CONDITION DES SERVITEURS
nettement des mercenaires, HtU, qui louent leur ir un salaire. 11 y aurait une différence s'il était î Tesclavage était héréditaire, mais cela semble ; douteux que l'hérédité de la royauté. La punition ;es infidèles qui avaient souillé de leurs débauches rOdysseus ne prouve pas que le maître eût un droit r la vie de ses domestiques : c'est une vengeance, punition des prétendants de Pénélope, sur qui on \ dire qu'Odysseus eût droit de vie et de mort. Mais dysseus parle à Eumaios et à Philoitios comme à 1 leur promet de les regarder comme des frères de , de leur donner une maison, un champ, une épouse, d'ailleurs l'habitude de tout bon maître, d'après ce naios lui-même dans un autre passage. Il donne sur sa condition depuis qu'il a été acheté tout • Laertès, il parle de la bonté d'Anticleia, mère
ii'elle vivait, dit-il, j'aimais à l'interroger et à lui car elle m'a élevé elle-même avec sa noble fllle, a robe tombante, la plus jeune de ses enfants; elle t ensemble et m'honorait presque autant que sa fille, ae nous parvînmes tous deux à la jeunesse dési-
donnèrent en mariage à un homme de Samè et B nombreux présents. Quant à moi, Anticleia me rès beaux habits, une tunique et un manteau, et des »ur mes pieds, et elle m'envoya dans les champs ; iit bien du fond du cœur. Maintenant tout cela 3; mais les Dieux heureux ont fait fructifier le traje me livre, et par lui j'ai pu boire, manger et
vénérables indigents. » Non seulement Eumaios ire l'aumône, mais il a lui-même un serviteur qu'il
ses deniers à des pirates taphiens. Le nom et le Odysseus reviennent sans cesse dans ses discours : st mort, et il ne reste que des regrets à ses amis, 'tout, car je ne trouverai jamais un maître si doux, ù j'irai ; pas môme si je retournais dans la maison é, auprès de mon père et de ma mère qui m'ont ime, ce n'est pas tant sur eux que je pleure, quoique
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CONDITION DES SERVITEURS. i49
je désire bien les revoir de mes yeux dans la terre paternelle ; mais je regrette plus encore Odysseus absent. Je n'ose pas même, ô mon hôte, prononcer son nom pendant qu'il n'est pas là, car il m'aimait bien et s'intéressait à moi dans son cœur ; mais je l'appelle mon frère aîné qui est loin de moi. »
Philoitios, bouvier d'Odysseus, parle de son maître avec autant d'affection et de reconnaissance ; à la vue d'un étranger pauvre et mal velu, la sueur le couvre et ses yeux s'emplissent de larmes, parce qu'il pense qu'Odysseus est peut-être couvert de pareils haillons, m Mais, s'il est mort et dans les demeures de l'Invisible, hélas, l'illustre Odysseus qui m'avait envoyé encore tout petit garder les vaches chez le peuple des Képhallènes!.... Et maintenant elles deviennent innombrables, et il n'y a pas d'homme pour qui se multiplie davantage la race des bœufs au large front. Mais d'autres se les font amener pour les manger, et ils ne s'inquiètent pas de l'enfant qui est dans la maison, et ils ne craignent pas la vengeance des Dieux. Us désirent depuis longtemps partager les biens du prince absent. Pour moi, mon cœur roule ces pensées dans ma poitrine : certes, il serait très mal, lorsqu'il est vivant, d'aller chez un autre peuple, emmenant les bœufs chez des hommes étrangers ; mais il est dur de rester ici à souffrir en gardant les vaches d'autrui. Et déjà depuis longtemps je serais allé chez quelque autre des rois magnanimes, parce que cela n'est plus tolérable ; mais j'attends toujours ce malheureux, s'il pouvait revenir pour chasser les prétendants de sa maison. » Ainsi Philoitios n'est nullement obligé de resfer où il est; il irait offrir ses services à d'autres s'il n'était retenu par un lien moral.
