‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 4)Chapitre 19 sur 31 · DE LA LIVE D'ÉPINAY · texte numérisé non relu

DE LA LIVE D'ÉPINAY

Lb nom de La Live se mêlait aux plus difficiles opérations financières du système de Law: M. de La Live de Bellegarde , fort lié avec les frères Paris , avait concouru à l'épuration de la dette publique : il eut un fils unique, qui prit le nom de la terre d'Épinay. Le roi lui remit le brevet de fermier-général le jour de son mariage avec Louise-Florence Tardieu d'Esclaveles, la fille d*un oificier supérieur, tué & côté de Sa Majesté dans la guerre des Flandres , tête romanesque et dissipée.

M. d'Épinay, moins travailleur que Claude Dupin, avait une intelligence plus élevée , plus féconde en ressources fiscales; il ne cessa de présider tous les comités, se montrant un des plus habiles à faire produire l'impôt. Avec ces habitudes fiscales et travailleuses, M. d'Épinay conserva la vie élégante des fermiers-généraux : dans son hôtel de la rue Saint-

Honoré, M. d'Épinay recevait Voltaire, Montesquieu» BufTôn ; ami des artistes, il orna de tous les embellissements les plus gracieux la belle terre qui portait son nom, près d*£nghein,et son magnifique parc de la Chevrette, où sa folle femme, éprise du plus triste des caractères, J.-J. Rousseau , fit bâtir le fameux Ermitage, devenu célèbre par le pèlerinage ridicule de quelques amants vieillis. La correspondance de Rousseau avec madame d'Épinay est une page mauvaise de la vie élégante du château d'Épinay ; c'est une tache sur du satin. Dans ce salon brillait encore Élisabeth-Françoise-Sophie de La Live de Bellegarde, qui avait épousé un noble gentilhomme de Normandie ; cette femme que Rousseau avait aimée grossièrement et qu'elle dédaigna pour Saint- Lambert.le poète des 5flwow5,qui corrigeait au moins, par l'esprit et le noble habit d'officier, les vanités et les abaissements de la littérature.

M. de La Live d'Épinay subit la même disgrâce que M. de La Popelinière et par la même cause ; la compagnie des fermiers-généraux avait craint qu'il ne compromît sa fortune par ses prodigalités aventureuses; La Live d'Épinay, d'abord protégé par madame de Pompadour qui tenait tant aux finances

par M. d'Etiolés, perdit cet appui à la mort de la favorite, et on ne le comprit pas dans le renouvellement du bail de 1765.

M. d'Épinay, néanmoins, continua des opérations financières fort heureuses, et sa vie d'opulence ne se ressentit pas de la perte de son brevet de fermiergénéral. Madame d'Épinay, qui était passée aux mains de Grimm (une femme philosophe passait alors publiquement d'un amour à un autre) , acquit une réputation d'auteur aux dépens de sa dignité; elle publia les fameuses Conversations (f Emilie, œuvre demi-morale, demi-philosophique, pauvre composition sentimentale, qui obtint un des premiers prix fondés par M. de Monthyon, alors chancelier de M. le comte d'Artois. Étrange idée que celle de M. de Monthyon I Que l'esprit et la science soient couronnés par des académies , rien de mieux ; et encore I mais que la vertu reçoive sa récompense par un brevet d'académiciens , c'est une de ces idées encyclopédiques que la révolution française réalisa en 1794, dans les fêtes de la vieillesse, de l'enfance, des époux et des bons fils, époque où l'école du xviii® siècle s'était faite homme dans Robespierre.

M. de La Live d'Épinay laissa sa femme à tous les

travers de sa correspondance bel-esprit avec Voltaire, Buffon, d'Àlembert, Diderot; lui s'occupa dévastes spéculations sur les blés. Sia femme mourut en 1783, se continuant dans madame d'Houdetot, qui s'éteignit dans son fauteuil, entourée des vieux fétiches de la philosophie. On s'était fait alors une sensibilité d'occasion, un culte fardé d'amour et d'amitié : nulle religion positive ; la vie avait quelque chose de théâtral. On détruisait à plaisir la vieille société, comme si la première conséquence d'une révolution n'était pas d'emporter ces existeQcen élégantes et fastueuses.

