ÉLIGIBILITÉ UNIVERSELLE
les riches avaient été réduites k la pauvreté par la guerre et souvent aussi par des sacrifices patriotiques. Il aurait été injuste de leur enlever les droits qu'elles avaient eus autrefois. Il faut se souvenir d'ailleurs que les fonctions publiques étaient entièrement gratuites. Celles qui exigeaient une responsabilité pécuniaire, comme les fonctions de stratèges, continuèrent à
L'Athcoè da temple d'Aigine.
être réservées aux citoyens riches. Mais Tarchontat était une fonction judiciaire qui n'exigeait pas le maniement des deniers publics. Un ouvrier vivant de son travail de chaque jour n'aurait pas pu s'en charger, mais si le peuple confiait une pareille fonction à un citoyen d'une fortune très modeste, comme Aristide lui-môme, c'est qu'on le croyait trop honnête pour vendre la justice. Au reste Aristide, en proposant ce décret, ne pouvait avoir en vue sa situation personnelle, car il avait été archonte
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LES SCULPTURES D'AIGINE. 409
avant la guerre, et c'est une fonction qu'on ne pouvait remplir qu'une fois. Celle de stratège, dont il fut plusieurs fois chargé, empêche de croire qu'il fût absolument pauvre ; si l'État lui fit construire un tombeau, c'était sans doute pour honorer ses services, et non, comme le dit Plutarque, parce qu'il n'avait pas laissé de quoi se faire enterrer.
Les sculptures du temple d'Aigine. — La situation des Athéniens à la tête de la fédération de Dèlos dut exciter la jalousie de Sparte, mais les expéditions lointaines n'étaient ni dans ses traditions ni dans ses goûts, et le refus d'obéissance
statuettes décoratives du temple d'Aigiae.
des Grecs d'Asie lui permettait de se retirer sans honte d'une guerre qui devenait exclusivement maritime. Elle gardait son rang et son prestige dans la Grèce d'Europe, car en se retirant de la lutte elle avait été suivie par ses alliés péloponnésiens et par les Corinthiens ei les Aiginètes, qui n'acceptaient pas plus qu'au commencement de la guerre la suzeraineté de leurs rivaux les Athéniens] Aigine avait partagé avec Athènes la gloire du combat de Salamine, sans avoir eu à souffrir comme elle de l'invasion. Après la bataille de Platée, les Aiginètes avaient attiré chez eux, en habiles marchands, une bonne partie du butin. On rapporte généralement à celte époque, qui fut celle de la plus grande prospérité d'Aigine, les fameuses
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410 LES SCULPTURES D'AIGINE.
statues de la Glyptothèque de Munich. Ces statues, qui ornaient les deux frontons du temple de Zeus Panhellénien ou d'A* thènè, sont le principal monument de Técole aiginétique, dont le représentant le plus fameux est Onatas, un des précurseurs de Phidias. Elles représentent les exploits des héros Aiakides, ancêtres et protecteurs des Aiginètes. Dans le fronton occidental, on reconnaît le combat des Grecs et des Troyens en présence d'Athènè, autour du corps de Patroclos ou d'Achille; dans le fronton oriental, dont il reste seulement quatre figures, on croit voir, d'après la ressemblance de l'archer coifiTé d'une peau de lion avec l'Héraclès des monnaies de Thasos, un combat autour du corps d'Oiclès, tué par les Troyens dans la guerre contre Laomédon. Ainsi deux légendes parallèles, figurées dans les deux frontons, traduisent une môme pensée, la lutte des héros d'Aigine, Télamon d'un côté, ses fils Aias etTeucros de l'autre, contre les Troyens, et rappellent sous une forme mythique la part glorieuse que prirent les Aiginètes à la lutte contre les barbares, rapprochement indiqué par le costume donné à une des figures, celle qu'on désigne sous le nom de Paris.
Le caractère général de ces statues répond bien aux indications qu'on trouve dans les auteurs sur le style de l'école d'Aigine : des lignes dures, des attitudes anguleuses, des mouvements heurtés, une étude très consciencieuse des formes du corps et une absence complète d'expression dans les têtes ; on reconnaît l'habitude de sculpter des athlètes. Les cheveux sont régulièrement bouclés et les barbes pointues. Il reste des traces de couleur sur les lèvres, les pomettes des joues, les vêtements et les armes ; des trous en assez grand nombre indiquent qu'il y avait des ornements métalliques. La statue d'Athènè, qui occupait le milieu du fronton, est vêtue d'une robe à plis nombreux et symétriques, caractère que présentent aussi deux statuettes trouvées au même endroit et qu'on désigne assez arbitrairement sous les noms de Damia et Auxesia, la Dèmèter et la Corè d'Aigine ; on suppose qu'elles ornaient le sommet ou les acrotères du fronton.
