V. — LES JEUX NATIONAUX
(c Les dieux, dit Pindare, sont amis des jeux. » La Grèce en avait quatre qui appartenaient à la nation tout entière : jeux isthniiques près de Corinthe, en l'honneur de Neptune'; jeux de Némée, dans
* Lysias, XIX, 59.
* Hippolyie, 955; Tliéophrasle, Caractères, 16, Àsi9(Sat[iov(a; et surtout Platon, au H* livre de la République, Je reviendrai au tome II, sur ces confréries.
* Les ingénieurs qui coupent en ce moment Tisthme de Corintlie, ont trouvé, près du temple dorique de Poséidon et du temple ionique de Palémon, des restes d*édicules et de diverses constructions pour les prêtres, les athlètes et les marchands (Monceaux, Fouilles au
788 [)K L'INVASION DORlKNiNK AUX CIIEItRKS MlvIUQlîES (H04-490).
l'Argolide, qui avaient lieu tous les deux ans; ceux de Delphes et d'OIympie qui éclipsaient tous les autres.
Plnii de l'acropole des jeui istlimiqui
C'est dans la riante plaine de Girrha que se célébraient les jeui
taitetuaire det jrux iilbmiques, d.ms Gai. arch. (1884), p. ST3 et 354). A côlé des s rei)ominés s'étaietit aiiisi formées des yilies à la fois sncerdotales el marcJiandes. A Uétos. H. Homolle a mis au jour des fondations de grands magasins près du temple d'Apollon. Il dut y aToir nussî, nu Paséidon, un nombreux concours de marchands mêlés aux pèlerins et
< D'après la Gaiellearckéologique,ÏÏHliSi).p\.\\\ym. (Cf. p. 273-285 el p. 355-585. fowïfa et recherchei archiologique» au tancluaire dftjeux itthmiqiiei, par PaiU Monceaux.). — H. Monceauï est le premier qui ait fait des ruines du sanctuaire des jeui isthmiques nne eiploration
pythiques en l'honneur d'ApoUon, vainqueur du serpent Python. Plus haut, Delphes se déroulait en amphithéâtre, dominé parle Parnasse et son double sommet, que tant de poètes ont chanté; on voyait le temple environné d'un peuple de statues de bronze et de marbre, répandu dans la vaste enceinte qui contenait les offrandes des nations, des rois et des particuliers. Statues, trépieds, bassins, vases magnifiques, métaux précieux, formaient une richesse considérable qui dépassait de beaucoup la somme de 10000 talents (plus de isr'ifm£s', ^^ millions de francs) que les Phoci- ApoiioncombaiiBniie diens enlevèrent lorsque, au quatrième ^'^"^ pyihon*. siècle, ils s'emparèrent du sanctuaire. Divers édifices appelés trésort recevaient ces richesses: dans le trésor de Corinlhe, on voyait les présents de Gygès et de Crésus, rois de I^ydie.
Les jeux pythiques, organisés I en 586, revenaient tous les quatre ans, la troisième année de chaque olympiade. Celte période semble Les jom pvthiyu<-s\ ^™''' ^*^ consacrée chez les Grecs : us jeuiTTythiques'. car elle était la même pour les fêtes de Délos et d'Olympie; mais elle n'égala jamais en importance le retour périodique des jeux olympiques qui servit de règle à la chronologie. A partir de l'année 776 avant J.-C., on inscrivit sur le registre public des Ëléens le nom de celui qui remportait le prix à la course du stade. Cet usage continua jusqu'aux derniers temps, et les noms de tous ces vainqueurs indiquèrent les différentes olympiades. Ces
vraimptil scientifique et complète. Nous renvoyons à ses arlicles pour l'explication détailla du plan.
' Les jeux islhmiques, mentionnés sur une monnaie de bronze de Corinlhe, à reffigie de l'empereur Hadrien. Au milieu d'une couronne de laurier, on lit en deux lignes, le mot ISTIIMiA.
* Un grand ti-épied orné de banddeUes; à K^uclie, Apollon agenouillé et tirant de l'arc sur le serpent Python qui se dresse de l'aulre côté du trépied. Revers d'une monnaie de Crotone dont la face représente Hercule, fondateur de la ville. (Voy. ci-dessus, p. 58S.)