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HKLVÉTIUS.

C'est à la faveur particulière de la reine, femme de l>Quis XY, la pure et céleste Marie Leczinska , que Claude-Adrien Helvétius dut , à l'âge de 23 ans , un des brevets de fermier-général, position financière si élevée ; il appartenait à une famille de médecins qui, par une heureuse application du quinquina et de ripécacuanha ^ avaient opéré des cures merveilleuses. Helvétius, le père du jeune fermier-général, avait sauvé les jours de Louis XV, enfant, dans sa première et funeste maladie sous le Régent : de là , cette fortune merveilleuse, car la cour désormais n'eut pas d'autre médecin.

Quand le jeune Helvétius reçut le brevet de fermier-général , il avait été déjà initié dans l'administration des fermes par un esprit d'une certaine étendue, tète d'application spéciale, et d'une vieille famille fmaneièret M. d'Àrmancourt, parent de pa fa-

mille, directeur des fermes à Caen; Helvétius déploya une aptitude particulière pour la répartition des produits de la régie ; et, comme un des plus jeunes des fermiers-généraux , selon l'usage, il reçut la mission d'inspecter les divers bureaux de province.

Déjà un goût très-prononcé l'avait porté vers les lettres, la passion de son siècle ; Helvétius s'était lié avec Fontenelle, Marivaux, Saurin : généreux à l'excès, il faisait des pensions à cette école attrayante et libertine. Marivaux, esprit tharmant, recevait mille écus chaque année d'Helvétius, bien qu'il passât sa vie chez un autre financier. M, de La Popelinière. Mais la liaison d'Helvétius avec Voltaire était plus tendre, plus affectueuse , sur un pied de plus haute égalité. Voltaire adressait à Helvétius ces jolis vers si connus :

Apprenti fermier-général, Très-savant, maître en Fart de plaire, Chez Platus, ce gros dieu brutal.

Vous portâtes mine étrangère.

Mais chez les Amours et leur mère, Chez Minerve et chez Apollon, Lorsque vous vîntes à paraître, On vous prit d*abord pour le maître Ou pour Tenfant de la maison.

Dans un voyage qu'il fit en Languedoc , en Lor-

raine, en Bourgogne, Helvétius visita Montesquieu à la Brëde, puis Voltaire à Girey, et Buffon à Hontbar, les grandes divinités de la philosophie : épris de tout ce qui touchait à la renommée, de toute distinction dans les lettres , il ne négligeait pas les intérêts de ^ la ferme-générale; Helvétius organisa sur des bases nouvelles Taide des vins et des eaux-de-vie (depuis les droits réunis) ; il agit avec douceur et habileté, mais remplit parfaitement les instructions de la ferme et son devoir de délégué de l'administration centrale. Le soir, au souper, il écoutait le Mahomet de Voltaire, et le lendemain il résumait avec une aptitude particulière les chiffres de la régie; à Montbar, il souriait de bonheur à quelques-uns des plus élégants récits de Buffon sur les beautés de la nature; puis il visitait les vignobles de la Bourgogne pour les faire cadastrer dans l'intérêt de l'impôt.

A Paris Helvétius était de tous les plaisirs, de toutes les bonnes fortunes dans cette société élégante et facile : doué d'une figure charmante , d'une tournure faite à ravir, avec les grands moyens de séduire, il jouissait de tout ce que sa fantaisie désirait avec une liberté ardente qu'il tempérait par des études sérieuses. Enfin il se fatigua des devoirs im-

