‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 2)Chapitre 7 sur 30 · LE SURINTENDANT FOUQUET · texte numérisé non relu

LE SURINTENDANT FOUQUET

• On sortait des troubles de la Fronde : il s'était fait une vive agitation dans les esprits et dans les intérêls comme après toutes les guerres civiles ; on avait dû vaincre, apaiser ou acheter les gentilshommes mécontents ; Mazarin couronnait la guerre contre les huguenots commencée par le cardinal de Richelieu. Les grands gouverneurs de province détournaient à leur profit, la source presque tarie des revenus publics; le système des intendances s'organisait difficilement parce qu'on repoussait alors toute forme, toute expression d'un pouvoir centralisé. Dans ces graves circonstances, Mazarin confia la surintendance des finances à Fouquet.

Nicolas Fouquet n'appartenait pas à une des familles aventureuses et habiles de ces Italiens que le cardinal avait amenés en France autour de lui : il était fils de François Fouquet, comte de Vaux,

conseiller d'État du roi Louis XIII, ud de ces eprits d'intelligence et de fermeté très-appréciés par le cardinal de Richelieu; sa mère était une Maupeou, de la race parlementaire qui, plus tard, brisa les résistances à l'unité du pouvoir.

Né en 161 11, Nicolas Fouquet, esprit brillant et d'une noble tournure, fut fait maître des requêtes à vingt ans et procureur-général au parlement de Paris à vingt-sept; la reine-mère le désigna au cardinal Mazarin comme l'homme lé plus capable de grandir le système des finances et de jeter quelque éclat sur là régence. Fouquet se dévoua passionnément à cette mission; il adopta le mode des emprunts à l'étranger, en Italie, en Hollande, habitude de crédit presque ineonnuejusqu'alors, et qui permit de ne pas pressurer le peuple par des impôts trop onéreux au moment difllcile d'une minorité royale.

Fouquet fut aidé dans cette mission nouvelle par les relations personnelles du cardinal Mazarin, l'ami de tous les banquiers de Gènes, de Florence, de Venise, préteurs faciles et ne considérant que deux choses : les garanties et l'intérêt à de courtes échéances; moyennant quoi, ils renouvelaient les titres et n'exigeaient pas le remboursement de la dette : quel-

ques-uoes de ces avances dataient des campagnes d'Italie, sous François I", le roi fort emprunteur pour les nécessités de la guerre.

A la mort de Mazarin et quand l'influeDce de Louis XIV se fit sentir dans les affaires, la position de Fouquet fut un peu amoindrie ; il espérait à force de services et en secondant ce goût de luxe et de fêtes , qui animait le jeune roi Louis XIV , garder une situation qu'il avait créée et conquise par ses services: Fouquet portait à un haut degré la protection des arts et des lettres ; te château de Vaux était aussi magniSque que la cour de Saint-Germain; Versailles n'était point encore achevé ; les jardins de Vaux avaient été tracés par Le Nôtre ; les bâtiments d'une élégance infinie, étaient couverts de splendides peintures, de glaces de Venise à bandelettes d'or et de .soie; on ne parlait à la cour que des fêtes du surintendant, pleines de galanterie et de goût.

Daps ce magnifique château de Vaux, poètes, artistes, savants, recevaient une douce hospitalité; Fouquet avait pour convives habituels la spleudide pléiade de Corneille, Félisson, La Fontaine, Molière, qu'il protégeait de sa puissance éclairée, comme il les aidait de ses pensions personnelles, accordées

avec gr&ce : aimé dos femmes, g|ori«ux de toute espèce de sqccèa, c'est pour lui qu'on avait écrit ces vers :

■ lanujs surintendut n'a trouTé de cruelle. ■

Un esprit chevaleresque, aventureux, brilïait dans le surintendant Fouquet, et l'on dit même qu'il osa s'élever jusqu'à mademoiselle de La Vallière, au point de donner de la jalousie au jeune roi Louis XIV. Qu'avait donc de si attrayant mademoiselle de LaVallifere, laide, maigre, boiteuse et un peu intrigante ? ce ne peut être la cause véritable de la disgrâce de Fouquet. — Non, la cause de cette disgrâce éclatante, il ftiut la chercher dans la transformation du principe même du gouvernement. Louis XIV voulait régner seul : nul éclat ne devait se comparer k son soleil ; il fallait des commis au roi et non plus des ministres à idées et k systèmes.

