L'HOSPITALITÉ
aux vénérables indigents ; il reçoit Odysseus à sa table, « car c'est de Zeus que viennent les pauvres, et les faibles dons qu'on leur ables. » L'horreur des Grecs pour les mœurs le certaines peuplades sauvages se traduit par fantastiques qu'Homère fait des Kyclopës, des le ce roi Echétos dont les prétendants de Pèt Iros comme d'un épouvantail. Les prétens ne sont guère mieux traités par le poète, ^pendant donnent à Odysseus des morceaux et blâment Antinoos de sa dureté pour lui; I dédaigneuse suffirait tout au plus avec ua Iros, qui fait de la mendicité une profession et suppliants. Pour quiconque respecte les Dieux mme frappé par le malheur est revêtu d'unca- Les Dieux, déguisés en mendiants, parcourent }rouver la justice ou l'injustice des hommes. » hez Nestor et chez Ménélaos. — Toujours par accueillir l'étranger et l'inviter à apaiser if avant de lui demander qui il est, d'où il veut. Le roi des Lykiens traite Bellérophon irs avant de l'interroger. Lorsque Mentor et ent àPyloSj ils trouvent Nestor et ses fils ocir les viandes pour un repas en l'honneur de e pressent au-devant des hôtes, et Peisistralos, roij les fait asseoir à côté de son père et les part au festin des Dieux. Nestor dit ensuite : irenable, maintenant que les hôtes sont rassaiire, de les interroger et de leur demander eisistratos accompagne Télémaque dans son rivent à Lakédaimon au moment où Ménélaos is le mariage de son fils et celui de sa fiH^î nonce l'arrivée des étrangers. « Dis-moi, deli, si nous détellerons leurs chevaux rapides, enverrons vers quelque autre qui les sors, très indigné, le blond Ménélaos répondit : i dénué de sens jusqu'ici^ Etéoneus, fils de maintenant, tu dis des sottises comme "'•
dbyGoogk
5P1TALITÉ.
enranL Certes, nous avons souvent mangé le pain de Tho talUé chez d'autres hommes, avant de venir ici; que 2 nous préserve désormais de TinTortune. Dételle donc les ( Taux des étrangers et conduis-les ici eux-mêmes, afin qi prennent part au banquet. > A son départ de Lakédaimon,! maque reçoit de Ménélaos de riches présents. Jamais on n sépare d'un hôte sans lui Faire les présents deThospitalité, l Odyssens chez Alkinoos. — Lorsqu'Odysseus a été par la tempête sur le rivage de Tile de Schériè, il est cueilli et traité chez les Phaièkes aussi largement que T maque à Lakédaimon et à Pylos chez les anciens amis de père. Ce récit s'ouvre par une scène charmante; Nausi fille du roi Alkinoos, lave le linge de sa famille au bord d mer, et après son travail joue à la balle avec ses amies. L parition d'Odysseus interrompt brusquement les jeux jeunes filles qui se sauvent effrayées. Nausicaa reste seule Odysseus^qui connaitle cœur humain, lui Tait un petit discc très habile, la compare à une Déesse et lui souhaite un mariage. Elle rappelle ses compagnes, fait donner à mar et à boire au pauvre naufragé et rengage à demander Thos] liléàson père. Elle lui recommande surtout de s'adres d'abord à sa mère. Il suit ce conseil, et arrivé chez Alkin au milieu d'un banquet, il embrasse les genoux d'Arètè € s'asseoir dans la cendre du foyer. Alors un des convives plus vieux des Phaièkes, parle ainsi à Alkinoos : « Alkin< il n'est pas beau pour toi, et il ne convient pas qu'un éti ger soit assis par terre, dans les cendres du foyer. Ceux-c taisent, attendant que tu parles. Allons, relève l'hôte, pli le sur un siège aux clous d'argent^ et commande aux cri( de verser le vin, afin que nous fassions des libations à Z roi de la foudre, qui accompagne les vénérables supplia et que l'intendante donne k souper à l'étranger avec ce qu a ici. — Et dès que la force sacrée d' Alkinoos l'eut entei prenant parla main le prudent Odysseus à l'esprit subtil, fit lever du foyer et le conduisit sur un siège splendide, place de son fils Laodamas, ami des hommes, qui était a près de lui et qu'il chérissait vivement. Et une servante v( de l'eau d'une belle aiguière d'or dans un bassin d'arg
