‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etcChapitre 24 sur 39 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

Le centre gauche ou pour parler en termes moins parlementaires, les chefs de Topinion bourgeoise qui avait fait la révolution de Juillet étaient les banquiers, les hauts industriels, les principaux commerçants de Paris. On avait vu un président du tribunal de commerce, M. Vassal, oser la résistance par un jugement rendu contre les Ordonnances et même M. Ternaux renvoyer ses ouvriers pour commencer la sédition. Certainement ces hommes honorables ne voulaient pas aller jusqu'à une révolution. La bourgeoisie est ainsi faite quand on la laisse agir, elle a toujours la prétention de donner des leçons au pouvoir et puis quand cette prétendue leçon est donnée et qu'elle a brisé l'autorité protectrice, elle s'en étonne. Effrayée, éperdue, elle se plaint des désor-

porter: alors il fallutallerauplus vite, et delà Télection du duc d'Orléans, d'abord à la iieutenance générale du royaume, puis à la royauté du 9 août. Cette nouvelle dynastie ne ftit si vite acceptée et bâclée, comme on le dit alors, que parce que les affaires commerciales étaient dans le plus triste état. Ce ftit le triomphe personnel de la banque : MM. Laffitte, Périer, JacqueisLefebvre, Odier, Ganneron, etc., devinrent les hauts barons du nouveau monarque. LV vénementde Louis-Philippe fut dans la réalité le couronnement de la banque et du commerce.

Aussi le nouveau gouvernement trouva-t-il le concours facile de tous les établissements de crédit; l'abbé Louis qui prit le département des finances put grandir la dette flottante, émettre à son gré les bons du Trésor, et la Banque sans difficulté lui en prit pour 100,000,000 : n'était-ce pas le meilleur placement qu'elle pouvait faire? Ce concours donnait aux financiers la haute main dans la politique, et fes banquiers devenaient des hommes d'État : MM. Laffitte et C. Périer furent appelés dans le conseil du nouveau roi pour le conduire et le dominer.

Mais ce qui aida le plus puissamment la Trésorerie dans ortte crise, ce fut l'arrivée à Paris des grou-

pes d'or et d'af gent du trésor de la Cdsauba ; côs groupes, inventoriés arec fidélité, déposés à la Ban* que de France ou destinés h la Monnaie, servirent activement à la circulation. Si Farinée d'Afrique avait été admirable de désintéressement, en fut-il ainsi des principaux auteurs de la révolution de Juillet? L'argent et Por coulèrent k flots parmi les besogneux triomphateurs, et la gratification de M. B. Constant fut assez ébruitée pour que Iliistoire n^en fasse pas un mystère. M. Audry de Puyraveau reçut également une indemnité; il a depuis soutenu que c'était & peine la compensation de ce qu'il avait sacrifié pour armer ses ouvriers et les jeter sur la place publique le 27 juillet. Depuis qu^nd un pouvoir régulier doit-il indemniser ceux qui prennent les armes pour le désordre?

La Bourse s'ouvrit, le 7 août, dans des conditions de baisse considérable (87 fr. le 5 p. 0/0, 65 le 3 p. 0/0). Cependant le Trésor était dans de bonnes conditions; l'impôt rentrait très-régulièrement; la dette flottante, dont l'intérêt était porté à 6 p. 0/0, inspirait confiance aux capitalistes; la Banque prêtait son concours avec activité; mais le com*^ merce était suspendu, et, pour en réveiller les

ressorts, la Chambre des députés vota 30,000,000 comme prêt destiné à Tindustrie, et qui seraient répartis par le gouvernement lui-même entre les négociants les plus nécessiteux.

Le mode adopté était celui d'un prêt sur marchandises, et l'État se faisait Mont-de-piété. Chaque commerçant pouvait déposer un lot de marchandises expertisé, évalué, et, sur cet inventaire, l'État lui attribuait une somme équivalente au tiers, à la moitié, aux deux tiers de la valeur du dépôt. II y eut plus de cent millions de demandes; la répartition se fit avec une certaine partialité : souvent les banquiers influents eurent soin de favoriser leurs propres débiteurs, afin de rendre leur recouvrement plus facile ; mode de procéder naturel mais peu chevaleresque.

Le roi avait favorisé l'élément bourgeois et commerçant de la révolution de Juillet, et il avait laissé en dehors l'élément politique, qui commençait à s'agiter par de nouvelles émeutes et des clubs; on n'avait jusqu'alors que des idées imparfaites sur les ateliers nationaux, plus tard si renommés, et l'on préféra aider les manufacturiers, pour seconder l'activité des usines et des magasins. Ce secours avait peu servi; l'ouvrier restait sans travail, et l'on était

obligé de lui faire brouetter de la terre au Champde-Mars pour justifier un salaire. Les révolutions, qui ont toujours la prétention de régénérer Tespëce humaine et de faire avancer les nations dans de larges voies du progrès, réduisent, en définitive, l'ouvrier à l'état de bête de somme : charrier la terre, dresser des échafaudages de bois et des statues de carton, voilà les nobles travaux auxquels elles appellent les générations travailleuses.

Toutefois, au sein de cette fermentation des ouvriers, on pouvait voir des rêveurs d'organisation, qui voulaient changer la condition du prolétariat pour arriver aux doctrines de Jean Huss et de Jérôme de Prague : avant que les systèmes passent dans les masses et se changent en fait, il se prépare un long et sourd travail dans les esprits, et ce travail se produit par les livres, les journaux, les publications secrètes et publiques de quelques esprits solitaires ou ambitieux. Tant pis pour les gouvernements qui ne sentent pas que la société est menacée longtemps avant que la révolte éclate brutalement.

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