En partant de cette donnée, on devait chercher des prétextes: ils ne manquèrent pas; on attaqua d'abord le luxe de Fouquet, ses dilapidations : <( Il avait dépensé, disait-on, plus de 30 millions !i orner la seule résidence de Vaux. » Puis on invoqua d'autres griefe ; ses rapports avec les vieux frondeurs, son

ambition msatiaUe qui lui faisait rêver le premier minialère à la façon deKichelieu et de Mazarin.

. Uais oe qui prépara la disgrâce de Fouqnet,- ce furent les intrigua d'un eommis à l'esprit remuant et bourgeois, du nom de Colbert- Au milieu des bur féaux du contrôle-général, w voyait un des ofaeft de cabmet , k la figure vulgaire, exact à son poste, fort en cliiflVes, qui suivait et pointait les recettes et les dépenses du Trésor avec exactitude; le cardinal Ueurin l'avait plaeé à la tète d'une des divisions de la surintHidance; quelquefois il travaillait avec te jeune Louis XIV, et bientôt il gagna la royale confiance par le contrôle médisant qu'il exerçait sur toutes les opérations de Fouquet, actives et féoondes.

Ne pourrait-en pas trouver le symbole da cette lutte, de celte guerre d'un haut et entreprenant esprit attaqué par une intrigua étroite , persévérante dans les armoiries mêmes de Fouquet et de Colbert? Fouquet portait uu écureuil dans ses armes, avec ces mots en légende : Çtût non ateendatn ? « Oii ne pourrais-Je m'élever? » devise pleine d'orgueil et d'une vérité audacieuse I Colbert portait une couleuvre avec son dard menaçant, perfide symbole d'un vilain esprit et d'une vigilance jalouse. Les mor-

sore» de la couleuvre tuent. L'eflfet fut bientôt pr(H doit et la disgrâce décidée dans la pensée du roi.

Louie XIV commençait à régner par lui-même : on lui avait tant parlé des prodiges du château de Vaux qu'il voulut le voir et asnster à une des fêtes du surintendant : le roi annonça donc sa visite dans cette belle résidence : désireux de plaire et de répondre à un si grand honneur, Fouquetfit des préparatifs dignes de Louis XIV : le château se transforma en palais d'eau et de feu à l'imitation des jardins d'Armide ; il y eut festin et ballet, carrousel et tournois ; on y joua ta comédie, et c'est pour cette fête que Mo^ lière ccHnposa sa pièce des Fâcheux, pour la première fois représentée à Vaux le 15 août 1661, avec un prologue en l'honneur du roi, composé par Pélisson.

Louis XIV avait-il déjà résolu la disgrâce de Fouquet? Colbert avait-il sournoisement travaillé contre lui? oa lui supposa toute aorte de desseins, un réveil même de la Fronde, dont le siège serait placé à Belle- Isle que Fouquet venait de faire fortifier. F^a véritable cause de la disgrâce fut que Louis était résolu de changer de système, d'abaisser, de frapper tout ce qui élevait trop la tête, afin de co^tituer l'unité

royale sbt tous les débris da système de Hazaria et de la reioe-inère.

Quelque temps eocore Fouquet vint au conseil : l'Ouis XIV parut lui accorder de nouveau sa confiance; il lui paria toujours avec affection jusqu'à ce qu'un soir, en sortant de travailler avecS. H. , le surintendaat fut arrêté au nom du roi par un capitaine de mousquetaires , M. d'Artagnan ; on le conduisit d'abord au château d'Angers, puis à Aroboise, comme pour subir une simple détention de prisonnier d'État ; eù&n à la Bastille où commença son procès par commission : le parlement n'était pas assez soumis pour qu'on pût espérer une condamnation inflexible.

Je rappelle qu'on avait trouvé dans les papiers de Fouquet un prc^et de fortification de Belle- Isle et que peut-être à ce projet se liait quelque souvenir de la Fronde I II est à remarquer que tous les anciens frondeurs, en y comprenant madame de Sévigné et mademoiselle de Scudéry, les beaux esprits du Marais, prirent chaudement le parti de Fouquet : était<ce instinct? Une opinion même apaisée et vaincue n'oublie pas les siens : on ne passe pas d'une époque d'agitation et de licence à un

goaranemeiit d'unité suis éprouvw de viiâ mécontentements ; Louis XIV le comprit et le procès sévèrement suivi contre Fouqaet fut une manifestatioa haataiae du pouviùr abaola qui voulait étaUir ses droits aux yeux de tous.

