‹ Histoire des grecs modernes depuis la prise de ConstantinopleChapitre 27 sur 30 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mort d*AIy-Pacha. — Désastre de Scio. — Le capitanpacha saille en Tair avec le vaisseau amiral. -^Dévouement des Souliotes. — Campagne de MaYro*^ cordato en Acarnanie. ^-- Capitulation des Souliotes. — Marche des Turcs sur le Pëloponèse. — La flotte ottoipane est battue par Miaoulis dans le golfe d'Ar- -gos. — Dram-Al}'-Pacba périt avec son armée. — Odyssée remporte deux yictpires aux Thermopyles. —-Dévastation de l'Olymp ^-^ Incendie des vaisseaux turcs, à Téne dos.— Affaires de Candie. — Disgrâce du favori Halet-Éifendi. — ^Négociations des Russes. -^Mort de Chourchid-Pacha. — Mavrocordato bat Orner Brionès et Ruscbid-PacbaaMissolunghi. — Capitulation d'Anapli. —État da Pëloponèse. — Efforts des Tures pour rendre la campagne de iSaS décisive. — Ils sont battus en Thessalie. — Mort de Marcos Bozzaris. — LordByron.' — Cumpagne de i8!24- •^Courage héroïque des Tpsarioteâ. — Affaires du Péioponèse. — Défaite des escadres turque et égyptienne combinées. — État de la Grèce a la fin de 1824. /

L'hiver de i8ai fut employé de part et-d'autres en préparatifs. Les Turcs rassemblaient une armée cx\ Thrace et en Macédoine^ les Grecs faisaient marcher leurs troupes sur les points menacés. Les discordes qui s'élevèrent parmi les chefs ne ralentirent

pas uii instant l'énergie de la nation; on se querellait , mais on n'oubliait pas les intérêts de îa patrie au milieu de ce conflit d'ambition. L'œil de Mavrocordato pénétrait partout : la sagesse de ceJiiagistrat épargna bien des maux à la, Grèce»

Au mois de février 182a, le visir Aly-Tébélen, après une lutte opiniâtre, où il avait déployé tout le courage d'un soldat et toute l'adresse d'un savant capitaine, fut vaincu par les artifices de Chourcbid. Il crut , sur la parole de ce séraskier , que le sultan lui pardonnait; il se rendit ef périt victime de la fraude, lui qui devait sa fortune au parjure, et qui n'avait jamais rien entrepris sans mêler le mensonge à la perfidie. Sa mort parut juste à tout le monde. Il était chargé de tant de crim^ que les Grecs attribuèrent son malheur à la vengeance divine. Ils regrettèrent iJe voir terniiner trop tôt k lutte qu'il avait engagée au fond de l'Albanie , jet qui servait leurs intérêts par une puissante diversion. Aly-Tébélen éts^it âgé de plus de quatre-vingts ans. Satêtçfut attachée sur la corniche dje la porte du sérail avec une inscription p^ y^aplUa qui rappelait ses crimes. Ses enfans et sç^ pçj;i.ts-enfians périrent de la main du bourreau dans l' Asie-Mineure^ à Kutahieh , ville qui leur avait été assignée pour exil. Ainsi dans peu de mois cette famille , qui avait rempli la Grècp de ses débordeja^ens et de son odieuse prospérité, fut tout-à-fait anéantie.

La mort d' Aly-Tébélen devint le prétex,te d'une violente sédition dans l'armée de QiouFçhid. Les

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scbypetars musulmans accusaient ce général de vouloir s'emparer des trésors du rebelle : ils en réclamaient le partage ; on, les leur avait promis eu récompense dès le commencement de la guerre.

Chourchid tint bon. Ses troupes se débandèrent ; quelques convois d'argent, qu'il expédiait àConstantinople, furent pillés ,• il garda pour lui la majeure partie des brillans et des bipux de toute espèce que le vieux satrape avait accuiiHilés dans son antre. Ces dilapidations furent l'une des causes principales de la disgrâce du séraskier; qui arma bientôt après.

Alors, pendant que les troupes turques, battues quatre fois par les commandans Makris et Marcos Bozzaris sous les murs de Regniassa, investissaient les rochers de la Selléide, le général des Samieiis, Lycurgue Logothète , soulevait les campagnes de Scîo et préludait ainsi au désastre de cette île. Il débarqua deux mille cinq cents hommes sur la plage de Kourari,le samedi 1 1 (23) mars, au point du jour. Quelques paysans se joignirent a lui. Les Turcs se retirèrent dans la citadelle, et les primats de Scio , ainsi que le clergé et les négocians les plus respectables, s'y enfermèrent avec eux. Logothète commit plusieurs excès. Il s'arrogea le. titre de prince de Scio d'après une prétendue commission du prince Démétrius Ypsilanti.il commença même à canonner racropole de Scio; mais il n'avait point de boulets. Les Ipsariotes lui reprochèrent vivement la témérité de son entreprise. Cependant Je

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mal était sans remède. Ils envoyèrent quelques barils de poudre aux insurgés, et ctablireiît une ci'oi^ sière de six bâtimens dans la rade pour empécbeîr les Turcs dç l'Asie de: porter secours à leifrs conipatriotes assiégés. Déjà trente nulle barbares, rassemblés à Tchesméh sur le golfe Herméen,n'attf;ndatent plus que les vaisseaux, de Constantinpple pour inonder l'île, et l'an savait, kn&ai pouvoir douter, qu'une flotte considérable,, commandée F>ar le nouveau capitan-pacha Cara-Aly, yenait.de sortir des Dardanelles pour disputer aijx Sitmien& la possession d€ Scio.

Elle ne parut, que trop tôt;, cette ilptte exterminatrice; les bordes asiatiques furent jetées par elle sur les beaux rivages des Sciotes. Logothcte avait disparu. Les Samiens s'étaient dispersés. Uii massacie horrible , dont les circonstances seront h jamais mémorables da^is les annales de la destruction', suivit le débarquement des Turcs. Il ne resta, plus à Scio que des ossemetis et des ruines. Quelques hommes, qui souillaient le nom de Francs, spéculer eut sur le malheur au miliiçu de ç/es atJ'Qcilés. Le capitan-pacha, fidile à ses instrucftioiis secrètes, oncouiagea'le meurtie «t le pillage. Les Samiens avaient régné dix-neuf jours sur l'île de Scio. : une semai De suffit aux Turcs pour la dévaster. Une population de cent soixante miïle âmes tomba sous Ips; coups de ces monr très. . , •

Mais les HeUènes devaient venger 1^ martyrs de Scio par un acte éclatant. lpsara,.vo^jsi«e, du théâtre -

de ce» horreurs, se cliargea elle-même du soin d'en punir les coupables. Elle possédait un héros digne de sa confiance et capable d'exf^ter à lui seul les plans enfantés por Tindijgnalion de ses concitoyens. Constantin Canaris^ capitaine dans la flotte nationale , fanaeux déjà par des actions qui suffisaient à sa gloire , arme deux vaisseaux chargés de soufre et de projectiles : il embrasse ses amis^ ses en fans : il reçoit les vœux de ses compatriotes assemblés sur la rive : il part, il va brûler le capitan-pacha.

