CARTE D E L'ARCADIE
dieu du feu qui répand la vie sur la terre pour y faire germer les moissons de Céres, et qu'à cause de cela les Grecs appelaient le suivant de la Grande Mère*. Pourtant les Arcadiens le traitaient parfois avec peu de révérence : quand la chasse avait été mauvaise, ils fouettaient à grands coups sa statue'. Pan, le dieu des bois solitaires, que les vents emplissent de bruits mystérieux et où le jeu
^.KrsKow.xc
Pan et les nymphes '.
des ombres et de la lumière fait apparaître de fantastiques images, était l'auteur des craintes subites et sans cause; il jetait la terreur paniqtie.
On disait qu'une suite de rois avaient commandé, dans l'origine, à toute l'Arcadie, et on nommait, comme le premier, celui qui lui donna son nom, Arcas. Gypsélos y régnait lors de l'invasion des Doriens, qui ne s'y arrêtèrent pas. Ses successeurs prirent part aux guerres do
* Matfiôç iXÊ^iXaç ôn«56ç. (Arislote, Wiét., II, 2i.)
* Théocrite, VUI, 7.
5 Bas-relief découvert à Mégalopolis, en Arcadie; d'après les Annali delV Instil. archfohg», 1885, tav. L, 2. La scène se passe dans une grotte. Devant le dieu Pan, assis à droite et jouaul de la syrinx, s'avancent en dansant trois nymphes drapées qui se tiennent par leur maulcau. La dernière porte des épis et un fruit dans la main gauche. Pour les représentations analogue, voyez A. Michaêlis, Annali, 1803, p. 292 et suiv.; E. Vonier^BullelindeCorr. hellén., \' (iWl p. 549 et suiv.
Munniiic de HantiiiËe*.
Messénie. Le dernier. Aristocrates II, assura, par sa trahison, la > loire défmilive des Spartiates : les Arcadiens indignés le lapidèrent et abolirent la royauté (628).
Deux villes s'élevèrent peu à peu au-dessus des autres bourgades : "■ l'aimable Manlïnée, » où les Argiens favorisèrent la démocratie; « Tégée l'imprenable, » qui, plus
voisine de la l-aconie, eut de longues guerres avec Sparte, puis resta dans son alliance et dans l'esprit de son 'gouvernement; de là, entre les deux villes .ircadiennes, de longues rivalités et des luttes sanglantes. Les Arcadiens, pauvres et robustes, furent les premiers à aller chercher fortune dans le service étranger. On les tenait pour les meilleurs hoplites du Péloponnèse, mais en les raillant de servir toujoui-s des causes étrangères. C'était une coutume en Grèce de dire de ceux qui travaillaient pour autrui qu'ils imitaient les Arcadiens.
Élide. — La côte du nord-ouest, une des plus fertiles i-egions du Péloponnèse,
formait dans l'origine trois petits États, parce qu'elle avait trois vallées s' ouvrant sur la mer d'Ionie : entre l'Alphée et la Néda, la TrrphijUe, , dont la capitale, Pylos, au con- i iluent du Pénéios et du Ladon de l'Élide, avait été la ville de Nestor ; luPisalide, où se trouvait Olympie, sur la rive droite de l'Alphée; et VÉUde, dont la capitale. Élis, avec son acropole bâtie sur une colline
■ Tête di! Déméter couronnée d'épis, .i droite, i^. 4>ENF:QN. Ilerini''s, tenant le radiicée et coilTé du pétasc ailé, emporte le jeune Arcas qu'il tient sur son bras gauclic, à moitié enveloppé dans son péplos; derrière Arcas, on lit son nom, APKAS. (Cabinet de France.)
' L'ours de Manlinée, marclianl à gauche. ^. MA Dauphin. Carré creux. (Drachme.)
' Télé casquée de Callas. ^. TCrF. (Tc^ixtSivK Cliouelle. (Bronze. Imitation des monnaies d'Athènes.)
* Aigle déTOrant un serpent; en légende FA, initiales du mot archaïque FAAEIQN, devenu plus tard UAEIQN. H- La même légende FA. Foudre ailé posé debout, dans un carré creuï. (Argent.)
lloimaic de l'ÉIidc, i
482 DE L'INVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQl'ES (H04-490).
haute de 500 pieds, commandait !a vallée du Fénéios. Oxyloss'y ctaiL établi avoc des Étoliens, au temps de l'invasion doi'îenne. La royauté subsista dans la Fisatide jusqu'à la conquête de ce pays par les Élécns. vers 57"2, après de longues guerres, pour la présidence des jeux, qui furent marquées, comme toutes les guerres religieuses, par
Cascade de la Kcda'. (Voj. p. 481.)
de sanglantes exécutions. Pise, la ville des excommuniés, fut si bien détruite, qu'il n'en reste pas nne pierre c( qu'aujourd'hui on cherche vainement la place où elle s'élevait. Le plus célèbre des rois éléens, Iphitos, avait institué ou rétabli les jeux olympiques', auxquels les Spartiates prirent part de bonne heure après avoir formé une alliance étroite avec les Élécns. Cette institution détermina le sort de l'Élide :
> D'après une photographie. Voyez ci-dessous, p. 551. * Voyei ci-dessus, p. 117, ii. 1, et plus Ioîd le chap. iv.
ÉTATS SECONDAIRES HE LA GRÈGE CO?iTlNENTALE. 483
ce pays devint, tous les quatre ans, le lieu de réunion de la Gri'ce entière, et son territoire fut regardé, pour cette raison, comme sacré. La guerre n'en approchait point; les troupes étrangères qui le traversaient déposaient leurs armes en y entrant pour ne les reprendre
Traité de paii entre les Ëléons et un peuple inconnu'.
qu'à leur sortie. Aussi les campagnes étaient-elles bien cultivées et bien peuplées. De riches citoyens y vivaient à demeure, sans les quitter
' D'aprèii Rœlil, ImcripUtinet Gracie antiquiuiinx, n* 110. — Ce traita, le plus nncien de toiu ceux qiii existent en langue grecque, pst gravé sur une labletle de bronze qui a étë décoiiverte à Oljinpie : celle-ci étail fixée, au moyen de deux clous, sur le mur de quelque temple. Voici la Iranscriplion du lexle en caractères courants et la traduclion.
X fpitpa Tgfp /alîfoiç: xai TOÎ! E'JFaofoi;:. ouvjiï^d »' E[t]i Ixativ fitsi r, àfyjii li xa Tof. aï 6f ti3eV. : ar««noî aht foio^ov:, ouvE[îlav ï'i[X]Xilûn :, Ht' d[i.]X[a] ia\ ::lp iai-Ao:. ai Bl [lik Tjtzltlsi:, t£kEcvTdv x' âffû^o t JtcoTlvo-.mi : to' Al 'tiXuvnfoi : ni kxISJSoX^jjkvoi : J^di^cïdjj^vfn :. atZl Tf t4 -[piçia : rat ita[B]îaXioito ;, aFri fhat aXzc ■zi\ti-:a[i] : afre Ô!i;j;o; :, Il t' Jm' (W. k' hi/oiXO
Le dialecte est le dialecte élt^n. Transcrit en diaiccle attiquc, le traité serait ainsi conçu : 11 ^/^rps iDÏ; 'HXeIoi; *àt xott F.ix^ioi;. £u;ji(iiiix[a Si ■l'i ExsTbv fn], Sf/oi hi' Sv tùèe. Ei ôi ti H m
fcotfvotïvTÎûiii [tîùI "OXujiTtHuol itaTaSriWjfMvoi iarpwijuiïOT, El M tut! -[pimmaTiiiKa'.atirAaï-zo t'î( ÏTi]î rfît Tiliorf,! i!t« fiiifiot, h Tw ififpfii Si èïf)çoito tS ivtâuOï -[ifp«[ii.|Jii«ii.
t Voici te traité entre lesËléensel les ËTëens(>). Qu'il y ait alliance pour cent ans elquf l'alliance commence celle année. S'ilesllwsoin d'une négociation ou d'un acte, que les dcuxËlats s'unissent et pour toute affaire et pour la guerre; s'ils ne s'unissent pas, que ceu\ qui auront violé le traité paient un talent d'argent a Zeus olympien. Si quelqu'un, soit un simple citoyen, soit un magistrat, soit une commune, porte atteinte à cette inscription, qii'il sotl soumis à ramendf sacrée ici spécifiée, o
La date de ce document et le nom du second peuple sont incertains. Le traité ne semble pas postérieur à la première partie du cinquième siècle avant noire ère. Pour le nom du second peuple, vojez Kôhler dans les MiUlieilmgend. d. m-châotog. Iiitlil. inAUien, Vil (ISt!2}, p. 378. n. S. Cf. S. Reinach, Trailé iPÈpigrapliit grecque, p, 14-15.
484 DE L'INVASION DORIENKE AU\ GUERRES HÉDIQl'ES (1104-490).
jamais; dos tribunaux y jugeaient les différends, de sorte que la capitale n'exerçait point sur le reste du pays celte attraction qui, ail-
^.ThuOUcr.Sâ^
Carlo de rElidc.
leurs, amenait trop de vie dans les cités et n'en laissai! pas assez dans les champs. Le pouvoir appartenait à une Iroile arîslocratic
ÉTATS SECONDAIRES DE LA GHiLŒ CONTINENTALE. 485
Deux magistrats suprêmes, dix plus tard, nommés hellanodkes ou juges des Hellènes, avaient la surveillance des jeux, dont ils Inlrrdisaient l'approche à ceux qui n'étaient pas de pur sang hellénique. Le sénat, composé de qualre-vingt-dix membres nommés à vie, se recrutait de luimême. Les trois Théocoles ou grands prêtres d'Olympie étaient probablement désignés par le dieu même, c'est- ' ji^,,,,,,;^ ^^ ^cjctho.. à-dire par le sort, comme les grands
prêtres de Delphes, et restaient quatre années en fonctions; fonctions
laborieuses, car, « tous les mois, dit Pausanias, les Éléens sacrifient une
fois sur chacun des soixante-dix autels qu'ils ont érigés aux dieux. ><
En face de la côte, à 60 stades de dislance, s'étendait Zacynthe, que
Carte de l'Acbalc.
les marins nomment aujourd'hui la fleur de l'Orienl*. Ses habitants prétendaient descendre des Troyens; Thucydide, qui regarde moins dans les légendes que dans les probabilités historiques, fait d'eux des Achéens. Ils passaient pour avoir fondé Sagonle en Espagne. A l'est de l'Élide est VAckaïe. Les descendants de Tlsaménos y régut'-
■ Tète hiirée d'Apollon à gauche. H- ZA(Z»uv9(i»v). Tivpkd. (Télradraclime du Cabinet de France, n- 1678.) ' Jj ai TU des neurs en plein champ au conmiencrmciii de jauviir
486 DE L'INVASION DORIE.NNE AUX GUERRES MÉDiQUES (H04-49Û). rent jusqu'à un certain Gygès, dont les cruautés firent abolir la royauté, on ne sait à quelle époque. La démocratie s'établit dans le pays, qui forma une confédération de douze villes. L'.\chaïc ne prit aucune part
Cjrlc (le l'Ai-j'olido.
aux affaires générales de la Grèce, et vécut tranquille et heureuse : on vantait sa constitution qui fut imitée par plusieurs peuples; ses villes brilleront un moment aux derniers joura de la Grèce.
De r.\chaïe, nous passons, en tournant Sicyone et Corinthe, dans l'Arçolide, grande péninsule sans unité géographique, hérissée de
ÉTATS SECONDAIRES DE LA GRÈCE CO^TI.^EiNTALE. 487
montagnes, n'ayant ni routes, ni centre commun, ni fleuves qui la fécondent. L'Inachos qui la traverse n'a d'eau qu'en hiver. L'Argie, en particulier, est une terre aride; les Grecs savaient bien pourquoi: Neptune et liera, disaient-ils, se disputaient la possession de ce pays. Pour metlre un terme à leur différend, ils prirent comme ai-bitre Phoronée, que les fleuves Céphise, Astérion et Inachos assistèrent. Le juge prononça contre Neptune, qui se vengea en tarissant les rivières et les sources du pays. Depuis ce jour, elles n'ont d'eau que celle que
Ruines Je la pyramide de Couchreae (Argolidc) *.
liera fait tomber du ciel. La légende emprunte de toutes parts, aux choses comme aux hommes, pour accroître son trésor de récils merveilleux.