La conimîssion qui jugea Fouquet Ait à la fois fi>nancière et politique; préùdée par le dianœlier Séguier, elle mcnitra d'autant plus de sévérité que les Séguier araient été autrefois plus compromis dans la Fronde, et ils avaient besoin de faire oublier à Louis XIV leur conduite durant sa minorité. Le surintendant fut livré et jugé I Nulle aflaire n'eut un plus long reteutiflsemNit. Pélisson publia pluneurs mémoires d'une haute éloquence pour justifier l'adrainisb^tion finaneière de Fouquet, qui s'était résumée dans le système d'emprunts contractés à l'étrangBr par Mazartn et ses banquiers Cénami et Maserani, de Florence. Fouquet préférait l'emprunt b Timpét, et on l'accusait d'avoir fait des bénéfices par le jeu naturel du crédit public, accusation banale contre les financiers : quoi de plus légitime que de grandir sa fortune avec et par l'État, quand on le bit sans nuire à la diose publique?

Devant ses juges, Fouquet conserva un sang-fircûd

fit un caractère de fermeté nmarqqables; il répondît à tons les griefs, discuta toutes les accuwtioni Je pécnUt et de complots, tandis que Colbert montrait un aoharaenient inditûble k le perdre; la couleuvre poursuivit l'écureuil jusqu'à ce qu'elle l'eût atteint au cœur en l'enveloppant de ses replis! 11 intervint donc une condamnation étrange; neuf membres de la commission, parmi lesquels se trouvait Fuseort, l'oncle de Colbert, osèrent vqterpour la mort; la majorité de seiu voix suivit l'opinion du rapporteur, M. d'Ormesson, qui conclut au bannissement et b h confiscation des biens.

Après l'arrêt, on implora auprès dn roi )a grâee de Fouquet. La Fontaine lui-même, tout égoïste qu'il fût, dgns son ode atuB Nympltet àe Vaux, voulut, mais en vain, toucher le cœur de Louis XIV par la triste peinture de tant de disgrâces :

BempIlMei l'air da cris en tos grottei profondes, Plenrei, NjuifAes de Vaui, faites croître tot ondes, Et qne l'Àaquaiiil «nilé nvtge Us trâur* Dont les regards de Flore ont embelli »» bordsi

Vaux était en effet la plus belle résidence du monde; ses embellissements servii^nt de modèle à ceux de Versailles; tes eaux abondantes murmurairait

m^ascades au milieu des vases couverts de fleurs rampantes. Ici des Nymphes, des Faunes , des Naïades; U, des bosquets mystérieux, des escaliers de marbre, des conques de porphyre : c'est sur les jardins de Vaux que le divin Watteau dessina ses fantastiques campagnes.

Louis XIV changea la peine de bannissement que la commission avait appliquée à Fouquet en une prison d'État. Fouquet fut conduit à Pignerol , où il demeura fort digne et fort réservé, comme un homme politique que la tempête a brisé. Mille voix s'élevèrent toujours en vain pour implorer la clémence de LouUXIV ({).

OroBte (Fonqno^ nt )i prtKOtonotiJetdedâmeiieei S'il a (TU lei conseil* d'ane aveo^ pniHADce, Il en est asseï puni par gou sort tîgonreui, Et c'est Mre innocent que d'fitre malheoreui,

Fouquet n'a laissé aucun travail particulier sur son administration fmaDeière très- hardie : pour la première fois le crédit de l'État avait fait un large appel aux capitaux étrangers par l'appât de inille combinaisons : loteries, rentes viagères, tontines, in-

(1) Vojet mon travail but Louis XIV.

térèts combinés et amortis ; les baoqaiere italiens étaient féconds en ressources.

laAimillede Fouqaet était liée aux plus grands noms de Fance ; sa fille avait épousé un d'Usés, son fils aîné fut comte de Vaux, son second entra dans les ordres, le cadet fut le remarquable marquis de Belle-Isie, la source de ces maréchaux qui marquèrent si ^orieusement le siècle de Louis XV dans tes campagnes de Flandre et d'Allemagne. Si l'esprit des Fouquet s'était transformé, il restait incomparablement habile et brave.

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COLBBRT (JBiH'BAPTlsTft).