Le héros arrive au milieu de la flotte ottomane avec son compagnon de gloire , George Pepinis. Leui*s bi*ûlots s'attachent aux vaisseaux ennemis. Celui du grand-amiral est couvert de flammes. La Capitana-Bey (vice-amiral) parvient à se d^ager. . Canaris triomphe : il a conduit le brûlot qui dévore le capitan-pacha. Il jouit du trouble de cette armée d'assassins. Il voit fuir au loin leurs vaisseaux épouvantés à la hieùr de celui qui sç consume. Enfin- il entend l'explosion qui venge la Grèce et annonce à TAsie le supplice du criminel Cara-Aly.

Cet homme de sang vint expirer sur la côte, au milieu des cadavres de ses victimes. La flolte qu'il commandait se dispersa. Plusieurs vaisseaux furent incendiés ) Tmi entièrement \ les autres furent mis hors de service. Tout ce qui restait de chrétiens à Scio ne survécut pas à ce desastre : on les extermina. Les barbares devaient ce sanglant holocauste aux niànes de leur général. La peste mit le comble à tant d'horrews; et Ton fiit obligé de faire venir des '

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colons de l'Asie pour fouiller les décombres et recueillir les moissons (i)«

La Grèce cëléhra la victoire de Canaris par des fêtes publiques. Cet homme extraordinaire rehaussa le me'rite de son dévouement pHr sa modestie. Ce^ service n'était pas le dernier qu'il devait rendre à la patrie.

Tandis qu'on gémissait encore sur les malheurs de Scio , lc\ campagne commençait sôus de tristes auspices dans la Grèce occidentale. Les Soulioles , bloqués de toutes parts, étaiëiit^ réduits à défendre leurs montagnes. Les Anglo-Ioniens prenaient ou- Verte;ment le parti des barbares. L'avant-garde de Chourchid , sous les ordres de Dram-Pacha , inondait la Béotie. En vain les Souliotes , par un dévouement magnanime , avaient-ils cherché à attirer sur eux seuls toutes les forces du séraskier ; s il s étaient assiégés , et leur position ne diminuait en rien les dangers de la patrie. Dans cet état de chose», des traîtres, gagnés par les agens de l'Angleterre, travaillaient à désorganiser le gouvernement 5 I06 chefs continuaient à se quereller ai^lieu de s'unir, et Ton fut sur le point de voir éclater la guerre civile, tandis que la guerre étrangère portait ses ravages sur tous les points de la Hellade.

(i) Voy. pour rhistoire des désastres de Scio, mo«^ Hh taire des événamcns du la Grèce , lom, 11^ chap. 1 et lUc

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On vît quelques bommes illustres donner de ^:ands exemples de générosité et de patriotisme dans ces joui*s de périls. Mavrocordato , eu sa qualité de premier magistrat de la république , se distingua parmi les autres patriotes. Il rassembla u«e armée, sortit du Pélopoucsc et courut au secoursdes Souliotes, persuadé que, s'ilréus^fcsait à délivrer cette peuplade héroïque, il viendrait facilement à bout d'exterminer avec elle les barbares qui ^jénétreraieut dans la presqu'île. Ce plan était sage; il devait réussir. La trahison de deux misérables 1q Mt échouer.

Les capitaines Gogos et Varnaiiotis avaient amené à Mavrocordato beaucoup de soldats épirotes : Gogos était étolien; Varnakiotis du canton appelé Macryn-Oros en Acarnanie. Ils avaient sei-vi l'un et l'autre sous les ordres d'Aly-Tébélcn. C'est dire assez combien leur foi était douteuse. I^ pré sident avait acquis la presque certitude de leur duplicité j mais il aimait à croire à leur innocence d'autant plus que , par l'influence qu'ils exerçaient sur lès peuplades de l' Acarnanie, ils étaient nécessaires à l'accomplissement de ses desseins. L'odieux Gogos abandonna le premier l'armée des Hellènes. Varnakiotis passa à l'ennemi avec sa division aprts , labataille décisive de Péta, qui devait livrer à Mavrocordato les villes d'Arta , de Vonizza et toute l'Albanie moyenne, sans la défection de l' infâme sGogos. Le président fut battu ; et ce qui rendait en malheur i^l is accablant; c'est qu'aucune force

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humaine ne pouvait désormaiç sauver les Souliotes.

Ces guerriers, réduits à la dernière extrémité, consentirent à accepter une capitulation garantie par l'Angrelerre. TIss'embarquèrent,eu conséquence, pour les îles Ioniennes au terme Ju traite', et abandonnèrent une seconde fois lourds montagnes. Mar- Gos Bozzaris ne s'expatria point avec eux. 11 était dans les rangs de Mavrocordato , et contribua puissamment au succès de la brillante retraite que fit le président sur MissoluDghi.

Mais dans Tintervalle , le Péloponèse était envahi; la garnison de Gorinthe, trop faible pour résister au torrent d'ennemis qui s'étaient emparés de Tisthme , évacua Tacropole. Dram-Aly-Pacha y établit son quartier-général f il avait avec lui seize mille hommes de cavalerie. Cliourchid organisait à Larisse une, secondé armée. Dix mille hommes franchissaient déjà les Thermopyles pour seconder les opérations de Dram-Aly. Odyssée , hors d'état de leur disputer le passage du Parnasse, s'était replié sur Mégare , et cette retraite savante , qui sauva depuis la Grèce, fut regardée généralement comme une trahison. Le malheur des Hellènes était de ne pouvoir se lier à personne. Entourés d't^pioQS et de perfides , ils se croyaient toujours victimes des complots de leurs ennemis.