L'Ai^olide est couverte encore de ruines nombreuses qui montrenf que dans ce petit espace ont vécu des cités puissantes, Mycènes, Tirjnthe, Midée, Nauplie, Trézène, Ilermione, Épidaure; on en peut conclure que ce pays fut longtemps le théâtre d'une lutte entre des rnces différentes, et l'on comprend pourquoi il ne forma jamais un
' b'aprcs une photographie. Cr. VExpidilion de Morée, U, pi. 55. — Ce moniimenl, unique en Grèce, csl bâti en énormes blocs polygon.iu?i, dont quelqnes-niis sont joints n\ec dti mortier, et percé d'une entrée sur le côté est, détail probablement un vaste tombeau.
Monnaie de Trczène
Première monnaie d'Argos*
État uni et fort, comme TAttique et la Laconie. Il n'y avait pas, en effet, plus d'unité dans la population que dans le sol. Trézène, par
exemple, resta presque toute ionienne. Elle conserva comme principales divinités Neptune et Minerve, marqua ses monnaies d'un trident avec une tète d'Athéna, et, quand Xerxès entra dans l'Attique, ce fut à Trézène que les Athéniens confièrent leurs femmes et leurs enfants. Épidaure aussi garda un fond de population ionienne,
et tous les Achéens ne suivirent pas Tisaménos dans l'Égialée *. Aussi rAi^olide ne fut jamais qu'à demi dorienne, quoique Téménos, le chef de la maison des Héraclides, se fut établi à Argos, et que les Doriens de cette ville eussent colonisé successivement Sicyone, Cléone, Phlionte et Épidaure, qui regardèrent
Argos comme leur métropole, lïermione, où l'on montrait une des entrées de l'enfer, ce qui dispensait ses habitants de mettre dans la bouche de leurs morts la pièce d'argent que tous devaient payer à Charon, reconnut aussi cette suprématie, que Nauplie et Asine acceptèrent encore. Argos se trouva à la tête d'une confédération qui embrassa toute la péninsule argienne et dont la divinité protectrice de la ligue ne fut plus la Héra achéenne, mais le dieu dorien Apollon, qui eut son sanctuaire s'élevait dans la citadelle d' Argos. Tous y venaient et devaient y venir sacrifier. Les Argiens, gardiens du temple, avaient le droit d'agir par la force contre celles des cités qui n'envoyaient pas les victimes obligatoires, de même qu'ils frappaient d'une amende ceux des membres de la ligue qui n'en remplissaient pas les conditions. Sicyone et Égine ayant, en 514, donné des secours au Spartiate Gléomène dans son invasion de l'Argie, Argos imposa aux deux cités une grosse amende, et Sicyone reconnut que c'était justice.
Monnaie d'Ucrmione^
* Tète de femme de face, les cheveux parUgés au milieu du front en deux larges bandeaux. iÇ. TPO (Tpoiî^Tiviwv) . Trident. Carré creux. (Drachme.)
* Voy. ci-dessus, p. 144.
^ La louve courant à gauche. Au revers un grand A dans un carré creux. Cette drachme est probablement la monnaie de Phidon.
*' Tête de Déméter, couronnée d*épis, à gauche. ^. £P et un flambeau, dans une couroune formée d*épis de blé. Bronze.
Celte réunion de tous les Doriens de TArgolide, sous la direction d'Argos, donna un moment à cette ville, le premier rang dans le Péloponnèse : au temps de son roi Phidon,le dixième descendant de Téménos, vers 750, elle exerça l'influence que Sparte n'acquit que plus tard. Phidon ôta la présidence des jeux olympiques aux Éléens, pour la donner aux Piséens; il soumit toute la côte orientale de la Laconie jusqu'au cap Malée, avec l'île de Cythère, et le premier, sur le continent grec, il fit frapper de la monnaie d'argent pour remplacer la lourde et incommode monnaie de fer et d'airain que Sparte gardait. Le système de poids et mesures qu'il établit et qu'on a appelé le système d'Égine fut adopté par tout le Péloponnèse, la Béotie, la Thessalie et la Macédoine. On voit que ce prince, qui fut presque contemporain de Lycurgue, avait de tout autres idées, parce qu'il trouvait autour de lui de tout autres besoins. Il poussait son peuple au commerce, à la navigation, avec aiUant de force que le législateur de Sparte en avait mis à retenir le sien dans le cercle étroit de ses rigides et illibérales institutions. Sparte et Argos n'étaient donc pas doriennes de la môme façon. Corinthe, ville de luxe et de mollesse, le sera moins encore. C'est qu'il faut donner à l'influence des lieux et des circonstances ce que l'on a trouvé longtemps si commode, pour tout expliquer, de donner à l'influence du sang, à la race.
Après Phidon, la royauté argienne retomba dans la faiblesse d'où il l'avait tirée et ne fut plus guère qu'un titre. Ainsi que dans tous les États doriens, la population était divisée en trois classes : une classe supérieure qui gouvernait, c'étaient les descendants des conquérants ; une classe intermédiaire, les vaincus, libres comme les Laconiens; entîn une classe de serfs, comme les hilotes, qu'on appelait par mépris les ffymnésiens ou hommes nus. Argos, à titre de cité dorienne et aristocratique, eût dû être toujours dans l'alliance de Sparte; mais, avec le souvenir du premier rang qu'elle avait jadis occupé dans la Grèce, elle ne pouvait voir sans jalousie la grandeur croissante de Lacédémone. Elle fut souvent en guerre avec elle pour les frontières, et perdit une partie de la Cynurie. Plus tard, en haine de Sparte, elle se jeta dans le parti d'Athènes et de la démocratie, mais pratiqua ce gouvernement difficile sans les sages tempéraments qu'Athènes y mit longtemps. Cicéron remarque qu'il ne trouve nulle part mention d'un orateur argien.
A l'est d'Argos, dans la presqu'île Âclé, s'élevait Épidaurey surla côte du golfe Saronique, en face d'Égine j qu'elle avait colonisée et dont les
.i90 nii L'INVASION DOItlESNE AUX GUERRES MÉDIQIES (1104-490) destinées furent longtemps enchaînées aux siennes. A litre de métropole, elle avait obligé les habitants de cette lie à porter leurs procès devant ses tribunaux. Elle tomba, au huitième siècle, sous la puissance de Phidon d'Ai^os et recouvra son indépendance après sa mort. Vers la fin du septième siècle et au commencement du sixième, Épidauiv fut encore sonmise à un joug étranger. Proclès y régnait alors; l'ériandre, son gendre, le détrôna. Ce fut sans dontc à la suite de cei événement qu'Égine s'aflranchil.
Il y avait à hpidaure des esclaves semblables aux liilotes cl ans gjmnésiens : on les appelait cowi/wrfei:
(hommes aux pieds poudreux), autre levme de mépris qui mai'qur Monnaie dEgine'. en même tcmps leurs occupaIion^
rurales.
Ëgine est une des plus petites Mes de la Méditerranée. Elle \ù\ pas 83 kilomètres carrés de surface. Son sol est pauvre : ses rivages aux gracieux contours sont bordés d'écueils, sauf en un point, où se rencontre une excellente rade, et, an centre, s'élève le nionl Sainl-Élie, d'où il est facile de compter les temples de l'AcropoK' d'Ath>nes, et de voir Salamine, Eleusis, Mégare, l'Acrocorinthe et li'S premières îles de l'Archipel. D'avance, on peut dire qu'Égine dominera le golfe Saronique et la mer des Cycladcs, le jour où ce roiinsulaire aura des hommes de cœur et d'intelligence, comme il s'en est trouvé sur quelques-uns de ces ilols où les r.recs modernes ont attiré tant de commerce et d'où sont sortis tant de marins redoutables.
Des Pélasges, puis des Achéens mymiidons, furoni
les plus anciens habitants d'Égine. Les derniers avaient
Émit"-. pour chef Éaque, que la légende appelle fils de Jupiter.
juge lies luorts*. f , , . „ . -. ■
Une année, dit-elIc, que la sécheresse allait faire périr les moissons, les députés de la Grèce accoururent auprès de lui et le supplièrent d'invoquer son père. Il monta au sommet du mont qu'on appelle aujourd'hui Saint-Élie et pria. Aussitôt les nues
' Jlonnaie de la seconde époque. La lorlue est remanjuablenienl gravée. Au revers, carn'' creux en quaire coinpartimenis dans lesquels t;st un dauphin el la légende Ain pour AlriMITQK. (Ai^nl.)
' Monnaie du Cabinet de Berlin. En légende AIAKOC. Ëaque tenant le scepliv est assis sur son trône ; devant lui, comparait un personnage, et plus loin, on voit le Génie de la mort. Tlianatos, sur uncippe; dans le champ, une étoile. (Bronze).
s'assemblèrent et la pluie tomba en abondance; les Grecs éfaient sauvés. Leur reconnaissance fut lugubre : ils placèrent Éaque aux
L Thoillicr Oel*
€ai'le d'Ègine.
Enfers pour y juger les morts, avec Minos et Rbadanianllie. Il avait eu deux nis, Péléc qui retourna avec une partie des Myrmidiins en Tliessalie, où il fut père d'Achille, et Télamon, qui donna le jour à Ajax,
49ii DE L'INVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQUES (1104-490).
le plus terrible des Grecs après le fils de Thétis. Les Dorieiis d'Épidaure occupèrent Égine, sans lui donner d'abord beaucoup d'éclat, car elle resta longtemps obscure. Mais son heureuse situation fit naître le commerce, et avec lui quelques industries où l'art se mêla. Ses habitants modelaient des vases élégants, avaient trouvé le bronze le plus estimé après celui de Délos, frappèrent la première monnaie grecque et vendirent longtemps des statues de dieux à toutes les cités, et des statues d'athlètes à tous les vainqueurs d'Olympie, depuis les côtes de l'Asie jusqu'à celles de Sicile. Avant le siècle de Périclès, les artistes d'Égine furent les premiers de la Grèce. Devenus riches, ils rompirent avec Épidaure, restée pauvre cl faible.
Fronton occidental du temple d'Àthéna à Ëi^iiic'.
mais furent eux-mêmes en proie à des querelles violentes entre l'ancien parti des conquérants doriens et un parti nouveau que le commerce avait formé et enrichi. L'oligarchie l'emporta et garda le pouvoir.
A la suite de ses navires de commerce, Égine avait lancé des navires de guerre, car personne, en ce temps-là, ne faisant la police de la mer, les marchands portaient l'épée et devenaient bien vite conquérants. Égine eut des victoires. En 519 elle vainquit les Samiens; mais elle se garda de l'ambition des conquêtes lointaines; elle ne fonda
< Cette gravure et celles de la page 493 sont faites d'après les moulages, à VËcole des Beaux- Arts. La disposition rigoureusement symétrique des figures et Thabileté déployée par le sculpteur pour remplir Tespace triangulaire dont le fronton lui imposait la forme sont remarquables. De chaque côt^ de la déesse Athéna, qui préside au combat et domine les héros de sa haute taille, sont cinq ou, suivant une autre restauration, sept guerriers :sous les angles sont tHendus dos blessés, sous les rampants sont agenouillés des combattants. Le sujet représenté (voy. les figures, p. 493) est le combat des Grecs et des Troyens autour du corps de Pat rode. (Cf. Iliade, XVII, 715 et suiv.) Patrocle, mortellement blessé, s'est affaissé, et les Troyens, à droite, s'efforcent d'enlever son corps : l'archer troyen, qui a le genou droit en terre, porte le costume phrygien : le bonnet et le vêtement collant. A gauche sont les Grecs, et au premier rang les deux héros que les Ëginètes honorent d'un culte particulier : Ajax, fils de Télamon, et Teucer. Ces belles sculptures forment la série la plus importante des œuvres de Tépoque archaïque. (Musée de Munich.)
FIGURES OU FRONTON D'ÉGINE. {Voy. p. 403.)
ÉTATS SECOND.VIRES llE LA GRÈCE CONTINENTALE. M5
ijii'une seule colonie : Cydonie, en Grêle, qui est aujourd'hui la rypitale de Candie, la Canéc. Dès l'année 565, sous le règne du (iliaraon Amasis, elle avait établi un comptoir à Naueralîs, dans le Delta.
