‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 4)Chapitre 25 sur 31 · ÀCHÉTEMENT DES BARRIÈRES DE PARIS · texte numérisé non relu

ÀCHÉTEMENT DES BARRIÈRES DE PARIS

À travers tous les systèmes financiers des contrôleurs, la mobilité infinie de leurs idées, la tendance plus ou moins ingénieuse de leurs expédients, la compagnie des fermiers-généraux restait immuable et fixe dans ses bases, parce qu'elle reposait sur des intérêts privés qui ont une intelligence admirable des besoins et des situations. On peut se fier à eux pour trouver des expédients à chaque nécessité.

Cette compagnie composée d'hommes essentiellement pratiques ne se jetait ni dans les aventures ni dans les systèmes ; le rouage de ses opérations était simple et organisé de manière à produire des résultats immanquables. Chaque comité avait ses hommes spéciaux qui ne se préoccupaient que d'une seule pensée : la fécondité et le développement de chaque branche du revenu public. Jamais les fermiers-géné-

raax ne manquèrent à leurs engagements ; ils aidarent loyalement le Trésor dans toutes les crises et même les contrôleurs qui leur étaient le moins favorables; ils n'avaient ni rancune ni répugnance; ils ne voyaient que les affaires.

Le bail David expirant en l'année i780, il fut renouvelé le 28 septembre 1780, sous le nom de Nicolas Salazar; puis sous celui de Jean - Baptiste Mager, au mois de décembre 1786 ; il est essentiel de bien retenir le souvenir de ces baux de fermes, car ils furent le prétexte de ces étranges et fatales accusations devant le tribunal révolutionnaire, qui conduisirent les fermiers-généraux à la mort sur l'échafaudde1794.

Avec les noms des anciens soumissionnaires des fermes, on trouve dans ces baux renouvelés ceux de MM. Delaage, de La Hante, Paulze, Parseval, de Saint-Amand, de Saint-Prix , Taillepied de Bondi, d'Arlincourt ; tous appartenaient à la haute bourgeoir siede Paris, à la banque; quelques-uns avaient obtenu des lettres de noblesse, et comme tous les fermiers* généraux possédaient des grandes terres, des fiefs, vicomtes, marquisats, ils en prenaient légalement le titre, comme le faisaient les parlementaires (origine

de la nôblêBflê de flnanee et dé robp); la libérale Instllutioû de Tabbé Teiray, dont J'ai parlé, avait également établi une noblesse de commepce, d'arts : le roi déeernait chaque année vingt épées de gentilshommes à ceux des négociants ou des artistes qui avaient bien mérité du pays pour leurs travaux, leurs talents et leurs découvwtes.

U|ie des stipulations du bail df Nicolas Salasar avait été l'obligation pour la compagnie de construire un mur d'enceinte avec des barrières, pour la perception des droits de la ville de Paris : le texte du bail ne portait pas d'autres obligations \ la compagnie pouvait donc se borner à ftiire badigeonner en plâtre une muraille de pierres sèches, k suffisante hauteur pour éviter la contrebande; puis aux barrières construire de simples bureaux de perception pour les employés. Le bail n'imposait pas d'autres clauses, ïelle n'était pas la manière large et libérale dont les fermiers-généraux procédaient dans l'exécution de leurs engagements, car ils aimaient tes arts, le fhste. Jamais un fermier-général n'avait conçu une idée petite, mesquine ; et la compagnie tenait à cet esprit. Au lieu de s'adressa à un architecte vulgaire, à un maçon, la compagnie choisit un artiste

vfaiment origiqal et fécond» Cia|idertNiio|ii lAt doux.