Cependant les armées nationales ne perdirent point courage. Nicctas battit une colonne de Turcs patréens commandée par Joussouf, qui cherchait à établir ses communications avec Dram-A^y. Démé-

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lr|us Ypsilanti s'empara des défilés du Sophico et de toutes les issues de la plaine d'Argos. Colocotroui continua ses opérations contre Anapli, et la garnison de cette place venait même de signer une capitulation lorsque la flotte ottomane parut dans le golfe d'Argos, releva les espérances defr assiégés et mit un terme aux conférences.

Après la fin tragique du capitan-pacha sur les c^tes de Scio , la Porte avait nommé gi-and-amiral le capitaine Cara-Méhemmet. Cet homme se trouvait a Patras. Toute la flotte- fit voile dans cette direction pour recevoir à bord son général. Elle rallia dans les eaux de Santoria une escadre égyptienne. Le pacha d'Egypte s'était déclaré contre les Hellènes, et son lieutenant , Ismaïl-Gibraltar, attaquait alors les Sfachiotes dans l'île de Crète. On n'aurait jamais pensé que le législateur des Egyptiens y qui avait presque autant d'intérêt que les Hellènes à l'abaissement de la Porte , pût prendre satléfense. On assure que le grand-seigneur lui promit de réunir la Crète à ses états s'il prenait part à la guerre , et que cette raison le détermina.

Loi'sque l'armée navale turque reparut dans l' Ardiipel, toutes les îles furent dans la consternation. Dram-Aly-Pacha était maître de TArgolide ) il menaçait également. Malvoisie et Tripoli tza. Une colomie de Turcs asiatiques pressait Mavr^ordato à Vrachori. Les membres du congrès et les ministres du gouveinement provisoire, cédant à la terreur commune , s'étaient embarqués. Cette lâchet<^ les a

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flétris dans ropinion : heureusement que les généraux et les soldats ne suivirent pas leur exemple. CpJocotroni et Mavro-Michale arrêtaient les hordes de Dram-AIy, tandis que les troupes rassemblées par Démétrius Ypsilanti dans les gorges du Sopliioo leur coupaient la retraite du coté de Corinthe, et interceptaient les communications du séraskier. Ypsilanti se jeta lui-mcme ^vec un petit nombre de braves dans l'acropole d'Argos ; et ce beau trait de patriotisme , qui attira sur lui tous les efforts des barbares , fut l'une des causes principales du salut de la Grèce. Dram-Aly perdit beaucoup de temps au siège d'Argos ; les Hellènes profitèrent de ce délai pour l'investir de toutes parts; et lorsqu'il se crut maître du PélopcnèsC; il y était déjà prisonnier.

Cara-Mcfhemmed , après d'inutiles' efforts pour ^ravitailler les pli ces de Coron et de Modon, jeti l'ancre dans le golfe d'Argos, le lo septembre. H avait à bord des troupes de débarquement. 11 apportait aux assiégés d'Anapli des vivres et des mujiitions de guerre. Déjà son vice-amiral avait débarqué trois mille hommes sur la plage de Car}'sto, dans l'île de Négrepont, et ce renfort y avait rendu aux Turcs la supériorité numérique ; mais tous \Cs projets du capi tan -pacha étaient subordonnés au iûTt d'un combat naval. Leur réussite perdait la Grèce, et dans cette ^xtrémi té les destinées de la patrie étaient confiées à la flotte nationale.

Elle ne se fit pas attendre. Le jour même dc^

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Tarrivëe du capitan-pacha , ejle se montra en avant de Spezzia , c'est-à-dire à l'entrée du golfe. Une frégate française^ commandée par le chevalier de Viella , se trouvait alors au mouillage de INfalvoîsie } les Français purent voir l'ordonnance des deux flottes et juger d'avance l'évéuement. La belle tenue des Grecs et le désordre qui régnait sur les vaisseaux des barbares indiquaient assez de qiiel côté serait la victoire.

Cependant le capi tan-pacha, un peu contrarié de FapprocLe des Hellènes, essaya du moins de faire entrer quelques secours dans les mui's d'Anapli. Il savait que la garnison de cette place était réduite aux abois. En conséquence , pour ne pas exposer un bâtiment de sa Ilautesse , il chargea un navire autrichien de munitions et de comestibles ^ le capitaine dchonté consentit, moyennant une g/osse somme, à devenir l'instrument des barbares. Sa conduite n'a trouvé que trop d'imitateurs par la suite ; mais il est un fait à la gloire de la France , c'est que jamais ses marins ne se sont laissé corrompre par l'or des Turcs, et que le pavillon français n'a jamais servi d'auxiliaire à la barbarie.

L'Autrichien s'avançait donc, plein de conGance dans ia neutralité qu'il observait si religieusement y et dans l'inviolabilité de son pavillon* Les Grecs devinèrent son projet à ses manœuvres. Aussitôt deux goélettes se détachent de l'escadre bel lénienue^ forcent de voile et de rames , atteignent le meiocnaire sous les canons des vaisseaux ennemis^ ql le

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mènent en triomphe à leur amiral. Les Turcs cependant faisaient feu de toutes leurs batteries ; mais ils ne bougèrent pas. Ils tiraient à toute volée comme pour s'étourdir, et cette petite action décela leur maladresse et leur lâcheté.

Ils étaient déjà vaincus. Le lendemain, les Hellènes n'eurent pas besoin d'en venir à une action générale. Dès que le capitan-pacha vit leur ligne s'ébranler, il donna lui-iijcilie le signal de la fuite. Jamais déroute ne fut plus complète ou plus étonnante. Les barbares n'avaient pas moins de soixante douze navires de toutes grandeurs; la flotte des Grecs se composait de cinquante-sept bricks seulement. M. de Niella et les Français qui étaient présens ont du frémir d'indignation à la vue d'une aussi grande IMieté.

L'amiral Miaoulis s'était réservé le vaisseau amiral turc. Il l'aborda deux fois avec son brick de 24, tandis que l'ennemi portait 80 canons. Cependant Gira-Méhemmet ne ralentit pas sa marche; il ne méprisa pas l'audace de son faiUe adversaire, et . faillit recevoir, sur les lieux mêmes, le prix de tant de honte. Il toucha sur la grève de Malvoisie, mais il parvint à se dégager. Canaris l'attendait à Téiiédos. Les Turcs perdirent plusieurs bâtiraens échoués sur la côte, et quinze transports qu'ils menaient a leur suite avec des troupes de débarquement; leurs vaisseaux étaient criblés de leurs propres boulets : il y en eut plusieurs d'avariés, parce qu'ils s'abordèrent entr'eux dans la fuite. Tel fut le résultat de

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ce grand événement, à l'issue duquel le sort de la Grèce était attaché. Cara-Méhemmet, pour atténuer la honte de sa conduite, proclama qu'il avait été attaqué par une flotte de hrùlots^ Il se réfugia à Ténédos, et, n'osant pas rentrer à G)nstantinople, il y attendit qu'une nouvelle catastrophe le îperdît sans retour.