Elle eut une autre ennemie, plus redoutable que Samos et qui linit par la luer, Athènes. Cette haine avait une eausc naturelle dans la rivalité de deux peuples sé|)arés seulement par une mer
étroite où se rencontraient à chaque instant leurs vaisseaux. l'ar un lion vent, un navire allait du Pirée à Édnecn deux heures. Hérodote,
Uled'ÉgiDe, vflc de Plialére'.
a comme toujours, pour expliquer celle haine de deux peuples, à nous conter une vieille histoire qui montre les mesquines rivalités, les tracasseries réciproques de ces petits États, el où l'on voit les femmes éterniser les querelles, en consen'ant le souvenir des injures dans teiirs cérémonies et jusque dans la forme de leurs vêtements*. « A une époque de disette, les Épidauriens avaient reçu de la Pythie l'ordrr de consacrer à Cérès el à Proserpine deux statues en bois d'olivier; pour avoir de ce bois, s'étant adressés, aux Athéniens, dont les oliviers
' Tète de TeminR h g'.iuclic, couronnée de (leurs (probablement Acacallis, mère de Cidoii). «■ Louve atlaitanl le Jeune Cydon, béros époiiynie de la ville de Cydonia (Cydon élait ON il'Hermès et d'Acacallis, Tille de Hinos). En lé^nde, KT^N. (Argent.)
' D'après le Tour du Monde, t. XXXIV, p. 3iw. Derrière l'Ile, à droite cl à gauche, on a|>.'r- Wit les montagnes du Péloponnèse.
' Hérodote, V, 82-88. Je ne donne, bien entendu, de ce long r.-cit qu'un tris bi-ef résumé.
passaient pour sacrés ils obtinrent la permission d'M prendre à condition qu'ils viendraient tous les ans à Athènes ofmr un sacrifice a Pallas et à Érechthée. Les É|)idauriens acceptèrent cette condition et rexècutùrent lidèlement. Mais, plus tard, les Éginètes leur ayant enlevt» ces statues, ils cessèrent de se rendre à Athènes. Les Athéniens se plaignirent ; on les renvoya à Égine, qui refusa d'exécuter la condition acceptée jadis par É{)idaure. Alors Athènes dirigea contre l'île une expédition qui fut si bien vaincue, qu'un seul homme échappa. A peine cet homme eut-il annoncé le désastre, que les femmes de ceux qui avaient péri se jetèrent sur lui, et chacune lui enfonça dans le
corps l'aiguille dont elles se servaient pour rattacher leurs robes. 11
périt par ce supplice. Les Athéniens eurent horreur de cette cruaulé, et, pour punir leurs femmes, ils les obligèrent à quitter l'habillemeul dorien qu'elles portaient, et à prendre celui des Ioniennes, c'est-à-diro la tunique de lin, pour laquelle elles n'avaient pas besoin d'aiguilles. Depuis cet événement s'établit chez les Argiens et les Éginètes l'usage, qui subsiste encore, de faire les aiguilles à rattacher les robes de moitié plus grandes qu'elles n'étaient autrefois, et c'est encore pour cela que, parmi eux, les offrandes des femmes consistent principalement en ces sortes d'aiguilles qu'elles consacrent. Une loi défend aussi à ces peuples de faire usage, dans les -cérémonies publiques, d'aucun ustensile fabriqué dansl'Attique, ni d'employer aucune poterie qui en sorte. » On a vu* les Éginètes montrer leur haine persistante contre Athènes lorsque, en 507, ils entrèrent dans la grande ligue formée par Thèbes et Lacédémone pour ruiner à la fois la liberté et la fortune renaissante des Athéniens. Du temple qu'ils élevèrent à Athéna, au temps de leur prospérité, il reste de belles ruines et des sculptures qui, malgré leur caractère encore archaïque, annoncent le prochain avènement de la grande statuaire hellénique'.
Entre l'Argolide et l'Achaïc, s'élevaient Sicyone et Corinthe. Sicyone, bâtie à 20 stades de la mer sur une hauteur abrupte dont le pied est baigné par deux ruisseaux, possédait un territoire très fertile et passait pour être, avec Argos, le siège du plus ancien royaume de la Grèce; elle n'hésitait pas à nommer les princes qui régnaient sur elle dix siècles avant la guerre de Troie, et l'on raconfàit que c'était là que Prométhée avait trompé Zeus, en lui faisant choisir pour un sacrifice,
• Page 466 et suiv.
* Voyez pages 492, 493 et 497.
au lieu d'une grasse viclinie, des ossements décliarnés recouverts de la peau d'un bœuf. Au temps légendaire d'Agamemnon. Sicyone i'ut tributaire de Mycènes. Après le relour des Héraclides, un fils deTéméiios s'y établit avec une colonie dorienne. Au-dessous de cette aristocratie, on cnirevoit une population d'autre orig;ine, et une classe de serfs appelés par mépris catônacophorcs (porteurs de peaux de brebis), et corynéphoret (porteurs de bàlons).
Vers 670, un homme du peuple, Orthagnras, s'éleva contre cette
Emplacement de lancienne Sicyone ■.
oligarchie el fonda une tyrannie qui subsista un siècle. « Elle se conserva si longtemps, dit Aristole, parce que ces tyrans traitèrent leurs sujets avec douceur, que leur administration fut toujours conforme aux lois et qu'ils surent conserver la faveur du peuple'. •■ Myron, successeur d'Orthagoràs, n'est connu que par une victoire aux jeux olympiques, à la course des chars (648); celte lutte, récemment établie, valut à Sicyone beaucoup de couronnes et à sa belle race de chevaux une grande renommée, l/arrière-potit-fils de Myron, Clisthénès, seconda les lÉmphictyons dans la guerre contre Crissa, et, avec les dépouilles de cette ville, orna sa patrie de riches monuments '.
' U'après le Tour du Monde, SXXIV, p. 369.
• Polu.. V. II.
' Sur cctlc guerre, voyez plus loin, p. 243. Clistli^nès Tut vainqueur aux jeux olympiques
5W LK I/l.NVASIOX I)(llllK\.M-: ALX GIKKHES. MKDIplES (HOt-i90).
Au sujet de ce princp, Hérodote nous a conservé une de ces liistoiros qu'il raconle si bien, mais ijuc nous no souinics jjas lenus d'accojto tout entières.
Ce lyraii de Sicyonc, dit-il, homme tirs puissant et fort rirlic, aiiil une fille nommée Agarista, qu'il ^le voulait marier qu'au [)lus accompli des Grecs, Pendant la céléhratiou des jcu\ olympiques, où il avaitïli' vainqueur à la course des chars, il (it proclamer par un héraut qm^ quiconque se croirait digne de devenir son gendre se rendit à Simnf dans soixante jours, parce qu'il marierait sa (illc un an apriti le soixantième jour commencé. De nombi'eux ])rétendanls accounircnl
de tous les points du monde grec. Clisthénès, à leur arrivée, s'informa de leur pays et de leur naissance, puis les retint uu an auprès de lui. H les Iraita chaque jour avec magnificence et étudia leurs inclinalions, leurs mœurs, l'élondue de leur esprit et de leui-s connaiss-inccs. soit dans les entretiens qu'il eu! avec eux eu i»articulier, soit d.in5 les conversations générales et dans les festins auxquels il les invitait- Afin de connaître aussi leur adresse et leur force, il les engageait à se livrer aux exercices ordinaires, et il leur avail fait construire tout exprès un stade pour la course et une palestre pour les autres jeux. De tous les jirétendants, celui qui jusqu'au dernier moment paru' avoir les chances les pins heureuses, était l'Athénien Ilippoclidès. Le jour fixé par Clisthénès pour déclarer son gendre élant venu, ci"
• SI. Ti^lp laiiréi! [i'Apolloti à droilp. ^. Couronne de l.iuricr; au cenire, une cotoml» qui vole en portant nno bnnileleUe dans son bec. (Or. — Cabinet de France, ii' )i51.|
« St'ène peinte sur lu eonverele d'une ampliore (d'nprès tierliard, Ataerl. Yauni-, IV. T»f. 267). — Le premier eliar est prés d'atteindre lo luit où se dresse une stèle ornée ite h»itik Iplles; derrière, galii|K' un clieval qui s'est ^liappé d'un autre rli.ir.
fiTATS SECONDAIRES DE LA «BÈCE CONTINENTAL î>01
prince immola cent bœufs, cl invita à ce festin royal non feulement les prétendants, mais tous les Sicyoniens. Après le repas, les prétendants s'entretinrcjil de musique, d'art el de tout ce qui fait le sujet ordinaire des convei"sations, chacun s'efforçanl lic faire briller son esprit. Ilippoclidés attirait surtout l'allenlion, car on avait déjà deviné la secrète préférence dont il était Tobjet. A un moment il dit au joueur de flûte déjouer un des airs qui accompagnaient les danses. Mais, au lieu de commencer la pyrrhiqîie, dansegueiTière, inventée par Achille el fort pratiquée à Lacédémone où elle élail une image des combats, il commença une des danses efféminées de rionie. Il espérait assurer son triomphe, en déployant sa grâce et sa légèrelé; il ne voyait pas que le prince, indigné de celte mollesse, le regardait d'un œil irrité, et il se laissa aller jusqu'à imiter les gestes des bateleurs. Clislhcnès ne pouvant plus se contenir lui cria : ■■ Fils de Tisander, la danse défait ton mariage. " — » Ilippoclidès s'en soucie peu, » reprit r.\thénieii emporté par la vanité el trompé par les applaudissements moqueurs de l'assemblée.
Alors Clistliénès, avant fait faire
. , , , Ci-iiic ailé juiiaiit de b fliltu '.
Silence, remercia les pretciulants,
leur offrit à chacun un talent d'argent pour reconnaître l'honneur qu'ils lui avaient fait en recherchant son alliance et liança sa lillc à Mégaclès, fils de cet Alcméon dont il a été parlé plus haut. De ce mariage naquit un fils; suivant l'usage athénien, il prit le nom de son grand-père, Clisthénés, el, a|)n's la chute des IMsisIratides il eut
' Terre cuite de la Négnride. au musée du Louvre. (Cf. L. Ueuzoy. Lfi figurinei aniiqnet de tfrrt ruile du mutée du Loitvrft'pX. 36.) — Li' génie est appuyé contre nue colonne corinlIiieiiDO ; sur le chapiteau est posée une petite figure de femme ailw et voilée.
la principale autorité dans Athènes. Une petite-fille de ce Mégaclès fut mère de Pèriclès.
L'ancienne aristocratie dorienne fit sans doute quelque tentative pour recouvrer le pouvoir dans Sicyone, car on voit Clisthénès dégrader ses tribus en leur appliquant des noms méprisants, tandis qu'il donnait à la sienne celui d'Archélaëns ou chefs du peuple. Quand cette dynastie fut tombée, vers 570, et que les Dorions eurent recouvré rintluence, ils prirent, à la place de ces noms humiliants, ceux des trois tribus de Sparte et d'Argos, Hylléens, Dymanes et Pamphyliens; les Archélaens devinrent alors les Égialéens ou les hommes du rivage. Argos, à ce qu'il semble, avait essayé de soutenir le parti dorien de Sicyone; Clisthénès, pour l'en punir, abolit les jeux où les rhapsodes se disputaient le prix en chantant les vers d'Homère, parce que ce poète avait célébré les Argiens. J'ai raconté précédemment sa hille singulière contre le héros Adrasle qui nous montre tout un côté de la vie religieuse des Grecs, le culte des hommes que leurs exploils avaient mnctifiés^. Sicyone, qui enverra 5000 hoplites à Platée, ne retrouvera cependant un rôle politique que dans le dernier âge de la Grèce; mais elle eut de bonne heure une école de sculpture que deux Cretois, Dipœnos et Scyllis, y fondèrent vers 560 et qui produisit Canachos et Lysippe. Pline dit de Sicyone : « Elle fut la patrie de la peinture*. >>
Corinthe^ avait un territoire stérile, mais aussi, pour sa défense. une acropole imprenable sur un roc escarpé, haut de 575 mètres, et pour sa richesse, deux ports sur deux mers : l'Archipel et la mer Ionienne; celui de l'ouest, le Léchée, était réuni à la ville par une forte muraille, longue de i2 stades. Les difficultés d'une navigation autour du Péloponnèse firent la fortune de la ville qui, par ses ports, mettait en communication le golfe Saronique avec celui de Corinthe et qui pouvait, à son gré, fermer ou ouvrir l'isthme qui porte son nom. Cet isthme, que Pindare appelait un pont jeté sur l'abîme, n'a que 5 à 6 kilomètres de largeur, et le terrain est presque uni, ou du moins il n'a, dans sa partie basse, que des pentes régu-
« Voy., ci-dessus, p. 242.
