‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 72 sur 78 · Scène d'iiiiliatbn aux mystères bachiques · texte numérisé non relu

Scène d'iiiiliatbn aux mystères bachiques

pensées sévères de purification et de perfectionnement moral. Aussi les artistes se plairont à représenter sur les sarcophages la renaissance du dieu sauveur.

Les mystères avaient d'abord parlé aux yeux; ils étaient un drame religieux bien plus qu'un enseignement philosophique ou moral'. Hais

■ Voyei au chap. m, VOrettie d'Eschyle.

* Relief en terre cuile (d'aprt's Campana, Opeit anlkhe in plaïUca, tav. XLV). — Aux sons du tympanon que frappe une bacchante, la prétresse guide vers la gauche celui qu'elle va initier aui mysti'res. L'iiiitii!, la tête voilée, s'avance avec précaution, courbé vers la terre. Un vieux Silène ouvre la marche, portant de ses deux mains le van mystique, rempli de fruits, au milieu desquels se détache le symbole de la fécondité.

< c Aristote, dit l'évéque Synésius, est d'avis que les initiés n'af^renaienl rien précisément, mais qu'ils recevaient des impressions, qu'ils étaient mis dans une certaine disposition d'âme. * (Duc, p. 4tj, édit. Pelau.) Je crois que ces mots renferment toute la vérité sur les

l'esprit ne pouvait demeurer inerte en face de ces cérémonies émouvantes. Les uns n'allaient pas au delà de ce qu'ils avaient vu et s'arrêtaient pieusement à la légende; d'autres, en petit nombre, s'élevaienl du sentiment à l'idée, de l'imagination à la raison, et, grâce à l'élasticité du symbole, y firent entrer peu à peu des doctrines qui n'y étaient certainement pas à l'origine ou ne s'y trouvaient que d'une manière bien confuse. Démopboon au milieu des flammes fut l'âme qui se purifie au milieu des épreuves; Proserpine et Dionysos aux

PurUkaiioii de Thésée'.

Enfers, la raort apparente de la moisson humaine; leur retour sur l'Olympe, la résurrection de ta vie et l'immortalité. Plus tard encore, ces idées se précisèrent davantage et il s'élabora, au sein des mystères, un polythéisme épuré qui se rapprocha, par certaines de ses tendances, du spiritualisme chrétien.

Diodorede Sicile croit que l'initialionrendail les hommes meilleurs*.

mystères d'Eleusis. Hais n'y a-(-il pas souTenl plus de force dans )es ëniolions pruduiles sur ïimt que dans les raisonnements soumis à l'esprit?

■ i'einlure de vase (d'après la Gatelle archéologique, K (1884), pi. XLIV-XLVl «I p. Ô53 [de Wilte). Le vasi> l'ait parlie de lu cullectiaii d'antiquités conservées à l'Iiâtcl Laml>eri, à Paris. — Au centre, Thésée, entièrement iiu, est accroupi sur la jambe (iauclie : peut-être la peau tachetée de quelque animal est-elle étendue sous lui. Trois retumes, vêtues d'un long rliiloii et d'un péplos, sont dclwul derrière lui : la première étend au-diïssus du lièros un vase qu'elle tient de la main droile;les deux autres portent de longues torches allumées. Dr l'autre cdlé de Tljésée sont deux femmes dont l'une lève le bras droit et appuie le coude dans le creui de sa main ^uclie, l'autre tV^nrle les deux bras et tient de la main droite une pliiale. Entre les deux femmes est un réchaud sur lequel est posé un vase â une anse; cnlln à rextrémité du laUeau est un Rraud récipient dans lequel est placée une hydrie de fonne allDugée. Quelque nom qu'on donne au principal personnage, qu'on y reconnais»' ou non Thésée se puriBaut du meurtre des brigands, il ne semble pas douteux que F. Lenormaiit et M. de Witte aient bien compris le sens de la scène.

N'était-ce pas un initié cet Athénien qui, en secret, dotait des filles pauvres, rachetait des prisonniers et enterrait des morts, sans demander à personne sa récompense*. Les héros d'Homère mettaient le bonheur dans la domination et la jouissance ; les initiés devaient le chercher dans la modération et la piété. Voilà l'évolution morale qui s'était produite.

Mais si les nouvelles croyances pouvaient porter quelques âmes dans les hautes régions, elles ne détachaient pas tous les esprits du vieux naturalisme qui, dans l'Orient, avait provoqué le désordre en le sanctifiant; et comme elles parlaient surtout à l'imagination, elles produisaient, même parmi les initiés, une surexcitation nerveuse qui pouvait dégénérer en discours licencieux et en scènes immondes. En outre, d'habiles charlatans, magiciens et faiseurs de miracles, exploitèrent les espérances données aux adeptes. Un siècle n'était pas écoulé depuis Tapparilion de l'orphisme, qu'Euripide se moquait des entrepreneurs en rites expiatoires, les op^feoTeleaTaly qui prétendaient enseigner aux riclies timorés les moyens de contraindre la volonté des dieux et qui vendaient par les rues des amulettes pour protéger contre tous les maux, des indulgences pour effacer jusqu'aux péchés des aïeux*.

Cette exploitation, parfois inconsciente, de la sottise humaine est de lous les temps; on trouve des devins et des sorciers chez les nègres, les Indiens d'Amérique et les sauvages de l'Océanie, comme il y en eut dans les sociétés policées de l'ancien monde. Heureusement pour les Grecs, mysticisme impur et mysticisme sincère n'ont été longtemps qu'un incident de peu d'importance dans la religion hellénique qui, avec beaucoup de défaillances morales, garda son caractère de culte né sous le soleil, en pleine lumière et au souffle de l'inspiration poétique.

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