Prise d'Eion et de Skyros. — La Thèseion. — La prise de Sestos et celle de Byzance permettaient aux Grecs de com-
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LA THÈSEION. 411
muniquer par THelIespont et le Bosphore avec les stations commerciales du Pont-Euxin ; mais la guerre n*était pas finie tant que les Perses conservaient des positions sur les côtes de Thrace et dans les lies au nord de la mer Egée. Les Athéniens et leurs alliés assiégèrent la forteresse d'Eion sur le Strymon. Kimon, qui commandait l'expédition, offrit aux assiégés de sortir librement et de se retirer en Asie, mais le gouverneur perse, appelé pRT Bogès Hérodote, Butés par Plularque, refusa de capituler; quand il n'eut plus de vivres, il jeta toutes ses richesses par-dessus les murs, et ayant élevé un grand bûcher, il s'y brûla avec ses femmes, ses enfants et ses esclaves. La garnison fut réduite en servitude. Eion devint plus tard le port de la colonie athénienne d'Amphipolis. Kimon s'empara en-
La ThèseloD .
suite de l'île de Skyros, habitée par des pirates dolopes, et rétablit la sécurité du commerce dans la mer Egée. L'île fut repeuplée de colons athéniens (470).
D'après une ancienne tradition, Thèseus était mort dans l'île de Skyros. Kimon fit rechercher ses ossements et les rapporta en grande pompe à Athènes. Les cendres du héros national furent déposées dans un temple bâti et décoré par Micon, qui, comme tous les artistes de ce temps-là, était à la fois peintre, sculpteur et architecte. Ce temple, consacré à la fois à Thèseus et à son ami Héraclès, était un lieu d'asile où sq réfugiaient les esclaves qui avaient à se plaindre de leur maître. Si la plainte était fondée, le maître était obligé de les vendre à un autre. Comme le temple d'Aîgine, auquel il res-
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412 LA THÈSEION.
semble beaucoup, le Thèseion est d'ordre dorique, hexastyle périptère, c'est-à-dire entourée de colonnes dont six de face.
C'est le monument le mieux conservé de l'architecture grecque. Les sculptures des frontons ont disparu, probablement à l'é-
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LA TRAGÉDIE. 4i3
poque où le temple fut changé en église et consacré à saint Georges ; mais il reste des fragments très mutilés des métopes et de la frise de la cella ; lord Elgin n*osa pas les enlever, de peur d'offenser les chrétiens d*Alhènes, qui ont transporté à saint Georges la dévotion de leurs ancêtres pour Thèseus. Le Thèseion est aujourd'hui un musée de sculptures antiques; les murs ont gardé quelques traces du stuc et des peintures dont Micon les avait décorés.
La tragédie. — Pendant les fêtes célébrées à l'époque de la translation des cendres de Thèseus k Athènes, il y eut uii concours dramatique dans lequel Sophocle, encore jeune, l'emporta sur Aischyle qui était alors à l'apogée de sa réputation et qui avait fait jouer deux ans auparavant sa tragédie des Perses, La poésie dramatique était sortie de la poésie lyrique et chorale dans les fêtes de Dionysos, célébrées au retour du printemps et à l'époque des vendantes. La tragédie, ou chant du bouc, ne fut d'abord qu'un développement du dithyrambe, et le dialecte dorien resta toujours employé pour les chœurs. Dès le temps de Solon et de Peisistrate, Thespis d'Icaros avait coupé les chants et les danses des choristes au moyen de récits faits par le poète ou par un acteur (OiroxpiTiQç, celui qui répond). Ces récits étaient en vers iambiques, rhythme approprié au ton de la conversation. L'acteur représentait successivement plusieurs personnages, grâce aux masques de toile dont l'invention est attribuée à Thespis. Les récits alternant avec les chœurs devinrent des dialogues quand Aischyle introduisit un second acteur pour répondre au premier, et prirent aux dépens du chœur une importance toujours croissante, ce qui faisait dire aux partisans de la tradition : « Qu'y a-t-il là pour Dionysos?» Pour satisfaire ces scrupules religieux, Pratinas de Phlious imagina le drame satyrique où le chœur était composé de Satyres, compagnons de Dionysos. Le drame satyrique formait le complément d'une trilogie comprenant trois tragédies qui se rattachaient ordinairement au même sujet. En général ce sujet était emprunté aux traditions mythologiques, surtout aux poèmes cycliques. 11 y eut cependant des tragédies se rapportant à des événements contemporains, par exemple la, prise de Milet, qui fit condamner Phrynichos à l'amende, comme
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