> 4>IAAAEA<1>K1A nEPlN6IQ\ MiiOKOPQN. Table carrée sur laquelle est posée l'urne des jeux. Sur la panse de l'unie, on lit l'inscription lll'BEA, (Revers d'une monnaie de brome de Périnllic, en Thrace,ii l'enigie de Septime Sévère.)
* Revers d'une monnaie de Ilelphes à l'effigie de l'empereur Hadrien. En légende : iEA*Q\. Couronne de laurier, au centre de laquelle on lit le mot OtBIA. (Bronze.)
* Voy., dans Sophocle (680-756), une description des jeux pythiques.
790 DE L'INVASION DURIENNE AUX GUKRRES MKDIQUES (H0*-490).
jeux avaienl aussi le privilège de suspendre les guerres et d'être pour la Grèce une sorte de trêve de Dieu pendani tout le temps nécessaire pour aller à la solennité et on revenir', c'esl-à-dire durant un mois; et comme chatiiie année se célébrait un des quatre grands jeux, il se trouvait que la trêve était annuelle. Quelque courte qu'elle fût, elle introduisait cependant des sentiments de paix et d'humanité. Des hérauts couronnés de (leurs et de feuillage allaient proclamer à l'avance l'ouverture du mois sacré, et une lourde amende frappait le peuple qui l'osait violer. Une armée lacédémoniennc, pour avoir envahi, en 420, le territoire de l'Ëlide, après la proclamation de la pais publique, fut condamnée à une amende de deux mines par soldai.
Plus d'une fois les Argiens repoussèrent une invasion en déclarant l'ouverture des jeux néméens. A Sparte, pendant les fêtes d'Apollon - Carncen, aucune expédition ne pouvait être entreprise.
Ces jeux consistaient en divere
exercices, tous estimés des Grecs,
quoiqu'ils nous semblent, à nous
-•■"■- modernes.de mérites fort différents;
tous aussi sanctiliés par la religion
qui faisait présider à chacun d'eux
une divinité ou un héros. On observait dans les cinq combats, pent-
atklon,Voràve suivant : Pour le mul, les concurrents étaient en nombre
indéterminé. Ceux qui avaient franchi l'espace réglementaire enlraienl
en lice pour ie javelot. Les quatre meilleure champions à cette épreuve
se présentaient pour la course qui éliminait un concurrent.il en restait
' Du temps iIk P.iuRfiiiins (V, 20, 1), on monlrail à Oljmpie le disque d'ipliilos sur li- bord duquel était iiiscrilu h loi qui élablissait la li'éve.
» Staluelle en niailii-e dii musée Torlouia (d'après T. Sclireilier, Apollon Puthoktonoê, Taf. 1, 11*1. el p. 74). — Ln slnlneUe, 1res mulilée, a él<^ trt's lieun-useinenl reslniinV. Il est inléressaiil de la comparer avei^ la monnaie d'Ëjilièse et la peinliire de vase publiées ('i-di>ssus, pages UUII et 7Ô1I.
RUINES DU TEMPLE DE NÉMEE D'Hprés iinp ptiutonrapliio. — Ej- ti'iiijilc, i^iwicri" ■ Zmip, éliiil lu'i-ijilci-o l'I iiviiii sin rnliiiiDFs tic farc
INSTlTliTIONS GÉNÉRALES. 793
donc trois pour le disque' et les deux derniers pour la lutte'. On y ajoutait des courses de chevaux et de chars, des concours de musique et de poésie, et tous excitaient également l'enthousiasme. La musique n'avait cependant à son service qu'un très petit nombre et de bien pauvres instruments. Mais elle était regardée comme un puissant moyen de culture, et l'on verra plus loin qu'il lui était attribué une grande influence morale, même politique.