« XXXV, n.
5 On a conjecturé (Gfl«. archéoL, 1885, p. 404 et suiv.) que la première ville dePIsthniP. celle où les Phéniciens et les Ioniens apportèrent leur dieu Poséidon, fut Éphyra dont il Tf^\o quelques traces prés des ruines du temple de ce dieu. Après l'invasion donennc, une nouvelle cité, la véritable Corinthe, fut bâtie au pied de TAcropole dont la principale divinité fut le dieu dorien Apollon.
ÉTATS SECUN[IA1RES l)E LA GRÈCE CONTINENTALE. MO
Hères qui permettent de s'élever insensiblement à une altitude de 60 à 70 mètres. Aussi les Corinthiens purent-ils y établir une route, le Dioleos, pour les navires qui, placés sur des rouleaux, passaient, à l'aide de machines, V d'unt merà l'autre. Les moder- I ■ nés font mieux : ils reprennent . ' l'œuvre de Néron en creusant
dans l'isthme un canal'. Au régasc buvant à la fontaine L'Acrocorintlic *. de l'îréiic'
sommet et au pied de l'Acrocoriuthe coulait une source abondante, la fontaine Firéne, excellente, disait-on, pour la trempe du bronze corinthien, meilleure encore,
L'istlimc de Corinlhc*.
en cas de siège, pour garantir les citoyens de la soif. La prospérité de Corinlhe datait de loin. Les anciens poètes, dit Thucydide, l'appelaient Corinthe la riche. Dans ses chantiers fut construite, vers 700. la première trirème, et trente-quatre ans plus tût elle avait donné
« Voyei p. 20.
* Le rocher de l'Acrocorinthe. An sommet, le lemple d'Aplirodite et Pégase qui s'enrnle ji droite. Au b.is de la montagne, le tombeau de Hélicerte à câtéd'un pin; adroite, le sanctuaire (le la njmphe Piréne; eu légende : CLI COR {Colonia Laut Jutia Corinlkiu). Bevers d"une monnaie <ic bronze à l'elTigie de Lucius Vérus. {Journ. ofHellenic Sludiei, 1885, G. CWXII.)
■ La nymphe Pirène, assise sur un rocher, au pied de l'Acrocorinlbe ; Pégase boil à la source quelle personniGe; au-dessus de l'Acrocorinlhc, on voit le lemple d'Aphtwlile. En légende CLI COR {Colonia haut Julia Corinlhui). Revers d'une monnaie de bronze à l'enigie de Lucius Vërus. (Journ. o^ Helt. SluditÊ, 1883, F. CVIU.)
* D'après le Tour du Monde, XXXIV, p. 368. — La vue est prise du sommet de l'Acrocorinthe. On voit, à gauche, les maisons de la ville de ÎVéa- Corinlhe.
r.04 DE L'INVASION DOfilENNE AUX GUERltES MÉDIQUES (1104-490).
naissance à deux puissantes villes : Syracuse et Corcyre. Pour protéger son commerce, elle fit la pVicc de la mer conirc les pirates, e(, en GGA, elle livra aux (Jorcyrcens, qui avaient bien vite oublié leur origine, le plus ancian combat naval dont on se souvint du temps de Thucydide. Gorinllie fut aussi la première à mouler des ligures, cl elle précéda les autres cilés grec- Lc iiùros isiiimos' . qucs daus Ics ai'ls du dessin. Plus tard, elle donnera son nom au plus riche des ordres d'archilecture. Dans ses ateliers furent travaillés la laine la plus fine, les bronzes les plus renommés, des vases peints qu'on rechercha partout et des parfums qui le disputaient à ceux de l'Orient. Mais Ifs fréquentes visites de ses vaisscaus aux ports de la mer Orientale, cl l'affluence des étrangers dans ses murs développérenl, avec l'indu;»trie et le luxe, les superstitions ri les vices honteux qu'on reirouve dans les cités asiatiques. GomiiiP les villes syriaques et babyloniennes, elle eut de libres prêtresses de Vénus sans avoir l'excuse ilts croyances qui avaient fait nailrr les prostitutions sacrées. Un ancien législateur, nommé Phidon, avait cherché en vain à guérir ces plaies.
Son premier roi dorien avait clé „ ^., ,., . j ^ ■ ,. ., riléraclide Alélas. La dvnasiie qu'il
Posênlon (Placiuc voiive de Corinthe '.) • '
fonda fournit onze générations de roi Après eux, les Bacchiadcs, de la même famille et qui étaient
■ Tslhmos, personnin.int l'isllimp de Corinlhe, sous les Irails d'un jeune limnme nu. <ti' lioiilt lennnt un poufcmnil de. dmiiue mnin. Kn légende : CLl COR {Cotonia Ijoui Julio C oiinthiu). Revers d'une monnaie de Corinlhe à l'efOgie de Septime Sévère.
* Pl.iigue en arfiile peinle, découverte à Corintlie; .lujourd'liui au musée du Louvrp. (Cf. 0. Itnyel, dans la Gaselle mchiiAogiqw, V (1880), p. 104 el suiv.) — Le dieu lient son Irideiil d'une main et de l'autre une eouronne. E)erri(Te, est inscrit son nom (nmtSzv) ; devant, e?) le nom du personnage qui a dédié l'es-voto : '\-^i(1) ^'hiitt*. Les caractères, i l'eiceplioii de l'epsilon de DotiiUv, sont ecui de i'alpliabet corinthien, l'un des plus anciens de la Grèce.
deux cenis, s'emparèrent de la royauté, qu'ils abolirent vers le milieu
du huitième siècle, mais en gardant l'autorité, qu'ils exercèrent sous
le nom de prytanes, magistrats annuels choisis
dans leui"s rangs. L'assemblée du peuple et le sénat
subsistèrent, dominés l'un cl l'autre par cette
puissante maison. I
Celte oligarchie fut renversée en 657 par Cypsélos. Les Bacchiades s'étaient interdit les mariages hors de leur ordre; mais un deux eut une fille H,n„aie do corinthe-, boileuse, nommée Labda, qu'aucun des nobles ne voulut acceplcr pour femme. Irritée de ces dédains, elle s'allia avec un homme étranger à l'aristocralie et Lapithe d'origine. De celle union naquit un enfant que les Bacchiades firent rechercher avec soin pour le melire à mort, car un oracle avait annoncé (|ue, s'il vivait, il leur serait fatal. Dix d'entre rirachmcdcCoriniiio*. t'iix se rendirent à la maison de Labda; elle, (Toyanl que ces nobles n'étaient venus la visiler que pour faire Imiineur à son père, leur laissa lircndre son fils : ils avaient résolu en flieinîn que le premier qui le tiendrait l'écrascrail contre lerre. MaisTenfanl, remis au bras du Uacchiade, se mil à lui sourire si doucement, que l'homme en fut ton- i elle; n'osant le tuer, i) le passa à un autre, celui-ci au troisième, puis à un autre encore, Polier — PlaqucvoUve deConntlic». (Voy. p.M)&.)
car l'enfant toujours leur souriait ! ils sortirent aloi-s de la maison, se
la fonne de riola et celle île l'epsilon sonl parliculièremcnt inléress.iiiteH; nous avons éRalcirieiil noié le koppa sur des monnaies de torinllie. (V'<iy. ri-dessous, p. htn el p. 409.) — Sir res tablettes, vovei emi>re M. Collignon : Tablette* rolicet de lerre cuîle peinte trouvé' t à Corinlhe {Vusi-P du l.onïre),daiis les Monument» grec» publié» par rAuorialîon pour t'encoara- <}rmait ilet Éludn grecque*, n- H-i5 (1882-1884), p. 25 et suiv.
' Le leraple rond de falémoi) : la coupole, ornéu île dauphins qui Turnient aerolères, est Miutenue pap six colonnes; devant le temple, le laureau qui doil élre sacrifié et un arLre. Eli léjjeiide : CLI COR (Colonia Lau* Jutia Corinthut). Revers d'une monnaie de bronze ù lïRigie deSeptime Sévère.
' Tète de Vénus Érycine, à gauche, coilTéc du cécryphaie. i^. Pégase volant à gauclie; dessus, le koppa, initiale du nom archaïque de Corinthe.
* Plaque en argile peinte, coiisenée au musée du Louvre. (Cf. Gaselle arcliéologiipie.
508 DE L'INVASION DORIENNE AIX GLERRES MÉDIQl'ES {1104-490).
reprochèrent mutuellement leur faiblesse, et convinrent de rentrer el (le frapper tous ensemble Maïs la mère avait tout entendu. Elle caclia son fils dans une corbeille à blé, où ils ne purent le trouver. Après
Lapillii: liiltaiil coiiUi; lui Ccillaui'e '- (Voy. |). Ml.)
l'avoir longtemps cherché, ils prirent le parti d'aller dire à ceus qui les avaient envoyés que le meurtre était accompli. L'enfant fut appelé
V (1880), p. 104 et siiiv.). — Un polier, assis sur son escabeau, tournassp avec un ébsudioir un arijballe posé sur une roue, qu'il fait mouvoir avec la main droile. Dans uii coin soûl deux moites d'argile ; au mur sont suspendus dcu\ aryballes, semblables à celui qu'il
' Métope du Parlbénon, d'après un moulage. — La léle du Lapilhe a été récemmeni retrouvée et reconnue : elle est ai^ourd'liui au musée du Louvre. Vor. A. tiéron de Villerosse, Tête du Parlhinon apparlenatd an mutée dit Louvre, dans les Monument* grec» ptMiét par l'AtMcialion pour l'enmiiragfment de» Étude* grecque», a" 11-15, (ISSa-lSS*), p. 1 cl suiv.
Cypsélos, du lieu où il avail élé sauvé {xwjiti/;, co/Trel), ou plutôt la légende se forma sur le nom qu'il portait'.
Devenu grand, Cypsélos se mit à la tète du parti populaire et devint lyran de Corinthe. II imposa de lourdes taies sur les riches, exila les oligarques, et pendant les trente années de son règne, conserva si bien l'amour du peuple, que jamais il n'eut licsoin de gardes. Peut-être celte longue tranquillité fut-elle duc aux colonies qu'il envoya au dehors. Sous lui, en effet, Corinthe, pour disputer aux r^rcyréens le commei'ce de l'Épire el s'assurer des stations navales dans la mer d'Ionie, fonda Anactorion cl Ambracie, autour dugolfc de ce dernier nom, et Leucade, dans une presqu'île 4[ue les habilanls séparèimt plus tard du continent par un canal.
Cypst'Ios laissa, en 629, le Irùne à son lils Périandre, dont le caractère nous est montré sous des aspects bien différentï:. Sans doute il fut, comme son père, aimé du pcujilc et terrible à l'aristocratie. Il en- Irotcnail des relations avec „, ^ ,, , r , .
l'iaqiic de bi'oiize avec relieis analogues u ceux qui uecoraieul
Tbrasybule de Milet et, un le coUrci Ju Cvpséios'.
jour, le consulta sur ce
qu'il avait à faire |)0ur assurer son pouvoir. Tbrasybule conduisit le
messager itans nu champ de blé où, avec un bâton, il abattit, en
< Hérodote, V, S'i.LesCypséticles firent olTrande à Olympie d'un cofl'rcl en bois de cèdre, avec snilplares en relief el inscruslatiuns d'or et d'ivoire, dont Pansania^ donne la curieuse description (V, 17, 18, 19).
* Plaque décoiiïorle à Olympie, d'apn'-s Die Auxgrabungen zu Olijmpia, III, Taf. XXIII. — In
510 DE L1NVASI0N DORIENNE Al'X CtERRES MÉDIQI'ES {H04-490).
se promenant, tous les épis qui dominaient les autres, après quoi il le congédia, sans réponse. L'envoyé rapporta ce qu'il lui avail ni faire, ajoutant qu'il s'étonnait qu'oii l'eût adressé à un homme
assez extravagant pour ruiner son propre bien. Mais Périandro comprit le langage muet de Tlirasybule; des ce jour, il ronvei-sa loul ce qui s'élevait dans l'État au-dessus du niveau de la inulliUiJc.
