‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 4)Chapitre 23 sur 31 · LES ÉCONOMISTES · texte numérisé non relu

LES ÉCONOMISTES

Le côté trè^-reuiarquahle {^P l'e^pn^ de r^b|)é Tçirray, c-e§t qu'il fut es^entipllçmpnt pratique, condition indispensable pour réaliser \in système : quand qn veut gouverner m État avec tpute l'^flç;rgie d'une diçt^^ture politique, il f^uj; que les fina^çfis soient daq$ ))Qe situst^ipn ^i p£)^rai|e(qent nn^fnalfî qu'on n'ait aucun bespin de recourir avu ç\'Çi^\t : le crédit des particuliers ne s'accorde qu'à uup cpf Jaine douceur dans les voies du gouvernenaent, qu'ai çlps garanties qui résultent souyeut du Ub^^e e:^anieu çles comptes et par conséquent d'uu^ convocation ^t d'un vote d'assemblée.

Un des poalheurs, une des fautes d? )'avénemeqt de iftui§ XVI fut de ^e a^psirç^r s,sin^ çli^peyneflieut du i^yâtènie politique et financier inauguré par le chaneeliei* Maupeou et l'abbé Terr^^y : pn appelaç^t les ps^riemeut§, le 1*91 çoinprppit son §u|girité; ayeç

les économistes il abandonna les formes politiques de Tadministration traditionnelle, pour se jeter dans les nouveautés et les expériences heureuses peut-être, pour Tavenir, et toujours fatales au présent. Il est si difficile de résister aux entraînements de la popularité, à ces ovations qui saluent les pouvoirs en voie de se perdre I

L*écoIe qui se donnait le nom d'économiste faisait plutôt un grand bruit qu'elle ne jetait un vif éclat; elle écrivait, dissertait sur toute chose; enfin, elle formait coterie, ce qui est la force d'un système : quelques hommes qui se tiennent bien attirent à eux la foule oisive qui aime mieux accepter un système tout fait que d'en discuter les bases et pressentir les conséquences.

Les économistes, essentiellement écrivassiers, avaient pour chefs et pour organes le docteur Quesnay,Roubaud, Condorcet, l'abbé Morellet, le marquis de Mirabeau (l'ami des hommes, le père de l'orateur) : ils publiaient des livres, des journaux, parlaient incessamment du bonheur public, de la félicité générale. Les mots sont une monnaie d'or quelquefois destinée à la corruption des idées; quelles absurditésn*at-on pas fait passer à l'aide des phrases? Les écono-

mistes employaient surtout la méthode des statistiques, sorte de compte de hasard, jeté pour éblouir par des chiffres que nul ne peut vérifier. Ils prétendaient donner aux terres, à l'argent une valeur nouvelle; les formes de l'administration pratique leur paraissaient surannées; elles dédaignaient lecrédit, la banque; ils voulaient tout faire ressortir du sol, des produits, de l'impôt territorial, pour la paix comme pour la guerre ; quelques-unes de ces idées étaient justes , hardies , mais ils bouleversaient les intérêts acquis, les habitudes de tous, les formes du gouvernement traditionnel de la monarchie.

La popularité de l'école économiste se personnifiait spécialement dans Ânne-Robert-Jacques Turgot, esprit systématique, absolu, ce qui mène souvent à la domination sur les hommes : répétez à satiété une idée même absurde , vous êtes sûr d'être écouté. Après une éducation ecclésiastique reçue à la Sorbonne, après des études savantes et variées, Turgot fut pourvu d'une charge de conseiller au parlement de Paris ; il y soutint loyalement l'unité du pouvoir royal ; les idées d'autorité sont très-sympathiques à l'esprit de système; lié avec tout le parti philosophique, Turgot n'échappa pas à l'impiété du

XYill^ siècle ; sa position ou peut-être sop ambition politique lui imposait certaines formes précautiopneuses; il se garda sérieusement avec tous. Cependant Voltaire dans sa correspondance confidentielle, n'hésite pfis à placer Turgot parmi les fidèles sectateurs de TËncyclopédie.