- 486^ posés par l'administration de la ferme, et avec Tautorisation du roi, il vendit son brevet 1500 mille livres: possesseur d'une fortune immense acquise par trois générations heureuses, il acheta des terres et les plus belles de France , celle de Yoré dans le Perche (qui valait 300 mille livres de rentes), il y fit son séjour habituel, livré à ses études chéries, à des plaisirs aimés et souvent vulgaires. Helvétius rachetait tout par sa passion pour la chasse comme un vieux féodal, et dont il jugeait les délits avec une inflexible rigueur*

A Paris, il habitait son bel hôtel de la rue Sainte- Anne, qui prit le nom d'Helvétius durant la révolution française, et sa ravissante maison d'Auteuil où il composa son livre célèbre de VEâprit , qui eut au moins le mérite d'une épouvantable sincérité. Helvé* tins, sans aucun ménagement, même d'expression , fit l'éloge de la matière » conséquence logique du système de Locke sur la souveraineté des sens. Voici le résumé de son livre : a Les actions de l'homme sont déterminées par le plaisir» par l'égoïsme. » Ce livre qui fait peur, Helvétius l'écrivit pourtant comme une distraction, sans réfléchir aux conséquences , sorte de jet irréfléchi de sa plume abandonnée : « Ce

qu'il pensait il le disait ; » et pourtant pauvre goutteux déjà, comment pouvait-il se faire illusion sur la tristesse de la matière?

Le livre de V Esprit fit une sensation profonde ; le roi qui aimait ce nom d'Helvétius s'en alarma ; homme du monde, protégé de Louis XY et 4e Mesdames, naguère fermier-général, honoré des bontés de la plus pure, de la plus sainte des reines, Marie Leczinska, Helvétius écrivait une triste satire contre la religion de ces nobles âmes I

Le scandale fut si grand, Talarme si répandue, que Rome même lança une bulle solennelle contre le livre de VEsprit, bulle prophétique qui annonçait la révolution française. Helvétius, je le crois, fut vivement contrarié de l'effet produit par son livre ; il ne l'avait ni espéré ni voulu ; surtout il n'en avait pas compris la portée ; la société riche,élégante d'alors était ainsi faite qu'elle se détruisait elle-même le plus agréablement possible ; elle marchait gaiement à sa ruine en tuant toutes les croyances, tous les prestiges. En vain Helvétius déclarait-il hautement qu'il n'avait voulu attaquer aucune des vérités révélées parle christianisme 1 Le livre del'JÏ^/^riïn'en détruisait pas moins les fondements de la société civile et politique : riche, volup-

tueux , fermier-général, Helvétius ne voyait-il pas s'élever devant lui d'autres appétits, d'autres égoïsmes, ceux de la démocratie et de la révolution? La matière qu'il avait célébrée l'emporta bientôt dans les accès d'une goutte remontée (avril 1771), laissant sa veuve plus philosophe encore que lui, vieille incrédule qui dans sa maison d'Auteuil n'eut d'autres amis que les idéologues Cabanis, Volney, Destutt de Tracy , les chats, les chiens et les serins : sa maison d'Auteuil devint un centre d'opposition politique que le Premier Consul surveillait et raillait avec son juste dédain pour l'idéologie I

LES CONTRÔLEURS-GÉNÉRAUX SILHOUEnE.

BERTIN ET LAVERDL

Les opérations des fermiers-généraux aidaient souvent le Trésor; toutefois, l'administration des fermiers considérée en elle-même, restait libre, comme toute entreprise particulière qui remplit ses engagements. De son côté, le contrôle-général gardait sa complète indépendance pour les opérations de la caisse des services sous un ministre du roi chargé du département.

C'était une place fort difficile que le contrôle-général des finances, au milieu des embarras que causaient à la fois la pénurie du Trésor, la difficulté d'établir de nouveaux impôts et le mécanisme des institutions de la vieille monarchie : on venait d'achever les grandes guerres, les campagnes glorieusement commencées par Fontenoy ; le roi signait les traités de paix qui assuraient la Lorraine à la France.

Des dépenses considérables avaient été faites à la suite de ces guerres et de ces négociations si heureuses pour I^ France.

