‹ Histoire des graphidéesChapitre 3 sur 18 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

collections; ils pourront juger par là des recherches et des soins que nécessite de notre pari une pareille entreprise.

Veulent-ils reconnaître la vérité de ce que nous avançons? Pour s'en assurer , qu'ils soumettent notre assertion à une épreuve décisive autant que sûre dans ses résultats : tenant à la main un échantillon pris dans ces collections , qu'ils le comparent aux descriptions données par les Auteurs , et qu'ils tâchent ainsi de le rapporter à l'espèce dont il fait partie; ils avoueront bientôt qu'ils se trouvent dans une perplexité dont il leur est difficile de sortir, que les indices leur manquent pour se déterminer d'une manière positive, qu'il leur reste toujours des doutes, et qu'en bien des circonstances s'ils finissent par adopter un nom , ce n'est qu'avec une sorte d'incertitude.

Nous pensons que l'étude des Hypox ylons renferme le plus de difficultés, après celle des Champignons; que les Lichens comparativement sont loin d'en offrir autant à beaucoup près : leurs espèces ont dans leur ensemble , dans leur port , une somme plus forte de caractères au moyen desquels on peut les différencier; dans les Hypoxylons au contraire, où le port et l'ensemble sont presque les mêmes, les descriptions, n'ayant point de traits assez saillants pour faire ressortir les caractères spécifiques, suffisent à peine pour en donner une idée nette; de bonnes figures deviennent alors indispensables, si l'on y trouve tous les détails capables de frapper l'œil avec promptitude, tandis qu'ils ne feraient que surcharger inutilement une description, même dans le cas où il serait possible de les y faire entrer sans trop de difficulté.

Ce n'est qu'après avoir rassemblé la plupart des espèces, que nous avons pu nous livrer à cette étude. Aussi nous a-t-il fallu des observations répétées pour parvenir de nous -même à démêler un grand nombre d'espèces difficiles à décrire et pour en créer d'autres, après avoir bien établi les caractères spécifiques de chacune.

Obligé de parcourir les auteurs qui avaient écrit sur ce sujet, et d'examiner scrupuleusement la marche qu'ils avaient suivie pour ex-

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poser le résultat de leurs observations , nous avons eu occasion de remarquer qu'avec toute la précision qu'ils voulaient donner à leurs descriptions, ils avaient une peine extrême à les rendre intelligibles i et que si l'on portait un œil sévère sur ces descriptions , on finirait par trouver, en les comparant ensemble, qu'elles offrent toutes une telle analogie qu'on pourrait presque les substituer l'une à l'autre. Sans doute ils ont un moyen de se justifier en faisant valoir en leur faveur la difficulté qu'on éprouve à saisir, entre la plupart de ces espèces, des différences assez tranchantes pour les distinguer par une ligne bien prononcée : ils diraient avec raison que le dessin et la gravure sont ici nos seules ressources, puisque celles du langage deviennent insuf fisantes. Aussi, loin de les blâmer, nous les louerons d'avoir ébauché le travail, et surtout nous les féliciterons de l'impulsion qu'ils ont donnée à l'étude de cette branche de la Botanique.

Parmi les ouvrages que nous avons sous les yeux , nous citerons la Lichénographie d'Acharius , ouvrage où l'on trouve des remarques judicieuses; les Annales d'Ustcr, qui renferment plusieurs Mémoires de M. Persoon; la Flore française de MM. Lamarck et De Candolle, où sont décrites plusieurs espèces nouvelles; la Monographie de M. le Docteur Dufour, qui nous a offert un essai critique sur les espèces déjà décrites dans la Flore française, ainsi que plusieurs nouvelles espèces. Quant à la réduction qu'il a faite dans le nombre des espèces connues, elle nous paraît un peu trop rigoureuse, quoique nous ne désapprouvions pas sa manière de voir; mais il est à craindre qu'en resserrant trop, on ne tombe dans l'obscurité. Il est évident que la multiplicité des espèces , fondée sur des caractères peu prononcés, en encombrant la science, empêche ses progrès; d'un autre coté, une réduction trop forte jette dans l'incertitude ; et comme elle laisse beaucoup à désirer, qu'elle ne pose pas des limites assez sûres, elle laisse errer dans une sorte de vague et toinher dans des écarts, en faisant d'une espèce une variété et vice versa. Pour obvier à cet inconvénient, il importe donc de faire connaître les diverses variétés sous lesquelles se pré-

PRÉFACE. xiij sente un végétal , de les classer successivement selon leurs affinités à la suite du type dont elles se rapprochent par leurs caractères principaux : ainsi disparaît la confusion, ainsi la description, débarrassée de toute entrave , devient incontestablement plus claire.