(les sujets représcnlés sur le eolTrct de Cypsélos élait lléraklès poiirsuivaiil dp ses AMies le> Centaures, (l'ausanias, Y, iO, il.) Li> ini^nx- si^el est Irailé dans le troisième registre de In plaque d'Olyinpie ; ll^i-aklès v^lu du eliitnii, armé dti carquois et de l'épée, lanre une fliflie contre un centaure. Celui-ci, comme sur le cofl'ret de Cypsélos, a deux pieds de cheval cl dei» pieds d'hoimne. (Pausanias, V, 1!i, 7.j Mais te. qui Trappe surtout Pausanias, c'est la (ipif d'Artémts. «Je ne sais pouripioi, dit-il, Arlémis n des ailes et lient de la main droite une pan- Ihère, de la main gauche un lion » (V. tO, 5). C'est le type de l'Arlémis persique, aai qua\i* ailes, que nous retrouvons sur la plaque d'Olympie. Ce p<!lit monument nous dounc dont ua« idée Ir^s juste du style des ligures qui décoraient le précieuï colTret. Dans les i»gistres siiptrieurs, on voit trois aigles et deux grilTons. L'aigle était l'oiseau de Zeus; le grilTon ligure souvent sur les monuments de l'Orient.
* On appelait Ti-éton les àlilices construits dans une enceinte sacrée soit par des parliruliers, soit par des cités, qui y dé|iosaient les oeuvres d'art ou ohjets consacrés au dieu. Ce^ édi lices avaient le plus souvent la forme d'un petit temple. Les trésors les plus célèbres fiaient ceux du [)elplies et d'Olympie : Pansanias a consacré un cliapili-e à ces derniers (VI, 19). et les Touilles récemment entreprises à Olympie ont mis au jour les suhstructions et des Tngments de Ireiie trésors. (Les fondations ilu treizième ont été retrouvées sous l'exèdre d'IlérodcAlticus). Quelques-uns, ceux deSicyoneet de Gela, par exemple, ont été entièrement transporli's de la Sieyonie et de la Sicile à Olympie : les pieiTes ont été taillées dans ces deux régions et seulement assemblées dans l'enceinte de Zeus Olympien. Le trésor des Syracusams portail aussi le nom de trésor des Carthaginois : il avait été bâti par Gélon après sa victoire à Ilimère. — Sur 1rs trésors d'Olympie, voy. F. Itichter, De Iketaurit Ol^mpix tffouit {Ditterlalio ma*- {juralû, [ferlin, 18S5.)
ÉTATS SECONDAIRES DE LA GRÈCE CONTINENTALE. 5il
s'entoura de gardes étrangers, fit des lois somptuaires, qui étaient probablement aussi des lois politiques, comme celle qui limitait le nombre des esclaves, et, pour épuiser les ressources des grands, il leur imposa de ruineuses offrandes au temple d'Olympie. La fin de son règne fut signalée par la prise d'Épidaure, d'où il chassa son beaupère Proclès, mais attristée par la fin malheureuse de sa femme Mélisse, qu'il tua, dans un accès de jalousie, et par la douleur de son fils Lycophron, qui lui reprochait ce crime et refusa d'être son héritier.
Périandre avait régné quarante-quatre ans, quand il mourut, en 585. Son successeur Psammétichos ne garda que quatre années le pouvoir*. Après lui, l'oligarchie, soutenue par des troupes Spartiates, abolit la royauté, vers le même temps où le parti dorien se relevait aussi à Sicyone. Corinthe tomba alors du haut degré de puissance où les Cypsélides l'avaient portée. Elle perdit Corcyre, que Périandre avait tenue jusqu'à sa mort dans l'obéissance, et ses colonies de Leucade, d'Ambracie et d'Anactorion s'affranchirent de toute dépendance; mais elle conserva les avantages que sa position géographique lui donnait, et elle continua de jouer un rôle considérable, par le commerce, les arts, même par la politique, comme le jour où elle s'opposa au rétablissement, par les Péloponnésicns, d'IIippias dans Athènes'.
Ce que Corinthe était au sud de l'isthme, Mégarc, avec ses deux ports sur les deux golfes, l'était au nord, la clef du passage. Homère ne la nomme pas; pourtant elle semble ancienne. Les légendes et les noms héroïques s'y pressent, comme les races se sont pressées sur ce territoire dans leurs courses aventureuses, chacune v laissant un souvenir, comme chaque flot du golfe Saronique y laisse quelque pierre arrachée aux roches Scironiennes '. Un roi d'Athènes, Pandion,
* Le neyeu de Périandre tenait sans doute son nom égyptien du pharaon Psamméti^ qui le premier avai^ ouvert TÉgypte aux Grecs.
* Voy. ci-dessus, p. 469.
' Ëaque et Minos, Télamon et Ajax, Thésée et Pandion, le farouche Térée et Tamazone Hippolyte, Ino et Mélicerle, Nisos, qui donna sou nom à un des deux ports, Adraste, les Sept Chefs, Sciron et le pélopide Alcathos, Alcmène et Ëurysthée, y avaient leurs tombeaux, dos autels ou des lieux consacrés.
Monnaie de Mégare
y avait son tombeau avec des honneurs divins, et elle paya à Miiios la moitié du tribut sanglant imposé aux Athéniens, double signe, peut-être, d'une ancienne dépendance à l'égard de ce peuple. La royauté fut abolie à Mégare avant la conquête dorienne. La ville eut alors des magistrats appelés esymnètes, sorte de rois électifs et amovibles. Après le retour des Héraclides, elle fut assujettie par les Corinthiens, et ses habitanjls furent contraints de venir pleurer aux funérailles des Bacchiades, comme lej> Messéniens à celles des Spartiates. Elle s'affranchit plus tard avec l'aide d'Argos, mai> resta soumise à la domination des riches propriétaires doricns jusqu'en 625, où Théagénès, beau-père de l'Athénien Cylon, s'emparj du pouvoir. Ce fut sans doute sous son règne que les Mégariens enlevèrent Salamine aux Athéniens. Cependant il fut chassé et des discordes violentes éclatèrent. Les dettes en étaient la cause; malheureusement il n'y avait pas là un Solon pour contenir les réformes dans les bornes de la modération et de la justice : les créanciers furent forcés non seulement de renoncer à ce qui leur était dû, mais de rendre les intérêts qui leur avaient été déjà payés. Alors il y cul des bannissements et des contîscations. Ceci se passait vers Tan 600. Le poète Théognis, qui vivait en ce temps à Mégare et qui appartenait à la faction aristocratique, nous a laissé des vers où se montre l'animosité des partis aux abois. « Cette cité est encore une cité, mais c'est un autre peuple, fait de gens qui ne connaissaient auparavant ni tribunaux ni lois. Ils portaient autour de leurs flancs des peaux de chèvres, et, comme des cerfs, ils habitaient hors de la ville. Maintenant ils sont les bons, et ceux qui jadis étaient les braves sont les lâches maintenant. » Comme ces amis ardents du passé qui n'ont d'yeux que derrière la tète, il trouve que tout dégénère et que toute vertu s'en est allée. « La Pudeur est morte; l'Impudence règne, et l'Injure, victorieuse de la Justice, est maîtresse de toute la terre. Faire du bien aux mauvais, c'est ensemencer la mer blanchissante. >' Dans sa haine farouche il voit déjà s'élever le tyran qui vengera l'aristocratie. «Vienne donc au plus vite, s'écrie-t-il, l'homme qui foulera aux pieds ce peuple insensé, lui fera sentir la pointe* de l'aiguillon et appesantira le joug sur son cou. » Pour lui, « il voudrait boire
* Tête laiirée d'ApoHon à droite. ^. MErAPEÛN. Lyre. Arçenl. Cabinet de France.
le sang noir de ses ennemis'. » Le poète de Mégare esl un désespéré, et les pessimistes de notre temps n'ont rien à lui envier : « Pour l'homme, le premier des biens, dit-il, serait de ne pas naître; une fois né, ce serait de franchir au plus vile la porte d'Hadès. » Cependant ce désespoir est si contraire à la nature humaine, qu'ailleurs Théognis écrit «qu'il faut espérer toujoui"s et que, dans les sacritices, l'Espérance doit être invoquée la première et la dernière'. » On doit aussi lui tenir compte d'avoir combattu la vieille et dure croyance à l'hérédité de rexpiation, en demandant aux dieux de ne plus punir l'enfant pour la faute du père.
Dans les vers de Théognis contre la démocratie mégal'ienne, on saisit sur le fait la révolution qui s'opérait : ces hommes à peaux de chèvres, marque de leur condition, ce sont les catâitacophores que nous avons vus à Sicyone et ailleure; c'est ce qui répond aux vôteini'nts d'esclave des hilotes la-
coniens. Ilcmarquez aussi ces vicioirc, irouvéc à Mégare'.
comparaisons avec le cerf qui
habite loin de la demeure des hommes, avec le bœuf qu'il faut pi- •juer de l'aiguillon et courber sous le joug; elles montrent bien que les vaincus, les mautaù étaient mis par les aristocraties doriennes, par ceux qui s'appelaient les bom, les braves, au niveau des bètes de somme. Même parmi les dominateurs, les mœurs étaient farouches :
< Théognis, vers 53, 69, 391, 549, 846. Sur ceux qui dans In Gr^ce s'appelaient les beaur ot les bon*, voyez le discours préliminaire de Wcicker, dans sou édition de Théogiiis, p. \\.
' Vers 425 elH45.
' Varbre découvert à Hégare en 1830 et conservé aujourd'hui A Athènes, en avant du Théséion; d'après les MUlheil. d. d. arcbaotog. hitituUt in Athm, VI (1881), pi. XI. — La statue, malheureusement très endommagée, esl de beau style.
.M4 DE I/INVASION DORIENNE AIX GUERRES MÉDIQUES (1104-WOi.
« Mieux vaut, disait un proverbe, ùtrc le bélier que le lils d'un Mégarien. »
Malgré ces discordes intérieures, malgré sa réputation quelque jwu suspecte à l'endroit de l'esprit, s'il en lâiii 'croire les Athéniens, juges très corapétent* mais prévenus, Mégare semble avoir eu, .tu sixième siècle, une puissance qu'elle ne n-- Irouvera plus dans la suite. Du moins s(> lointaines colonies, on Sicile et jusque sur les côlos de la Bithynic et du Bosphore de Thrace, où elle foiiJ.i Dyzanee, annoncent une population nombreuse et un commerce fli>rissant. Klle lutta contre Athènes et vainquit une fois ceux qui allaicitt devenir les maîtres de la mer. Vnc proue d'airain susjwndue daii< sou temple de Jupiter perpétua ce glorieux souvenir. A Platée cil.' envoya 5000 hoplites. Aujoui"d'hui, dit Plutarque, la Grèce entière n'en pourrait fournir autant. Plus tant encore, elle donna naissamv à une école de philoso|ihie. Mais la base d'une puissance dui'alilt' lui manquait : elle n'avait pas d'agriculture : « Les Mègariens lalw»rent des pierres *■, dit Isocrate. Uc là ces continuelles lentalioib d'empiéter sur la plaine ferlilr d'Eleusis. De plus elle était, autniil que Sparte, hostile aux étranger :
en ollVant son droit de cité à Alexandre, elle |)rétendit ne l'avoir doitnr qu'au seul Ilcraklès, l'aïeul du la-
Moiinaie lies Déolit^ns. in geitert*. TOS.
De ta Mégaride nous entrons dnib la Béolie. Voisine de l'Attique, dont elle n'est séparée que par 11' défilés du Parnès, la lîcotie présente un tout autre aspect : la vè-rélation y est plus forte; la terre, grasse et arrosée de nombreux cours d'eau, a l'apparence de la fertilité et de la richesse; les pâluraj.'es abondent; mais dans ce plantureux canton on chercherait en vai» les lignes harmonieuses de l'Attique; les contours des montagnes soiil moins précis, leurs arêtes moins vives; le regard est partout limili';
' Ln proup d'nirain du templo de Jupiter: eu léfrende, SIEFA (Mpfip&in). ^. L'obi'Ir-iqiu' signalé par J'ausanias (1, \\, 2) dans l'aiic ipii i;ymnai>e de îlégare;de chaque colé. un dauplun-
* Tête laur<* de Jupiler. à droile. >î. BOIÛTCN. Nrplune assis àgauclie sur un Irùne, lenanl de la main droite un daupliin et de la ^uclie un trident. Sous le siège du dieu de lami^r, If bouclier béotien. (Télradraclinie du Cabinet de France.)
ETATS SECONDAIRES DE l,A GRECE CONTINENTALE. 515
une atmosphère épaisse et vaporeuse fait regretter la lumière qui
illumine le paysage athénien. Le contraste est aussi grand entre les
lieux histoires qu'entre les deux pays.