Ni l'or, ni l'argent, ni l'airain ne formaient le prix si vivement disputé; une couronne de laurier ou d'olivier sauvage était la récompense du vainqueur. Le dieu, spectateur invisible de ces fêtes, ne voulait pas qu'une idée de lucre se mêlât à la joie d'une victoire gagnée en son Les piimes dos jeui^. nom. Mais à quelque jeu que ce fût, c'était un insigne honneur de vaincre, pour le vainqueur lui-même, et aussi pour la cité qui lui avait donné le jour. Â son retour, il y rentrait porté sur un char magnifique; on abattait des pans de murailles pour lui livrer passage; on lui donnait l'immunité d'impât elle droit de s'asseoir aux premières places dans les spectjicles et les jeux*; son nom était dans toutes
> La gravure de la p. 795 représente, d'après une photographie, une slalue conservée à Rome, au Vatican ; l'on s'accorde à j reconnaUre une copie du célèbre Discobole de Hyron. Le sculpteur alliénien Mjron vivait vers l'olympiade LXXX : il était, comme Phidias, élève de l'Argieu Agéladas, et contempornin de Kalaniis.
* Pinder, Veber den FUnfkampf, Berlin, 1867. Les Dorieiis, fondateurs ou organisateurs des jeux olympiques, n'y admirent pas les combats de musique el de poésie qui avaient lieu à la fêle ionienne de Délos et surtout aui jeui pylliiques avec un grand éclat, les Athéniens, au contraire, dédaignaient les luttes corps à corps, el leurs eupalrides ne consentaient d concourir que pour la course des chevaux et des chars. (OtI. Huiler, ^^., p. 141.) Le pancrace, établi plus tard, fut la réunion de la lutte et du pugilat i les concurrents y déployaient toute leur force. Des inscriptions Irouvées dans la vnllée et dans le lit de l'AIphée, monlreul le corps sacerdotal d'Olympie en fonctions à la lin du troisième siècle de notre ère. Eleusis eut aussi ses jeui. Une titscriplion récemment trouvée, et datée de l'an 539 av. J.-C., montre qu'ils comprenaient des concours gymniques, hippiques et musicaux, et nous savons qu'il existait à Eleusis un théâtre, par conséquent un concours de poésie. Cf. BuUet. de corr. hell.,
1884, p. 200. Les Tètes d'Olympie ne furent abolies que par Théodose en l'année S94 de notre ère.
' TAPCOr MnTPOnOAEÛC A M K r B. Table carrée sur laquelle est posée l'urne des jeux, d'où émergent des palmes. Sur la panse de l'urne, on lit : OIKOÏMKXIKA. Sous la table, l'urne du scrutin. (Revers d'une monnaie de bronze de Tarse, à l'efligie de l'empereur Gordien le Pieux.)
' Une inscription deLindos, dans l'île de Rhodes mentionne différents honneurs accordés à un citoyen : l'éloge public, une statue, le droit de perler une couronne pendant les fêtes annuelles célébrées par la cité el la première place dans les jeux publics. {Bull, de corr. hell.,
1885, p. 98.) Rome connut ce dernier usage de places réservées, au théâtre, à quelques
79i DE L"Ii\VASlO,\ DORiENSK AUX GUEttHES MÉDIQIKS (U04-HO)
les bouches : los poètes les chantaient; les peintres, les sculpteurs, reproduisaient son image pont' orner les places publiques, les avenues ou les portiques des temples'. On vit des pères mourir de joie en embrassant leui' (ils victorieux. A Athènes, Selon avait établi qu'une somme de 5U() drachmes serait donnée au vainqueur. De toutes les récompensés, il n'en était pas de plus héroïque que celle de Sparte : à la première bataille, on réservait au vainqueur d'Olyrapie le poste lo plus périlleux, l'honneur de braver le plus de dangers pour la patrie.
Rendons celte justice aux Grecs, qu'ils accoi-daient quelque chose de
jKjiiuur, Hai'lri; d'Oljnipie *.
Tiile tic Zeus, Terre cuilc tl'ÛIjnipie*.
plus aux poètes qu'aux athlètes. Aux jeux pylhiques, on vil Pindare. Ibicé par rassemblée de s'asseoir sur un siège élevé, la couronne âir la tète, la lyre à la main, soulever par ses chants d'enthousiastes acela-
citoïeiis; mais le biKlIium n'élait pas la récompense d'une vicloire aux jeux al^ip»~ qut>s; il élait lialiiUielIf^ment accordé h un donateur et c» vue de susciter des Itbérïtflés nouïcllt^s. (Voy. Hhl. <let Hom., I. V, p. 585).