Turgot tendit égalemet la main aux deux systèmes qui alors divisaient l'économie politique : l'un représenté par le médecin Ûuesnay dont j^ai parié; Vautre avait pour chef Vincent de Goumay ; le premier plaçait exclusivement dans la propriété territoriale le principe et le développement de la fortune publique; le second faisait du commerce, des manufactures, la source première de toute la prospérité des États; Quesnay bouleversait le vieux système administratif de la monarchie française ; Goumay attaquait vigaureusemeint la pensée protectioniste de Golbert en appelant la liberté du commerce.

Il y avait certainement du bien et du bon dans ces idées. Mais il ne suffit pas qu'un système soit juslo et vrai d'une façon absolue, il faut encore qu'il ne bouleverse pas les intérêts acquis, les idées admises, les habitudes prises : Ip progrès n'est pas une révolution, et (2'est ce que np campreas\U pasiTéf^ûle écono-.

niiste, ayi4fi avant iont du bruit, de l'éalat, du rpteutissqipept : Turgot en deyiqt le cprypbéfi, pt à l'agP

de 34 ans il fut appelé ft l'intenclHOQfl de ^ropges; il s'y agita beaucoup, sQuyent d'une facou ïntfixapestive, de manière à laisser des traces d'ijtiles amélioratieps et de brusques nouveautés. Ce fut dans cette intendance de Limoges que yint le e|»ercber la confiance de Louis XVI, émerveillé de tout le bruit populaire que faisait l'école éponomiste ^ecpfldée par les écrivains du temps : Q'Alembert, Condorcet, Itfarmontel, Bailly, Thomas, la Harpe, Condillac La pire cpndjtioft de? gpuverpements, c'est d'être les protégés des faiseurs de livres et de joumau:^ ; les écpyains présentèrent et imposèrent Ti^rgot comme le seul ministre à fortes idées.

C'était, au reste, un esprit peu étendu. Ce qui plaisait à Lpuis XYl dans Tufgot, c'était une certaine rudesse de formes et de costume, ces tendresses immenses, trè§-afficbées pour le bonheur public. Cependant rien ne fut plus médiocre que le ministère de l'avènement de Louis XVI, dans les mains de Turgot, Malesberbes, le comte de Saint-Germain, souç la direction futile du comte de Maure- V^'f Turgot, après avoir occupé six mois le déparr

tement de la marine, fut ensuite appelé à la surintendance des finances (24 avril 1774), Jamais choix n*excita plus de cet enthousiasme bruyant que savent préparer les coteries. Soyez médiocre, dissertateur persistant, et la fortune est à vous.

J'ai sous les yeux le premier mémoire sur les finances que Turgot adressa au roi Louis XVI, travail vulgaire assurément : le mémoire pose d'abord cet étrange axiome au milieu des grandes nécessités financières : « Point de banqueroute, point d'augmation d'impôt, point d'emprunt. » Alors où trouver les ressources? M. Turgot ne propose qu'un seul moyen, certainement très-populaire et retentissant, très-facile à prononcer, l'économie : « On doit supprimer, aux dépens même des services essentiels dans l'État, 20 millions par an; sans cette mesure prompte, indispensable, il n'y a pas de finances possibles. » L'expédient n'est ni neuf ni ingénieux : il a été au bout de la plume de presque tous les contrôleursgénéraux qui visent à la popularité.

Un État a des dépenses pourtant impératives, il est des économies qu'il ne peut pas faire sans désorganiser les services ; il doit se préparer à la guerre, améliorer les routes, embellir le pays, le grandir, le

fortifier ; si vous ne lui donnez pas les moyens de largement dépenser, il ne peut gouverner. Mais le mot d'économie caressait le cœur honnête de Louis XVI ; et voilà pourquoi M. Turgot l'employait si souvent. Le contrôleur-général n'eut pas une idée jeune et forte sur le crédit et la finance : loin de procurer des ressources au Trésor il dévora tout ce que l'abbé Terray avait recueilli dans sa prévoyance; il ne conçut aucune formule pratique, et un de ses actes les plus dangereux fut d'abandonner subitement le système des greniers d'abondance pour le compte du roi, que Louis XV avait établis. Turgot brusqua l'idée de la liberté du commerce des grains, qui alors produisit la famine et l'émeute, et avec l'émeute une violente répression. M. Turgot fit pendre les émeutiers pour assurer le triomphe de son système : car il n'y a rien d'impitoyable comme les philosophes et les esprits systématiques, ils tuent, afiament, jettent un peuple dans la misère, pourvu que l'opération soit accomplie selon la science et dans les conditions mathématiques.