Ledûux, né k Dormans an Champagne, élëve da Blondel et surtout de Servandoni (l'artiste éminant qui avait dessiné at exéouté la portail de Saint-^ulpice), avait profondément étudié les anciens; son imagination s'était pfissionnée pour l'art gréa et romain, expression de i^ pensée païenne, c'est-à-dire, de cet art qui s'attaahe à la déeoration extérieure : grandes rues, grands monuments, a?6C Toubli du bien-être (le l'individu. Rome était pleine de cirques, d'arcs de trion^phe, de palais, de statues et il n'y avait pas de maisons commodea pour la plèbe. Ledoux, qui avait débuté dans rarchltecture par les portiques des hôtels d'Uzès et de Thélusson, avait dessiné et construit Lucienne pour la comtesse du Barry et le temple de Terpsichore pour la maison de plaisance de mademoiselle Guimard ; il vivait conquis la renommée d'un fantaisiste remarquable; il rêvait toujours et dessinait merveilleusement ses rêves; une ibis, il avait conçu la pensée de bâtir une ville consacrée à la science, aux lettres, au commerce, cité fantastique ornée de monuments, de statues, d'hippodromes, de gymnases comme chez les anciens :

les fragments publiés du Voyage WAnacharsis avaient troublé bien des tètes; on ne rêvait que d'Athènes et de Rome. Les cartons de Ledoux respiraient une folie ingénieuse et féconde; on traite souvent de fou, le génie qui sort de la vulgarité.

C'est à cet artiste original et rêveur que les fermiers-généraux s'adressèrent pour construire les barrières de Paris : on peut penser si cet esprit dut s'emfiammer à l'aspect de la grandeur de l'entreprise. L'imagination toute pleine de la lecture des anciens, il ne vit rien d'assez splendide pour orner la vaste entrée d'une superbe capitale; il présenta son plan à la compagnie des fermes; la dépense devait s'élever à 50 millions ; la compagnie recula élevant ce devis fantastique, elle demanda un second plan à Ledoux qui fit un devis de 20 millions Je livres. La révolution l'empêcha d'accomplir toutes ses créations ; mais ce qu'il en reste encore suffit pour en donner une idée : à Passy, deux rotondes simples presque égyptiennes, surmontées de colossales statues ; à l'Étoile, deux bâtiments de fantaisie, au centre, un portique grec, un arc de triomphe et au rond-point, un cirque peuplé de statues, rangées en cercle comme dans les places

publiques ou les hippodromes de la Grèce ou de ritalie ; à Monceaux, de petits temples façonnés en rotonde, comme les chapelles domestiques élevées à Vénus, à Mars, à la Fortune, dans les rues d'Athènes ou de Rome ; ces temples se répétaient à chaque barrière jusqu'à celle du Trône, ornée de colonnes rostrales de la plus belle forme. A la barrière d'Italie, Ledoux construisait de vastes maisons à la manière des anciens, sur les modèles trouvés dans les fouilles de la villa Adriana, de Tivoli et de Pompéia.

Ledoux, dans son imagination antique, n'avait oublié qu'une chose, l'usage auquel les barrières étaient destinées ; elles devaient, en effet, servir de bureaux aux employés pour la perception des droits, aux soldats du guet pour maintenir l'ordre; et chose bizarre, c'était ce dont l'ingénieux architecte s'était le moins occupé; tout absorbé dans la forme, l'aspect et la perspective, il négligea ces détails, comme s'ils n'entraient pas dans son plan. Ainsi sont les artistes qui, trop épris de l'antiquité, délaissent l'art chrétien, protecteur des petits et des faibles; ce que le paganisme donnait aux larges voies, aux

formes , il l'enlevait au bien-être de l'individu, I- (5) 19

L'antiquité ne toyâit de I^tiUtUtiië 'qUe là[iai*lit*é; le pôljtéifimë élevait àeû nlonuments et tiégligeait le foyer; rien dé tniisérablé comme leâ liabiUtions de lA {llëbe et des esclaves à Roine : l'air et le \o\it leilr tnbnquaient.

Led barrières de f aris et leur vaisté ëiicbiiitë fUteht dfië des grandes causeis de ritilpb|iUlarité des fermiers-généraux; ce n'était pis eux poUrbiit qiil en avaient sollicité la constrUctibii. Le côntrâleur-gènérâl M. Bei*tiiij dominé pat» les Idées deâ êctiridmistés, le premier avait conçu la pensée de l'octroi; l*Dctrdi n'avait aucune similitude ateb l*iriipôt Volontaire i\ue les villeâ libres et municipales dû itioyèn-âge s*irii|{8feaiènt pour leur propre gtiuvernemënt : l'bctibi 'du îttit* siècle rie devait pas être èxclùsivëitièilt &pp\ïque aux besoins de la cité, il ëtttrail pddf iitië part dails les revenus de l'État, destiné au payement de là délie, pensions, rentes de THôtel-de-Villë créées pal* \ei édits du roi.