J'ai déj& fait coanaitra le caractère d« Colbertt sa conduite débyale «a'ven Fouquet. le cantinue ce portrait arec la même indépendance de jugement : Il y a dans Jean-Baptiste Colbert deux hommes , l'administrateur et le financier. Comme administrateur, le ministre est actif, remarquable; son génie crée et embrasse un vaste système protecteur et centralisé sous la main du roi Louis XIV : commerce, industrie, beaux-arts, navigation, rien n'échappe à la prévoyance magistrale de Cotbert; il se révèle en lui une tendance lourde mais instinctive pour environner d'éclat le règne du monarque qu'il sert avec adoration.

Colbert financier est un esprit médiocre, sans idée, sans initiative, avec l'emploi de petite moyens, tels que la suppression des quartiers de rentes, les avanies c(Hitre ceux qu'on appelle traitants et ban-

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quitirs, confiscation des charges^ etc.; desp4tîîime étroit et violent que se permettent tous les pouvoirs absolus et qu'ils payent souvent bien cher en leiira jours de besoins et de misère. Ce qu'il 7 a de pluB économique pour les gouvemements, c'ert l'exact ai>quittement des dettes légitimement contractées : tôt ou tard, ne sont^its pas dans la nécessité d'emprunter, et alors on leur fait payer cher leurs avanies de la veille I

Jean-Baptiste Colbwt était né è Reims, It 19 avril 1609; Henri IV régnait encore; on donnait deux origines à sa famille. Les uns la faisaient descendre d'un manufacturier marchand de draps, les autres lui donnaient pour ancêtres une illufib« famille d'Ecosse, 1^ Castel-Hill . Cette généalogie, drtâssée par Mesnage, prévalut à l'époque de la tottte-puissance de Colbert. Je crois plutôt à l'origine bourgeoise ; elle était dans les actes, le caractère et les habitude» de Colbert, qui tout jeune bomme, bàtirement élevé, enb^ comme commis chez les banquie)^ florentins Cénami et Haserani, chargés de toutes les opérathms financières du cardinal. Colbert put ainsi s'initia dans les détails des changes et des monhaiek) d« place 6n place, la science de la banque.

Colbert voyagea dans les (Uverses parties de l'Earope, en Hollande, en Italie, avec des missions de Maiarin , de Fouquet ; et quand cette sorte d'édacatiott^ d'afiàires fut achevée^ it fit partie des bureaux de Le Tellier, l'homme de confiance du cardinal Uazarin ; Colbert put dès lors étudier le système fiowcier de cette époque sufiisamment pour en connaître les côtés aventurés; mais trop faible encore, il garda ces renseignements devers lui pour en faire usage contre ceux-là même qui l'avaient initié. Il y eut toujours dans Colbert ce vilain côté de caractère, la dénonciation- Conseiller d'État, intendant du duc d'Anjou, il travailla directement avec le jeune roi Louis XIV, lors de la dernière maladie du cardinal, exerçant son contrôle froid et amer sur toutes les opérations de Fouquet, son supérieur, qui jusque-là lui avait accordé toute sa confiance.

Le roi Louis XIV s'accoutumait à ces petites révélations : les souverains aiment ce contrôle exercé sur le ministre tout-puissant, afin de préparer ces disgrâces qui rappellent à tous qu'il n'y a qu'un teul maître. Colbert pouvait être ingrat ; il était surtout froidemrait habile ; il avait compris la politique du roi. L'idée de centraliser toutes les forces de la

société autour du pouvoir devait plaire & Louis XIV, et Colbert, au lieu des pensées libres et indépendantes de l'homme d'État, offrait la soumission d'un commis actif et préparé à tout ; il venait de poursuivre Fouquet, son supérieur, d'une façon implacable et de préparer sa ruine : comme récompensé il obtint 1^ place de contrôleur-général des finances.

Je le répète, je n'ai pas pour le système financier de Colbert toute l'admiration qu'on a paru professer jusqu'ici; tout est violent et vulgaire dès l'origine. Que signifie d'abord cette avanie faite à ceux qu'on appelait traitants par la chambre de justice créée tout exprès? système oriental qui faisait rançonner les banquiers, préteurs lé^times k l'Etat. Ou fait aux traitants des procès criminels, et pourquoi? qu'ont-ils ï se reprocher? n'ont-ils pas traité librement par contrat? n'ont-ils pas fait les avances qu'on leur a demandées? N'est-ce pas en vertu d'un ordre du roi que Mazarin a traité avec eux? leur argent, leurs fournitures, leur crédit n'ont-ïts pas servi à apaiser la guerre civile, et puissamment aidé les ressorts de la guerre étrangère?

