‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etcChapitre 39 sur 39 · SITUATION DU CRÉDET EN EUROPE · texte numérisé non relu

SITUATION DU CRÉDET EN EUROPE

DiCEMBRB 1848-1849.

La place de Paris n'avait pas été seule affectée par la crise de 1848, mais la plupart des autres grands centres du crédit, et spécialement Vienne, Francfort» Berlin, avaient éprouvé la même secousse : c'est ce qui rendait la situation de la maison des Rothschild si périlleuse et si particulièrement exposée. A Vienne, l'empereur avait été forcé de quitter sa capitale, Tio. surrection était maîtresse du gouvernement. Le prince de Mettemich, le protecteur de la maison Rothschild, était en fuite et venait se réfugier à Bruxelles : les plus riches, les plus honorables banquiers devienne, lesArnstein, les Sinna, les Stametz, les Schlihst étaient obligés de lutter contre une crise qui s'étendait sur l'Italie jusqu'à la Hongrie, la Styrie et Milan. En Allemagne et à Munich les maisons d'Eichtal et Hirsch se déclaraient à la vpille d'une liquidation ; la famille impériale d'Autriche ne trou-

vait d'autre ressource que dans la loyauté et la fidélité chevaleresque de quelques provinces. A Berlin, le gouvernement du roi, toujour» si économe, avait trouvé dans ses propres épargnes un moyen de lutter contre la crise politique : le roi possédait une réserve d'environ 30 millions de Ihalers, et après les terribles journées de l'insurrection, l'armée ne cessa pas un moment d'être payée sans le concours du parlement. Les maisons Goldsmitz, Hirsch fils d'Openheim , firent des efforts considérables pour résister à la crise, avec d'autant plus de zèle et de Aaètiie^ que le grand centre du crédit allemand, la paisible cité de Francfort, était devenue le siège dWe espèce de Diète turbulente et bavarde. Les riches maisons Bethmann , Reyfug, Rothschild, avaient restreint leur crédit, inquiètes des résolutions qu'allait prendre la H|^ète de Francfort : quelquesuns de ces banquiers avaient des opinions libérales et bourgeoises , mais la majorité soutenait que les rêves de l'Unité allemande ne pouvaient pas plus se réaKser que l'unité des monnaies, le sort de l'Autriche inquiétait beaucoup, d'autatit plus que les nouvelles reçues de l'Italie n'étaient pas bonnes, et que les lettres du prince Torlonia de Rome,

des Rothschild , de Naples et de Fenzi de Florence, laissaient peu d'espérance d'une pacification qui rendrait la sécurité au crédit, d'autant plus que chaque gouvernement révolutionnaire émettait du papier, et forçait les banques à de nouvelles émissions de billets. Quel serait le sort réservé k ce papier? Si la révolution triomphait, quels seraient ses éléments de crédit? S'il y avait une restauration, quel parti prendrait-elle à l'égard de ces papiers-monnaie et pour en opérer la liquidation?

Il faut rendre cette justice aux banquiers, qu'avec un empressement honorable ils vinrent au secours les uns des autres. La haute banque forme une grande famille qui se prête un mutuel concours; s'il faut longtemps pour être admis au sein de cette immense tribu de l'or, une fois que les titres sont examinés et reconnus, on peu^compter sur l'appui de tous. Quelques places de l'Europe avaient été moins affectées que Paris, Vienne et Berlin, Francfort, Naples et Rome. Or, ces places se tendirent la main : ainsi les maisons Stieglitz, Blessig, Torfih, Thompson de Pétersbourg étendirent leur crédit sur ♦ Vienne et Berlin de concert avec les maisons de Bâlc et de Neufchâtel, telles que les Speyer, les Merlan,

les corporations, si ce n'était l^association garanUe ? qu'étaieiil)ës hautes, les grandes compagnies d'Afrique, de f Inde et la caisse d'escompte? Ce qu'avait ajouté le Saint-Simonisme à l'ancien régime, c'étaient les indécentes libertés de la polygamie, la démocratie égalitaire et le niais despotisme d'un Père suprême I Quoi qu'il en soit, le système du capital actionné enlevait nécessairement à la maison Rothschild sa domination exclusive sur les emprunts et les affaires. Elle n'était plus qu'une maison de banque riche et puissante ; mais elle ne tenait plus dans les mains les destinées du crédit; les compagnies désormais devaient entreprendre et accomplir les grandes œuvres à l'abri d'un pouvoir fort et respecté. Ces compagnies devaient se développer dans leur force ; l'État reprendrait son crédit ; la confiance devait renaître ; les emprunts s'accompliraient facilement; les valeurs retrouveraient leur équilibre et les changes leur régularité. Ce tableau des merveilles du crédit après tant de crises, l'histoire des compagnies depuis les corporations du moyen-âge jusqu'aux plus hardies combinaisons du crédit mobilier seront l'objet du volume d'étude qui va suivre le présent travail.

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