Dans les temps modernes» rien de plus simple que la manière d'opérer des gouvernements dans les questions de finances : quand l'État est en déficit, on équilibre la recette et la dépense par l'emprunt et l'impôt : nulle difficulté ! Un vote donné pour la forme, vient sanctionner les résolutions prises par rÉtat. Il n'en était pas ainsi sous l'ancien régime : le roi ne pouvait pas imposer le peuple sans rencontrer mille obstacles.

Il y avait des privilèges qu'il fallait respecter dans le clergé, la noblesse, les corporations, la bourgeoisie et les métiers ; les parlements refusaient d'enregistrer les impôts ou adressaient des remontrances vives et souvent injustes; il fallait violenter leur vote par des lits de justice, et le contrôleur-général, trèssouvçnt était forcé de renoncer à l'impôt par la difficulté de l'obtenir et de le lever dans les provinces.

Une des contre-vérités établies par l'école historique moderne sur l'ancien régime, a été celle-ci : « Que la France subissait alors un gouvernement

absolu I » Quel absolutisme que celui qui ne pouvait faire un pas sans se heurter contre un fait, sans recourir aux expédients, sans négocier avec tous les corps politiques, et toutes les institutions « les hommes et les choses I II n'y a de despotisme que celui que créent les révolutions, et cela s'explique parce qu'elles font table rase sous prétexte d'égalité; et alors sur tant de ruines s'élève un pouvoir nécessaire, qui ne tient plus compte que de lui-même et du système qu'il veut faire triompher ; ce nouveau pouvoir tranche sur tout, commande, gouverne à son gré, si facilement, qu'en vérité, s'il tombe, c'est par sa faute, tant les obstacles ont disparu, tant la société se fait souple sous sa main!

Les difficultés que rencontrait le vote de nouveaux impôts dans le parlement, avaient engagé la mar«> quise de Pompadour à faire confier le contrôle-général à un esprit essentiellement parlementaire, Etienne de Silhouette, fort lettré,. avec une juste renommée administrative. Dès sa plus extrême jeunesse, dans sa ville natale (Limoges), M. de Silhouette s'était occupé de recherches statistiques sur l'impôt; ensuite il voyagea en Hollande, en Suisse, en Italie, étudiant partout le mécanisme financier dans les gouveni^

ments : un moment conseiller au parlement de Metz, H. de Silhouette avait préféré à ce haut siège de jus* tice,une place de maître des requêtes de l'hôtel, ce qui le rattachait à l'administration active. Il fut en conséquence chargé de plusieurs missions, spécialement en Angleterre.

Etienne de Silhouette apportait en finances non point les idées aventureuses de Law, mais les formes et les habitudes anglaises sur la levée régulière des impôts : après avoir appartenu à l'administration publique et au conseil des finances, il fut appelé au contrôle-général en mai 1757. Les idées anglaises de M. de Silhouette lui firent considérer le bail des fermes comme une mauvaise institution ; il en attaqua le principe, imposa les fermiers, et le premier des contrôleurs, il parla au conseil du roi de la nécessité de fixer les dépenses de la couronne, de les limiter chaque année de manière à constituer ce que les Anglais appellent une liste civile.

L'essai d'une banque à billets fut la seconde mesure que proposa M. de Silhouette afin de diminuer la puissance exclusive du numéraire : cette banque devait rester une institution particulière en rapport néanmoins avec le Trésor pour l'escompte des va-

leurs d'État : de cette manière on pourrait affaiblir le prestige de l'or et de l'argent. Pour donner un grand exemple, M. de Silhouette engagea le roi à envoyer sa vaisselle plate à la Monnaie pour l'échanger contre des billets de caisse et aider ainsi la circulation du papier.. Secondé par une sorte de popularité, M. de Silhouette tenta de présenter un édit de subvention générale comme en Angleterre; mais le contrôleur-général n'avait pas assez compté avec le parlement qui fit une violente opposition au nouveau système financier et ne voulut pas enregistrer l'édit.

