‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 4)Chapitre 17 sur 31 · LE RICHE DE LA POPELINIÈRE · texte numérisé non relu

LE RICHE DE LA POPELINIÈRE

Onpeutplaceren tête des fermiers-généraux de cette époque de Louis XV comme un libéral et fastueux esprit, Alexandre-Joseph Le Riche de La Popelinière'; il n'est pas mémoire du xviii® siècle qui ne parle de cette somptueuse et douce maison de Passy où Marmontel écrivait ses contes charmants et son fastidieux et plat Bélisaire^ où Carie Yanloo peignait ses plus gracieuses toiles, où Rameau touchait sur l'orgue ses préludes d'opéras, tandis que Vaucanson préparait ses hardis chefs-d'œuvre de mécanique et de physique.

Popelinière, né à Paris en 1 692, fils d'un receveurgénéral des finances , fut nommé à vingt-huit ans (1718) fermier-général ; plein de grâce et de libéralité, il devint ainsi un homme à bonne fortune : il fut rival de plus d un prince, des Carignan surtout; délégué du conseil général des fermes à Marseille , il y résida quatre ans au milieu des fêtes et des somp-

tuosités, et ce fut lui qui , de concert avec Tintendance» accomplit la vente de l'arsenal transformé en une ville nouvelle et bien percée. De retour à Paris,LaPopelinièrôh'abandôhna pas un seul moment ses goûts de plaisir et de théâtre : passionné pour madame Dancourt, la fille du poëte , alors célèbre au théâtre, il vécut longtemps avec là jolie soubrette ; ce n'était point une artiste vulgaire que Mimi l)ailcourt ; son père, auteur et comédien aimé de Louis ÎIV pour son esprit , son respect et ses nobles manières, avait élevé ses filles avec Un grand soin pour la scène et le monde. Madame Dàhcoùrt tint lé salon de M. de Là Popelinière avec iinè distinction très-remarquàblé , partageant ses loisirs èiitré le théâtre et la âdciété. Cette Vie {itltliqUe dévliit vràitaélit Uil peu scandâlèUsé ; et au renouvellement ad bail deë fermes, le cardinal de Fleury mit pour conditiôii lé mariage dé M. de Là Pôpéliriîèré avec màaëmdisélle Dancourt, unîon troublée par la publique avënttlrë du dUc de Richelieu qui, pour obtenir madame dé La t*opélinière, fit construire la fàniellsë cheminée tournante. Je ne sache rien dé plus fastidieux que ce caractère vantard d'entrepreneur de bonnes fortùhes ! 11 s'en suivit une séparation ; madame de La Popéli-

niëre mourut abandonnée de tous, se suffisant avec les SIO mille livres de pension que lui faisait son mari.

M. de La Popelinière s'en consola; il fit de sa maison de Passy un lieu de délices; sa société un ped mêlée réunissait le luxe, Tesprit à là galâtiterie; Un vaste parc peuplé de statues gracieuses, des cascades au milieu de vergers; un palais peint à la fresque par Latour et Carie Vanloo, des jardins merveilleusement tracés sur les dessins de Lancret, puis de la musique, des opéras^ un théâtre, des fêtes aux flambeaux. Ainsi La Popelinière dépensait fastueUsement sa fortune avec esprit, avec grâccj toujours sans compter, de sorte que la compagnie de la ferme s'en alarma ; la charge de fermie^général lui fut retirée lors du bail de 1765i dans la crainte qu'il n'en compromit le Crédit, ta compagnie des fermes exerçait une surveillande . morale sur chacun de ses membres; elle répoudàit des dettes contractées dans Texercice de la charge du fer^ mier-^énéral.

Privé de sa charge si lucrative, La Popelinièl*e, fort riche encore, n'en continua pas moins sa vie élégante et gracieuse dans sa maison de Passy entre Rameau, Yernet, Vanloo, Boucher, MarftioDtel et Yaucanson;

il aimait la comédie, les romans, et lui-même composait de petits contes comme tout le siècle, qui n'était à vrai dire qu'une grande féerie de joie et de sensualisme; son goût pour le théâtre lui fit encore épouser à plus de soixante ans mademoiselle de Mondran, qui jouait les ingénues à ravir. La Popeliniëre fournissait les sujets avec esprit, il composait beaucoup , et , selon le goût général, il écrivit des allégories orientales ; sous la transparence d'un conte persan, Daîra, M. de La Popeliniëre trace le tableau de la cour de Louis XV ; un livre libertin orné de gravures obscènes dessinées par La Popeliniëre, sous le titre Des mœurs du siècle, fut saisi par Tordre du roi : triste époque de sensualisme où le siècle, comme un vieillard épuisé , avait besoin de se réveiller par des obscénités honteuses I M. de La Popeliniëre mourut à soixante-dix ans.

Les poètes qui l'avaient tant encensé l'accablèrent de leurs sarcasmes : toujours la même ingratitude I La Popeliniëre laissait sa femme enceinte, et ils écrivirent de lui :

Gi«glt qui pour rimer paya toujours fort bien ;

C'est la coutume, L'ouvrage seul qui ne lui coûta rien,

C'est son posthumeu

Marmontel, plus juste, plus reconnaissant, traça une épitaphe louangeuse :

Soas ce tombeau repose un financier

Qui flit de son état Thonneur et la critique ;

Vertueux, bienfaisant, mais toujours singulier,

11 soulagea la misère publique ;

Passant, priez pour lui, car il fut le premier.

Il est rare que les financiers n'aient pas toujours été Tobjet des^ sarcasmes des poètes et surtout de la colère publique : on ne songe jamais aux soucis de leur vie, aux immenses travaux qui ont préparé et secondé leur fortune, on voit l'or qui brille au front des financiers ; on ne compte pas les travaux qui l'ont produit!

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