' Pour avoir le droil de placer sa slaluc à Olympie, il fallail avoir été trois fois vainqueur. (Pline, HUt. liât., XXXIV, B.)
' U'apn^s Die Autgrabumjpn iu Olympia, V, Taf. XX. — Tête idéalisme d'un Yaiiiqueur su pamrace ou nu pugilat, ainsi qu'on le rui-ounait aux oreilles tuméfiées. Elle est ceinte d'une bandelette, non de lu courouue d'olivier. Cl', page 696, une autre télé de vainqueur à Olyiupie.
' H'uprés Die Aiugiabungen, iy,la[. XXVIB. —Il est intéressant de la rapprocher du broiiif plus ancien, donné ci-desMUs, page 338.
LE DISCOBOLE (Voy. ]>. 793,
INSTITUTIONS GKNÉItALES. 797
mations; une part lui était réservée dans les prémices offertes aux immortels; et après sa mort, le trône où le poète s'était assis fut placé parmi les statues des dieu^i, dans le temple d'Olympie. Archiloque, Simonide, reçurent des hommages semblables. Quelquefois aussi un illustre spectateur détournait de Tarène les yeux du public el devenait lui-même l'objet du spectacle. Thémisloclc, Pythagore, Hérodote el Platon eurent cet honneur; le premier avouait qu'il avait goûté là les plus douces jouissances de sa vie'.
A ces jeux on accourait de la Grèce, des colonies et des pays étrangei-s, mais les Grecs seuls étaient admis à concourir; Alexandre de Macédoine n'en acquit le droit qu'en prouvant son origine hellénique. Ce ne fut pas le seul roi qui ambitionna la gloire d'une victoire olympique : sur la liste des vainqueurs on Usait les noms de Gélon et d'IIiéi-on, rois de Syracuse; de Théron, roi d'Agrigente: d'Archélaos, roi de Macédoine; de Pausanias, roi de Lacédémone*. l/égalité la plus entière régnait dans ces jeux: la fortune, la naissance, n'y avaient point de place à part. Tous, pauvres ou riches, nobles ou obscurs, pou- u^jou. oUmpiquos». vaient y être admis, mais il fallait être de
naissance libre et n'avoir point commis d'action déshonorante; le héraut s'assurait publiquement de ces conditions avant le combat. C'était l'égalité, à la condition de la vertu et de l'honneur. Plus l'affluence était nombreuse, plus on s'en réjouissait, par la pensée que la patrie avait un plus grand nombre de citoyens vertueux.
Si quelque désordre était causé, les hellanodices le réprimaient aussitôt; le bâton des serviteurs des jeux tombait sur les épaules du noble comme sur celles du pauvre. Lichas, un des principaux personnages de Sparte, fut ainsi frappé. Les femmes étaient rigoureusement
' Gorgîas, Prodicus, Anaxinièiie, Polua d'Agrigenle, Lysias, Isocrate, Dion Ghrysoslomc, y lurent quelques-unes de leurs œuvres; Ecliion y exposa ud tableau, (Enopid^s de Cliios ses labiés astronomiques, etc.
* Pour les courses de chars ou de cbevaiii. il n'élail pas nécessaire de payer de sa pcr< sonne. Alcibiade tîl courir à la fois sept char:i en son nom.
' Eni CTP lOrA AheiMOr nEPrAMHi\QN HPOTON TPIC KEQKOPÛN. Table carrée, sur laquelle sont posées deux urnes soutenant des palmes; au milieu, une couronne arec l'inseriplion OArMTIIA . Sous la table, plusieurs vases et d'autres objets relatifs aux jeux. (Revers d'un médaillon de bronze de Pergame, à l'efDgie de Caracalla.)
798 DE LINVASION DORIENNF. AUX GUERRES MÉDIQUES (1104-490).
exclues sous peine d'être précipitées du haut du rocher voisin, le mont Typfeon.
Les fêtes olympiques commençaient avec la pleine iune. Les plaisirs pouvaient donc continuer durant ces nuils de la Grèce, plus lumineuses que bien des jours de nos climats.
