‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 2)Chapitre 5 sur 30 · DE BÉTHUNE, DUC DE SULLY · texte numérisé non relu

DE BÉTHUNE, DUC DE SULLY

smuiTVilunT wa riiuncu m urai ir.

UflxlmilieQ Béthune , duc de ÈaWy, fUt l'esprit le plus Dpposé à celai de Zameli et du mfti^uis d'O; ehet le duc de Sullj point de conceptions hardies , ni d'6légflnc« ; ni de luxe *. c'est la fêodalitS huguenote & la létâ des finances de Henri IV.

Je n'eumina pas le earactère politique de Siilly dans cet article; expresùon du ^artl calviniste, tniditiùD abrégée de Coligny, Béthune fut trèl>souTeht un olistaele aU gouvernement souple et intelligent de Henri IV: le parti calviniste troublait déjb la France par l'aetivité de ses intrigues et la petitesse de ses desseins; il entoura Sully qui lui Ait toujduri dévoué , et qui enlaçait Henri IV d'un collier de fer, pour lé livrer aux intérêts de ta réforme.

Au point de vue économiste et financier, on peut considérer Sully comme le terre à terre des idées de l'épargne : grosnr sa bourse à force d'y met>-

tre des écus ; quelle iDtelligence pour savoir cela I Avide et ay^n, il commence k s'enrichir par le cotiH merce des chevaux , quil achète bon marché en Allemagne pour les revendre cher à l'armée méridionale de Gascogne commandée par Heari de Béam ; Sully avoue que ces premiers bénéfices furent la source de sa fortune.

Ces économies, il les prête à très-fort intérêt au roi de Navarre , toujours si besogneux en son escar* celle; Sully, âu reste, brave soldat, grapillant tant qu'il peut et comme il peut , rançonne et revend ses prisonniers, dépouille les couvents et les églises ; parti pauvre de son manoir, il devient le plus opulent des gentilshommes qui entourent Henri IV; aussi le roi de Navarre n'a-t-il rien de mieux à faire que de confier les finances à ce richard. La pénurie était fort grande au camp , il ne faut pas l'oublier ; Henri IV avait ses hauts-de-chausses déchirés et son pourpoint troué : l'armée manquait de tout

Sully est le premier fournisseur qui use des réquisitions ; il y procède sans règle, avec violence ; il prend un certain nombre de voitures aux paysans et, suivi de geus de guerre , il va de recettes en recettes, ran- (onpant chaque financier ou receveur d'aides; et,

sous prétejite de faire rendre gorge de leurs vieilles exactions, il les impose arbitrairement au proât du roi : de cette course ft-uctueuse il revient au camp des huguenots avec dix ou douze cbâr''6tées d'argent, et emplit ain^ elBcacement le trésor de Henri IV. Sully coupe l'arbre pour avoir le fruit.

Après de tels résultats obtenus dans quelques voyages de rapines, Henri IV est plein de confiance en Sully, qui continuellement grapille et amasse des écus ; homme de parti , il n'est large et facile que poor les huguenots; il n'entre pour rien dans les transactions qui finirent la Ligue et assurèrent la couronne à Henri IV. Zameti fournit les écus donnés à profuéioB aux chefs de parti, afm d'obtenir leur soumission.

Le surintendant des finances de Henri IV est dominé par quelques idées fixes qui tiennent à son origine féodale : il rançonne les financiers comme les barons pillaient les juifs au moyen - âge ; il substitue des impôts sur le luxe à la taille qu'il amoindrit Comme toute l'école calviniste, il n'aime ni les manufactures, ni le commerce ; il voudrait que' chacun fût habillé de bure çt de linon de Hollande. Il proclame le premier luxe de l'État le labourage et

le pâtura^, et voi|!i pourquoi il achète, vieil avare qu'il est, taat de terres pour sou comp^.

Le système de Sully, (|u'il applique à l'État comme à lut'-nièine, se résume k ce seul mot ; thésauriser. . Après avoir examiné et assuré les comptes de l'année, il en dépose le résidu dans i|ne caisse parUculière, cadenassée, à la Bastille dont 1) est gouverneur. Il y accujcnule écus d'or sur écus d'or; avec cette épargne augmentée pendit douze années de paiK, il ne fait rien, il n'encourage rien. Si penri IV, galant passionné, est protecteur ^es arts, s'il a le go^t des manufactures, Solly grogne et murmure ; i) n'épbange son ai^nt que contre de bonnes terres et de gras pâturages : le roi ne peq t pas faire )a moindre dépense sans que Sully s'y oppose; lui, au pontfaire, est insatiable d'argent; il lui en faut avant toute chose pour acheter fiéthune , Sully, Rosny, qui sont bien à lui et lui donnent cinq cent mille livres de rentes qu'il transmettra à sa famille.

