TACTIQUE MILITAIRE
au champ de manœuvres, les citoyens qui ont passé l'âge de porter les armes surveillent les exercices militaires de la génération nouvelle, et chaque soldat a tous les droits d*un père sur chacun des enfants de la patrie. Quant aux femmes, on ne leur demande que de faire des héros : au jour des luttesnationales, chaque mère armera fièrement son fils et lui montrera la route du devoir, sans regrets et sans larmes : « Rapporte ton bouclier ou qu*on te rapporte dessus. » Dans cet immense concours d'abnégation, il faut qu'elles aient aussi leur part de souffrances muettes, et qu'elles offrent le sang de leur cœur en holocauste sur Tautel dévorant de la loi.
On s'étonne que tout un peuple ait pu se soumettre volontairement et pendant des siècles à une discipline si tyrannique : c'est que cette discipline assurait la suprématie des Spartiates sur tous leurs rivaux. Quand les autres Grecs ne connaissaient encore que de 'confuses mêlées, ou ces combats individuels décrits dans l'Iliade, les Spartiates eurent les premiers une tactique régulière. L'infanterie pesamment armée, le corps des Hoplites, était leur force principale. Partagés en compagnies de 25, 32 bu 36 hommes appelées Enomoties, ils chargeaient en rangs serrés, la lance en avant. On leur apprenait à observer l'ensemble dans la marche à quitter rapidement la ligne pour prendre la file, à faire conversion à droite ou à gauche. Leur pas était réglé par le fifre, et si l'ordre était dérangé par quelque accident imprévu, les soldats dispersés reprenaient leurs rangs, chaque homme connaissant parfaitement sa place et son chef de file. Les ordres donnés par le roi, commandant en chef, étaient rapidement transmis par l'échelle des divisions et la hiérarchie des officiers, et simultanément exécutés par toutes les compagnies. L'habitude delà Pyrrhique, ou danse guerrière, rendait les évolutions faciles et promptes. Les soldats, exercés d'avance à toutes les manœuvres, y apportaient une précision qui faisait regarder les Spartiates comme des artistes dans les choses militaires. Mais il fallait pour cela n'avoir pas à s'occuper d'autre chose. Dans presque tous les autres pays grecs, les mômes hommes étaient alternativement soldats en temps de guerre, artisans ou laboureurs en temps de paix. Un Spartiate ne pouvait avoir d'autre métier que celui de soldat.
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