La royauté fut abolie en Béotie de très bonne heure, dès le douzième
lloniiaie tic Tanajcru
siècle. La contrée se partagea alors en autant de petits États qu'il y avait de villes, dix à douze. Orchomène, bien déchue de son antique grandeur, Thèbes, Platée e1 Thespies, les deux seules cités béotiennes
Plaine Je Béotie'.
qui refusèrent de donner aux hérauts de Xei-xès la terre et l'eau, Tanagra où était née Corinne, la rivale de Pindare, enfin Chéronée, étaient les plus considérables. Près de Thespies se trouvait le boui^ d'Ascra, pairie d'Hésiode. Chacune de ses villes avait son terriloiie et son régime particulier. Le gouvernement était généralement oli-
■ L'.' bouHior béolien. ^. EPXO (Tp/oruvi'aiv). Ampliore; nu dessus, les lettres HII, initiales Uu nom d'un inagislral. (Argenl.)
' Le bouclier béotien. ^. T\ (ïsmrjfafuv). Prolomé de cheval galopant à droilc, le ecu orné d'une couronne de laurier; dpssouif, inie grappe de raisin. (Argent.)
* D'aprt's le Tour du Monde, t. XSXU, p. 19 et p. 52. — On apen;oit à l'Iioriion l'Uélicuii et, plus loin, le Parnasse couvert de neige.
516 DE LINVASION DORIEiSNE AUX GUERRES MÉDIQI'ES (1104-490).
garchique. Néanmoins des troubles s'élevèrent à Thèbes, au sein même de la classe dominante, à cause de l'inégalité des propriétés. On appela de Corinthe un législateur, le Bacchiadc Philolaos, pour rédiger un code de lois. Il essaya d'oi^aniser l'aristocratie d'uDc manière durable en limitant à un nombre déterminé les familles investies des droits politiques, et en excluant des fonctions publiques tout Thébain qui, dans les dix années antérieures, aurait exercé quelque métier. On voit que ces lois étaient dictées par le plus pur esprit dorien'. Une autre preuve de ce même esprit est la répugnance de Thèbes à ouvrir ses portes aux étrangers. Poin- clic comme pour Sparte, on connaît 1res peu de concessions du droit décile; mais elle diffère de Lacédémone par les troubles que suscllèrenl alternativement une oligarchie cl une démocratie effrénée'. A Thespies, l'csercice d'un métier était aussi regardé comme chose dégradante pour un homme libre.
Les villes de la Béotie formèrent entre elles une ligue, à la lèle de laquelle Thèbes se plaça; mais cette prééminence finit par devenir une domination absolue. Plusieurs cités, scui[tiurebéinicnne. (DermïsetKiiyios)'. entre autccs Platée ct ThcspIcs, essayèrent de la repousser; de là des guerres qui amenèrent la destruction de ces deux villes par les Thébains. Les affaires du pays étaient décidées dans quatre conseils se
• Ct'pendnnl il interdisait de luer les nouveau-nés, droil ciercé ou toléré h peu pris portoul, même à Athènes. Il permettait au citoyen pauvre d'apporter son enfanl au magistrat, qui le vendait à un autre citoyen. Celui-ci était obligé de 1 élever, mais l'euranl restait son esclave. (Ëlien, Yarite HUloris, II, 7.)
' « Les meurtres sont Tréquents i Thèl>es, n dit Dicéarque (n»p\ t5» niXcu), ap. Fr. H. C édit. Didol, t. tl, p. 358). Ils accordaient la facilité de ractiat à tout captif tombé entre leurs mains par le sort des armes, k moins qu'il ne fût né en Béotie, auquel cas ils le faisairiil mourir. (Pausanias. L\, 15, 4.)
^ Relier en tul. découvert dans une des nécropoles de Tanagra (d'après les Mittieil. d. d.
tenant dans les quatre districts dont se composait ]a Béotie; ils choisissaient onze béotarque$, qui étaient, comme suprêmes magistrats, à la tète delà confédération et avaient le commandement des aimées, à la condition de résigner leurs pouvoirs, à la fin de l'année, sous peine de mort. Thèbes en nommait, à elle seule, deux, dont l'un était le
Carte de la Béolic.
président du corps. Des fêtes solennelles réunissaient les membres de la ligue dans les champs de Coronée, autour du temple de Minerve. Les Béotiens, par l'étendue et la population de leur territoire, auraient
archâolog. In*lil. in Athen, Ut (1870), Taf. \IV, <>t p. 309, n° 4). — Ce monumenl. l'un Ae-s plus anciens et les plus remnrquables de la sculpture béotienne, a é\è élevé par un personnage du nom d'Amphalkés sur la lonilw de deux amis, Derniys et Kilylos. C'est ce que nous apprend l'inscriplion gravée sur la plinthe en caractères archaïques : 'A^i^iXjti; [îjiTaa' IrX KttûXoi ^S, ^hA AJp)UH. Le nom de chacun des personnages est répété le long de la jambe droite de l'un (iipiiuï), de la jambe gauche de l'autre (KiriXot). L'artiste les a représeulés entièreinent nus, cliacun passant un bras autour du cou de son ami ; mais le bras, beaucoup trop haut placé, semble tomber de laplinUie supérieure qui Torme chapiteau, (Voy. A. Dumonldans \iGatttUaTcki<^que. V (1878), p. lO.)
r>18 DE L'INVASIOS DORIENNE AUX GUERRES HËDIQl'ES (1104-490).
pu jouer le premier rôle dans la Grèce, sans leurs mauvaises constitutions et leur jalousie contre Thèbes.
Toute l'antiquité s'est moquée de la lourdeur des Béoliens. Ils ont pourtant donné à la Grèce le plus fameux de ses lyriques, Pindarc, Corinne, son émule, cl celui qu'on a placé le plus près d'Homère daii> la grande poésie, Hésiode. De celui-ci, j'ai déjà cité plusieurs fragments; en voici qui sont remarquables à un autre titre. « Ne faites jamais tort à personne. Aimez qui vous aime; secourez qui vous secourt. Celui qui donne éprouve en son cœur un doux ravissemenl. >■ S'il dit encore : « Refusez à qui vous refuse, » il ajoute : « Lorsque voire prochain reconnaît sa faute, rendez-lui votre amitié, » cl sans cesse il recommande de protéger le faible, le suppliant, l'hôte, l'orphelin. Jupiter est devenu la justice, la morale est sa loi, et il punit ceux qui la violent. Hésiode promet au juste ce qui était la grande récompense hébraïque, une vieillesse prolongée et heureuse, de nombreux enfants qui lui ressembleront et lous les biens d'ici-bns: enfin, après celle vie, le si^jour dans les îles des Bienheureux; au
méchant, il réserve le Tarlare dont le
seuil inexorable est d'airain et ganlé
par Cerbère.
Il est à remarquer que c'est dans
la contrée qui s'étend du Parnasse . ^ „ . à l'Altique que s'est opéré le dernier
Uonnnic de Ttièbos '. i t i
mouvement religieux; là que se sont établis le cuite d'Apollon et les mystères d'Eleusis; là qu'est née la légende d'Hercule, le premier des héros; là encore que Barehus, le dernier venu des grands dieux hellénique;-, a pris vraiment possession de sa divinité sur le Parnasse, près de Delphes, sur le Cithéron, prè's de Thèbes, et aux environs d'Orchomène, où se célébrait son culle désordonné. Les femmes, vêtues de la ncbride des bacchantes, emplissaient les montagnes du bruit de leurs Dionysos '. danses sauvages et illuminaient les bois du feu de leurs
torches, en courant à la recherche du dieu. N'oublions pas non plus que les Muses, descendues de l'Olympe.
' Bouclier l>éotien. H- SKBAIO?!. Hercule nu, bandant son arc. Beau style archaïque. (Monnaie d'argent du Musée Brilannique, Central Greece, pi. XI, n* 3.)
• Tête de face df Dionysos couronné de pampre et de lierre, sur une monnaie de Thfbw. En légende : 6E (ei)5»iiu>). Au revers, le bouclier t»éotien.
Plîtilîî
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se sont arrêtées sur le Parnasse, et que Tllélicon, dans ses gracieux replis, cache la fontaine sacrée d'Hippocrène. Enfin, une tradition rapporte qu'Étéocle fonda à Orchomène le culte des Charités : les Grâces, comme les Muses, seraient donc Béotiennes. 11 est certain que les arts étaient honorés dans ce pays : son école de peinture, qui vint tard, ne fut pas sans gloire, témoin les noms de Nicomaque et
Les trois Grâces*.
crArislide; et la musique y était un goût national : Thèbes est fondée anx accents de la lyre d'Amphion; les joueurs de flûte thébains sont célèbres dans toute la Grèce, et les roseaux les plus propres à la fabrication de la flûte croissent au bord du lac Copaïs. La Béotie ne fut donc pas aussi déshéritée que son mauvais renom pourrait le faire croire.
En face, de l'autre côté de l'Euripe, s'allonge une île montueuse et
* Bas-relief en marbre, conservé au Vatican (Musée Chiaramonti) ; d'après VÀrchâologischc Zeitung, 1869, Taf. XXU, 1 (0. Benndorf). — Los trois Grâces, Thallo, Auxo, Héjçémoné, sont représentées marchant vers la gauche. Sévèrement vêtues, elles n'ont ni le diadème ni lo bracelet que leur a donnés Fauteur du bas-relief célèbre de Tliasos, publié plus loin, et
S32 DE I/INVASIO» DORLENNR Al\ (iUERRES HÉDIQUES [HO4-490).
élroite, l'Eubée, la terre aux riches troupeaux (Eûëota) '. Sa cùle orientale est abnipte et sans port; l'autre, au contraire, facilement accessible en mille points, s'ouvre, au centre, en une grande cl fertile plaine, où s'élevaient les deux principales villes, Érélrie et Chalcis ;
Ruines du leinplc du monl Ocha, ci) Eubéc *.
celle-ci, bâtie sur le penchant d'une colline, avait un bon port à ses pieds. Dans l'une et l'autre dominai! une oligarchie de riches proleur clievelure ne tombe pas en longues boucles sur leurs épaules et leur poilrÎDe. Toul<^ trois se donnent la main : la première et la dernière, de lu main resU'e libre, lii'iinail leur vèteuieiil. Le bas-relief du Valicâii Tail partie d'une série qui ne compte pas mainde cini] exemplaires, exactement semblables : deux sont à Rome, trois à Atliènes. De ci^ derniers, deux ont été découverts sur l'Acropole même, où nous savons que les Charili'^ étaient adorées. Hais Pausanias nous apprend encore (I, S2, 8 ; IX, 55, 5 et 7) que Socrali' qui, dans sa jeunesse, avait exercé l'arl deson père, le sculpleur Sophroniskos, élail l'auteur d'un groupe des Charités vêtues, placé à l'Acropole, derrière le piédestal d'Alhéiia Hjghiéia. Le slyl' sévère de ces bas-reliers convenant bien au cinquième siècle, on peul adinetire la supposiliou de Bcnndorf qui reconnaît dans l'un des marbres de l'Acropole l'œuvre de Socrale, ou rruiri' tout au moins que, si elle est perdue, elle ne différait pas de ces bas-reliefs. Voy. l'arlitic île H. Ad. Furtwiingler, dans le Aiitfûhriiche* Lerikon der grieckischea wid rdmitehen MgUiologif, de W. H. Roscber, au mol CharU, p. 880 el suiv.
■ Le bœuf étail le type ordinaire des anciennes monnaies de l'Ile. Sa population fut un mélange de Cretois (Curi'tes), de l'Iiéuiciens et de Grecs venus de tous les points du conlinent, mais on dominait l'élêmenl Ionien. (Cf. I. Girard, Mémoire t»r l'Eabie, dans les Àrchîrrt des Mittions, l. 11, p. G35.) Homère vante ses vins {Iliade, II, 537). Elle avait 1200 sUidi^ di' long sur 150 de large. L'Eubée donna son nom à un système métrique dinërenl de celui d'Ëgine (voy. p. 3S5), qui fut adopté par Atbèncs el les cilés ioniennes.
