‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 4)Chapitre 7 sur 31 · SURINTENDANT DES FINANCES · texte numérisé non relu

SURINTENDANT DES FINANCES

Les croisades qui donnèrent une si grande impulsion au commerce, créèrent l'importance des ban* quiers italiens : les villes telles que Pise, Gênes, Florence, fondèrent des comptoirs à Chypre, Constantinople, en Morée. Ces comptoirs eurent ensuite des agents dans les principales cités de France, à Marseille, à Lyon, et à Paris même en leurs magasins de la rue des Lombards.

Les Florentins surtout furent d'habiles prêteurs d'argent, souvent fort usuriers, mais en tous les cas très-actifs, très-ingénieux dans les moyens de s'en procurer ; les Médicis s'étaient élevés à leur royale puissance par de l'argent. Maîtres de la République de Florçnçe» ils traitèrent d'égal à égal avec les sou««

Zamet donna aux princes, d'une somptuosité incomparable; on en rapporta le duc de Mayenne dans un état complet d'ivresse.

Zamet qui aimait les plaisirs, fut néanmoins un esprit très-sérieux, mêlé à toutes les négociations importantes de l'époque : contraste qui se produit très-souvent dans l'histoire ; il n'est pas besoin d'être sec, ennuyeux, et même de s'ennuyer pour bien conduire les affaires d'État et même ses propres affaires. La fortune immense de Zamet le mettait dans cette situation heureuse d'être utile à tous les partis, et il usa de toute son influence sur la Ligue pour la rapprocher de Henri IV; il agit dans ce dessein avec plus d'efficacité que le duc de Villeroy, car c'est Zamet qui fournit à Henri IV les écus au soleil qui apaisèrent les chefs du mouvement populaire, depuis le duc de Brissac jusqu'au duc d'Elbeuf. L'argent est une puissante solution dans les difficultés de toute nature.

Sans aucun titre ostensible que celui de banquier, même de traitant ou de financier de la cour, Zamet vécut dans la plus intime familiarité avec Henri IV ; le roi venait souvent habiter le bel hôtel de la rue de la Çeri^ie, si ricbepiçnt, ci commodément mw-

blé que nul palais ne pouvait lui être comparé : <( Le lundi, 10 février 1597, le roi arriva à Paris, dîna et coucha chez Zamet, » ainsi parle le Journal de fÉ^ toile. C'était sa coutume, parce qu'il s'y trouvait bien avec toute l'aisance italienne, glace et fraîcheur l'été, vin de Chypre et large cheminée l'hiver.

Zamet possédait un admirable caractère de patience et d'espérance, qui ne boudait jamais devant les situations les plus difficiles ; le surintendant Sully, on le verra, tout en s'enrichissant d'une façon fabu* leuse, grondait toujours Henri lY sur ses dépenses personnelles ; Zamet fournissait tout au roi sans mot dire : les pertes au jeu, les bagues aux mattresses, l'argent nécessaire pour apaiser Huguenots ou Ligueurs; il restait ainsi au mieux avec tous les grands seigneurs, Bassompierre, d'Elbeuf, d'Épernon ; et il ne perdait rien dans cette circulation ha*bile de l'argent qui, en définitive, des mains de ces prodigues, revenait toujours au trésor.

Zamet savait se faire rembourser au temps voulu, lorsque l'argent est facile, avec une entente merveilleuse des occasions. Quand Henri IV mettait un impôt, créait des charges nouvelles, le banquier se les faisait céder moyennant des avances nécessaires

dans la gestion de la fortune publique; de cette manière il apaisait les guerres, les mécontentements : y avait-il une affaire difficile à négocier, le roi ea chargeait Zamet; Thabile banquier avait la confiance des plus }iautes et des plus puissantes familles : il eut la gestion de |a fortune des Montmorency.

C'est dans Thôtel de Zaniet que Gabrielle d'Estrée sentit les premiers symptômes de la maladie fatale qui Tenleva subitement, à cette époque d'empoison* nements étrange^ ; et quelques soupçon^ pesèrent sur le banquier; le protestant 4'Aubigné les rapporte avec sa méchanceté froide et accoutumée ; mais Sully, tout hostile qu'il puisse être au banquier du roi, le vengea de ce soupçon. Henri lY ne cessa pas un moment de l'estimer, de l'employer dans les négociations de l$tfin de son règne, même pour l'examen des actes du concile de Trente, et les traités avec le duc de Savoie. Zamet avait sous sa main les banquiers des papes et des princes italiens; il tirait sur eux des lettres de change^ payait pour leur compte à Paris et maniait avec habileté toutes les négociations d'argent; à cette occasion il fut créé baron de Murât et de Billy. (C'est ainsi que depuis a été désignée sa famille.)