Une fois le revenu assuré^ bn le donha eii ferriië : «'était ^habitude du temps: les feftaierâ-gênéhàUx rie firent que nlettrë en valeur la pensée dd coritrôleur-général Bertin, expression des économistes : et contré eux cependant s'élevaient les clameurs des

iiiiiltitUaéâ ; bu Mt fil MiÂ^ tiu tmh âê la splendeur artistique qu'ils avaient déployée dans h ëôti- !Sti*uctibh thonumentàlé des b&tlHierits tjui Mettaient lie bureaux; il y avait iej^i liëUeâ de niursiiilë fiaff^iietneht ètêcdtéé eii triolns de deux kns : j^âriâ Se crut et se dit ëmfiHsonné. Aprêâ avoif* jeté iqUélqùës ^Plaisanterie* côhtté feettte cHettiisë de pierre, qUl l'ëtilàçait dànâ ^a libëHé et ses {ïlkisirs, lé |)ëuplë de Péris àë hiît eli bblèré cônttë Toctrôl. tes drbit^ {IdWtant n'étàiètit pàâ cdtiâidéràbleè ! La pièce de Vin pâjfalt ë litfë^ et h tîaHdë 10 Ms lè t|biiilâl. Les bdi»rièl^eâ dé^îiirëiit désbbmàîâ Uii pl^étextè et Kn théâtt^é de Méditions : des ijUë rin^tUtitlbH fJtëVbyâtile deS grehief§ d'âbbhdàHcè, pfodtiit flë rachat deS blés pcillr lé compte du M; ëUt été dédbnëéë cbditiie tih pacte de famihe û (|Uë Louis XVI j éiit rènoricé, il Se fit dès accaparements sous le niâhieàii dé la liberté. Lé pri* du pain s'accrUt cdnsidérablertient ; M fdridès fflânqufereiit sbr les tnàfchés. Les hiêëbiltents pUrfeht fôire des disettes tiëticëS; et les côhsplhiëbrS he ttldùqtiètent paS d'emplojrër le nlbyén d'àffaihët et de soulever le peuple. Les gretllërs poill* lé cttihpîe du f*oi étaient calqués sUi* le modèle dël^ greliiei'à de }»SëpIl en Égjfptél Apres lé» Sép{ SBilèês

grasses, les sept années maigres ! Quoi de plus prévoyant?

Quand la sédition éclata violente, sa première irritation se porta contre les barrières, on tenta de les brûler, d'en chasser les gardes et les commis; on prit en profonde haine les traitants et les fermiersgénéraux ; et cependant ce n'était pas eux qui avaient établi les droits ! Ils étaient même intéressés à ce qu'on n'en créât pas de nouveaux, afin de mieux exploiter les anciens qui leur étaient concédés.

Tel est l'esprit habile et actif de la spéculation dans de hautes intelligences, que malgré les dépenses considérables que les financiers avaient faites pour la construction des barrières et du nouveau mur d'enceinte, ils gagnèrent des sommes immenses par la hausse du prix des terrains. J'ai dit que Bourret et Beaujon élevèrent la plupart des hôtels du faubourg Saint- Honoré. Laborde acquit tous les terrains vagues et mal habités des Percherons et la rue Basse-du-Rempart. Paulze et Saint-Amand firent de belles constructions vers la rue Bergère, la demeure d'un certain nombre de financiers. La spéculation s'étendit même à la rue Gharonne et au faubourg Saint- Antoine pour la construction de vastes fabri-

ques et usines. La puissance active et féconde de l'argent est si grande qu'il trouve une source de richesses dans les dépenses même. La véritable science du financier consiste à combiner une opération de manière à la faire toujours produire, alors même que son principe exige une mise de fonds considérable : il n'y a pas de mérite à gagner de l'argent dans une opération régulière ; le talent consiste à faire des bénéfices dans une mauvaise affaire et de tirer l'argent de l'abîme profond où on l'a jeté à pleines mains.