La condition d'Eurycleia, nourrrice d'Odysseus, est également très douce. « Laertès l'avait achetée autrefois de ses biens, lorsqu'elle était dans la première jeunesse, et il avait donné le prix de vingt bœufs. Il l'honorait dans sa maison à l'égal de sa chaste épouse; il ne s'unit jamais à elle, et il évita d'offenser sa femme. » Ce détail marque bien la supériorité morale de la Grèce héroïque sur la société patriarcale dont on trouve le tableau dans la Genèse. Devenue vieille, et après avoir élevé successivement Odysseus et Télémaque, Eurycleia
LA GUERUli:.
la maison de Pénélope et dirige les travaux des ser-
lans toule maison bien ordonnée, la condition des
aes était exactement celle de ces serviteurs comme
}uve dans nos campagnes, qui vieillissent dans une
semblent en faire partie. Chez les Romains, lacon-
esclaves fidèles était réglée par raffranchissement,
là une formalité légale qui ne pouvait exister dans
décrite par Homère, puisqu'il n'y avait pas de lois
la coutume en tenait lieu. Les principes d'égalité,
nent enracinés dans la conscience des Grecs, corri-
s vices des institutions sociales : les rois étaient fort
3SSUS des autres hommes, et les serviteurs ne diffé-
i beaucoup de leurs maîtres.
ce des Héros d*Homére. — Les combats derUiadc ractëre sauvage qui contraste avec la douceur des I dehors du champ de bataille. Cependant, on voit conventions s'établir entre les peuples ennemis, et se conclure sous l'invocation des Dieux, pour per- X deux partis d'enlever les morts el de leur rendre ers devoirs. Lorsqu'Achille traîne dans la poussière 'Hector, Homère raconte ce fait avec une désapproanifeste. De môme, quand Achille immole douze : le tombeau de Patroclos, il commence par éloigner ion et les autres chefs, et le poète, ordinairement e réflexions, ajoute cette fois : « 11 avait résolu dans une méchante action. » Les mômes expressions loyées dans l'Odyssée à propos de la cruelle venercée contre Mélanlheus. H n'y a rien là d'ailleurs rliculier à l'antiquité : les sociétés vieillies ont aussi nces. Avec l'étranger, on garde une certaine mesure, e des représailles, mais dans la guerre civile, les lenacés sont implacables : ni justice ni pitié pour les as môme le droit de pleurer les morts. Cela est de ays et de tous les temps. Mais il faut qu'il s'élève une voix courageuse, comme celle de l'Antigone ;le, qui seule ose protester au nom de l'infaillible B. « Tu connaissais les décrets, » lui dit le roi? Et elle t Oui certes, mais je n'ai pas cru que les décrets
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LE COUUAGE. ISl
d'un homme pussent prévaloir contre les lois éternelles, non écrites, œuvre immuable des Dieux. »
Le courage et le sentiment de Thonneur* — Le courage, dans Homère, n'est pas celte fureur aveugle si commune chez les barbares; les Troyens se battent pour défendre leur patrie, les Achaiens pour punir une injustice et tenir leur serment, mais ni les uns ni les autres n'aiment la guerre pour etie-méme. Le plus fougueux de tous, Achille, sent le prix de la vie et du repos; on le voit par sa réponse à Phoinix et à Odysseus. Mais lorsqu'il a son ami à venger, il retourne dans cette mêlée des hommes d'où il sait qu'il ne doit pas revenir. Presque toujours c'est le sentinxent de l'honneur et du devoir qui pousse les Héros en avant. Hector, quoique sûr d'être tué par Achille, se décide à l'attendre, de peur d'avoir ù rougir devant les Troyens et les Troyennes; il veut mourir avec gloire, « et faire quelque grande action, digne des chants à venir «i.
Ce sentiment de l'honneur n'a jamais eu en Grèce les mômes déviations que chez les modernes. A aucune époque de leur histoire, les Grecs, pas plus que les Romains, n'ont connu cette coutume du duel qui fut apportée en Europe par les barbares germains et qui s'y est toujours maintenue. Tout en mettant le courage au premier rang des vertus, les Grecs ne confondaient pas le droit avec la force, et ne croyaient pas que l'habileté dans le maniement des armes pût prouver la justice d'une cause ou y suppléer. Notre point d'honneur, qui permet d'insulter un adversaire plus faible ou moins adroit, à la condition de le tuer ensuite, ne leur eût semblé qu'une forme hypocrite de l'assassinat. Leur caractère sociable rendait d'ailleurs les querelles privées assez rares. Pendant toute la durée de la guerre de Troie, une seule dispute s'élève entre deux chefs, et les malheurs qui en sont la suite forment le nœud et la moralité de l'Iliade. Agememnon a outragé Acbille ; il eu est puni par les malheurs de son armée, l'attaque de la flotto et la victoire d'Hector. Alors il reconnaît sa faute et veut la réparer ; mais Achille refuse de se laisser fléchir, il repousse les conseils de ses amis, il garde sa colère : il en est puni par la mort de Patroclos ; il a écoulé sa haine, il est frappé dans
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LA JUSTICE. lo3
saienl fléchir quand ils avaient été offensés, qu'ils acceptaient môme une compensation pour la mort d'un parent ou d'un ami. Une scène représentée sur le bouclier d'Achille fait allu-
Achille panse les blessures de Patroclus Achille pleure la mort de
(peinture de la coupe de Sosias). patroclos (pierre gravée).
