loteries et les rentes viagères, empruntées au^stèmede hasard : les loteries qui, je l'ai dit, sur- I. (S) i

■ ■ u,q,i,.cdbvGoo^k- ■■

eiclient li {missamment les préteurs par l'appât des lots; les rentes viagères qui sont te système d'amortissement le plus naturel et te plus régulier. Le marquis d'O, fidèle au roi, fut bon ligueur et il obtint le gouvernement de Normandie : on le vit toujours auprès de Henri III gouverner les financée avec désintéressement ; il resta dépensier et pàuVK toute Sa vie. Après la mort de Henri III, H ne fit sa soumission à Henri IV qu'après que le roi eut reçu son absolution du pape; nommé gouverneur de Paris, le marquis d'O mourut sans deniers ni maille, k peine avec l'argent pour se f^ire enterrer, tandis que le duc de Sully, avec ses ^açon8 d'austépté protestante, amassait pour lui-même plus de 800,000 liv. de rentes dans sa surintendance de quelques annéi^, fortune Immense qu'il transmit à ses héritiers.

3,q,l,.cdbvG00ylf

Page 1