* D'après les Moiium. deW Intt. arrheol. ,\ll, tav. \KVI1, i. (Cf. le mémoire déjà cité de M. J< fiîmrd, p. 708 el suiv.) Ce temple occupe une petite plaie-forme sur le plus liant el le pi"* méridional des deux sommels de l'Oclia, qui est en même temps le plus voisin deCarjslos. C'est une conslntclion du genre des conslruclions cyclopéennes, bien que les masses de rocber
priétaires appelés Hippobote$ {qui nourrit des chevaux). Érétrie eut une époque de puissance : elle commandait aloi-s à Andros, Ténos, Céos, et pouvait mettre en ligne trois mille fantassins, six cents cavaliei-s et soixante chai-s. Les deux villes furent longtemps en guerre, au sujet de mines qu'elles se disputaient. Ces luîtes, dans lesquelles Chalcis représentait l'aristocratie et Érétrie la démocratie, intéres-
I» W 5 HiU».
Cailc (lu nie (lEubcc.
«■■rent par cette raison toute la Grèce. Elles furent l'occasion de la [iremière ligue entre des cités lointaines; Milet entra dans l'alliance
irrégulièrement disposées ilonV les murs sont faits accusent une tendance .'i former des lipiei d'assises. L'édifice se compose d'une cetia longue de 13', 70 sur 7', 70; la cella est (lercM d'une porte sur l'un des longs côtés, et d'une fenêtre de chaque côté de la porte. La porte et la toiture sont particulièrement remarcpiables. La porte, tournée vers le raidi, est formée de quatre pierres : deux grandes pierres minces et lai'ges de toute l'épaisseur ■lu mur, servant de cliambranles ; deux autres formant le linteau. Le loil se compose dt* grandes plaques de rocher qui, s'appiiyant sur chacun des quatre murs, se superposent et tiionient en pente douce. Toutes les tuiles aboutissent à un espace vide : si l'on admpt qu'il en > toujours été ainsi, le temple du mont Ocha serait le pluï ancien exemple d'un lempk hypèlhre.
i24 DE L'INVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQUES (llOi-Wi. d'Érétrie, Samos dans celle de Ghalcis. Ce fui, au jugement de Thucydide, la guerre qui agita le plus la Grèce entière entre la chute de Troie et l'invasion persique. Une singulière et loyale convenlion avait été faite entre les deux États:
c'était de ne point se ser\ir de traita ni de projectiles dans les combal'i.
On ne voulait pas que le lâclie piil de loin tuer le brave. L'Eubée, fertile et riche, ne sut pas garder s;i
Monnaies des tubécns, in génère'.
liberté, elle devint comme la ferme d'Athènes. Mais le contact avec la cité de Minerve n'échauffa pas ces lourdes intelligences : l'Eubée ne produisit ni un philosophe ni un poète. Souvent les paj'S qui ont la richesse n'ont que cela:
Dieu fait aumône aux pauvres : il leur donne le courage on le p-nie.
Les Chalcidiens furent Irisfc- Téhadrschnie dÉréuiev ^^'^^^ fameux par un vice que iioup
ne comprenons pas, mais que la Grèce pratiqua en grand, qu'elle communiqua à l'empire romain et que l'Orient a gardé; ils lui avaient donné leur nom x«''i"iîiîf". Sur leur place publique, ils avaient t'ievé un monument somptueux auquel sirattachait, en même temps qu'une tradition héroïque, un souvenir de cette chevalerie amoureuse doiil les femmes n'étaient point l'objet. C'était Monnaie de Carysios dEubà)\ (p tombcau dc Cléomachos, chcf ihes-
salien, qui était venu secourir Ch.ilcis contre Érétrie. On le presse, dans un moment critique, dc charger la cavalerie ennemie. « Regarderas-tu le combal, >■ dit-il à un jeune homme qu'il aimait. Celui-ci jure de ne pas perdre un instant la mêlée des yeux et se jette dans ses bras, puis attache lui-même les
' Tèlr de !a nj-mphe Eubœa {RS6on), à droile ; en légende, IDVB (EùWu*). fi. Taureau, iTUUché il gauche. (Argent.)
* E ('EpETpiioiv). Taurenu tourné à droite et se grattant la patte, i^. E {'EpETjHitH). PihiIi*. LcsËrétiiens, audirede Pau sania s, a valent dédié un taureau d'airain à Jupiter Olympieii-
» Vnehe allaitant son veau. f^. RAPrSTIQN. Coq debout, à droite. (Argent.)
KTATS SKCdMtAlKES DK LA (lUKCK r.Oi\TI>"KNTAI.F.. :i25
armes de son ami. Cloomaclios sï'l;iiice, met en fuite les cavalieis
érétriens, écrase ou disperse leiii-s ho|>lites, mais esl blessé et meuil au sein de la victoire.
Co furent des Chaleidiens qui envoyèrenl la plus ancienne des colonies grecques de l'Occident, celle de Cumes, en Italie, au onzième
' Pcinlun* sur Ir fond d'une coupe i\c- Jnuttgrn; d'après Ips MUlheil. d. d. archâol. Int"l. /« Mhen.lX (1881). Tnf. I. {V. Kœhler). — ii lin homme barliti, couronné d'achp, le bas du corpt: rouTPrl d'une ctilainyde.... est couc:li£ sur un lil ; le dos et le bras gauche sont appuyés sur 1111 coussin; la léle est renversée en arrière; de In bouche enlr 'ouverte s'échappent les mois suivants qu'on lit dans le champ : ù RifSin xfijlmi. Ue ).i main gauclie il tient des [crolales ni] castagnettes]; I» droite, nhandonnée et pendante, caressi- un lièvre. Dans le champ est suspendue une corbeille... L'inscription pnVise le ciiraclère du personnage. Le lièvre figund'ailleurs Tréquemmenl dans les scènes d'i'rasles cl d'éromènes, * (Collifinon, Catalogue dn Va»ri pànUdtt mutée de la Société arehéologiqne d'Athènet, n'460.) )l. Kœhlera fort lieureusement retrouvé les vers que ch.intele personnage. Ce sont deux vers deThéognis, 156D-156r>.
\1 juilitiv xtîXXivTE xx\ IjxEpoiaratE xcEvîtov, 07x4 ' irïroij xat uiyj :»ûp' inoixoiMov liti] .
Le repas est terminé : le lymposioii a commencé el le personnage chaule.
P]*aolim(! (le l^li.ilcis '•
526 DE L'INVASION DORIENNE \l\ GUERRES MEDiQUES (H04-49flj.
siècle; eux encore qui, au huitième, pénétrèrent les premiers en Sicile et, plus tard, entrèrent en relations avec Corcyre. Au nord-est, sur les côtes de Thrace, ils pénétrèrenl dans la presqu'île qui. de leur nom, sa[(pela la Chalcidique et ils y bâtirent trenlis deux villes, preuve certaine de leurancicrne puissance. Mais la défaite de 50S les ruina'. Dans les guerres Médiques, ils furent réduits à emprunter des vaisseaux à Athènes.
On pénètre de la Béotie dans la Phocide en traversant, près de Chéronée, la chaîne du Parnasse et le défilé fameux que les anciens appelaient la « i-ouie fendue » par où l'on allait à Delphes, en longeant le profond vallon du Pléistos. Au lien d'un vaste bassin central, conune le lac Copaïs, autour duquel se sont groupées les villes béotiennes, la Phocide a en son milieu de hautes montagnes qui onl rejeté la vie et les cités à leur pourtour : au nord, dans la vallée supérieure du Céphise, au sud, sur la mer de Corinthe, qui pétti'li'f profondément dans les lerrespar les golfes de Crissa et d'Anticyre.
La Phoeide touche même par la ville deDaphnous, entre les deux Locrides septentrionales, à lamcrKubéenne. Elle comprenait vingt ou trente petites républiques confédérées, dont les réunions générales avaient lieu dans un vaste édifice api^lé Phocicon. Delphes, qui vivait de sou temple, voulait rester en dehors de cette union. Sparte l'y aida. Son gouvernement, rigoureusement aristocratique, était entre les mains des familles chargées de l'adminislralion du sanctuaire. Dans les temps reculés, le premier magistral porta d'abord le titre de roi; plus tard, il s'appela pntanc. Un conseil de cinq personnes, de la famille de Deucalion, administrait les affaires de l'oracle. Delphes n'eut pas toujours cette indépendance. Ancienncmeul fi'''
Tdti'adrauhiiic ai'ctiaïque de Delphes
* Télé delà nymphe Cha Ici s, à droile. ij. XAA (XaiïiSiiuv). Aigle à droilc, déToranl un sapent; dessous, une couronne de laurier. (Ai^enl.)
* Voy., ci-dessus, p. 264.
* Tète laurée d'Apollon à droite ; en légende, 4>Q (^ia>ion) 4. Bucrane de Tace.
* Au droit, deux lètes de bélier affrontées; derrière, deux dauphins; en légende iAA**'^''- H- Carré creux partagé en quatre compartiments dans lesquels on voit des dauphins.
ÉTATS SECONDAIKKS DE LA GllKCIi CONTINENTALE. . r.27
dépendait de Crissa qui, bâiie sur une chaîne détachée du Parnasse, nu-dessous des Phédriadcs, « les roches brillantes », dominait le l'avili profond du Pléistos. En approchant de la mei", ce ruisseau, jusqup-l;'i très encaissé, travereait une plaine fertile dont les eaux du golfe de
. î i — s — a«ii™.
Carte lie h l'IiueiJu cl dos Li'Ci'iilc>.
Corinthe avaient échancré le bord on y creusant une baie profonde, (lomme tous les fondateurs de villes dans ràj^e héroïque, les Crisséens avaient cherché la séeurilé dans l'intérieur des (erres, sur un roc escarpé et, plus tard, pour les besoins du commerce, ils avaient étahli un port à Cirrha. Dans la vallée supérieure du IMéislos, des vaiM-urs sortaient d'une (issure du sol'. Frappés de ce phénomène qui rendit
■ Oii nVii voit plus aujourd'hui.
:i28 DE L'INVASION IIOIIIKN.NK Al X (iLKHIlES MÉDIQIES (1104-490).
fameux lo site de Delphes, ils consacrèrent en cet endroit un temple à Apollon, le dieu qui révélait l'avenir '.Ils se trouvaient ainsi à nii-<;heniin de leur port et de leur sanctuaire. Maisilétaitinévilableque l'un et l'autre s'accroitraieiit à leurs dépens, grâce à la foule des pèlerins arrivant par incr pour consulter l'oracle. Crissa fut abandonne peu à peu de ses habitants, qui allèrent chercher forluiudu cuiic d Apollon «. ^^j^ . j.jj.|.j,g^ ^^ afiluaient les dévols d'Apollon, soit à Delphes, où ils laissaient leui-s dons au dieu et beaucoup d'ai^ent à
loui-s hôtes. Quand les murs cyclopéeiis de Crissa, dont on voit encore
' L'iîiameu «li^s mines de Criss.i el di; lli'lphes prouve, en «'ffel, que les rempnrts pélas- Kiqiies île lii première sont niilèrieurs nux sulisU'uclions de l.i setroiidc, qui sont Tonuées dr IjIocs irréguliers, inuis taillés uvee soin. Le villii|;<- tie Knslri. qu'on voit à giuidie, sur la gravure de 11) page itiH, est en gmnde partie coiistniil sur la Ierrass4< <|ui ]>ortaJI le sancluain' de Delphes. Celui-ci était situé tout en liaul de la ville ei dominé par les roches Hisedriade^. Lhi lemplc on desconilail n la fontaine de Casinlie (â di-oite et nu bas des dernières maisoos). Aii- ■lessus de la fontaine s'élève la roclie Ilyainpéin, d'où les Delphiens précipitèrent Esope.
* Ln table agonistiquc surniontéi; il'une couronne du Inurier, d'un prxfmaitnm, d'tui corl>pau et de poiniues. En légende ItrdlA. (Revers d'une monnaie de lironie Trappée à Delphr». si l'efligie de t'niistine mère.)
> Û'aprèsic Ttiur du Monde, t. XWIll, p. 161.— Dans le bus, s'étend la plaine de Crissa que
ÉTATS SECONDAIHKS DE L\ GKÈCE COKTINENT.VLK. 551
les restes, devini-enl déserts, la iutle s'établit entre les habitants du |>ort el ceux du sanctuaire, les premiei-s exerçant contre les pèlerins (les exactions el des violences que les seconds avaient inlércl à empêcher. Cette rivalité amena la première guerre Sacrée (600) que les aniphictyons ordonnéreni, que les Thessaliens, les Sicyoniens el les Athéniens conduisirent, el dont le résultai fut la destruction de Cirrha. C'est encore une guerre homérique, je veux dire légendaire : le siège de (iirrha, comme celui de Troie, dura dix ans.