' Sully est à la fois gouverneur de la Baslille^ f^nd* maître de l'artillerie, presque suzerai^i ^afts le 1*01tou ; la surintendance dçs deniers du rej sert sa fortune personnelle : calviniste télé , i| f^'^\ ^\t povf- Voir néanmoios des revenus de trois gro^seg 9)tt>a^s

qui lui Tftlent cent quatre-vingt mille livres de rentes, tout en grondant le roi pour quelques prodigalités de manuiactures, de plaisirs et de luxe. Sully fut le type et l'origine de l'école financière protestante, austère, rude, inflexible dans ses opérations, ne passant aucune faiblesse aux autres, mais possédée de la plus déplorable de toutes, l'amour insatiable de Vvtgent et des richesses pour les accroître, les accumuler, acheter, thésauriser, prêter sur hypothèque, non point d'une façon ouvertement usuraire , mais d'une manière si dure, si rogneuse, que le gage doit demeurer en définitive au capitaliste qui prête.

Au reste, soyons juste envers Sully, une idée politique le domine : celle de son parti, le remaniement de l'Europe dans les intérêts calvinistes contre l'empire catholique de l'Allemagne et de la maison d'Espagne. Sully, ardent huguenot, sacriGerait la France à sa passion calviniste. Il n'y a pas de parti qui ait des idées plus arrêtées, qui forme une coterie plus serrée que le protestantisme ; économe sur toutes choses, il sacrifie tout à ta réalisation de ses idées et à sa domination. Sully se sert de tous ses moyens.

Aussi perd -il son ascendant, tout son pouvoir même financier à la mort. de Henri Vf, lorsque

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Marie de Médicis prend la régence. Le système de banque florentine, c'est-à-dire d'un crédit fecile, ingénieux, domine une fois encore avec Tesprit de fête, de luxe, de commerce, d'industrie; on bâtit des palais, monuments d'étégance, des quartiei's dans Paris; on n'a plus de pourpoints sales et troués, afin d'entasser des écus d'or dans le château de Béthune, et de les compter soir et matin comme un juif. Les manufactures travaillent; les banquiers de Florence, de Venise, de Gènes établissent des agences k Paris; on négocie largement; on prête, on emprunte : il se fait iin certain mouvement de numéraire autour des carrousels de Marie de Médicis.

Le vieil avare Sully, en se retirant des affaires, fait argent de tout, aQn de grossir son trésor. Il vend ses charges de cour plus de huit cent mille livres, ses abbayes trois cent mille; il achète les plus grosses terres de France et la plus belle de toutes, la terre de Villebols, en Beauce, avec des fermes autour qui rendent cent cinquante mille livres de rentes. Comme Sully a beaucoup d'écus disponibles, il place ses fonds en Suisse, en Hollande, h Venise, dans toutes les banques. Avec cette colossale fortune, il fait le mécontent, l'austère à la cour de Marie de Médicis.

Il s'y monlre avec un costume suranné ; il n'a pas quitté ses fraises de linon, sa chaîne d'acier, sa vieille épéel En vain il veut se faire remarquer; ce n'est plus l'homme du temps ; on entre dans de nouvelles idées; l'unité du pouvoir se fonde : on lutte avec les huguenots, traîtres et misérables vendeurs de la France.

Il faut le dire, jamaia le cardinal de Richelieu n'eût accompli sa haute mission sans le concours des financiers italiens, qui fournirent les moyens nécessaires pour conduire vigoureusement la guerre et réprimer la sédition.

Le livre qu'a écrit Sully, sous le titre des Économie» royakt, est une œuvre médiocre, un système de ménage qui ne peut s'appliquer à l'administration d'un vaste empire. L'économie est certainement un but très-désirable ; mais empiler des écus dans les tours de la Bastille ou dans les caves d'un château, n'a jamais grandi un État qui ne vit que de circulation et d'activité I La capacité Bnancière de Sully est, à mes yeux, très-contestable ; sa renommée, comme celle de Coligny, vient de ce qu'il fut l'homme d'un parti qui voulut l'opposer aux grandes physionomies de Richelieu et de Mazarin. Sully, avec ses hugue-

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nots, eussent perdu la France; ils en auraient fait une espace de Suisse dont Paris eût été la Genève ; la France, secouant le protestantisme, se jeta dans les grandeurs catholiques du siècle de Louis XIV.

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