LES gOTELS ET RÉSIDENCES CES FIN4NqiERS.

Au ipoment où le système des ferpiierç-généraux va (Jisparître devant de nouvelles idées et de nouveaux inté|:èts, un travail historique reste à faire s\ir le génie de c^s vieux financiers.

Les beaux hôtels disparaissent chaque jour pour faire place à un luxe uniforme et bourgeois de maisons garnies et de cafés : c'est à l'école économiste j aux souvenirs de Turgot qu'on doit cette monotonie puritaine sans éclat, sans goût, sans initiative, qui ne laisse rien au génie de l'artiste ou aux caprices de la fortune. De là ces grandes casernes qu'on appelle palais, ces longues murailles blanches, ces pigeonniers à mille croisées, ces boiseries vernisées; de l'or sans l'éclat bizantin, de l'argent sans les ciselures florentines, des couleurs sans l'art immortel qui les anime , des meubles sans la gravité des incrustations de Boule ou la fantaisie de l'école Pompadour.

Ce gui distJQgiiait récpje financière du xvnr siècle, c'est le grand art de savoir dépenser : qui sait dépeifser aujourd'hui? pq ^e se r^ine jamais par I^ générosité du caractère, mais par la prqd jgalité grossière et Ips étpurdisseroent^ qui arriyept aux I^qugi^ enricl^is. II ipe parait utile après avoir tant p^flé des fermieri^-généraux, dp jeter un regard en ^rrièrp et d'ex^jfpifier comme antiquaire, les quelquesj restp$ de leurp lipUp? demeurps pt de rppppstruirp ainsi le Pjiriç dp§ fern^iprç-généraux.

Lp plus ancipn hôtel fies fioanpiers du xvni'' sjèclp, fut cplpi que Crqzfit fit élever ^}\t le terrsjfl fie la Grange-Batelière, ce fief (le l'éypqiip <|e Fari^ , alors couvert de jardins et de marais : Grozat qui avait accr|i sa fortune 9PUs l'admini^tratiQ^ dp Ph^' mill^fd , fif élever en 17P4 un véritable palais? près 1^ pqrte ^ontpdîirtre, sur plus de neuf arpentsi du terrain qui naguèrp fprmait up cloaque, autour d'un égPUt : cet hôtel se cpmposait d'un pavillon dp cpptrp aypc ffpv^x ^iles splendides et un magnifique jardin avep tprraçse, orç^ngerje coipme à VeF^^j|lp$ qui se développait à la suite de l'hôtpl, pt ppur ][ parvenir, cp|i)me il fallait passer le ren^part oi) lp bpuley^rd» Prpz^t fit perper un long sputerraiu,

comme une grotte de Neptune tapissée de verdure, éclairée par des jours admirablement disposés ou par des jeux de lumière à travers le feuillage, sorte de temple peuplé de statues. Crozat mourut vieillard avec le titre de marquis du Châtel et de trésorier de l'ordre du Saint-Esprit; véritable créateur de la colonie de la Louisiane il avait obtenu le privilège du commerce pour cette grande colonie ; il eut pour fils et héritier Télégant numismate et antiquaire Crozat qui consacra sa fortune aux arts : son cabinet devint le plus riche, le plus beau du monde, et il publia le recueil si rare du cabinet de Crozat tant recherché des amateurs.

Derrière l'hôtel Crozat s'étendait un vaste cloaque, sorte d'égout dont la source était à Montmartre. Il fut acheté par le fastueux Bourret, l'excellent fermier-général : quelques-uns disent qu'il lui fut donné gratuitement par le roi, à la charge de l'assainir : tant il y a que dans les mains habiles de Bourret ce terrain devint de l'or; il le céda en partie à Benjamin Laborde, tandis que lui faisait construire quelques-uns des beaux hôtels qui parent le faubourg Saint-Honoré autour du palais

qu'habitait madame de Pompadour près , des Champs-Elysées.