On peut dire Jiue l'Europe et l'Asie assistaient à ce combat : l'armée de Dram-Ali, la garnison d'Anapli et les troupes des Hellènes , rangées sur le rivage, observaient les manœuvres des flottes avec anxiété; la grande question d'être ou de n'être plus se décidait sur; le golfe pour les deux partis. Mais dès qu on vit la défaite du croissant, Vait retentit des cris de victoire .de l'armée chrétiemie ; celle des barbares n'y répondit que par d'horribles

■ liurlemens. Aussitôt Pram-Ali abandonna le siège d'Argos. Ses troupes prirent la route de Corinthe ew désordre; elles furent taillées en pièces au passage du Trélé, et le séraskier , entouré de toutes parts, se trouvant même dans l'impossibilité de fuir, revint sur ses pas avec l'espérance de s'ouvrir un chemin sur Patras du côté de V Arcadie. Mavro- Michale, Colocotroni^ et Démétrius Ypsilanti, le

' forcèrent d'accepter la bataille dans une position défavorable; ils le culbutèrent^ renversèrent sa cavalerie dans les marais, lui prirent son artillerie, ses bagi3^ges et quatre mille hommes. Dram-Ali, parvenu à s'échapper avec deux cents cavaliers, fut tué lui-même en avant de Mycènes. De seize

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mille hommes qu'il avait amenés à cette futaie expédition , il n'en reparu^ qu'une centaine sous les drapeaux de Chourchid. Les autres succombèrent, à l'exception de trois mille prisonniers que les vaisseaux hydriote» conduisirent sur les côtes de TAsie-Mineure.

Autant les craintes avaient été terribles, autant la joie fut immodérée h la nouvelle de ces éclatantes victoires. Le Peloponèse était aflfranchi^ tandis qu'Odyssée, deux fois vainqueur aux Thermo-, pyîes, refoulait les baibares jusqu'au fond de la Thessa^ic. La garnison turque de Corinthe, effrayée de'tant de désastres et ne comptant plus sur des seooors chim^'iques, entreprit à la même époque de forcer k division de Nicétas entre Vostizza et le Mavron-Oros^ pour se réunît aux Turcs de Patray^ Les généraux Nicétas et Pétimésa l'ext^erminèrent. Pétimésa mourut dans l'action , et les Hellènes déplorèrent vivement la perte de ce brave patriote. Enfin, au commencement de décembre, de plus de quarante mille hommes qui avaient pénétré dans la Morée, soit par Corinthe, soit par Patras, soit par Négrepont, il ne restait plus que les faibles détachemens renfermés à G>ron, à Modôn, à Anapli et dans les forts de Patras. Anapli était réduite à la dernière extrémité; Athènes était affranchie et Corinthe hors d'état de se défendre. La cause de la -liberté triomphait sur tous les points du continent et des- îles; la Macédoine seule était en proie à la rage 'd'un barbare.

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Abdoulouboud^ ce pacha de Salonique qui avail fait preuve Tanne'e précédente d'une mode'ration bien rare parmi ses pareils, venait de désoler l'Athos et l'Olympe. Assiégé une seconde fois à Salonique par le brave Diamanti y il était parvenu à se dégager et à repousser les Hellènes jusqtLau pied de l'Olympe. Ses troupes pénétrèrent dans ces montagnes, oii l'on vit recommencer quelquesunes des scènes les plus effrayantes des massacres de Scio. La ville de Guausta, la plus considérable de la contrée, fut réduite en cendre : ses habitans expirèrent dans les tortures , et deux mille infortunés qui s'étaient réfugiés dans une caverne, y furent asphyxiés par le feu de l'ennemi. Après ces exploits, Abdoulouboud revint à Salonique. Un corps de cinq cents juifs s'était formé spontanément pour lui servir de bourreaux. D s'empara de Cassandre, que les Grecs occupaient encore. Diamanti, rappelé en Morée par les besoins urgens de la patrie, tribmphait aux Thennopyles avec Odyssée. Débarrassé de ce redoutable adversaire, Abdoulouboud triompha sans peine et n'épargna personne à Cassandre : la montagne sainte , qui avait été le foyer des lumières , et pour ainsi dire le laboratoire de la régénération, fut couverte de sang et de ruines. Ces affreuses expéditions privèrent la Macédoine de la plupart de ses défenseurs. Les Grecs qui s'y dérobèrent à tant de calamités, coururent cacher l€ur tétejans les montagnes, et la province fût entièrement soumise aux barbares.

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Pour a'doucir la fâclieuse impression que ces nouvelles- produisaient sur les esprits, on apprit en même temps la destruction des deux plus beaux vaisseaux de la flotte ottomane. Canaris venait de les incendier à Tene'dos^ et Ton croyait le capftanpacha au nombre des victimes. Le gouvernement, ou plutôt les chefs quii'avaicnt remplacé , lui décernèrent des éloges puMics, et déclarèfen.t qu il avait bien mérité de la patrie. Telle fut la récompense de ce brave : il n'en ambitionnait pas d'autre. Qu'une république deviendrait illustre et puissante si elle comptait beaucoup d'hommes de ce caractère T

Alors une sorte de révolution s'opérait' dans Y île de Crète. Apliendoulieff , convaincu de haute trahison, fut arrêté par les Sfachiotes et conduit à bord d un vaisseau d'Hydra pour être traduit à la Barre de l'assemblée nationale. Ce perfide s'entendait avec l'ennemi j il lui promettait de lui livrer les places de la Sfachie, de lui facililer les moyens de surprendre les troupes insurgées , pourvu qu ou hii garantît le titre de pacha "fet le gouvernement de l'île. Un complot si atroce allait éclater lorsqu'il fut découvert. La lâcheté d'Aphendoulieff, son arrogance et son incapacité, paralysaient depuis long- temps les efforts des Sfachiotes } il n'avait ]ar mais osé paraître à la tête d'une armée, tandis que sce correspondances avec le généi-al égyptien Ismael Gibraltar;4ivraiènt à l'ennemi tous les plans des conseils de guerre. Sa basse jalousie avait perdu le

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généreux Baleste^ tué quelques mois auparavant. Aphendoulîeff s'était souillé de tous les crinaes , et ie sénat crétois^ indigné de sa turpitude^ demanda aux Hydriotes un autre chef militaire. La Crète arait des soldats; il lui manquait un général capable de les conduire. Tombasis^ choisi par les Hydriotes, s*embarqua pour la Crète j sa prudence, son courage et son activité, réparèrent en partie les maux qu'avait causés Aphendoulieff; mais il ne put enlever aux Égyptiens les places-fortes qu'ik occupaient, ni leur contester la supériorité qu'ik avaient acquise.