Turgot fut l'instigateur de cette guerre des farines^ dont le duc de Biron fut le général. Paris mis en état de siège à cause de la cherté des grains, vit une

armée se déployer pour soutenir le système ébanbmiste; Turgoti de concert avec cet autre esprit étroitt passionné; que tempérait un peu diâ itiaiserie philosophique (M. dé Malesherbès); fit tehir dés lits dé justice» instituer des cours pirétôtales (iour imposer ses idées à un peuple qlii démandait du pâih; après avoir détruit les grëiiiers d'abondance^ ce fuirent les économistes qui jetèrent contre Ib roi Louis XV l'affreuse calonlnie; doilt on a tant parlé : ils l'accusèretit d'avoir 8[)éculé sur les grains ( ils idventèrent ce ihot de mélodrame, ie Pacte Ue Fhminèi dénohcé par un prëvôi intrigant et |)uni conime cet autre intrigant qu'on ap(ielait Latude.

Oui, rÉtàt spéculait sur le^ graihs pour que le peuple hiahgedt le t)aiii à meilleur marché^ en créant de grande dépôts dé blés et de farines qui pouvaient faire concurrence avec une spéculation odieuse ; systèttie qui, kdopté par l'empereur Napdléonj évita en 1811 et 1818 la plus fatale disette. Je né dil^ pas qde la libre circulation des grains ne sdit pas Un bon principe en la combinant avec lèS greniers d'abondancé ^di ëltipêdheiit leâ abus.

Lés économistes réprinièrent les émeutes violemment par la main du bourreau. Le maréchal de

Bit*bH rëçiit dé ce sanglant fracas le surnôhi de gétiêt»àl Farine, et Turgot tomba daris le ridicule quaiid 6ti le vit à cheval en perruque ronde pàrcbiirir les rues de Paris pour seconder le maréchal ûihi U répresàibil de Témëute des farines.

Biron, tes glorieux travaux, En dépit des cabales, Te font passer pour un héros Sous les piliers des halles ; De rue en rue, au petit trot, Tu chasses la famine.

Général digne de Turgot, Tu n'es qu'un Jean Farine.

Turgot et toute cette administration des économistes dévorèrent la popularité de Tavénement de Louis XVI ; ils n'eurent recours qu'à la violence ; le contrôleur épuisa en de vaines dépenses et en essais systématiques toutes les ressources accumulées par l'abbé Terray, le Trésor se trouva sans moyens de pourvoir aux services et sans crédit pour s'en procurer. Et ce qu'il y eut de plus curieux, les économistes ne se soutinrent quelque temps au ministère qu'en employant en secret les moyens administratifs de ceux dont ils décriaient en public les opérations : les greniers royaux réunis par Louis XV préservé-

Genève, Bâle et Neufchâtel. Les Genevois, caractères secs et actifs, se mêlaient plus ou moins à toutes les affaires de banque et d'argent; ce qui leur manquait de cœur comme protestants, ils le trouvaient dans les ressources actives de Tesprit de coterie ; tous les calvinistes se tenaient comme des hommes d'une commune foi. Les plus importants de ces banquiers, les Thélusson (Jacques et Isaac), Tun établi à Paris, l'autre à Londres, Français d'origine, étaient sortis de la patrie à la suite de la révocation de Tédit de Nantes; sous la protection du résident de Genève, ils étaient revenus s'établir à Paris; les Yernet, aussi . Français, faisaient presque spécialement le papier d'État, et dans cette maison de banque avait travaillé un jeune homme de grandes espérances, Jacques Necker, né d'une famille allemande depuis longtemps établie en Suisse. Autour de la maison Thélusson se groupèrent ensuite d'autres banquiers de moindre importance ; les Pache frères (établis rue Bergère) , les premiers Mallet père et fils (rue Montmartre] et Clavière, le plus actif, le plus habile de tous dans le mécanisme de la hausse et de la baisse des effets publics.