L'hôtel Laborde nouvellement construit était aussi situé dans la Grange-Batelière ; là s'élevait aussi celui de M. Lenormand d'Étiolés le mari de madame de Pompadour , avec vue sur ce boulevard. Souvent à cette époque les fermiers-généraux, les financiers changent de demeure ; ils suivent en cela leur caprice, leur fantaisie, une des plus douces conditions de »la fortune, car ces caprices permettent de déployer tout le luxe des arts et de l'ornementation.

L'hôtel Lambert si bien dessiné, était tombé aux mains des fermiers-généraux. Dupin l'habitait et c'était une belle demeure : les galeries étaient l'œuvre du plus remarquable des architectes, Levau et les peintures de Lesueur et de Lebrun ; quand cet hôtel passa des mains de Dupin en celles de l'opulent fermier-général de La Haye, le nouveau propriétaire dépensa près d'un million en objets d'art, de peintures, meubles et ornements : il fit ainsi cette merveille qui reste encore debout comme un souvenir des splendeurs du passé.

Dans la nouvelle rue Grange-Batelière, on pouvait

au49i remarquer le bel hôtel du fermier-général d'Àu? gny, bâti sur les dessins du plus habile des yieui^ architectes Brisieux; les jardins s'étendaient jusqu'au faubourg Montmartre, vers la rue Bergère, avec de magnifiques bains de marbre comme dan§ les villa de Rome, des écuries pour 60 chevaux, un nianég^ pour l'équitation, une laiterie sous un chalet suisse, et cette demeure princière était sculptée par Pineau. Tous les miroirs et trumeaux venaient de Venise ; les dessus de porte, les devant de cheminée, les ornements des glaces étaient l'œuvre du Lorrain, de Huilleot et de Boucher. Aujourd'hui quelques-unes de ces magnificences ont résisté au temps et aux hommes; l'hôtel d'Àugny qui avait appartenu quelque temps à un banquier espagnol, est devenu le bâtiment froid et administratif de la mairie du deuxième arrondissement. Les beaux jardins ont disparu et tout un quartier s'est construit sur les charmilles de l'hôtel.

À l'extrémité du feubourg Montmartre était la petite maison d'un autre financier, Gaillard de la Rouexière et ce qu'il appelait son appartement de garçon. Tout l'hôtel se composait de dix pièces et il avait dé< pensé 1QQ millp Uvr^^ pour h$ seulitis glacqs et tru-

me{)ux,pt 25 mille Uvres pour ]es simples ornements de ses pheminéps.

En face de l'hôtel d'^iJignyï é\^\t le p^itif; p^l9i§ Laborde qui lui était réc^mmept resté dps spépy-: lations Cboiseiil , sur la yppte d^s tp^raips ç^] s'ér tepdsiient du boulevard jusqu'à la rqe NeuyMps-: Augustiqs. Les jardins de l'hôtel L^hprçle s'étepr daient v^rsla montée des Martyrs; un peu ^rtiste, un ppu homme dp le|;trp, Laborfie était ^^m spéculateur, il vendit tous les ferraing qui forment aujourd'hui les rues (|e Provence, d'Artois (Laflptte), |^ rup Chantereine (emprunté au latin, chant des grenqui|r le8),autfefoi§ufl marais. Pientôt plusieurs bqtgjs s'é- Ipvèrent daps cette J)pllp situjition : sfp centrp de la rue Lepelletiep, dapsjft ri^e d'Artoi? pn remarquait; celui de M. Saint-JpUien, recpypur-g^l^énl îîu plpr: gé ; et un ^ujrp hqtel gp coin dp l?i rue de Proypnpp et cl'Artpjs fuî; un n^Qfqppt habjté p^r (îrin^o4 de }^ Rpypière ; il le quitta pour Ips Champs-]^ lyi?éfiS-