On chansonna, on railla dès lors M. de Silhouette dans les couplets et noèls : on inventa les goussets sans fond à la Silhouette; les portraits sur l'ombre à la Silhouette pour indiquer la fragilité de ses moyens; en vain, le contrôleur-général voulut prendre son système au sérieux et le faire ainsi accepter par le public : quand le ridicule s'empare d'une idée il est impossible d'assurer son succès en France, où tout est jeu d'esprit et moquerie. M. de Silhouette quitta le contrôle-général, peu de temps après l'avoir accepté, et il mourut dans la plus profonde obscurité avec la triste réputation d'un esprit L (5) 13

emprunt général yjagi^r et tpniiRier qui pfff^jj; jusqu'il 15 et âO p. 0/0 d'intérêt, selon l'âge du préteur; pour raffermir le crédit, U. Bertin admit lî^rriéré d^ns cet emprunt quelle que fût l'époque du titïlfii mèipe lorsque depuigf longues années il n'était p^;é ni liquidé. Au reste, cette liquidation se fajsait à des conditions meilleures si à la dette ancienne Ip créancier joignait un prêt nouveau.

Sans doute l'intérêt de la dette augmentait dans des proportions considérables, mais par l-^fifet ds l'amortissement naturel (la mort) , le capital dPYgJt s'éteindre dans un temps limité, (l^e calcul ét^it Mi sur la moyenne de la mortalité, 33 ans.) Le cpntçp^ leur-général pensait que, dans la pénurie du Trésor, quand il fallait pourvoira la (j^fense du rpyaujpç po guêpe avec l'étranger, le suprême et le plus haut devoir de l'Etat, était de ne pas laisser les troupes san3 pain et sans solde : pour la première fois depuis le moyen-âgp, on vit le Trésor négocier des emprunts avec les juifs. M* Bertin s'adressa à la communauté des Israélites de Wetz et de l'Alsace, qui prêtèrent à l!État \Q millions, à un intérêt composé s'éleyant jusqu'à %k p. O/o par an, sous la garantie des r(5vonus des deuic provinces.

Pour pourvoir actuellement à des paiements d'intérêt si élevés, le contrôleur eut recours à l'impôt d'un nouveau vingtième de guerre, comme conséquence des armements de l'Europe; trois vingtièmes avaient déjà été votés après des lits de justice; le duc de Choiseul avait négocié avec le parlement pour en obtenir la sanction; il leur donna les Jésuites en échange du vote. Cette lutte continuelle avec les parlements était le grand obstacle à l'action du pouvoir; tous sentaient la nécessité d'en finir, et nul n'osait porter la main sur cette autorité irrégulière et violente qui empêchait la marche des affaires publiques.

Dans l'administration du contrôleur-général Berlin , on voit se développer les larges et fécondes habitudes des intendances, jamais oisives pour la protection du travail, des manufactures ef du commerce: on doit à M. Bertin l'institution des grands conseils, composés de manufacturiers et négociants , les écoles ovines et vétérinaires, les sociétés d'agriculture fondées dans chaque province, spécialement chargées de grandir et d'améliorer les méthodes; enfin le système des octrois, dans le but de donner des revenus particuliers à chaque ville pour s'administrer elle-

même : les villes ^'octroyaient les fonds nécessaires à cet effet, d'où était venu le nom d'octroi, institution municipale empruntée aux souvenirs de l'administration gallo-romaine. 11 faut dire à l'éloge du contrôleur-général Bertin qu'il fut un des plus nobles promoteurs des études sur l'histoire de France ; les collections vastes et riches de chartes et diplômes furent imprimées par les ordres du contrôleur-général.

