LE MÉDECIN GREC DÈMORËDÈS
I«e médecin grec Dèmokédès à la cour de Perse. — La
conquête de l'Ionie et celle de la Kyrènaïque avaient réuni à l'empire des Perses une grande partie du territoire grec. Un conflit entre ce grand empire et la Grèce d'Europe seniblait inévitable; une circonstance accidentelle faillit la précipiter. Après l'assassinat de Polycralès parle satrape de Lydie Oroilès, les Samiens formant son escorte avaient été laissés libres, mais les étrangers et les esclaves avaient été mis en prison. Plus tard, Droites ayant été tué par ordre de Dareios qui le soupçonnait de vouloir se rendre indépendant, ces captifs furent transportés à Suse. Parmi eux se trouvait un médecin habile, Dèmokédès de Groton. Un jour, Dareios se trouvant à la chasse, se donna une entorse; ses médecins égyptiens ne firent qu'aggraver son mal; quelqu'un lui parla d'un médecin grec amené de Sardes parmi les esclaves d'Oroilès. Dareios l'envoya chercher; on l'amena les fers aux pieds, couvert dé haillons. Il voulut d'abord dissimuler son talent, de peur de prolonger son exil. A la fin il céda, et guérit le roi qui lui fit de riches présents, le fit manger à sa table et lui promit tout ce qu'il voudrait, excepté de le laisser retourner en Grèce. Il lui accorda même la grâce des médecins égyptiens qui allaient être mis en croix pour leur maladresse. Peu de temps après il guérit d'une maladie dangereuse la sultane favorite Atossa, qui voulut^ par reconnaissance, lui procurer une occasion de revoir sa patrie. Elle persuada au roi, qui dès lors méditait la conquête de la Grèce, d'envoyer quelques Perses reconnaître le pays, et de charger Dèmokédès de les conduire, tout en le faisant surveiller avec soin. Us levèrent le plan des côtes, visitèrent les places et firent voile pour l'Italie. Mais, quand le vaisseau arriva à Tarcnte, le tyran Antiphilidès en fit enlever la gouvernail et arrêta les Perses comme espions, pour donner à Dèmokédès le temps d'aller à Groton. Il les relâcha ensuite, et ils poursuivirent Dèmokédès, mais il refusa de les suivre et les chargea de dire à Dareios qu'il allait épouser la fille de Milon dé Groton ; il croyait que le nom du fameux athlète imposerait au grand roi. Les Perses se rembarquèrent, mais le vent les poussa sur les côtes d'Iapygle où on les fit prisonniers. Un Tarentin nommé Gilles les délivra et les ramena à Dareios,
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DAREIOS EN SCYTIIIE. 345
en le priant de le faire rentrer à Tarente d'où il était exilé. Il ne demandait pas d'être rétabli par la force ; il suffirait» croyaitil, que son rappel fût sollicité par les Gnidiens, amis des Tarentins. Sur Tordre du roi, les Gnidiens en firent la demande, mais ne purent rien obtenir.
Expédition de Dareios en Scytliie. — Si Dareios avait attaqué la Grèce à cette époque, elle serait probablement devenue une satrapie de Fempire médo-persique : Athènes, qui fut plus tard Tâme de la résistance §iux barbares, était alors soumise aux Pisistratides, qui n'auraient pas hésité à reconnaître la suzeraineté du grand roi. Heureusement pour la liberté grecque et pour la civilisation du monde, Dareios avait d'autres projets ; ajournant, malgré les conseils d'Atossa, la conquête de la Grèce, il voulut commencer par soumettre la Scythie. Une immense armée, rassemblée de toutes les parties de l'empire et commandée par le roi en personne, traversa la Bosphore de Thrace sur un pont de bateaux. L'ingénieur Samien Mandroclès, qui l'avait construit, fut généreusement récompensé pour ce travail et consacra dans le temple d'Hérè un tableau représentant le passage de l'armée Perse sur le Bosphore.
Parvenu en Europe, Dareios traverse la Thrace et soumet les Gèles, pendant que sa flotte, composée de six cents vaisseaux fournis par les Grecs d'Asie, suivait la côte au nord et remontait Tlstros (Danube), jusqu'au point où il se sépare en plusieurs branches. Les Ioniens avaient reçu ordre d'y jeter un pont; Dareios le trouva prêt à son arrivée, et, après l'avoir traversé avec ses troupes, donna ordre de le détruire. Mais Goès de Mitylène lui fit comprendre le danger de se priver d'un passage qui pouvait devenir nécessaire, en cas de retraite. Il en confia la garde aux Ioniens, et comme il se proposait de revenir par une autre route, il fixa un terme de soixante jours pour son absence, fit soixante nœuds à une courroie, et dit aux Ioniens, d'en défaire un chaque jour et de retourner ensuite chez eux . Les soixante jours s'écoulèrent, et l'on vit arriver, au lieu de l'armée perse,'' une troupe de Scythes : « Ioniens, dirent-ils, le terme qui vous a été prescrit est passé : rompez le pont, et remerciez les Dieux et les Scythes de vous avoir
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