L'antiquairp quj aimp ^ ife^nueif Ips ruiner ^n passé est prpfppdément épip lorsqu'il pagsp 4f:Y3Bf l'hôtel magnifique 4ps houley^rds gu'oecppe apjopr*^ d'hui le Jockey Çllul). U yiyajt ^p xyur ^j^file p» de^ plus riches et des plji§ jiQîjpr^bleg^flai^çlgr?! pg^

lui surtout qui savait le mieux employer sa fortune ; H. Delaage, issu de famille de gentilhomme , dépensait avec une générosité qui n'avait pas de limite, trouvant un plaisir infini à donner presque à la manière des roj^ : le jour que son fils avait percé sa premiëre dent, Delaage acheta comme cadeau à la nourrice, la maison qu'elle habitait avec vingt arpents de terre : il disait que la fortune n'était utile que par le plaisir qu'on avait à la distribuer. Delaage était vieux déjà lorsque la révolution éclatant vit compromettre son existence. Nous le retrouverons sur l'échafaud.

Je ne veux pas assurément faire l'éloge absolue de ces grandes prodigalités financières : Saint-James fit banqueroute après les mille folies qu'il plaça presque à côté de Bagatelle de M. le comte d'Artois; Bourret fut ruiné par ses adorations fantastiques et sa loyauté enfantine ; et le crédit de Laborde fut plus d'une fois compromis par ses spéculations et ses largesses. On peut blâmer et railler les prodigues amants des filles de théâtre , de ces créatures fardées, la Gogo, la Guimard, la Duthé ou la Prairie; Dieu le leur fit expier rudement; mais je dis, que dans cette classe de financiers il y avait un senti-

ment artistique, un goût raffiné pour le beau, Télégant, le splendide qu'on ne comprend, ni on n'imite dans un siècle de petites fortunes, de petits cœurs, de petites largesses, de petits vices. La juiverie du moyen-âge tend à se reconstruire; et voilà pourquoi l'esprit chevaleresque s'est réfugié dans l'armée I

At)MΫtSTftATlO« POLlTlOtlÈ Et Fif^AKCÎÈftË DE M. DE BRIENNE;

Le franc et loyal système du comte de Galonné s'était appuyé sur des idées nettes et pratiques en matière de crédit public : l'impôt territorial et l'emprunt accompli dans des proportions décroissantes, de manière à ce que dans l'espace de dix années le déficit fût entièrement effacé par un simple amortissement de la dette. Pour couvrir immédiatement l'emprunt, M. de Galonné n'avait pas même besoin de s'adresser aux banquiers; les fermiers-généraux en renouvelant leur bail fini en 1788 offraient de fournir 100 millions d'avance en numéraire ou en billets de fermes négociables à la caisse d'escompte ; ils ne demandaient en échange que de prendre à bail l'impôt territorial, dont la perception leur serait confiée pour cinq ans.

M. de Galonné tombé devant l'opposition des notablesj^es parlements et les taquineries de Monsieur,

comte de Provence et des princes du sang» les fmanfcéB furent eoiifiées un moment à M. de Foili'queuxi nbtïi des intendances ; mais les notables^ au lieu de voter leâ l^essouroes nécessaires aux services, efalevèreot toute forcb morale au pouvoir paie des discussions politiquesi et enfin tous les moyens de crédit au Tré^ sorjiàr de longs gémissements iUr la misère pUbliquè. Il fallait pourtdntpoUWdir àlix nébessités urgentes du service ; les fermiers-géhéraui répétaient : « qu'ils É^ eontëntëraient des deux édits sur rimt)ât territorial et sUlr le timbre podf coutrif inlmédiatëmetit le dé«fldt: >i Lê!d bâhquierfe, eux aUàsi^ offraierit les avan^ cei^ néceàâaires ; seulement ils y mettaient pour eon*ditioii le rappel de M. Necker avec lequel ils avaient conclu toutes les opérations financières de Tavéhemeilt de Louis XVI et de la guerre d'Amérique. Mais le rappel de M. Necker au ministère était tout un chaugeitienl pdlitique. Le rdi avait une juâte crainte d'inîiovër dailis les aneienneiS fbrities de la moharehife de Louis XIV*