Il tomba devant le parlement comme les autres ministres, tous impuissants pour résister à cette opposition bruyante et taquine qui rendait tout gouvernement impossible. Il fallait enfin la briser. M. Bertin, démissionnaire du contrôle-général, resta conseiller d'État : il fut remplacé par M. deLaverdi, issu de famille parlementaire, car le duc de Choiseul, esprit essentiellement à transactions et à ménagements, espérait, en cédant beaucoup à la magistrature, obtenir beaucoup d'elle. On fit une sorte d'ovation au nouveau contrôleur-général. Dans un de ces noèls de cour, la presse libre d'alors (1763) (recueilli par le comte de Maurepas, esprit si léger), Laverdi s'adresse à l'enfant Jésus, dans le berceau divin :

N'ayant de confiance Qu'au poupon nouveau-né.

De Laverdi s'avance D'an air tout consterné, bisant : « i^uîsclu'ên ce Jour Vous êtes mon oracle, Jésus, je me livre à vos soins; Pour subvenir à nos besoins U nous faut un miraclOé »

Ce mirafclè étdit difficile ^ bbtefair sâriS M tdloHté et Féiiei'gie suffisârites jiôùr aller dtbii att bdt. L'obstacle naturel fl'étâit-îl par toujours ddfaiS !è ^àrleliieht I il fallait le briser âtant tout. Laverdi louvoya, fît qùfel(|uès concessions aux écbtioinistes éûr le libre ôorWtnerfcè des grains ; riiOdifîâht lé jïrévôyalnt systètiie de Louis XV sur les gretlieH d'èltiôtidàncè, préparé et fécotidé psîMè^ sf)éculatiôris dilTi^ésor, systètoe souvent câlotanié p^t de ^làiies chrdniqUes et d'imbéciles histoires sul* le Pacte de famine! OUi, il y avait un contrôleur des grains au service du rcfi, mais c'était piour fhîre cbiictirrèncè aux accapareurs, afin que pat l'action d'un greniet d'abohdancè, lâ liberté du ôomnierce des gràîns n'aboutît pas k la spéculation et pltis tard au prii trop élevé des fcèréales. Laverdi contracta plusieuti^ èraprUilts à l'étfsdlger pour ne pas mécontenter les parlements; comme il appartenait à la magistrature , celle-ci enregistra quelques édits d'inlpÔti^,ët sfiéciàtëfUent un décime

^iiv lei ciiirà et slih les draps. Ofa aurait pu couvrii* le aéfldt pat rirapôt tërritorisil justeinent réparti, puis parlé tirtibtè et réfarègistremèrit : les f)2lrlemeritàirës tt'ea touliiretit à aucUtie cdfiditîdfa, car lès impôts auraient atteint leurs Hchèâ f)t6priét«s rdriciferès et àltérë leurs épiées. Lavèrdi, après (jùèlqùe tebps d'administration politique qui n'avait dotiné aiiciin résultât notable, offrit sa dénlissiôli (Jui fut acceptée: un petit ridêl de côiit résuma àiiiôi sa courte adtnihiôttâtîotl :

Le Roi dimanche Bit à Laverdi :

Va-t*eû lundi.

Ehl mon Dieu, qui ne se serait fatigué, dégoûté, de ces luttes stériles, incessamment renouvelées contre les parlements, sans atteindre un résultat ? Le système du duc de Choiseul avait ménagé les corps de magistrature pour en obtenir un appui ; fausse idée de gouvernement : quand on caresse trop Topposition qui fait obstacle, elle se grossit, se rengorge et vous menace. En politique il faut oser une lutte de front avec ce qui vous gêne ; en cette alternative, on triomphe ou Ton succombe, mais la position est

au moins aette. Le duc de Choiseul, esprit mitoyen, se contentait d'obtenir quelques votes du parlement, votes que la magistrature faisait payer bien cher par des refus et des remontrances et l'amoindrissement de l'autorité gouvernementale.

Ce fut avec la volonté arrêtée de briser cette résistance irrégulière que le roi forma le ministère du chancelier Maupeou. A ce grand et haut système se lie Tadminisiration dure et ferme de l'abbé Terray. La force et la volonté vont se manifester partout, dans la politique comme dans les finances, deux choses qui se prêtent un mutuel appui quand on pénètre avec quelque attention l'histoire des gouvernements

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