Quand le procès crïminel est commencé contre les finançierst Colbert leur f^it proposer d« changer aés

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arrêts contre nue rançoo ; on leur impoM une taxe arbitraire; on aonule les rentes qu'on lenr a don*pées, les ventes de domaines engage ; esb'ce là de la légalité, de la régularité, de l'habileté même? Ou'on soit tranquille! le» banquiers se feront payer plus tard très-cbèreoieot quand l'État aura besoin d'eux. Hais nq manque de foi plus triste enoore dans l'administration de Colbert, ce furent les arrêts du conseil qui prononçaient la suppression d'un ou de plusieurs quartiers des rentes constituées sur l'État t et il se trouva un poêle flatteur et pensionné, Bttileau.qui mlh même les malheureux préteurs qui soufi^vient de cette opération violente-

Plus pile qn'uii TODtter

À r»spwt 4'wi utM qui rMnmdM un tfOMiiiw.

Ce rentier si pâle n'avait-il pas traité sous |a garantie de l'Etat? Lui enlever un quartier, c'était de la banqueroute, et Colbert ta décrétailpour plaire k Louis XIV. Toutes les assignations d'argent, données sur les revenus du Trésor , furent aussi annulées. On peut comprendre et justifier ces supp)>essions popr tout pe qui avait été fait k titre gratuit; ce que le roi avait donné, le roi pouvait le retirer; l'acte était peu gran-

dioM, mais il restait lé^time. Ce qui deoieurait in* justi6able, c'était la main-mise violente et défwnlot^ née Bur de véritables lellres de gage accordée^ 0ur !e Trésor, en échange de prêts feits à l'État.

IjCS aliénations de domaines [même à titre onéreux), fqreat annulées par des arrêts du conseil; double violation du contrat de rente et d'hypothèque. Ces avanies successives permirent à Colbert de diminuer )es tailles , l'impôt foncier pour plus de trois millioiis; apte fort populaire, comme tout dégrÈveuieqt de la propriété.

Colbert, pour remplace dans les revenus ce^ tf<^ millions de menns perçus sur lei tailles, coit^t l'id^ heureasedes impôts sur la eonsommatioQi il jeta Idg bases du monopole des tabacs, dont les plaptationa s'étendaient dans les colonies. Ce monopole fut réglé par l'ordonnance sur les aides , premier code des douanes; l'impôt de consommation, qui pe rendait que quinze cent mille livres sous Louis XIII, s'éleva jusqu'b vingt-un millions pendant l'admiDistration de Colbert. L'impôt de consommation était la conséquence du développem«it régulier des affaires ctnn^ merciales auxquelles Colbert donna une heureuse et

— Siforte impulsion, et c'est ici le beau côté de son ministère.

On lui doit également le système des compagnies ou associations d'actionnaires : il en créa pour toutes les vastes branches du commerce et de l'industrie; compagnies des Indes, du Mexique, du Sénégal, du Canada, à l'imitation de ce qui avait lieu en Hollande, en Italie; les intérêts privés durent être groupés et protégés. Golbert assure à ces compagnies quelques fonds d'encouragement; plus tard, elles devaient devenir des moyens et des instruments de crédit. Et pourtant ce que le crédit peut fournir de prospérité, Colbert ne le comprend pas ; ses idées sont simples, matérielles; l'État pfotége et féconde tout ce qui est sous sa main ; mais le ministre n*à pas l'esprit assez hardi pour développer les causes qui font, qu'à son tour, l'État recourt au crédit général pour développer sa prospérité particulière. .

Ainsi Colbert renouvelle le bail des fermes; il lo grandit dans son prix de loyer; mais l'action fécondante des fermiers-généraux dans les mesures de crédit, il la dédaigne; les fermiers payent leur bail, les assignations que le roi fait sur eux, les dons stipulés dans le contrat; mais on ne les associe pas aux

opérations du Trésor. Colbert grossit les impôts, augmente leur produit, mais il n'élargit pas les bases de cette confiance qui prépare les facilités de l'emprunt aux jours exceptionnels ou difficiles. Voilà ce qui rend son administration si dure pour le peuple, si odieuse à tous : l'habileté dans les finances consiste à demander des ressources sÏBiultanément au crédit et aux impôts, de manière à ne pas trop charger le présent au profit de l'avenir, et l'avenir au profit du présent. Trop user de l'emprunt, c'est aliéner la vie fuUire d'une nation; trop exiger des contribuables quand il s'agit d'efforts extraordinaires, par exemple d'une guerre d'invasion, d'une défense du territoire, c'est épuiser une génération tout entière. Aussi fît-on ces vers douloureux et amers aur l'administration de Colbert :

Des louf&Hices Qu'i Muffert Paris KUs Colbert.