En passant du type aux variétés ou anomalies, on doit sans le moindre doute obtenir des espèces mieux caractérisées. De cette manière, on marche progressivement vers une méthode plus précise, on forme un ensemble dont les éléments s'enchaînent dans un ordre régulier par des nœuds étroits , sans cesser pourtant de demeurer distincts entre eux : tableau commode où l'oeil embrasse , sans confusion et sans efforts, toutes les parties avec les rapports qui les unissent, et saisit à l'instant chacune d'elles au milieu de celles qui l'entourent. Cette méthode est également propre à l'étude des autres branches de la Cryptogamie. Le type bien établi , les variétés sont le plus souvent de peu d'importance , à moins qu'on ne veuille publier un ouvrage où il convienne de les rapporter.

Nous n'avons pas cru devoir suivre les divisions adoptées par les Auteurs , parce qu'elles ne nous ont point paru exactes. Celles qu'on rencontre dans la Lichénographie universelle, sont tellement complexes qu'elles en deviennent obscures. Cet ouvrage, d'ailleurs très-méthodique, manque d'ordre dans les Graphidées; cependant plus le sujet qu'on traite est difficile , plus on doit s'attacher à mettre de la simplicité dans le plan , du naturel et de la clarté dans les distributions, qu'il faut baser sur des caractères simples , mais constants. Il n'est pas toujours aisé de réaliser ces vues , et un pareil résultat ne peut être que le fruit d'une profonde méditation. C'était néanmoins de cette manière qu'il était nécessaire d'envisager notre travail pour ne point marcher au hasard dans un semblable dédale, pour n'y point égarer nos pas.

L'ouvrage que nous publions étant neuf par lui-même, nous devions peu compter sur les travaux de nos prédécesseurs : c'est pourquoi , tout en profitant des matériaux qu'ils ont recueillis , nous ne prendrons que la nature pour guide : telle est la marche à laquelle

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nous nous sommes toujours asservi dans les Mémoires que nous avons insères dans les journaux scientifiques. Nous sentons combien un ouvrage de ce genre exige de soins , d'exactitude , de clarté dans les détails. Nous ferons tous nos efforts pour ne point rester à cet égard au-dessous de notre tâche , en mettant dans les descriptions autant de précision qu'il nous sera possible. Connaissant par notre propre expérience toutes les difficultés du sujet, nous ne ménagerons rien pour ôter toute incertitude. D'abord nous annoncerons l'objet principal par une description latine courte et analytique; puis développant la matière par une autre description française plus détaillée , nous terminerons le plus souvent par des rapprochements , ou des observations comparatives , pour mettre en parallèle les espèces congénères qui offrent le plus de ressemblance.

Nous engageons les Botanistes qui s'intéressent aux progrès d'une science encore nouvelle, où les découvertes se multiplient tous les jours d'une manière rapide, a coopérer à l'entreprise que nous annonçons. Si dans leurs collections ils possèdent des individus qui leur semblent nouveaux, ils peuvent nous les envoyer, en y joignant des notes relatives à leur histoire ; après les avoir préalablement examinés, nous leur donnerons place dans notre ouvrage, afin que chacun conserve l'honneur de ses découvertes, et puisse jouir de la part de gloire qui revient à quiconque, par ses efforts, contribue à l'avancement de la science. Dans ce généreux concours de nobles travaux , un motif seul doit nous animer tous, le désirde nous éclairer mutuellement de nos lumières.

Qu'il nous soit permis d'offrir ici le juste tribut de notre reconnaissance à MM. les Professeurs de Jussieu et Desfontaincs, pour la part qu'ils ont eu la bonté de prendre à cet ouvrage, en nous aidant de leurs sages conseils, et en nous facilitant les moyens de le publier, car c'est à eux principalement que nous en sommes redevables. Nous témoignerons aussi notre gratitude à M. Persoon. Son herbier, qu'il a mis à notre disposition , nous a été très-utile pour comparer nos échan-

PRÉFACE. xv tillons avec les siens et avec ceux qu'il avait reçus d'Acharius. Les hommes justement célèbres par leurs travaux dans les sciences se sont toujours plu à encourager ceux qui suivaient la même carrière. Jamais l'envie ne fut le mobile de leurs actions. Dans la science aimable à laquelle nous consacrons nos loisirs, tout marche avec harmonie, sans choc , sans froissement. Guidés par la seule impulsion de la nature, tous concourent à la perfection du grand œuvre (la Méthode naturelle), chacun y travaille avec ardeur, s'empressa a t de découvrir et de constater de plus en plus les rapports qui unissent tous les êtres vivants par les liens d'une affinité universelle. Une émulation franche et sans jalousie enflamme tous les esprits ; un accord unanime règne entre eux : l'erreur, relevée sans prévention comme sans aigreur, devient souvent une cause de nouveaux succès.

PHÉROPORÉES.

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