Tels étaient ces jeux si fameux dans l'antiquité, lis formaient un lien pour tous les peuples de la Grèce, en les forçant de déposer leurs haines au seuil du territoire sacré, et ils les invitaient à les oublier au retour. Plus d'une fois des villes se réconcilièrent ou firent alliance au milieu de ces solennités, le héraut lisait à haute voix leur traité qui était ensuite gravé sur une colonne dans le lieu même. Le sentiment
Gùiiit^ dos jrus iI'iiIIlIi>I(^*.
de la grande patrie hellénique si souvent oublié s'y réveillait avec énei^ie, quand Hérodote racontait aux fils les exploits de leurs pères pour la commune liberté, ou que Lysias les appelait à s'armer pour la défendre contre les deux périls qui la menaçaient de l'Orient et de l'Occident, le roi de Perse et le tyran de Syracuse.
Les jeux entretenaient parmi les Grecs le goût de ces exercices salutaires au corps et à l'âme : au corps rendu souple et résistant par cette gymnastique prolongée qui, développant la force et l'adresse, préparait le soldat de Marathon et des Thermopyles ; à l'âme, qui est plus libre et plus active en un corps sain et dispos que lorsqu'elle traine péniblement une enveloppe misérable et souffranle'. L'art aussi el la
> Bas-reiier en marbre, conservé au musée du Louvre (Cf. Ctartic, Kiuie de Sculplurf, 1. 11. 1-partie, p. 605elp. 614), — L'hermèsqueron voit à gauche semble indiquer que lesciercirw represenli^s onl lieu dans une paleslre; ce sont le jel du disque, la lulte, le pancrace el le pugilat. A gauche se lient un pédotribe, la tète ceinte d'une bandelette. Suivent deui discoboles, dont le premier s'appri^ie à lancer le disque, tandis que l'autre regarde au loin s'il a atteint le but. (Pour la pose du premier, cf. la statue donnée ci-dessus, p. 795). Tiennent deux lutteurs que semble surveiller un troisième personnage, (jui les regarde. Au centre, un alhléte victorieux se pose une couronne sur la télé : à sa droite est un joueur de flûte, à sa gauche est le juge, une palme A la main. Les exercices continuent : après deux pancraliastes, viennent deux pugilistes qui achèvent la lutte sous la surveillance d'un troisième personnage.
< Mem lam in corpore lano (Juvénal, X. 5S6). Cf. )e Timir de Platon, p. 133 de la traduc-
morale y gagnaient. Platon cUe divers personnages que le désir de conserver leurs forces pour gagner ces couronnes préserva de tout excès, et qui s'astreignirent à une chasteté volontaire'. La sculpture et la peinture avaient là sous les yeux une race que cette vie avait faite I la plus belle du monde, et des encouragements tels que nul peuple n'en a jamais donné : car on ne venait pas seulement pour assister aux luîtes, mais aussi pour admirer les productions des artistes. Dans l'Altis, vaste enceinte autour du temple de Jupiter à Olympie^, se dres-
tioii de M. Cousin. Les jeux profanes ite commencèrent que lard. Tlémistocle élablil di<3 combats de cuqs, et h Sunion il y eut des régales de (rirèmes. ' LoU, VIU, 7.
• MHTPOnOAEOC «lAinnonOAKQC KtXlKOPOV. Ti-ois athlètes nus, debout, le cesle a ta main, et paraissant ntteiidie le moment de combattre. Celui du milieu pose la main sur l'unie du scrutin. (Revers d'un médaillon de brome de Philippopolis, eu Tlirace, a l'eRigic de Caracalla.)