Au milieu de cette banque genevoise Necker avait

grandi : sa fortune était déjà considérable lors de ses premiers rapports avec le duc de Ghoiseul, et son salon devenait important. La considération méritée qu'inspirait M. Necker le fit nommer résident de la petite république de Genève à la cour de France, puis syndic de la compagnie des Indes, qu'il défendit avec courage contre les attaques des économistes, coterie d'intrigants qui voulait détruire tout ce qui n'était pas dans ses idées. M. Necker aspira au rang d'écrivain, sans sortir pourtant de sa spécialité financière, et il obtint le prix à l'Académie française, pour Y Éloge d^ Colbert. Dans un écrit très-remarquable, Essay sur la législation et le commerce des grains^ M. Necker combattit le système des économistes, qui afiàmaient Paris et la France, sous prétexte de la liberté du commerce.

Le salon de M. Necker était devenu très à la mode parmi les philosophes et les gens de lettres. Madame Necker réunissait autour d'elle les beaux-esprits du temps, Diderot, Marmontel, Grimm, Thomas, le fade faiseur d'éloges. Le château de Saint-Ouen, résidence d'été de M. Necker, était devenu une sorte d'académie vivante et animée; de très-jolis vers de Voltaire étaient adressés à madame Necker. C'est dans le salon

de Saint-Ouen qu'on avait voté une statue au vieillard de Ferney, vilain corps, figure railleuse, ce squelette enfin sorti des mains de Pigale. Tout était un peu extraordinaire dans ce salon de madame Necker, même une petite fille laide à faire peur, enthousiaste et pédante, qu'on était obligé de faire taire (elle devint depuis madame de Staël).

Mais ce qui assurait à M. Necker plus de force, plus d'avenir encore, c'est qu'on le savait maître d'une fortune considérable, et ce qui est souvent plus que la fortune personnelle, on n'ignorait pas son influence sur cette réunion de banquiers qui, par leur crédit, pouvaient assurer des ressources immenses à l'Etat; dans dix jours, cette banque ofirait de prêter 100 millions, par elle-même ou par ses relations en Europe. Ces considérations, puisées dans le développement du crédit, firent prendre à M. de Maurepas (on était à la veille de la guerre d'Amérique) la résolution de s'adresser à M. Necker pour lui confier la direction du Trésor. Tout en conservant à M. de Taboureau le titre et l'office de contrôleur-général, M. Necker fut le vrai maître de toutes les opérations financières (en 1775) ; il y déploya une activité considérable, aidé par le concours des banquiers

européens à qui il inspirait une haute confiance. Durant la guerre d'Amérique, si coûteuse à la France, M. Necker fournit à tous les besoins des armements maritimes; plus de 300 millions furent appelés par le crédit public presque sans efforts, seulement à échéances très-courtes, comme celle d'un papier de banque en circulation.

Malheureusement, M. Necker n'était pas seulement un financier distingué, il était aussi un esprit novateur, un écrivain à système politique, qui voulait remanier les institutions de la monarchie, et déjà il présentait au conseil une série de mémoires, d'abord pour la réforme des impôts (ce qui était dans ses attributions), puis pour un remaniement absolu des vieilles institutions politiques et administratives de la monarchie. Necker, quoique personnellement très-hautain, appelait l'égalité des conditions entre les ordres : clergé , noblesse et tiers-état; la transformation de la monarchie traditionnelle en un système provincial presque fédératif, comme les cantons suisses, idée fixe du parti protestant depuis le xvi® siècle. Ces projets hardis trouvaient des contradicteurs dans le conseil, surtout parmi les esprits d'expérience et d'application, tels que Mit. de Ver-

gennes et de Sartine ; M. Necker voulait dominer les affaires en expulsant ces deux ministres pour rester maître en définitive des résolutions politiques : il fal* lait à M. Necker un cabinet qu'il eût formé de ses mains et qu'il pût diriger à sa volonté.

Cette intrigue pour assurer la domination d'un premier ministre fut favorisée et conduite par le maréchal de Gastries. Dans le but d'arriver par l'opinion à ce poste de premier ministre, M. Necker publia le i^itneuxCompte^Rendu sur l'administration des finances. Le roi Louis XVI, avec ses tendances libérales, avait autorisé cette publicité, véritable innovation dans les finances de la monarchie : était-ce un bien, était-ce un mal que de faire connaître tout-à-coup la situation obérée du Trésor? quelle était la simple maison de banque capable de subir cette épreuve? On passait tout d'un coup du silence le plus absolu à la publicité la plus complète.

