‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 2)Chapitre 8 sur 30 · CHAMILLARD. DESMARETS · texte numérisé non relu

CHAMILLARD. DESMARETS

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La noblesse de France fit les dernières guems de T^uis XIV avec un dévouement immense; elle sauva -la nationalité- de notre pays; mais ce qu'on n'a pas assez étudié, ce sont les efforts financiers qui secondèrent ce bel élan des gentilshommes; la plaie profonde des derniers temps de Louis XIV ce fat le défaut d'argent. Les contrôleurs-généraux des finances rendirent d'aussi beaux services que Villars : ils eurent plus d'une fois leur bataille dç Denain.

Quoique la disgrâce de Fouquet ne fut pas à son terme et que le roi eût défendu de lui en parler, les idées de crédit du hardi prisonnier d'État triomphaient à ces époques difiiciles. Ou les essaya avec plus ou moins de succès sous les courtes administrations de L^lletier et de U. de Pompone . contrô-

leura-généraux qui succédant à Colbert. On commença par chercher des ressources tians l'impôt et dans la création de nouvelles charges : on emprunta difUcilement quelques millions. Tous ces moyens auraient été insuffisants si le contrôleur ne s'était adressé à des compa^ies financières pour obtenir des avances sur les nouveaux impôts, sur les revenus de l'avenir; comme fait l'État aux temps modernes quand il escompte les billets de douane, les bons du Trésor ou les obligations souscrites pour les coupes des bois et des forêts.

' Le plus habile , le plus honorable de ces contrôleurs-généraux qui se suceédèrRut à la fin du r^^oe de Louis XIV, oe fut Chamillard : ou a &it mille récits sur les causes de sa faveur auprès de Louis XtV ; (m a même, avec cet esprit d'invention qui caractérise les faiseurs dé Mémoires, et surtout le bavard et souvent ignoble Saint-Simon, attribué la familiarité du roi à l'excesnve adresse de Chamillard au jeu de billard récemment introduit en France : « il taisait la partie de Louis XIV et parvenait quelquefois à l'amuser par ses saillies. » Toujours de petites causes aux grands effets, n'est-ce pas l'histoire vulgaire?... Gbamillard , esprit d« probité et M reseourees , ep-

partenait k l'école paplementaîM, trës-fbvonble à h mémoire de Fouquet; tous les financiers, tous les fermier»^néraiix étalent aes atnis ; lia avaient m sa probité nne extrême eonfienee ; le plua ridie d'eoU^ eux, on va le dire, Samuel Bernard, lui ouvrit son immense crédit, parée qu'il savait qu'avec lui on n'avait pas à craindre ces mauvaises petites avanies «nployées par Golbert ooutre les traitants et les porteurs de rent«s.

L'histoire doit le constater : ai le système de Colbert avait prévalu, jamais la France n'aurait pu se défendre contre la coalition qui menaçait son exis^ teace ; Colbert n'aurait pu procurer avec ses petites idées et ses moyens financiers exigus des ressources suffisantes pour résistw )t l'Europe armée. Ce furent les finaneiers, ceux qu'on appelait les traitants avec tant de dédain, qui firmt les fonds de ees grandes guerres par leurs avances, leur crédit) leurs fournilurm de vivres, d'argent, de drnpti, de blé, de marobandisee et d'armes. Ils purent faire dea profits; qooi de pins légitime quand on rend un service, quand on remplit un devoir!

Deux mt^eos ftirent employés par le contrôleur Cbamitlard : la r^nte è» espaces «t lea titlels de

moniuiie, sorte d'assignats ou de biliets de Banque r^résenUtifs de l'argent; la refonte des espèces n'était pas un élément bien neuf de crédit public. Depuis la première race, les rois n'avaient pas d'autres ressources dans les crises publiques; elle n'avait qu'un effet momentané, l'argent se met toujours au niveau de sa valeur intrinsèque ; mais les billets de monaaie destinés ji représenter le numéraire étaient une forme nouvelle de crédit très-utile inspirée par les financiers qui les acceptaient comme argent; ils avaient cours légal , et le Trésor royal en grandit le chifire jusqu'à 700 millions avec intérêt à 5 p. 0/q.

Le système des assignations par avance de deux ou trois années sur le revenu fut également indiqué par les financiers comme un eiqiédient de crédit ; ces assignations trouvaient des preneurs parmi les grandes compagnies des Indes, d'Âfiique, de banques et de fmances I II y avait du patriotisme dans cette confiance étendue des financiers envers le roi et l'État; les billets de monnaie se prenaient pour du comptant, les assignations de revenus à des intérêts de 7 à 8 p. O/o par an ; et ce n'était'pas trop quand l'écbéance s'étendait à plusieurs années et restait ainsi soumise à plus d'un hasard et même au caprice de l'État.

lorsque l'habile Desmarets prit le contrôle-général ea 1708. il releva le crédit par une mesure d'ordre que les ûnanciers aidèrent de tous leurs efforts , en mettant 1 million de marcs d'argent pur à la disposition du contrôleur, ce fut d'offrir le paiement immédiat en nouvelles espèces de tous les billets-monnaie qui seraient biffés et déclarés devant les porteurs. Cette offre rendit toute confiance en ces billets qui reprirent une circulation active et fêconde. £n même temps les assignations sur les revenus furent consolidées par un emprunt en rentes hypothéqué sur l'Hôtel-do-ViUe et les fermes au denier 30 et 30 ; dès ce moment ta masse des valeurs Sottantes diminua sensiblement : on n'eut plus qu'à servir l'intérêt de lâO à 130 millions par des annuités soldées en billets de monnaie, acceptés comme du numéraire.

Il faut rendre justice au contrôleur Desmarets, il mena cette opération à un résultat admirable par sa loyauté, sa bonne foi envers les fmanciers; son activité fut merveilleuse ; on serait ingrat si l'on ne reconnaissait en même temps le concours actif de tous les traitants, fermiers-généraux, gens de finances, pour opérer la liquidation difficile des dettes de l'État. Le plus confiant, le plus riche, l§ plus généreux

de touf fut Stmuel Bernard dont Je nis pftriert qui rendit au moins autant de services li la monarchie de Louis XIV par son crédit, je te répète, que Villars à Denain par sa glorieuse épèel

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