Paiisanias, dans son Voyage, el Frontin, dans ses Slratagèmes, content que, sur le conseil de Solon, les alliés avaient jeté de l'ellébore dans neur dviiuborela source où les assiégés s'abreuvaient et que ceuxci, affaiblis par l'usage de ces eaux, avaient, à la lin, laissé tomber leurs armes. Une source qui possédait la même propriété que l'ellébore el r|iii coule près de la ville a donné naissance à celte histoire. Quant â la longueur du siège, il fallail bien, puisqu'il s'agissait d'une exécution religieuse, que les récits qui coururent en Grèce montrassent quelle pei'sévérance les dévots d'Apollon avaient mise à venger ses injure; n'y eut, sans doute, durant plusieurs années huq des dévastations périodiques sur le territoire de Cirrha, '«^
„ ■ . , 1 . - n Irfpicd d\\iKi!luN «.
cuinme celles que les Lacedcnioniens feront on Attique, a<i temps de la guerre du Péloponnèse. Faule de machines pour battre les murailles, les villes à remparts cyclopéens élaienl imprenables, (anl qu'il leur restait des vivres.
Les dispositions prises par les prêtres de Delphes, apivs celle san- ^'lanle exéculion, sont d'nne grande habileté. D'abord les dépouilles de Cirrha servirent à instituer les jeux pythiqucs, qui rivalisèreni d'éclat avec ceux d'Oljmpic au grand profit du temple cl de ses desservants. Puis, [»our empêcher qu'une autre ville ne prit la place de la cilé détruite, ils consacrèrent à Apollon les terres de Cirrha : elles devaient donc, sous peine de sacrilège, rester incultes el désertes :
doiiiiiie il gauche !(• villaRp moderne iIp Krisso; l'i droite, s'ouvre la vallêi' du Pli'-islos, qui n^oil. sur sa rive droite, les eau\ des sources lie Di'lphes ; dans le fond s'élève le Parnasse.
* Ornement en or découvert dans le tombeau d'une prétresse de Déméter, .i Kerlscli (Pantîkaj>éi'); d'après Darcmberg et Saglio, Dictionnaire de* anliquiléi grecqjiet el romainn. fi|f. 879. p. 74B.
* Trépied du sanctuaire d'Apollon, â Delphes; dessus, une couronne de laurier. Kn légende : AEVHIN. Revers d'une monnaie de bronze frappée à [K'Iplies, .'■ l'effigie de Caracalla.
. r- • ■ Inscription d'une borne sacrée*.
mais elles pouvaient sei^ir au pâturage, car il fallait que les pèlerins trouvassent des victimes à présenter aux autels, Toracle ne se laissant interroger qu'après un sacrifice dont les prêtres avaient leur
part. Aussi les poètes comiques, pour dire que leDelphien vivait au milieu des fêtes et des sacrifices, le représentaient une couronne sur la tête et un couteau à la main^
Nous ne parlons pas de la Doride, petit et triste pays avec quatre villages décorés du nom de villes, mais que Lacédémone honorait comme sa métropole, ni des trois Loc rides, pays sans im-
portanc Au nord de la Phocide s'étend la Thessalie, divisée en quatre districts : Thessaliotide, Pélasgiotide. Phlhiotide et Ilistiéotide. Les Thessaliens proprement dits apparaissent comme un peuple grossier, violent et peut-être étranger à la race hellénique, bien qu'ils parlassent un •^""XpZli'rTL^s:.!"" dialecte voisin de l'éolien. Leur cavalerie
était renommée, car leur noblesse servait à cheval, et ils avaient une race de chevaux petits et sobres, mais nerveux et très résistants à la fatigue. Leur infanterie était mauvaise : ils n'avaient que des troupes légères, mal armées et peu belliqueuses, parce qu'elles combattaient pour des maîtres. Ces tributaires étaient les Pénestes, c'est-à-dire les Travailleiin ou les Pauvres, anciens habitants de la Thessaliotide et des régions voisines, qui, comme les hilotes de Sparte, conduisaient les innombrables troupeaux des Thessaliens, cultivaient leurs terres, leur faisaient cortège dans la ville et les suivaient aux combats, mais ne pouvaient être
« Athénée, IV. 74.
* L'inscription, 'AnolXwvoç AuxsCoo, est gravée sur une pierre non traTaUlée, qui a été découverte à Nazi, dans la Mégaride. (Voy. Lebégue, De oppidis et portibus Megaridit..., p. 37. — Rœh\, Inscript. Grœcœ antiquisnmss^n* il.) Cette pierre n*est autre qu'une borne sacrée, planlw sur un terrain appartenant au dieu : l'inscription constate son droit de propriété. (Voy. Foucart dans le Bull, de Corr. hellén., U (1878), p. 515 et 516.)
' Tête voilée de Déméter, à droite, i^. HEAINNAIÛN. Cavalier coiffé du pétase, armé de la lance, galopant à droite; sous le cheval, la lettre À, marque d*atelier. (Bronze de Pélinna ea Thessalie.)
ni vendus hoi-s du pays, ni dépouillés sans cause légitime de la ferme qu'ils avaient reçue, ni privés du droit de contracter mariage et d'acquérir. Aussi quelques-uns devinrent-ils plus riches que leure maitres. Dans la ville, les Pénestes habitaient un quartier à part, et jamais VAgora, où se rassemblaient les maîtres, ne devait être souillée
par la présence de l'esclave. Comme tant d'autres aristocraties militaires, les Thessaliens étaient débauchés et violents, fastueux et vains. Mais l'élégance de l'esprit et des mœure leur manquait : la poésie les louchait peu; Simonide ne put se faire écouter d'eux. Autre signe de la grossièreté de ce peuple : en Thessalie, les magiciennes pullulaient; à Athènes, elles étaient punies de morl.
Si les Thessaliens avaient été unis, ils eussent joué un grand rôle; mais cette noblesse turbulente et fière s'affaiblissait par de conli-
r.r.i DE L'INVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQUES (1104-490).
miellés dissensions. Non seulement les grands cantons étaient indi*-
[lendanls, mais chaqne canton se subdivisait en districts qui viraient
à 1 écart. Ainsi le pays des
Oétéens était partagé en qna- /<^^'\\ /vaP^^ torze districts, et les habi- '''* ' '^— ' tants de l'un pouvaient refuser de suivre à la guerre
Lp liii-os Aleiias'. , , , . , ,.
les habitants des autres. Dans quelques villes, il s'éleva des familles dominanles : à Crannon, les
Diditiclimc de Larissa '.
SlÉle funéraire Iroiivéc en Thessalie ".
Scopades; à Larisse, les Aleuades, qui se disaient descendants d'Hercule, e!, pour répandre leur nom dans la Grèce plutôt que pargoùl
' Tôle (lp faw H imiierbe, coilT^ d'un casque de forme conique; à droile, le bipenne; en lofii'nde : AAI^r. Didrachme de Larissa de Thessalio. Au revers, figure un aigle,avec la l^nde A\1*1SV[A. (Voj. J. de Wilie. daiKh lievae numitmalique. 18*S, p. 77.)
* Personnage domplanl un laurcau qu'il saisit par les cornes; son pétase et son pépias lloltcnt sur ses épaules. ^. AAPIIAIA. Cheval bridé s'élnnt^anl au galop i droile; dessous, ud lliyrsc. (Argent.)
* Bas-relief en marbre, trouvé à Pharsale et rapporté au Louvre par M, lleuiey (Jf»«iun archéologiqiie de Macédoine, pai'L. Ileuzey el H. Daumet, p. 415), — C'est une stèle funéraire : di'ux femmes échangent des présents. L'une, celle de droile, lient une fleur; l'autre lui (end
ÉTATS SECONDAIRES DE LA GRÈCE CONTINENTALE. ."m
pour la poésie, faisaient chanter leur gloire par Simoniile et Piiidare. Parfois cependant tout le pays se réunissait sous un tagos, sorte de dictateur comme ceux de Rome. Deux générations avant la guerre dos Perses, il y en eut un qui usurpa le pouvoir à Larisse, mais pour peu dc> temps. Cette vieille cité pélasgique, la plus riche de la Thessalic, était fameuse par ses courses de taureaux. Dans son voisinage, on célébrait une fête qui rappelle les saturnales de Rome : à certain jour de l'année, les esclaves y étaient servis par les maîtres'.
Nous ne ferons que nommer les Locrien» Ozoles. les dj.^ AcànTanss'. Éloliem, peuple hrigand et à demi sauvage, dont Thucydide ne comprenait pas la langue, et les Âcarnanet, que les colonies de Corinthe à Anactorion et à Leucadc n'avaient pu civiliser. Thucydide dit de ces trois peuples qu'ils consei'vaicnt les mœurs de l'âge héroïque, l'habitude du lirigandage et celle d'être constamment armés. Plus haut est VÉpire, qui, n'ayant point de ports, donna peu de prise à la . . . * .
■ Hoiinaïc des tpu-oles, m genertK
colonisation grecque; mais déjà
nous sortons du monde hellénique et nous sommes chez les barbares'. Que ressort-Il de ce tableau? D'abord ce fait singulier que la civilisation Cl la puissance, à peu près également réparties dans toutes
une boursr, analogue à celle qiit^ les figurines tanagréeniies Lienneiil souvent â la main. I.'œuvre n'est pas postérieure au\ premières années du cinquième siècle et reièfe de l'école ionienne. (Cf. 0. ftayet. Monument* de l'art antique. Fragment de ttêle en marbre, trouvé à Phartate.)
' Athénée, XIV. 44 et 45; il rappelle que le m^me usage exiâlail eu d'été et à Trézène. I^e prii d'un esclave était, à Athènes, de 300 drachmes.
* Apollon assis sur un rocher et tenant son arc; devant lui, un flambeau allumé. En lé- (lende : MENNEIAI, nom d'un magistral. Revers d'une monnaie d'argent des Acarnanes, in génère. Le droit est occupé par la tète du fleuve Achéloùs personnilîé.
> Bustes accolés de Jupiter et de Junon, à droite; Jupiter porte une couronne de feuilles de chfineet Junon est diadémée. Dans le champ, deux monogrammes de noms de magistrats. H, AnEIPÛTAN. Taureau comupète à gauche. Le tout dans une couronne de citéne. (Aident.)
• Thucydide, I, 5. Les Thosprotes, dont le territoire renfermait Dodone et la caverne de l'Achëron où l'on évoquait les morts, et les Molosses sont considérés par Hérodote comme Hellènes; Platon donne ce litre aux Athamanes. Thucydide et Stralwn ne voient dans tous ces peuples que des harbares. Au nord de l'Ëpire, les Albanais ou Skîpêlars parlent une langue qui n'est pas encore écrite. Voyez ci-dessus, p. 40, u. 3. — Quant ii la coutume du brigandage, on la trouvait un peu partout dans le monde grec. (Voyci Kgger, le* Traité* pablir* dant l'antiquité, p. SO-31.) Héme i Athènes, Selon fit une loi touchant les associations légitimes, et panni elles il compte celles lui Xîtm.
les provinces de la Grèce d'ilomèie, se sont accumulées et concentrées dans la partie orientale. Les peuples du Nord et de l'Ouesl baissent; quelques-uns mi>nie se tiennent complètement à l'écart de la vie commune. Le second fait, c'est qu'il n'y eut jamais de pays plus agile que celui des Grecs. Ce peuple a longtemps vécu, mais surtout il ;i beaucoup vécu. Ghercliez dans la vraie Grèce un coin qui soit demeuré enseveli dans le repos et l'apathie : vous ne le trouverez pas. Partout des passions, des ambitions, des luttes, des révolutions. Celte vie était une rude éducation, et pour les esprits et pour les corps. Aussi viennent les Perses, et ces sentiments puissants de liberté, d'émulation, d'amour de la gloire, qui germent de toutes parts, ces corps sains et vigoureux, élevés dans les combats et les exercices, auront bien vile raison de multitudes qui traînent paresseusement Icnre longues robes sous les coups de fouet de leurs maîtres.
* Tète de la déesse Larissa, fille de Pélasgos, de trois quarts à gauche, diadémée et les cheveux épars. i^. AAPIIAIQN. Cheval bridé, à droite.
Télradi-achinc de Larissa'
COLOWKS ORECVUES DE L'ASIE MINEURE
ET r»E LA MER EGÉE.