* Allis pour ôXno:, boU taint; c'était un bois sacré d'oliviers sauvages (kôtivoî). Nous aïoiis dit que les vainqueurs des jeux olympiques recevaient une coui-ornic d'olivier (Voy. eidessus, p. 701, ii. 1). Les Allemands ont exécuté récemment, de 1875 à 1881, de très importantes Touilles à Olyrapie. Les résultats en sont consignés dans une publication officielle qui a pour titre ; Die Autgrabitngen î« Olympia, Uebertidil der ÀrheiUn und Fonde, von 1875-1881. C'est au dernier volume que nous avons emprunté le plan des Touilles, qui est ci-joint. (Cr. l'ouvrage de A. Bdtlicher, Olympia, dai Feit und seine Slàtle, Berlin, 1883.) — Ces fouilles ont mis au jour un très grand nombre de monuments d'époques bien différentes, depuis rUérœon jusqu'au palais de Héron et à l'oxèdre d'Hérode Atticus. Pour ne parler que de ceux qui étaient renfermés dans ÏAItit, nous citerons d'abord XHirxon ou temple d'tléra, le plus ancien de tous, et qui fut Iniigleinps le seul temple d'Olympie (Pausanias, Y. \% 1). C'est un temple dorique, dont les colonnes élaient primitivement en bois : Pausanias eu vit encore une. On les remplaça peu à peu par des colonnes eu pierre. Tout l'en tableraent était en bois. Le Pélopion ou enceinte sacrée de Pélops, de même que la plupart des Triton, est antérieur aux guerres Hédiques. (Vov. ci-dessus, p. 510, le plan des Trésors d'Olympie.)
Le temple de Zeui date de la première moitié du cinquième siècle. Les savants français de l'expédition de Morée y avaient, en 1830, commencé d'intéressantes fouilles : il est aujourd'hui complètement d^agé. Comme les plus anciennes constructions d'Olympie, il a été construit en calcaire coquîllier, pierre qui abonde aux environs. L'arcbitecle était d'ailleurs un homme du pays, un Ëlêen, Libon. Le temple était d'ordre dorique et périptêre, avec six colonnes de face cl treize sur les longs côtés. Sa longueur, niesun'e sur le stylobnte, élail de 200 pieds olympiques, soit 64",10; sa largeur, de 27" ,60 ou 80 pieds 1/4. Les colonnes élaient hautes de 10',43, avaient 2', 34 de diamètre et 30 cannelures. Elles étaient recouvertes de stuc. La cella était longue de 100 pieds, large de 50. Des sculpteurs et des peintres célèbres avaient été chargés de décorer cet édiDce : Paiiîenos, le frère de Phidias, élail l'auteur des [teintures de la celln. Px<inios de Jlendé avait sculpté les ligures du fronton oriental : il avait représenté les préparatifs de la course de Pélops et d'Œuoinaos. Alkaménès, le rival de Phidias, avait représenté sur le fronton occidental le combat des Lapithes
800 DE 1/lNVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQUES (H04.490)
saient mille statues dont un grand nombre étaient des chefs-d'œuvre et qui toutes réveillaient de glorieux souvenirs. Il n'y aurait pas trop d'exagération à dire qu'à ces jeux s'est formé le génie de la Grèce. Au milieu de l'immense concours d'hommes accourus de tous les pays, les uns pour voir ou être vus et briller, les autres pour vendre toutes sortes de denrées, d'autres enfin pour attirer le public par leurs improvisations ou leurs ingénieux sophismes, les Grecs prenaient ce caractère éminemment sociable, cet esprit curieux de nouveautés, exempt de préjugés et ouvert à toutes les connaissances, qui fit d'eux le peuple novateur par excellence et, de la Grèce, la grande école de la politique et de la philosophie. Qu'il y a loin de ces chœurs, de ces théorie$ arrivant aux bords de l'Alphée et au pied du Parnasse sur de riches chariots, ou à Délos sur des flottes dorées, aux voiles de pourpre, de ces courses de chevaux et de chars, de ces luttes de poésie, de musique et de danses sacrées, qu'il y a loin de ces belles solennités aux spectacles de Rome, pour qui toute fête était sans joie quand le sang n'y coulait pas sous l'épée des gladiateui^ ou sous la dent des lions !
Une autre force de l'esprit, une autre gloire de la Grèce que Rome n'a pas connues et dont nous parlerons plus loin, est le drame né sur les marches des temples au milieu des fêtes religieuses. La scène tragique, où d'abord ne s'accomplit qu'un acte de foi, fut pour un temps,
et des Centaures. Nombre de ces sculptures ont été retrouvées et comptent parmi les plus admirables monuments de Tart antique. (Voyez les deux métopes que j*ai données ci-dessus, p. 84 et p. 85.) Ënfm Pbidias était Fauteur de la grande statue chryséléphantine de Zeus, haute de près de 40 pieds, qui était placée à Tintérieur du sanctuaire, objet de Tadmiration universelle.
