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M. GAPEriOUE.
paria
LIBRAIRIE DAMYOT, ÉDITEUR
8, nie de la Paix.
MDCGCLVIII.
Au milieu des merveilles et des excès de la spéculation, il est curieux de suivre l'histoire et le développemeot du crédit public régulier eu Europe depuis la paix de 181& jusqu'au temps actuel.
L'auteur du présent livre a voulu constater à travers quels pénibles e£forts les premiers emprunts s'étaient accomplis en France, et avec quelles lenteurs les capitaux s'étaient décidés à entrer dans le crédit d'État.
Il fallut une lamentable crise, celle de l'invasion, et une nécessité plus grande que la crise encore, le payement de l'indemnité de guerre aux alliés, pour amener l'examen de cette question grave qui fut posée en 1815 : « puisqu'on ne peut rien demander à Timpôt sans écraser le pays, quels moyens prendre pour arriver à une entière liquidation deà dettes de la France et au payement de celte indemnité de guerre qui, seule, pouvait délivrer le territoire de la présence de l'étranger? »
Depuis 1818 jusqu'en 1864, période où d'immenses emprunts ont été accomplis, bien des esprits sont à se demander comment il se fit, par exemple, qu'en 1815, on ne négocia qu'avec la plus grande difficulté le premier emprunt de la ville de Paris (10 millions portés à 30), et comment toute la banque réunie ne put s'engager à prendre et à placer pour son compte 6 millions de rente S p. 0/0 au taux de 60 fr., si bien qu'il fallut les négocier sur les places d'Amsterdam, de Francfort et de Londres. Quel temps et quelle différence avec la situation actuelle !
Il faut rendre cette justice à quelques hommes pratiques de cette époque, qu'ils travaillèrent avec persévérance à la grande œuvre de la constitution du crédit, sans jamais désespérer de la fortune du pays; ils proclamèrent hautement qu'un sol, tel que celui de la France, qu'une nation si intelligente et si riche, protégée par un gouvernement sérieux et national, devait toujours trouver d'immenses ressources dans la confiance de tous.
La marche ascendante du crédit fut si considérable en quelques années, que la plus belle opération qu^ait faite la France, ce fut l'adjudication d'un emprunt en 4 0/0 de rente, sous le roi Charles X et le ministère du prince
— m — • de Polignac. L'adjudication fut faite à MM. de Rothschild frères au taux de 102 fr. , 72 1/2 , pour h fr. do rente. Ce qui élevait le h p. 0/0 à plus de 120 fr., et le 3 p. 0/0 à 86. L'écart de nos propres fonds avec les consolidés anglais (seul et unique exemple dans Thistoire financière) ne fut plus que de 7 à 8 francs*
La progression du crédit public à cette époque fut faite sans secousse, sans fièvre, par l'acquittement exact de toutes les dettes du passé, d'un immense arriéré (depuis i705), avec la mesurejuste et salutaire de l'indemnité pour toutes les propriétés confisquées, malgré les clameurs et les menées de celte opposition libérale qui s'agitait à la tribune et dans la presse.
Appelé à juger les opérations et les hommes qui ont été mêlés aux questions financières depuis 181 A jusqu'au temps actuel, l'auteur s'est abstenu de toute déclamation, n'a spéculé sur aucun scandale. La question morale du crédit est immense : il serait parfaitement inutile et maladroit de déclamer contre son temps. A coté du bien est le mal. Si le crédit a ses excès, il a aussi ses merveilles I Notre civilisation morte aux croyances, telle que Ta laissée la philosophie du dix-huitième siècle, a besoin de ces ex-
citants pour vivre d'une existence factice, agitée, fiévreuse, mais au demeurant pleine de prodiges I
Pourquoi le nier? nous sommes en pleine société Saint- Simonienne et Juive. On avait voulu en vain l'éviter ;'on y court. Lorsque la magistrature, avec cette noble et sainte dignité qui la caractérise, avait condamné, en 1832, les chefs du Saint-Simonisme (aujourd'hui riches et portés aux dignités) à la prison correctionnelle, elle avait pressenti la société que ces doctrines feraient au monde : la famille s'en va ; la propriété s'émiète, la campagne se dépeuple pour les cités^ les petites villes pour les grandes ; les machines créent un sombre esclavage, le chemin de fer un
engourdissement monotone, une existence babylonienne qui n^a plus pour distraction que lafumée narcotique d'un nouvel opium.
Ce livre n'est point un essai de morale, une déclamation de rhétorique ; il n'est pas destiné à la chaire religieuse, c'est Fhistoire qui recueille et compare les faits du passée L'auteur fait une large part à la liberté des transactions; il n'y aurait pas de crédit sans Tindépendance la plus absolue des affaires. Il faut une extrême latitude dans les opérations de Bourse; tout ce qui les restreint et
les limite est mortel , et on doit une certaine tolérance à des opérations que la rigidité légale proscrirait. La loi étemelle de la fécondation n*est-ce pas les matières qui fermentent I
L'auteur a cherché les faits et les accidents curieux de chaque négociation d'emprunts; il a pénétré dans la partie inédite des transactions du crédit, sans chercher les scandales comme une bonne fortune. Il est maintenant de mode d'attaquer les banquiers et de déclamer contre leurs opérar tiens de Bourse. On fait des livres, des drames, des comédies sur un sujet qui, au reste, n'a rien de bien neuf; et tous les siècles et les monuments les plus antiques le constatent. On a adoré le veau d'or, et l'on a flétri ce faux dieu dans des livres, des psaumes, des prophéties.
Ce n'est donc pas la banque qu'il faut attaquer : la banque c'est l'ordre, le ménagement des intérêts, la probité, l'exactitude; ce qu'il faut flétrir et railler, c'est l'esprit de juîverie, c'est-à-dire l'absorption de toutes les puissances de l'âme et du cœur dans Targent, c'est l'abêtissement des facultés intellectuelles, du goût des arts, des plus nobles instincts au profit de chiffres stériles; c'est cette vie de travail forcé entre un grand livre et un coffre-fort, entre une