Dans le but de tenir un juste milieu^ le i-oi Confia l^a affaires à M: cle ËHeune, sirehevêque dé ToU-^ louse, prélat mondain, philoàdphe à la manière de Tàbbé Talleyrand et qui, parmi les notables, s'était

fait remarquer par une certaine opposition à M. de Calonne : il avait parlé de couvrir le déficit par les retranchements et les économies. Ces sortes de propos donnent toujours une certaine popularité. Les notables ne votèrent rien ; cette assemblée tout en parlant d'économie avait coûté, pendant son séjour à Paris, â millions 500 mille livres : chaque député avait reçu une indemnité de 8,000 livres; tousTavaient parfaitement émargée, même M. le premier président d'Aligre, possesseur de 700 mille livres de rentes en fonds de terre : ce que produisent de plus clair les assemblées politiques, ce sont des paroles pleines d'aigreur et de séditions, puis les dépenses pour indemniser ceux qui préparent les agitations publiques.

Autour de M. de Brienne, le roi composa un conseil des finances avec M. le duc de Nivernais, les maréchaux de Gastries et de Ségur, partisans des innovations, le marquis Dossun, le baron de Breteuil, comte de Montmorin, de Malesherbes, M. de Fourqueux, de Yilledeuil, d'Ormesson et Lambert : capacités considérables du conseil d'État, et qui tous connaissaient parfaitement l'administration publique. ta mission qu'ils reçurent pour obéir au vœu desi

notables, ce fut d'opérer des retranchements et des économies.

Que d'élégantes et antiques choses furent alors supprimées pour arriver à ces petitesses 1 Que de prestiges enlevés à la royauté, telle que l'avait comprise et constituée Louis XIV ! la petite écurie, haras de choix pour les chevaux de race, la noble fauconnerie, suppression à jamais regrettable : depuis, où se sont envolés les fiers oiseaux éperonnés que portaient au poing varlets et damoiseaux au moyenâge, et que cherchent aujourd'hui en vain les débris de la société élégante I On détruisit les louveteries à Paris et en province, privilèges des gentilshommes dans les manoirs de France : on licencia les belles compagnies des chevau-légers de la reine, les mousquetaires noirs et gris que Turenne et Villars avaient commandés dans les grandes journées : les gardesdu-corps même furent considérablemeni réduits. Le roi vit ses chenils, ses faisanderies, ses meutes, l'admiration de l'Europe, vendus à l'encan. Ce fut pitié de considérer ce système de vilenies, commandé par les novateurs mesquins et bourgeois. On alla plus loin même : on délibéra sur la vente prochaine du

château de la Muette, des bois âh Vincennes, des i. (5) 20

ohàteaux de Choisi et de Blois, par petits lots (le terres ; on supprima les encouragements et les pensions que faisait la reine à Gluck, Piccini, Greuze et David ; on cherchait la grosse popularité par des ladreries colportées avec le ballot des constitutions mises à la mode par tous ces remueurs Francklin, Lafayette et Washington. A travers ces misérables retranchements il fallait arriver aux voies et moyens, et la chose n'était pas possible sans l'impôt territorial et le timbre tel que le comte de Galonné l'avait demandé aux notables; le conseil du roi se consulta lon^emps et l'on crut répondre à l'opinion générale, après les économies retentissantes, en recourant à la vieille formule de l'enregistrement des édits d'impôts par le parlement. On n'avait pas assez calculé les mauvaises tendances de l'esprit de corps et l'action de l'opinion bourgeoise sur les parlements qui aspiraient à la popularité et à une direction politique dans l'État. Il y avait alors assis sur les bancs de la magistrature une foule de beaux esprits, tels que Lepelletier de Sçjint-Fargeau, d'Esprémenil, Fréteau, Sabatier de Cabre, Malesherbes, gâtés par les lectures les plus hardies, aspirant à la vie politique du parlement d'Angleterre.