Tant de revers éprouvés par les Turcs en moins de deux ans, ne laissaient pas que de produire un ^et terrible sur cette nation apathique. La populace et la soldatesque de Constantinople surtout, manifestaient leur indignation contre le gouvernement à chaque nouveau désastre. Les incendies et les révoltes se multipliaient; les janissaires aoci^ s<lient le favori Halet-Effendi de tous les maux qui accablaient Tempire, et mêlaient le nom du grande seigneur à leurs imprécations. Une révolulion était à craindre. Le parti des mécontens prenait de jour en jour plus de force et d'audace. La vie du sultan n'ctait plus en sûi-eté. Il essaya de conjurer l'ôirage par des châtimens et des largesses : ces deux mpyei» échouèrent. On immola publiquement une centaine de malheureux Grecs pour amuser le peuple } il était rassasié du sang des chrétiens ; il lui en faisait d'autre. Enfin, le 9 novembre, les janissaires

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se réunissenl; forcent leur chef à remettre lui-même une pétition à Mahmoud, dans laquelle ils exposaient leurs griefs contre Halet-ElFendi , demandaient sa tête et le changement du m^inistère actuel. Mahmoud tenait à Halet-EiFendi par les liens de Tamitié et de la reconnaissance, autant que ce» liens peuvent avoir d'empire sur Tâme sèche d'un tyran.il hésita; mais^ vaincu par la crainte, il pro- , nonça enfin l'exil de spn faVt)ri , et bientôt Tarrét de sa mort. Cette révolution livra l'empire aux janissaires. Leur faction envahit tous les postes éminens de l'état.

Dès ce moment on ne douta plus d'une réconciliation prochaine entre la Porte et la Russie, liong - temps on avait cru en Europe que cette puissance, dans l'intérêt de sa gloire, se vengerait de l'insolence des Turcs, et tendrait une marn *ecourable aux Hellènes ; mais on commençait à revenir de la haute opinion qu'on avait eue du cabinet de Saint-Pétersbourg. Les intrigues de lord Strangford et l'humilité parfaite avec laquelle le gouvernement russe recevait chaque nouvelle iosulte qu'il plaisait à la Sublime-Porte de lui faire^ lie décelaient que trop le fond de sa politique. Le Nord avait pris la ferme résolution de plier le ge-^ nou devant la majesté du. sultan^ et sans l'humeTur tua peu trop fière et trop exigeante d'Haie t-Etifendi, cette bassesse aurait eu lieu plus totj la mort de bp fàvoii aplanit toutes les difficultés , et bientôt

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M. de Minziaki vint s'humilier aax pieds de sa Hauteîse au nom de son souverain.

Voilà la Russie, 'sur laquelle les Grecs avaient la faiblesse de compter encore au moment où elle ^ sanctionnait, par un pacte honteux, la rage de leurs bourreaux : voilà sa politique. Nous pourrions nous ëteiidre à ce sujet , montrer la duplicité des diplomates du Nord, leurs arrières-pensées, leui^ coupables espérances; nous pourrions dire comment , après avoir fomenté les troubles qui d'^- Icnt l'Europe et l'Asie, après avoir présidé aux ' funérailles de la Grèce et des Oitomans, le Russe ' compte recueillir sans peine leur sanglant héritage : nous nous taisons; on appréciera les motifs de notre silence.

Chonrchid-Paclia mourut comme Hâlet-EffeRdï, enrixon à la même époque. Ces deux hommes^ qui se haïssaient de longue noiain, étaient, chacun dans leur genre, les plus fermes soutiens de la Porte- Ottomane. Halet-Eflendi , grand diplomate, hardi^ entreprenant, profondément dissimulé, et dévoué «ans réserve aux intérêts de son maître, était parvenu, à force d'audace, à intimider les Bueses, à faire accepter aux Perses vainqueurs un traité désavantageux, à humilier le corps de janissaires, toujours inquiet et remuant. D'une main feri»-« il avait tenu les rênes du gouvernement au milieu des circonstances les plus désastreuses. Si le fanatisme n'avait pas égaré sa raison, il aurait pu pa*- "ser pour vn grand homme, même aux veux des

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nations civilisées;' mais les Grecs lui reprochaient les maux de leurs frères d'Asie^ l'horrible boucherie de Scib; et le supplice du vénérable^ Grégoire. ^ „ ^ ' \

Pour Chourchid, il aVait moRtré de grands talens militaires dans la dernière campagne contre les Eusses et contré Czerni Georges. L'âge avait sans doute affaibli ses moyens; et cependant il venait de déployer une raie prudence dans la guerre d'Albanie. Les revers des Turcs en Morée tenaient plutôt à la fatalité qu'à son imprévoyance. La fbu^ . gue téméraire de ses lieutenans l'avait perdu. Les Grecs craignaient ses talens , et surtout son génie pour les intrigues. Après sa mort; ils ne doutèrent plus du triomphe de leur cause, parce qu'en effet la Porte n'avait pas un général qui put le remplacer,

Ain^i les barbares se privaient eux-mêmes de leni;8 plus habiles défenseurs. Dans l'intervalle, leur artnée d'Albanie, qui avait lutté jusqu'alors avec asseï d'avantage contre la divijsion du président Mavrocordalo , recevait à ^Missolunghi un échec qui terminait glorieusement pour les Hellènes la campagne de. 18:22.