Zamet conclut le mariage de Henri IV avec Marie

de Médicis ; fort lié avec la haute Itanque de Florence , il leva toutes les difficultés sur les questions de la dot ; il fit des avances aux Médicis et 4P" vipt le surintendant de la nouyelle reipe. A sop grrir vée k Pâri§, la reine Marie yint habiter dans Thôte! de la rue de la Cerisaie, toujours eipbelU de ppuvelles richesses et des plus splendid^s élégances; elle y demeura quinze jours durant, jusqu'à pe qpe les appartements du Louvre fusseqt préparés (janvier 1600) ; elle préféra toujours Tbôtel Zapiet k tops les palais de la capitale.

Après la iqort de Henri IV, cette faveur continua. Oq lit; dans les mémoires de Sully : « Ou ip'avertij; que la fpine dînait chez Zamet ; je ne doutai^ p9s que ce fût lui faire ma cour que d'aller Is^ trouver dans cette maison. >> Esprit habile, éminept, Zapiet ne sut rompre avec aucun parti ; il ployait et pe t)risfij( pas; il était au mieux avec le maréchal et la maréchale d'Ancre, italiens comme luin et avec les ducs d'Épernoq, de Guise ; il avait en $es mains les Panari (argent). Gomme disait Goncini, <( fivec ce ppissant levier on arrive à son but. »

Ge qui doit être loué chez Zamet, c'eat Tamour iufmi des arts ; il surveilla et pr9tégea leg bâtimepts du

roi, leur somptuosité, riche et belle ; il sut particulièrement meubler un hôtel, l'approprier, le rendre commode ; il dessinait lui-même les jardins, les pavillons, les escaliers, les appartements, les vestibules à ritalienne ; il suivit la construction de la Place- Royale, du Luxembourg, création florentine ; on lui doit le goût des marbres, des fresques et des tableaux, souvenir de Tltalie.

Zamet mourut à 6SI ans, le 14 juillet 1614, et avant que la révolution eût tout détruit, on voyait encore son tombeau aux Gélestins : il eut deux fils ; l'un Ait baron de Murât et de Billy, brave soldat, mort au champ d'honneur maréchal-de-camp de ^a^ mée du roi ; l'autre, aumônier de la reine Marie de Médicis, mort évêque de Langres, fut le protecteur de l'abbaye de Port-Royal et du Jansénisme. Un certain nombre de familles titrées depuis le règne des Médicis étaient issues de financiers.

Quelques gentilshommes, également au milieu des vives émotions de la guerre civile et durant les batailles de la Ligue, avaient pris part aux opérations des finances, et Ton peut compter parmi eux, François, marquis d'O, seigneur de Fresne, issu de race normande ; il avait d'abord été pourvu» sous

Henri III, d'une compagnie de gens de guerre ; il se battit courageusement contre les huguenots , ces agitateurs turbulents qui excitaient la guerre civile : Henri III si étrangement calomnié par les faiseurs d'histoires parlementaires, Mézeray et de Thou, avait remarqué dans le marquis d'O, avec un dévouement sans bornes un esprit fertile en expédients ; joiJÉéur hasardeux, magnifique en ses dépenses, il pourvoyait à tout par les infinies ressources de son imagination; il ne faut pas oublier qu'on était au milieu des plus ardentes nécessités de la guerre civile, quand le mar« quis d'O fut élevé au poste difficile de surintendant des finances.

Ce qui distinguait le marquis d'O, c'était un pro-^ fond dévouement à l'autorité ; catholique de conviction, il n'aimait pas les résistances à ces édits néces* saires pour donner des ressources au roi dans la guerre engagée contre les huguenots; il dédaigna les remontrances du parlement de Bourgogne sur de nouveaux édits bursaux, comme un soldat qui luimême ne craint pas les sacrifices, même celui de sa vie : On lui doit deux créations dans le crédit public ; les loteries et les rentes viagères , empruntées au système de hasard : les loteries qui, je l'ai dit, suri« (5) 4

excitent si puissamment les prêteurs par l'appât des lots; les rentes viagères qui sont le système d'amortissement le plus naturel et le plus régulier. Le mar-' quis d'O, fidèle au roi, fut bon ligueur et il obtint le gouvernement de Normandie : on le vit toujours auprès de Henri III gouverner les finances avec'dé^ aintéressement ; il resta dépensier et pauvre toute sa vie. Après la mort de Henri III, il ne fit sa soumission à Henri IV qu'après que le roi eut reçu son absolution du pape; nommé gouverneur de Paris, le marquis d'O mourut sans deniers ni maille, à peine avec l'argent pour se faire enterrer, tandis que le duc de Sully, avec ses façons d'austérité prêtes* tante, amassait pour lui-même plus de 800,000 liv. de rentes dans sa surintendance de quelques années, fortune immense qu'il transmit h ses héritiers.

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