C*est auprès de ce temple splcndide, autour du grand autel de Zetu^ que se déroulaient ces fêtes si brillantes qui, pendant de longs siècles, jusqu'à l'empereur Théodose, en 394, ont attiré les Grecs de toutes les contrées. Que l'on se représente cette enceinte sacrée tout encombrée d'autels, de statues et de groupes dus aux plus célèbres artistes de la Grèce! Nombre de bases ont été retrouvées, ainsi que quelques statues : il faut citer en première ligne la Niké de Paeonios de Mendé, et V Hermès portant Dionysos enfant, de Praxitèle. La statue de PsBonios était à l'Ë.-S.-E. du temple de Zeus; celle de Praxitèle était dans rUérseon.
A l'est de l'Âltis se trouve l'entrée du stade, rentrée réservée aux juges et aux concurrents. Les fouilles du stade ont permis de déterminer très exactement la longueur du stade olympique, une des plus importantes mesures de l'antiquité. Le stade olympique mesure IQS^yS?. Le pied olympique, qui en est la 600* partie, mesure 0",3025. L'hippodrome était au sud du stade et parallèle à celui-ci : il a été en grande partie détruit par l'Alphée.
Pour les autres monuments et l'explication détaillée du plan, nous renvoyons aux ouvrages cités plus haut.
Les chiffres que l'on trouve en différents endroits de notre plan indiquent l'altitude ou la profondeur des lieux au-dessus ou au-dessous du stylobate du temple de Zeus.
IXSTIÏITIONS GÉNÉRALES. 801
chez ce peuple, une école de mœurs. Dans les drames d'Eschyle et de So[ihucle, la mythologie se dépouillera de ses foi^nes impures, et la morale s'élèvera, même dans ceux d'Euripide, à une grande hauteur.
Ce siècle, qui nourrissait les esprits de fortes et religieuses pensées, préparait dignement celui où le sentiment du devoir patriotique allait produire des miracles, et où les bras exercés aux luttesdu stade i'rapperonl de si grands coups.
Cependant la philosophie, commençant son œuvj-e de destruction, avait déjà dit, par la bouche de Xénophane' : « Le plus glorieux vain-
En-lflc d'un dOcfot île proxiiiie*.
queui* d'Olympie ne vaut pas un philosophe. Notre sagesse est plus pi-écieus(! que la vigueur des muscles, et celui qui aura gagné le prix au pentathle n'en saura pas mieux gouverner sa ville'. » C'est vrai; mais, à MaraJhon et aux Thermopyles, les absiracleurs de quintessence de l'école d'Élée auraient-ils mieux fait que Miltiade et Léonidas?
Arrivé an terme de celle élude sur les institutions générales de la (Irèce, je suis obligé de reconnaître que si ces coutumes: amphictyonies, oracles, fêtes nationales, union de plusieurs villes, liens d'hospitalité entre les particuliers, proxénic ou droit d'hospitalité publique
' Dcrgli, p. 5Ù7.
* neljcr sculjiU; en léte d'un Jéci-el de proxétiie alhéiiicn (d'après Soliôiie, Griechiuhe Relief*, Tnr. XXI, ii* 93). — Le déurel (Corpm intcripl. AUic, II, 69) avait élé rendu, sous l'arclionlut du Ka]li$h~dlos (ôû^/t), tu l'houueur de PliilUkos de Sestos, qui avait uiérilé la
80ti DK LlNVASlUiN bUUlKN.NE AUX GLKUKKS MKDIQUES (llOi-iîlO).
accordé par une ville à Thabitant d'une autre cité', eurent une grande influence sur les esprits, elles en eurent bien peu sur les intérêts.