II y a dans Jean-Baptiste Colbert deux hommes, comme il y a deux périodes dans le règne de Louis XIV. Tant qu'il ne s'agit que d'administrer les diverses branches de )a fortune publique avec ordre

et régularité, de fonder des maîiliftctilrea, de pr&tégep les industries ïiouveltes, Coiberteat un ministi* remarquable. Si seBtîOdceptioDs ne sont pas toujours Vastes et complètes, b'ïI se Mêle dans ses créations quelque those de bourgeois, corrigé par les idées de grandeur de Louis XIV, il y a néanmoins un iftCôUtestable désir de développer les forces industrielles du pays ; manufactures de glaces, dé por^ celaines, de tapis, de draps, Colbert protège tout, et îl seconde ainsi les magnifiques intentions du roi. Il en est de même pour tes bâtiments qu'il embellit par les ordres du prince; car il ne pourrait lutter, sans compromettre sa positioh ministérielle, contre m goût de faste et de richesse qui est dans le cœur et l'imagination du roi. Colbert n'est ni artiste ni prodigue : il est gaucbe dans ce qu'il ordonne personnellement, bourgeois dans ce qu'il fait exécuter; ses générosités -tant vantées envers les poètes de cour, ses pensions accordées, tant en Ff«ice qu'à l'étranger, aux savants, aux érudits, ne s'élèvent au budget qu'à 69,500 liv. par an ; mais il les place bien, entre les mains surtout de ceux qui louent le splendide règne de louis XIV ; ii sait pensionner utilement, tout marche ùnsi tant qu'il ne s*agit que de

trannerlM tempi ordinairest au milieu desprotp^ritdset de la victoire. Pour ces Jours d'épopées nne bonne adioioistnition aalKt : tout se développe par sa (iropre impulnon. iorsqu'il faat recourir &das re»- •ooresB «traordiniires, parée qu'il y « péril et Intte Il rintérietir et fc l'étraDger, alors il faut aux afiaires d«* esprits à regiodrees , même Un peti aTeotureux, ({ni putMeat conjurer h tristesse de la situatitm par leur génie actif, et Golb^ devenait tout-4b-fait impui»-

BBIU.

L'État devait recourir à ceux que le ministre avait dédaignés et insultégi au coaiDienoement du règne, «ons le nom de traitanta et de SnaDciers, à ceux qu'il avait fait d^oailter par des avanies , aux rentiers qu'on avait réduits avec violence. Les financiers sttendftieot patiemment de prendre leur revanche par les dures ecmditioas qu'ils imposeraient h l'État emprunteur dans le besoin ; car t'aient est facile en représailles. Comme il sait que tôt ou tard on aura besoin de lui, il attend les circflnstances favorables et il regagne en une seule fois ce qu'on lui a fbit perdre en cent entres.

Colbert avait attaqué, brisé l'administration de Fouquet par le tableau plein d'exagération des em-

prunts que le sarintendant avait contraetés à t'étrangw, ea Hollande, à Gènes , à Florence , à Venise. Aujourd'hui lui-même était obligé de recourir à ces emprunts; il devait faire mal ce qu'il avait blâmé; il devait surtout ne pas trouver un concours sincère dans les financiers qu'il avait autrefois rançonnés et dépouillés. De là cette disgrâce véritable que subit Colbert depuis les guerres difficiles et les grands besoios de Louis XIV ; il n'est plus la capacité de la situation ; tes circonstances le débordent et le dépassent ; Louvois, le véritable homme d'État de cette illustre famille des Le Xellier dont le noble titre de gloire était la révocation del'éâit de Nantes (révocation <fui sauva la France), avait démontré à Louis XIV l'ior suffisance de Colbert, ses petits calculs , ses minces combinaisons qui mettaient l'État en péril. Dix ans avant sa mort Colbert n'avait plus qu'une part trèslimitée dans les aflaires de France; il était débordé, dépassé par les vastes opérations de crédit que nécessitait la guerre européenne.'CoIberX n'était plus qu'un surintendant des bâtiments et de la maison du roi ; un vieux serviteur respecté mais laissé à l'écart.

LES DERNIÈRES OPÉRATIONS FINAKCIÈRES DU KÈGNE

DE LOUIS xir.

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