Mavrocordato/ après la bataille de Péta, s'était successivement replié sur Vrachori, sur Stamma et s*tr Anatoliko. Forcé ^dans toutes ses positions, il prit le parti de s'enfermer dans la petite ville de Missolunghi, qui servait autrefois de retraite aux paysans de l'Étolie contrç les agressions de3 Scliy-

3l4 HISTOIRE

petars. Cette place*, fermée par des fossés et protégée par la mer au snd^ k l'est et à l'ouest , mettait le président k l'abri d'un coup de main : du reste y elle n'était couverte par aucun ouvrage de défense. Omer Vrione et Kuschid -Pacha commencèretit le^iégepresqu'immédiatement après l'entrée des Hellènes. Ils les suivaient à peu de distance. D'un «tare côté, Joussouf, de Fatras, envoya contre la place une ûotille ; mais le peu de profondeur de la rade Fempécha d'approcher. Les rivalités qui divisèrent les généraux turcs dès le commencement du siège 2 sauvèrent Màvrocordato. . Il n'avait pas plus de sept cents hommes avec lui. Les barbares l'attaquaient avec plus de huit mille Albanais ou Asiatiques. EnHu , après deux mois de combats , d'alarmes et de tribulations de tous lés genres, un corps de Spartiates, commandé par Piétro-Bey- Mavro-Michale, pénétra dans la place. Les navires hydriotes qui l'avaient conduit attaquèrent la flotille de Patras, brûlèrent un brick et poursuivirent les autres jusqu'à Lépante. Ces revers épouvantèrent les pachas. Ijeurs troupes bivouaquaient dans la boue depuis plus d'un moisj elle» diminuaient de jour en jour par les désertions et les maladies. Ils firent une dernière tentative qui leur coûta l'élite de leurs soldats. Enfin, ils effectuèrent une retraite si précipitée, qu'ils abandonnèrent sur la plage leur artillerie et la plus grande partie de leurs munition^. Mais Omer Yrione devait franchir VAchcfeiis pour gagner son gouvernement d'Alba^

DES GBJECS MODERNE^. 3l5

bîé* Les pluies avaient tellement grossi ce fleuve , qu'il a était guëable nnîlepart. Orner s'arrêta donc à Stainma:le$Scliypetars se soulevèrent contre lui, tandis queies Armatolis le harcelaient continuelle- -ment. Il se sau^a la nuit avçc un petit nombre de cavaliers, et le reste de son armée ïut détruit. Omer^ fugitif eut toutes les peines du monde à gagner Vonizza. Les Albanais décourage refusèrent de marcher sous ses ordres l'année suivante, et, itomnw il y allait de sa tête, il fit les plus grands sacrifices^ pour en rassembler quelques mille, et prouver ainsi son dévouement à la Porte.^

Pour Mavrocordato, il revint immédiatement en Morée. La plupart des Philhellènes qui l'avaient accompagné étaient morts. Le général l^orman venait de succomber récemment à upe maladie douloureuse, et cette pertç n'était pas l'une de» moins sensibles pour le président et la Grèce. Norman avait des talens militaires bien précieux dan» l'état où se trouvaient les Hellènes : son patriotKnçe était connu. Il fut vivement regretté. Le monument qu'on lui érigea à Missolunghi devait iive trop tôt suivi dé deux autres mausolées : on dirait que Missolunghi est destiné à servir de tombeau à tout ce que la Grèce posséda de plus illustre parmi ses amis et parmi ses en fans. -.

En arrivant dans le Péloponèse, Mavrocordato

connut toutes les circonstances de la prise d'Anaplî,

qui venait de tomber au pouvoir de Colocptronî.

Le présideut trouva sa patrie délivrée de ses oJ^«

3ï6 BJSTOIRE

»] rcsseurs; mais elle n'était ni heureuse oi tran- «juille. Quelques ambitieux s'y disputaient avec .'.charnement le pouvoir absolu, et la Grèce, à peine < chappëe k la tyrannie des Ottomans, se voyait racnacëe du despotisme militaire. Colocotroni ëtait à la tt'te des factieux. Ce terrible Kleftis, qui avait toujours supporté impatiemment le joug d'une autorité quelconque , profitant de Fëloignement du premier magistrat de la république, du discré- (iit dans lequel les autres membres du gouver- Dcraent étaient tombés, et de l'affection de ses troupes , envaljit tous les pouyoirs. IMavrocordaio le trouva maître de la Grèce etjprét k en venir aux mains avec Mavro-MichaIe,*qui s'indignait d'obéir à un tel homme. L'anarchie était imminente. II fallut toute la sagesse et tout le dévouement de Mavrocordato pour contenir, la rage du Kleftis et du chef des Maniotrs^ ^Jifin le congrès national fut convoqué : ses séances furent aussi orageuses que celles des diètes de Polo^je l'étaient autrefois. Malgve les violences exercées par Colocotroni sur cette respectable assemblée , il ne put réussir dans ;ses projets. Mavrocordato refusaSb présidence qu'on le conjurait d'accepter» Elle fut donnée à Mavro-Michale, qui se trouva ainsi investi de la souveraine magistrature : p<>ur éviter les maux qui ineîia^aient la patrie, on confia le pouvoir militaire à Colocdtroni. Il parut satisfait du lot qui lui était échu. Le gouvernement établit' son. siège à Anapli ; HMÛs le Kleftis s'obstina à y. tenir giaryiiaon, et son

fils Pano garda lâ-citaJelle avec ks bandes dévouées à son père. Ainsi k capitale dû, gouvernement était au pouvoir d'un factieux ; et le gouvernement n'avait pas assez de fo)rce pour punir tant d'audace. Mavrocordato, désespéré de ce qu il avait vu ; partit pour la Grèce occidentale avec le titré de chef provisoire de celte province. Les combats qui Ti'ccdmniencèrcnt presqu' aussitôt rétablirent la concorde parmi les hauts fonctionnaires de l'état, du moins en apparence ; noiais les: craintes que les vrais patriotes ayaient conçues ne tardèrent pas à se réaliser. ^

(1823)- Lès ba^^bai-es- avaient épuisé tous leurs moyens pour >xendre cette campagne décisivB. Ils avaient fait marcher, pendant l'hiver, plus de cent naille hommes sur Sulonique el Larisse. Le pach i de Scodra^ Moustâï, que la Porte décorait du fastueux surnom à' invincible ^ venait de xecevoir le firman de générai en chef des lioupes. ottomanes. * Une flotte immense se rassemblait en même lemj 5 à Constautinople , sous les ordres de Rhousrou-Pivcha.-Les ennemis des Hellènes., et smtout le peuple des marchands levantins, qui olTre un mélange confus de toutes les nations de l'Europe sans avoir le caractère distinctif d'aucune d'elles, se hâtèrent de proclamer la xuine de la Grèce. Us ne savaiei-t pas que le patriotisme est fécond eh miracles j ils oubliaient que les doiiee cent m^Ue hommea ou Xercès avaient péri dans ces lieux ; où le sultin osait enroyer-cent mille escltives.,