Il sufiit que le conseil du roi se fût adressé m pstr-t lement de Paris pour que celui-ci invoquât solenneller ment de larges prérogatives. Pour l$i première fois, avant de donner son enregistrement, le parlement déclara qu'il esçigeait la communication des comptes de finances , immense innovation, car les cours de justice aspiraient ici à l'administration publique ; le roi manda les magistrats à Versailles, où il tint un lit de justice, et le parlement en masse fut exilé ïi Troyesf avec des formes très-sévères. Oh ! que I^ouis XVI dut avoir alors de regrets de s'être séparé du système de Louis XV, puis du chancelier Maupeou qui avait ^^ tiré la couronne du greffe, et du système financier de l'abbé Terray qui avait coniblé le déficit par de v}-» goureuses restitutions I

Une fois le lit de justice tenu et le? exils pronpncés, le roi ne devait-il pas accepter les proposition^ des fermiers-généraux qui offraient l'argent nécessaire au Trésor, pourvu qu'on leur cédât la perception des nouveaux impôts créés par les édits? Hommes de finances très-pratiques, les fernoiers-généraux déclaraient : « qu'ils se contenteraient) pour lever l'inipot, de la publication des édits, tels qu'ils avaient été arrêtés dans le conseil» et que pour eux l'enregis-

trement par lit de justice leur suffisait comme formes légales; en vertu de ces édits, il se chargeaient de répartir l'impôt et de le lever sans grande contrainte dans les provinces. »

Le conseil des finances n'était pas de cet avis, et à défaut de la sanction parlementaire, il avait décidé qu'on s'adresserait à la cour des comptes pour obtenir l'enregistrement que la magistrature refusait. Les intrigues se développaientplus puissantes qu'elles n'avaient jamais existé : le duc d'Orléans faisait déjà une opposition publique ; Monsieur, comte de Provence, malgré son gros ventre, essayait un rôle de petit frondeur; le seul comte d'Artois, loyal et franc jeune homme, soutenait le roi. Il avait dit un mot plein de menaces en présence des séditions : « Avec dix livres de cordes je viendrais à bout de tous ces mutins. » Un gouvernement fort n'a pas besoin de sévir pour obtenir l'obéissance, il lui suffit de faire savoir qu'il le peut si on lui résiste.

Pourquoi n'acceptait-on pas les offres des fermiersgénéraux ? Ceci tenait encore à une intrigue dirigée par M. Necker qui disposait des banquiers de Paris et de l'opinion publique fort tendue, appelant la convocation des états-généraux, idée fixe de queN

ques gentilshommes brouillons, niais ou ruinés, de la * bourgeoisie parleuse, idée qui descendait alors de la basoche chez le peuple. Les offres que faisait M . Necker différaient de celles des fermiers-généraux en ce que ceux-ci ne demandaient aucune concession politique, rien qui pût changer l'ordre antique de la monarchie , la hiérarchie des droits de la couronne. Il n'en était pas ainsi du plan de M. Necker et des banquiers ; ils exigeaient une satisfaction immédiatement donnée à Topinion publique et offraient toutes les ressources nécessaires au Trésor, à la condition que les états-généraux seraient convoqués. Les banquiers savaient que la situation devenait de plus en plus délicate : il fallait en finir, car le Trésor était vide, le déficit ne se comblait pas et la caisse d'escompte était à la veille de suspendre ses paiements. Dans ces circonstances graves les fermiers-généraux offrirent encore leur crédit à l'État, en se chargeant de toute la responsabilité du nouvel impôt territorial, du cadastre des terres du royaume; ils offraient de renoncer à la gabelle et au droit des barrières, ils renouvelaient l'offre du prêt de 100 millions écus et de 50 millions en billets de fermes, garantis par la compagnie à trois et six mois d'échéance. Le conseil

n'osa point accepter, car l'émeute commençait à gron' der et M. de Brienne disait au roi qu'il n'y avait qu'une solution possible dans la crise imminente, le rappel de M. Necker au ministère et la convocation des états-générauX.

Si M. Necker n'avait été qu'un banquier, chef d'une compagnie financière , il n'y aurait eu dans son avènement au pouvoir , qu'un moyen de grandir le crédit; car c'était un esprit fertile en ressources ; il inspirait confiance aux banquiers, et il pouvait, par leur concours, procurer 150 millions au Trésor par Genève, Hambourg, Amsterdam, Londres et Gènes; mais il y avait dans M. Necker plus qu'un banquier ; sa vanité politique l'avait créé chef de parti. Son avènement au ministère était un engagement pour la convocation des états-généraux, grave épisode dans la constitution de la monarchie, qui allait perdre la politique et les finances de la France.

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