N'est-ce pas dans les matières de finances, toujours très-délicates, une question grave à examiner que de savoir s'il est bien essentiel de mettre le public dans la confidence des opérations du Trésor? Y a-t-il, je le répète, un établissement financier en Europe qui pût supporter une telle publicité? II faut

des secrets dans les affaires d'un pays comme dans les transactions privées : M. Necker,il faut le croire, publiait des chiffres non plus seulement dans un intérêt général, mais aussi pour préparer la popularité de son nom, manœuvre qui tôt ou tard lui donnerait le pouvoir.

Cette ambition de popularité se réalisa dans tous ses retentissements par le Compte-Rendu, qui devint pour M. Neckçr une force immense ; le peuple français se passionna pour ce long et ennuyeux factum. Les chiffres du contrôleur-général s'illuminèrent comme des idées sublimes ; les chefs de parti y virent tout un avenir de luttes et de passions; et comme le Compte-Rendu précéda la retraite de M. Necker , cet acte devint sa force et son programme d'avenir. Rien de moins positif, au reste, et de plus équivoque que ce tableau des finances du royaume : le ministre voulait prouver que, sous son ministère, les recettes excédaient les dépenses de plus de 10 millions et qu'ainsi tout restait balancé, assertion exacte si l'on faisait entrer dans les ressources les produits de l'emprunt; mais ce que M. Necker ne disait pas suffisamment, c'est que la dette publique s'était accrue d'un capital de plus de 430 millions pendant la

-2A8guerre d'Amérique, capital à échéances fixes et rapprochées comme des papiers de banque; le renouvellement exigeait en intérêt et commission 35 millions par an qu'il fallait couvrir par Fimpôt.

Telle était la véritable situation financière que laissait M. Necker. Après être entré si facilement dans le système des emprunts, il fallait de nouveaux gages offerts aux créanciers, soit par l'accroissement de l'impôt, soit par le remaniement du système domanial et des forêts, ou par le retour des domaines aliéniés, soit par le séquestre ordonné sur les biens de l'Eglise et les fiefs ; il fallait créer un papier-monnaie, une banque ou caisse d'escompte, et comme couronnement de l'œuvre, le roi devait consentir à la transformation de la monarchie traditionnelle, proclamer le système représentatif, afin d'obtenir par une chambre des communes française le vote annuel de l'impôt.

M. Necker remaniait en ce sens l'administration des provinces, en y constituant des assemblées pour le vote et la répartition des revenus. Le ministre n'avait aucun goût pour le beau système des intendants, gloire et force de l'administration publique; il était trop lié avec les banquiers pour n'être pas en riva-

f- lité d'influence et de fortune avec les fermiers-géné-

^ raux, les grandes existences financières de la mo-

\ narchie.

Un esprit d'innovation si hardi inspira des craintes sérieuse à Louis XVI, qui accepta la démission de

i M. Necker, car le contrôleur-général allait droit à

une révolution politique et administrative : assez de causes entraînaient la monarchie vers ce mystérieux et terrible inconnu. M. Necker sortit du ministère par la porte brillante de la popularité ; son salon ne cessa pas d'être le rendez-vous des philosophes et des beaux esprits. Voltaire écrivait à madame Necker ces vers charmants sur son mari :

Je Taimais, lorsque dans Paris, De Colbert, il prit la défense, Et qu'au Louvre il obtint le prix Que le goût donne à Téloquence.

A monsieur Turgot j'applaudis, Quoiqu'il fût d*un autre avis Sur le commerce et la finance; Il faut qu'entre les beaux esprits Il soit un peu de différence.

Voltaire, on le voit, ménage les deux écoles rivales et également novatrices I les économistes et les philosophes banquiers. Louis XVI à son avènement avait essayé des uns et des autres : avaient-ils produit de

sérieuses améliorations? le peuple en était-il plus heureux? Le roi revenait donc avec bonheur aux vieux éléments de la monarchie, c'est-à-dire aux habiles intendances pour Tadministration publique et aux fermiers-généraux pour les finances.

RENOUVELLEMENT DU BilL DES FERMES.

LAVOISIER. — GRIMOO DE ^ RETNIÈRE , FERMIERS-GÉNÉRAUX. -

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