3l8 HISTOIRE

Diamant! oavrit la lice par un conp cfauJace qui lui réussit. Il attaqua, avec son collègue Tassos^ ctiiq mille Turcs que les pachas Joussouf et Sëlini enyoyaient contre la presqu'île de Tolos. Il les défit entièrement. Selim conduisit aux Tliei;;tiiopyles vingt mille hommes destinc% k envahir le Péloponèse; il rentra dans Larisse, vaincu , fugitif, «rec une escorte de cinq cents cavaliers. Le général Odjrisée Tenait de remporter cette nouvelle victoire siir le théâtre de ses premiei-s exploits, bientôt Joussouf, hattu aux environs de Salone par lès Armatolis chrétiens, et forcé de renoncer à son piojet qui était d'atteindre le> rives du golfe pour passer en Morée sur les vaisseaux 4u Capitan-Padia, revint en Béotie. Odyssée l'attira dans les moctagnes, le défit en deux affaires successives , et le réduisit a traverser précipitamment l'Euripe avec les débris de sa division.

L'amiral turc avait débarqué cinq mille Asiatiques à Carj'sto, selon l'usage de ses prédécesseurs, c£ui «e passaient jamais devant l'Eubée sans y jeter ^juclques troupes. Mais Diamanti, aussi prompt que la foudre, quitta Volos après la défaîte des harbaï«s, et' se jeta sur Négrepont. Le fils de MTavro- Michale, jeune homme de grande espérance, était mort en combattant vaillamment. sous les murs de cette place. Diamanti rallia ses troupes dispersées, marcha sur Carysto^ tailla les Musulmans en pièce, et, revenant brusquement sur ses pas, atteignit le serakier Joussouf prcs de Dyto. Ce général avait

DES GR£€S MODERNES. . SlQ

rais tout à feu et à sang sur sa route. Les Hellènes le culbulèrenr du premier choc, jui prirent sort artillerie, attirèrent s^ cavalerie dans des embuscades, et le chassèrent Tëpée dans les reini jusque sous les remparts de Négrepont. Joussouf eut la lâcheté d'entrer seul dans la place, parce que le commandant, dénué de vivres, ne voulut accueillir que lui. Le reste de .cette armée se jeta sur l'Attique, essaya de surprendre Athènes, et fut extér- . ininé dans les gorges du Pantélique par Tarchonie Gouras.

'En même temps Moustaï-Pacha, qui n'avait eu- ^ gagé dans la Grèce occidentale qu'une division de ses troupes, recrutait de nouvelles forces dans la Haute-Albanie. Mavrocordato^ alarmé âe l'audace croissante de Colocotroni et d^ ses parUsan», dé'^ plorait alors à Bydra les maux de la patrie, et s'efforçait de le3 terminer. Il avait remis à Marco5 Bozzaris le commandement des troupes et le ^uvernement de sa province» Ce jeujie héros se mon-' tra digne de la confiance qu'il avait eue e^ lui. Il acheva de fortifier la place de Missolunghi, qui âe« vint bientôt imprenable. Ensuite, apprenant la mar* che de Moustaï sur Agrapha et sur Garpénitze, U sort de Missolunghi avec quatre cent cinquante Souliotes, rejoint les généraux Zongos Hysoo^ et Makrys, qui harcelaient l'ennemi depuis plusieurs jours sans pouvoir l'arrêter. Bozzaris n'était pas en état, avec toutes ses forces réunies, de tenir tête aux barbare^. Leur nombre montait à vingl-cinq

320 HISTOIBE

mille; <în les avait choisis i^armi les plus intrépides Schypetars de l'Épire et de T Albanie. Alors, n'écoutant que son courage et son patiiotisme^ le jeune héro3 fait un appel à ses soldats; il leur propose de le suivre la nuit suivante dans le camp des Turcs , et leur annonce d'avance les dangei-s d'une entreprise si hardie,; mais il parlait à des Souliotes. Deux cents Palicores se rangent à s^ côtés. Bozzaris célèbre arec eux le banquet dernier, comme Ijéonidas aux Thermopyles; il distribue ses ordres à .ses lieutenans, leur donue le mot de ralliement, et

, convient avec eux du signal auquel ils doivent s'ël^ranler. Après cela, il confie le drapeau national aux PaUcares qui ne le suivent pas ûu milieu des «memis ; il déchire son brcv^et de stralarque en

, «'écriant : u C'est scelles de notre sang qu'il nous -faut désormais des diplômes; » puis il se prépare à la inort en héros chrétien.

iii nuu!^^^^^y ^^ guerriers se mettent -en mar- {>hc. C'est le 7 u*^) août, époque à jamais^ niémorahie. Bozzaris égor^;*^ ^^ avant-postes ennemis; il pénètre aous les tentes : >^barbares niaient pas un hontme sous les arnu»; ir> <iormaieht tous. Bozxaris et sas Souliotes en font un" horrible carnage; mais les cris des blessés, les plaiu^tes des mourans

. aonnent Falanke : les Albanais se i^^eillent, accusent les Schypetars épirotes de trabisorf , et les deux partis en viennent auxmûins. C'était ,1e vœu des Hellènes*, fiozzâris se tetire et va porter sur n» autre •point du camp la mori-et Fé^dayantè, a Où sont

DES grec;*, MODERNES. ^ ' 3'Jt I

les,rpachas^ s'écrie-^-il^, les Hellènes &<>yii dans k caiMp : où sont les pachas? » A. la fjaveur de çes.cri5, il* arrive Jusqu'à la te^te de ces derniers. Il poignarde Hago-Bessiaris, ancien lieutenant d'Aly-Tél>e1en; celui des officier^ de ce tyran qui avait le plus tourmenté les Squliojt^ j deux Palicares saisis- . . sent Sepher-Pacha à rnçiitié endormi, et le h^ros, poursuivant le cours de ses. vengeances, massacre tour-i-loûr rélit« de Tarmec ottomane. Il voulait Mousjt^ï r ^ Psacba ne tom^ba pas sous .sa maân. Le ^ désordre était. au cqinble. Les coups partaient de .toutes parts, et l'on ne distinguait plus les amis des ennemis. Ce fut alors que Bozzaris reçut une légère blessure^ il s'écarta pour la cacher à ses compagnons d'armes 5 il pouvait se retirer vainqueur; mais son impétuosité le perdit. Il entend des Turcs s'écrier pour faire. cesser le tumulte ; « C'est un quiproquo ; ce ne sont pas les Hellènes. » Ces paroles l'indignent-r « Non, ce n'est pas un quiproquo, tremblez., barbares! C'est Marc Bozzaris en pei^ 5onne,.gui vous terminera jusqu'au dernier! » Il ditj les tromjHsttes qu'il .avait amenée donnent le signal convenu, avec les autres chefs chrétiens. Au même instant les Turcs tirent sur le point où le lirait s*est lait entendre^ et MjEircos Bpzzaris tombe saijp çpnnaissanije, blessé mortjellement à la télé.