Combat autour du corps de Patroclos (pierre graTée).
sion à cet usage. « Les citoyens étaient assemblés sur la place publique, et une discussion s'était élevée. Deux hommes se disputaient sur la rançon pour un homme tué. L'un affirmait
HKg^:.^
J54 RESPECT DES VIEILUKDS.
avoir tout payé et le déclarait au peuple ; Tautre niait avoir rien reçu ; et tous deux désiraient terminer Taifaire par un arbitrage. Les citoyens criaient des deux parts, soutenant l'un ou Vautre, et des crieurs contenaient le peuple. Les vieillards étaient assis sur des pierres polies, dans le cercle sacré, et tenaient dans leurs mains les sceptres des crieurs à la voix éclatante. Us se levaient et portaient leurs jugements tour à tour; et au milieu étaient deux talents d'or pour donner à celui qui aurait le mieux jugé. • L'exil du meurtrier donnait aux ressentiments le temps de se calmer et disposait les parents ou les amis de la victime à accepter une réparation. Mais cela ne suffisait pas pour faire taire la voi\ de la conscience. On imagina des purifications religieuses, môme pour un meurtre involontaire. D'après VAithiopis d'Arctinos de Miletqui faisait suite à l'Iliade, Achille ayant tué d*uu coup de poing le pauvre Thersite, qui le raillait de son amour pour l'amazone Penthésileia, il y eut une sédition dans le camp, et Achille fut obligé d'aller à Lesbos pour se soumettre aux cérémonies expiatoires. Celte légende atteste l'importance qu'on attachait à la vie de l'homme, môme le plus humble et le plus généralement méprisé.
Le respect des vieillards, L^amitié. — Quand les insti^ tutions de Ja Grèce prirent une forme plus arrêtée, la libre action du peuple dans les Républiques fut toujours modérée par un conseil de vieillards dont on peut voir la première ébauche dans ces vieillards de l'Iliade qui rendent la justice au milieu du peuple assemblé sur la place publique. L'admiration qu'inspirait la force physique n'empochait pas de reconnaître l'autorité morale de l'âge, de la sagesse et de l'expérience. Un des plus audacieux parmi les chefs Achaiens, Diomèdès, qui ne craint pas de lutter contre les Dieux, s'excuse avec modestie quand il donne son avis au milieu des autres rois plus âgés que lui ; il reçoit avec douceur les reproches injustes d'Agamemnon. Paris écoute aussi sans se plaindre les réprimandes d Hector, son aine. Dans les jeux funèbres en l'honneur de Patroclos, Antilochos cède le prix à Ménélaos, et Achille se lève pour en offrir un au vieux Ne&lor qui n'a pas concouru.
l'amitié.
Le respect de la vieillesse n*est qu'une piété filiale ; c'est aussi la famille qui four modèle le plus parfait, l'amour fraternel pas moins qu'un frère, » dit Homère. L'ami élément d'une société au delà des limites première forme du lien social entre égaux. Héros marchent par couples fraternels , deukès, Héraclès et lolaos, Thèseus et Peirilh reste et de Pylade repose l'esprit au milieu d gende des Atréides ; celle d'Achille et c d'argument à la seconde moitié de l'Iliade, l runts que fait naître dans l'âme d'Achille la relèvent ce caractère sauvage et justifient 1 choisi pour son héros : d'ahord les pressent quiétudes, puis, après la fatale nouvelle, le douleur, les sanglots et les hurlements ent des, et les nuits sans sommeil ou peuplées passées à se roukr de désespoir sur le sable l'immense carnage au bord du fleuve, et geance que n'apaise pas môme la mort d'un cède que devant le spectacle d'une douleur é souvenir d'un vieux père absent
L'hospitalité, forme pratique de la cfa l'amour fraternel est le type de l'amitié, l'i est le modèle de ce sentiment moins ardent, que Cicéron appela plus tard la charité du g dunt l'hospitalité est l'application pratique. » guerre, tout étranger est un hôte, et il n'y ■ grec pour exprimer ces deux idées. Les prii H lanthropie universelle sont résumés dans un V propos de cet Axylos, qui avait bâti sa maisc B la route pour recevoir les voyageurs : « Il é K très aimé des hommes, car il était plein de cl B Ce mot, dont l'emploi pourra sembler un an B seul qui rende à peu près la force de l'expn B ^iUiQAi, La bienfaisance n'est pas le privilège B cun la pratique en proportion de ses res! B trouve sa condition heureuse parce qu'il a
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