‹ Histoire des GrecsChapitre 79 sur 202 · ÉDUCATION ET DISCIPLINE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION ET DISCIPLINE

troupe. 11 fallait donc conserver la famille, et tout ce qu'on pouvait faire c'était de la subordonner à TÉtat. Considéré comme soldat futur, Tenfant appartenait à la République plutôt qu'à ses parents. A sa naissance, s'il était difforme ou trop chétif, on le portait sur le Tèygétès pour débarrasser l'État d'une charge inutile, ou peut-être, comme le croit Curtius, pour le faire élever avec les enfants des Périœkes, comme incapable de supporter l'austère éducation imposée aux Spartiates, éducation qui commençait presque dès le berceau et qui formait la parlie la plus importante de l'œuvre de Lycurgue. Si on regarde le bien-ôtre matériel comme le but suprême de la vie et la mesure de la civilisation, on peut à peine comprendre ce dédain pour le plaisir, cette indifférence pour la douleur, cette héroïque patience, cette obéissance volontaire à une règle despotique, qui rendait la vie ducitoyenplus difficile quecelled'un esclave. Dans nos sociétés énervées, où le luxe et la mollesse sont la religion "du riche et l'ambition du pauvre, on préférerait la condition, je ne dis pas seulement des Périœkes, mais des Hiloles, à l'implacable discipline de leurs tyrans ascétiques. Etrange aristocratie, qui avait pour privilège une perpétuelle immolation de chacun à tous, une absorption complète de toutes les volontés en une seule volonté, une soumission absolue au plus impérieux de tous les maîtres, le devoir. Nulle place pour l'intérêt privé; un seul amour, la patrie ; sacrifice perpétuel de toutes les affections, de toutes les espérances, dévouement sans bornes, dans la paix comme dans la guerre, dans la vie comme dans la mort.

Ne craignons pas que Sparte ait jamais d'imitateurs : de tels exemples ne sont pas contagieux. -Personne ne voudrait vivre dans cette Cité d'athlètes, dans celte fraternelle communion d'égaux, où toutes les pensées, tous les désirs se confondaient dans la grande âme collective de la patrie. Personne ne voudrait soumettre ses fils à la dure discipline de cette sobre et silencieuse jeunesse, vêtue à la légère en toute saison, couchant sur des roseaux, n'ayant pour se nourrir que les produits hasardeux de la maraude, exercée par des chefs toujours choisis par elle à toutes les luttes, à toutes les privations, à toutes les fatigues, et déchirée sans pitié par le fouet sanglant

dbyGoogk

Page 1