Dans le monde grec, il y eut unité morale, et jamais unité politique. A Olympie, à Delphes, on était frères, on était Hellènes, on honorait les mêmes dieux, on aimait les mômes arts, et Ton chantait le paean d'Apollon
Monnaie archaïque des Béotiens,
in génère*, OU le dithyrambe de Dionysos, les deux
divinités qui donnaient l'inspiration poétique*; hors du territoire sacré, on redevenait ennemis, Spartiates et Athéniens, Béotiens et Phocidiens. A quelques pas de sa ville natale, le citoyen trouvait la terre étrangère où, à moins de stipulations particulières*, il ne pouvait acquérir un immeuble, ni contracter un mariage, ni poursuivre personnellement en justice; et que de l'ois n'y trouvait-il pas la guerre et l'esclavage! Que de fois n'a-l-un pas entendu « les villes retentir des lamentations des captives mourantes, et vu les vierges, les mères, emmenées comme un troupeau de
reconnaissance de la cilé en conranl annoncer anx Afhénitms Tarrivit» d'une floUc ennemie. Pliiliskas est représenté sur un cheval au galop, portant la nouvelle. Plus loin, Âthêna Parthénos, debout devant son bouclier autour duquel s*enroule le serpent, et tenant une petite Victoire à la main, regarde un personnage de taille inférieure qui est dans l'attitude de Tadoration : ce personnage n'est aulre que Philiskos, et la déesse personnifie la cité. Philiskos et ses descendants reçoivent, en même temps que le titre de proxènes, celui de bienfaileun. Au-dessous du bas-relief on lit : OpoÇsvia xal sùipYs^ia «htXiTXfo Aûxoj, xj-m xa\ Êxyovot; Sr^oT^ot;. — Sur la proxénie, voy. la thèse de M. P. Monceaux : Les ProxénicM yrea^ues^ Paris, 4886. U. Monceaux a joint à son livre deux listels intéressantes : 1* liste chronologique des proxènes athéniens connus; 2* liste chronologique des représentants de villes étrangères à Athènes.
* Le titre de proxène ou d'hôte puhlic de la cité n'était pas seulement un honneur, il assurait souvent des avantages. (Voy. P. Monceaux, oitv, eiléy p. 92 et suiv.) De nombreux décrt'ts de proxénie déclarent le pmxèiie inviolable, même en temps de guerre, et lui accordent l'exemption (aTAeta) des droits d'importation et d'exportation, ce qui, chez un peuple de négociants, était d'un très grand profit. Ces privilèges étaient héivditaiivs dans la famille du proxène (Xénophon, HeUén., VI, 5). A son tour, il devait lui-même, dans sa {latrit', héberger les délégués et se charger des intérêts de la ville qui l'avait en quelque sorte adopté. On voit qu'à la proxénie grecque, dcuit on a constaté l'existence dès le huitième siècle (Pausanias, IV, 14; Bœckli, C. /. C, n' 4), répond le patronage des cités ou des p<?uples exercé par les grandes familles de Rome {Hi$i.,des Rom., t. V). Sur le rôle des patrons de ])eupleset de cités en Grèce, voy. Le Bas et Foucart, Iitscr. du Péloponn., 539*.
* Boucher béotien. ^. Carré creux. (Argent.) Sur les monnaies de Béotio, voy. Barclay V. Head, On the Chonological séquence ofUte coins of BœoUa, London, 1881.
' Ces deux divinités sont réunies sur le beau vase de Kertsch que nous avons donné cidessus, p. 747.
* Cf. S. fteinach, Épig. grecque, p. r>64. Entre autres privilèges, les proxènes athéniens recevaient souvent ce droit de posséder une maison et des terres, £7x17,^.^ vf^; xa'i O'.xia;.
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cavalesr... commencer l'odieux voyage de Texil, etc. * ». De là IVcIaf incomparable, dans la sphère de rintelligence de ce monde grec à la fois si uni et si divisé; mais aussi sa faiblesse politique. En face de la formidable armée de Xerxés, les Grecs se réunirent et triomphèrent; en face de la Macédoine et de Rome, ils restèrent divisés et furent vaincus. Leur union sous Alexandre leur vaudra pour un moment la domination du monde oriental.
* Eschyle, dans les Sept Chefs^ a peint par la voix des jeunes Tliébaines les horreurs de ces guerres sans cesse renonveh*es.
* Peinture sur le fond d'une co\\\\e de Vulci (d'après le Mti$eo Gregoriano. Il, Tav. LXXIH, 2 a). — Une amazone, année du casque, de la cuirasse et du bouclier, el tenant une lance dans la main gauche, s'avance vers la gauche en soufflant dans une longue trompette guerrière.
Amazone *,