COLONIES CORINTHIENNES
dans toute l'antiquité. C'est à Coriiithe que s'introduisirent les premières améliorations dans l'art de construire les navires. Hérodote nous apprend que le Corinthien Ameinoclès construisit au huitième siècle la première trière, ou galère à trois rangs de rames; jusqu'au seizième siècle de notre ère, la trière ou trirème, est restée le type du vaisseau de combat sur la Méditerranée.
On pratiqua une route unie appelée Diolcos, par laquelle les vaisseaux étaient traînés sur des rouleaux d'une mer à l'autre. Le transport assurait aux Corinthiens des revenus considérables et faisait de leur ville la principale station de commerce entre l'Orient et l'Occident, Le retour périodique des jeux isthmiques augmentait Taffluence des étrangers et l'activité du commerce. Malheureusement, il parait que les progrès du luxe et les relations avec l'Asie exercèrent une influence fâcheuse sur les mœurs; un fragment de Pindare sur les hiérodules de Corinthe atteste que le culte d'Aphrodilè avait fait des emprunts à celui de l'Aslartè sidonienne. La classe dirigeante donnait, comme toujours, le mauvais exemple. Une affaire scandaleuse, qui avait entraîné la mort d'un enfant du peuple, produisit un mécontentement général. Le père de la victime s'était tué, ne pouvant obtenir justice. Les Baochiades furent obligés d'éloigner le coupable» nommé Archias, qui était un des leurs. On profita de l'occasion pour se débarrasser d'une partie de la population ouvrière, et on mit Archias à la tète d'une troupe d'émigrants qui partirent pour la Sicile, où ils fondèrent Syracuse (750).
Les trajets maritimes se faisaient en suivant les côtes de façon à ne perdre la terre de vue que le moins longtemps possible. Archias et ses compagnons se dirigèrent d'abord vers l'île de Kerkyra, le point le plus rapproché de la côte d'Italie. Chersicratès, un Bacchiade qui accompagnait Archias, s'y arrêta avec quelques-uns des émigrants. Kerkyra, aujourd'hui Corfou, la plus septentrionale des îles ioniennes, était regardée dans l'antiquité comme la même que la Schéria homerique, dont les habitants, les Phaièkes, sont représentés dans l'Odyssée comme de hardis navigateurs, et c'est à ce fait que Thucydide attribue la supériorité de la marine de Kerkyra,
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COLOiNIES GRECQUES EN ITALIE. 257
C'était probablement une population liburnienne, car les Lihurnes continuèrent à habiter les lies de TAdriatique le long de la côte de rillyrie. Il y avait aussi à Kerkyra des Euboiens d'Erétrie qui furent expulsés ou absorbés par les Corinthiens. Ceux-ci fondèrent une ville du m6me nom que l'Ile et Tancienne population leur fournit des matelots exercés. La nouvelle colonie eut bientôt une marine égale à celle de sa métropole. Leur rivalité, qui fut plus tard Foccasion de la guerre du Péloponnèse, 8*était produite de très bonne heure. La première bataille navale connue de Thucydide fut livrée en 664 entre les Kerkyraiens et les Corinthiens. Le principal motif de leur jalousie réciproque était une concurrence commerciale; les Kerkyraiens pouvaient fournir le vin et l'huile aux Epirotes en échange des peaux, de la laine et du bétail, plus facilement et à meilleur compte que les Corinthiens» Dans Tintervalle de leurs querelles, Corinlhe et Kerkyra formèrent de concert plusieurs établissements : ApoUonia et Epidamne, appelée plus tard Dyrrachion, sur la côte illyrienne, au nord du cap Acrokéraunien ; Leucas, Anactorion et Ambrakia sur le territoire des Acarnanes ; mais ces colonies sont rapportées à l'époque des tyrans de Corinthe.
Golonies grecques en Italie. — Les anciennes populations de l Italie étaient en partie les mêmes que celles de la Grèce et des côtes de l'Asie mineure. Les Oinotriens, qui paraissent avoir beaucoup d'affinité avec les Epirotes, les Sikels, qui avaient passé très anciennement d'Italie en Sicile, semblent pouvoir se rattacher à lasouche pélasgique. L'Odyssée nomme les Sikels sans désigner le pays qu'ils habitent, quoique la Sicile y soit mentionnée sous le nom de Thrinakia. Mais les connaissances géographiques d'Homère ne dépassent pas les limites de la Grèce européenne et asiatique : au delà c'est le pays des fables. Au commencement de la période historique, la mer Adriatique, la mer de Sicile et la mer Tyrrhénienne étaient aussi peu connues etaussi redoutées que lePont-Euxin. Quand les Grecs surent qu'il y avait à l'Occident des pays plus fertiles que le leur, et que les habitants n'étaient pas des Kyclopes et des Laistrygons anthropophages, ils s'y établirent en foule, et leurs colonies fut si nombreuses que le midi de la
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