dbyGoogk
158 LIKN FÉDÉKAL.
pour qu'il se lavàl, et elle élendil devaiil lui une lable polie. Et la vénérable intendante lui apporta du pain et mit devant lui des aliments abondants, lui donnant une large part de ce qu'il y avait. Alors la force d'Alkinoos dit au crieur: « Ponlonoos, mêle le \ in dans le cratère, afin que nous fassions des libalionsàZeus, roi de la foudre, qui accompagne les vénérables suppliants. »
Le lendemain, Alkinoos offre un sacrifice et réunit à sa lable tous les rois des Phaièkes. Le repas est simple, comme tous les repas homériques; la sobriété est un trait des mœurs grecques ; le vin était toujours mélangé d'eau. L'ivrognerie, si commune chez les barbares Germains, étaient regardée en Grèce comme un vice des peuplades sauvages telles que les Kentaures; la plus violente injure qu'Achille adresse à Agamemnon est l'épilhèie d'ivrogne. Homère, qui ne flatte pas les prétendants de Pénélope, ne les accuse pourtant pas de s'être enivrés. Les repas avaient chez les Grecs le caraclèrc d'une cérémonie religieuse ; ils commençaient et finissaient par des libations en l'honneur des Dieux et se distinguaient moins par la variété des mets que par les chants et les danses. Un chanteur charme par ses récits les convives d'Alkinoos, qui terminent la fôte par des exercices de force et d'adresse et surtout par des danses, « car il n'y a rien de plus noble pou»' l'homme que l'exercice des pieds et des mains. » Enfin, Odysseus raconte ses aventures, et Alkinoos fait préparer un vaisseau pour le reconduire dans Ithaque, « car dit-il, jamais pe»sonne venant chez moi n'a longtemps attendu dans la douleu» le jour du. retour, » Mais avant de quitter son hôte, il l"^ donne lui-môme et engage les autres rois à lui donner de riches présents. Comme un contraste à cette île hospitalière ae Schériè, où les chanteurs sont si bien traités et qui P*'^^^ ûlre sa république idéale, Homère oppose les farouches Kyclop^^' qui pratiquent la polygamie, méprisent les Dieux et luen leurs hôtes pour Içs manger; surtout, ce qui est pour un Gre^ le comble de la barbarie, « ils n'ont ni lois ni assemblées libérantes. Ils habitent des cavernes sur la crête des mon a* gnes, chacun d'eux gouverne ses enfants et ses femmes, et i {le s'inquiètent pas les uns des autres. »
FéaéraUon idéale des Grecs dans les poèmes d'Ho-
dbyGoogk
LlEiN FÉDÉKAL. 159
mère. — L'hospitalité établit entre les hommes un lien sacré
Apothéose d'Homère (bas-relief du Brilisl) Muséum}. Zeus aui« au sommet de l'Olympe; au-dessous de lui les oeuf Muses, Apollon, la Pythie et un personnage qu'on croit Olen de Lykie, ou Hésiode. Dans la baude iorérieure, Homère, courouD^ par le Temps et la Terre habitée, reçoit les sacrifices et les acclamations de divers personoag^es allégoriques (l'Histoiie, la Poésie, la Tragédie, la Cumédie, etc.).
qui se transmet aux enfants comme un héritage. La guerre noôme ne peut le rompre : Glaucos et Diomèd^.s, en apprenant
dbyGoogk
i60 LI£N FÉDÉRAL.
qu'il existait entre leurs ancêtres, échangent leurs armes et déclarent qu'ils s'éviteront dans la mêlée. La fraternité des peuples n'est qu'une extension et une forme plus générale de ces amitiés héréditaires. C'est là ce qui explique l'immense popularité des poèmes d'Homère en Grèce. Pour nous, leur élévation morale, plus encore que leur inimitable beauté, justifie l'admiration unanime de tous les siècles; mais pour les Grecs il y avait dans ces poèmes quelque chose de plus; ils y trouvaient l'idéal social qu'ils ont poursuivi pendant toute leur histoire sans jamais l'atteindre, l'union de toutes les cités grecques dans une grande patrie. Les traditions héroïques, et surtoutla guerre de Troie, leur rappelaient le souvenir, trop souvent oublié depuis, d'ime fédération primitive. Pendant cette longue guerre entreprise par tous pour venger l'injure d'un seul, il n'y avait eu qu'une émulation de courage entre tant de peuples conjurés. Cette union, scellée par la communauté des dangers et de la victoire, sous les regards protecteurs des Dieux de la patrie, on la retrouvait dans les chants d'Homère, et c'est pour cela qu'au milieu des guerres impies qui creusaient le tombeau des républiques, cette poésie sacrée semblait un écho de l'âge d'or.