PRISE DE SESTOS
douta pas que ce ne fût un message envoyé par les Dieux pour rassurer les Grecs inquiets du sort de la patrie, et ils marchèrent au combat avec d'autant plus d'ardeur. Les Athéniens, les Corinthiens, les Sikyonîens et les Troizénîens, formant environ la moitié de l'armée, prirent le long du rivage et attaquèrent aussitôt les Perses, pendant que les Lakédaimoniens et le reste des troupes prenaient par les ravins et les montagnes pour tourner l'ennemi. Tant que le rempart de boucliers subsista, les Perses se défendirent et ne montrèrent pas moins de courage que les Grecs ; quand ce rempart fut renversé, ils s'enfuirent dans le retranchement où étaient les vaisseaux. Les Grecs les poursuivirent et entrèrent en foule avec eux. La lutte durait encore quand les Lakédaimoniens arrivèrent. Alors la déroute des Barbares devint complète* Tigrane et un autre général perse étaient morts les armes à la main. Les Samiens, quoique désarmés, secondèrent les vainqueurs de toutes leurs forces, et le reste des Ioniens les imita. Les Milésiens qui gardaient les sentiers de la montagne conduisaient les fuyards par des chemins qui les ramenaient à l'en* nemi. Ce fut ainsi que l'Ionie se révolta pour la seconde fois contre les Perses. Les Grecs ayant tué la plupart des ennemis, ou dans le combat ou dans la fuite, portèrent tout le' butin sur le rivage et brûlèrent les vaisseaux et les retranchements des Barbares.
Prise dé Sestos. — Après la victoire de Mycale, on délibéra sur le sort des Ioniens, qu'on ne pouvait abandonner à la vengeance du roi de Perse. Les Péloponnésiens proposaient de chasser de la Grèce d'Europe les peuples qui avaient pris le parti des barbares et de donner leur territoire aux Ioniens ; mais ce projet fut abandonné, les Athéniens soutenant que personne n'avait le droit de disposer de leurs colonies. En attendant qu'on pût achever la délivrance de l'Ionie, on reçut dans l'alliance des Grecs les lies de Samos, de Chîos et de Lesbos. Puis on fit voile vers l'Hellespont, pour rompre les ponts de Xerxès, qu'on croyait encore entiers. Comme on les trouva rompus, Léotychidas et les Péloponnésiens retournèrent en Grèce, tandis que Xanlhîppos et les Athéniens résolurent de reprendre la Chersonnèse de Thrace qui leur avait appartenu avant la guerre. Le
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L'EMPIRE DE LA MER. 399
Perse Arlayctès, qui gouvernait cette province, était détesté pour sa dureté et son impiété; on lui reprochait surtout d'avoir pillé et profané une chapelle de Protésilaos, héros de la guerre de Troie. Les Athéniens Fassiégèrent dans Sestos et restèrent devant la place pendant tout Tautomne. La famine réduisit les assiégés à se nourrir des courroies de cuir qui soutenaient leurs lits. Enûn, la garnison perse parvint à s'échapper la nuit, et les Chersonnésiens ouvrirent leurs portes aux Athéniens, dont une partie prit possession de la ville pendant que le reste poursuivit les Perses et les atteignit près d'Aigos-Potamos. Artayctès, fait prisonnier, offrait, pour se racheter, cent talents à la chapelle qu'il avait pillée, et deux cents aux Athéniens ; mais lès habitants d'Eléonte demandèrent sa mort pour venger Protésilaos, et il fut mis en croix avec son fils. Xanlhippos et les Athéniens se retirèrent, emportant comme trophées les câbles des ponts de Xerxès. La guerre médique semblait terminée ou bien près de l'être : la Grèce d'Europe était délivrée de l'invasion, et on pouvait prévoir l'affranchissement prochain de la Grèce d'Asie. Un tel succès n'aurait pas été possible sans les efforts combinés des Athéniens et des Spartiates. Il dépendait maintenant de ces deux peuples d'assurer par leur union l'indépendance du corps hellénique, ou de la compromettre par leur rivalité.