Après lin çombâLopioiâtre autour, dahéros, ses Palicares, réussirent, a l'enlever : il revint à lui pour aj^prendre la défaite des barbares que toutes^ les divisions des Hellènes 'venaient d'accabler à-lac-

3a3 mstomt

fois ; ses demien inomens forent beaux comme sat vie : il expira vaiHqaeur en laissant comine £pa- Bainendas uneiîlle immortelle^ Carpëiiitze (î).

A la const^tiation de l'armée chrétienne^ on l'aamit prise pour rarmée vaincue: les soldats et les généraux étaient également accablés delà perte irrépa^ rable que venait de faire la patrie. Tout le peuple de Miâsolunghi; avec les magistrats de la province , sortirent aû-devant du convoi funéraire. La mort

I du grand homme causa la même dojudeur au Pélo* ponèse^ et^à cette fatale noUveHe^ le gouvernement, hellénique déclara la patrie en deuil. Bozzaris fut

- enseveli à Test de Missolunghi^ près de la tombe du Spartiate Gyriaque, qui le séparait de celle du gméral Norman.

Mousta'i-Pacha réussit à franchir tontes les gorges jusqu'aux lagunes de Mîssolunghi^ malgré les e^ forts de Constantid Bozzaris y frère du héros de Garpénitxe , et qui l'avait remplacé dans le .commandement. Il comptait trouver encore la flotte ottomane dans le goUe } mais elle était déjà de retour à Gonstantinople après une Vaine promenade^ deux déroutes et des pertes considérables. Khousrou-Facha s'était contenté délaisser une division de navires barbaresques' à Fatras. Les Hydriotes défirent cette escadre et brûlèrent ou' prirent la ma- ■ — ' -^ ■ ■ '^- "■--^

(i) Marc Bozsaris ne mourut cependant pas sans

' postAitë comme le héros thébain. II a laissé plusieurs eofans*

jeure partie des bâtimeaasqui la composaient. Lliiver survint^ les m^ndatkms mélàmorphosèreot les

. marak de Missolun^hi en un lac Immense^ tanj» que FAchëlûud n'était plus guéable. Dans cette exr trëmité^ Houstaï^ avçc sfes troupes, setroura {^lac^ dans les mêmes circonsiances qu'Orner et Ruschid l'aïuiée précédente ^ il perdit touâ ses soldats et se sauva difficilement y ainsi qu'Orner y tione,^ . Ce dernier succès combla tous ^es vœux des Hellène ; ils. recevaient Journellement de nouveaux témoignages de 1^ sollicitude de l'Europe et de l'Amérique pour leur cause»' Si les^^ gou^verpem^ns étaient hostiles contr'eui, les peuple» ne l'étaient p^. La Suisse, l'Angleterre, l'AllemAgne et métoe

' la Hollande, leur envoyèrent des sommes consid^bles* provenant de souscriptions libres ^ la Franoe paya levoyage de jeunes Hellènes qur j^etoumaiéiit dans leiy patrie par Marseille, et les États • Unis versèrent plusieurs iBd]îUoq$ éd piastres dans les coffras d'AnapK.

Mais ce qui contribua surtout k rendre la caifse des tiellènes plus populaire ea Europe^^ ce fut le dévouement magnanime de lord Byron. Ce grand poète envoya d'abord deux ou trois cent mille franqi au gouvernement hellénique; ensuite il appuya de son crédit les agens de la Grèce qui cherebaieut à négocier un emprunt eà Angleterre^ Enfin il s^associa lui-même à la cause des Hellènes, H devait ses plus belles inspirations au géme de k liberté , il voulut mourir dan» les rangs deses dé^

334 Hl6T0l&£

ffoiaenis. Son enthousiasme attira à Missolonghi y oii il s'était rendu, une foule d'officiers de toutes les lutions et plusieurs seigneurs anglais. L'emprunt hellénique, fut rempli ^ Londres; un corps de Phi- Ihellènes s'organisa promptement /dans la Grèoe oc^ cidentale sous les auspices de lord Byron ; tout annonçait des jours heureux; niais un évéoement funeste. dissipa trop vite de si dquces illusions : la mort rompit l'association que le génie venait de former avec le malheur. Le chantre de Child Barold\ expira à Missolunghi au moment où il se préparait à porter les premiers coups aux barbares. L'Europe. littéraire pleura sa perle; les âmes gênéreoses lui décernèrent la palme de rhérolsme, et . U Grèce, veuve déjà de plusieurs de ses grands citoycfqp j fat ii^consolable. Ce malheur avait effeotivementpoor elle quelcpie chose de plus accablant que la perte d'ime bataille*

^ A cette époque Je FéloQ[»oi)èse^ pacifié^ s'occn^t efficacement des moyens à employer pour repous*ser las; nouvelles ;£^gressiqns' que les Turcs méditaient. Le parti dç .Colocotroni était terrassé : œ chef audacieux^ £prc{é de plier devant les patriotes^ avait repris les, travaux du siçge de Patras. Les antres anarchistes; n'osaient plus levei; la téte^ et le .vertueipt.Çondiviottis d'Efydra tenait ^d'une main fenp^ ks, xèjfs^ dç l'état., Mpvi^ocorçlato , après ^y^oon^'ibué de tous ses efforts k cette heureuse réydation qui sai^ait son pays; s'était de nou* VWtt rendu k M^^uçgM , ^ùil avai^ ^é le cour

DES GRECS MCfDERIfES. 3!25

fîdent des sentimens généreux de lord Byron et le témoin de sa moru XJlysse gardait toujours Jes Thermopyles 5 car bien que les barbares eussent perdu plus de deux cent mille hommes dans les plaines de la Livadie et dans les gorges duParnass« depuis le commencement des hostilités, ils faisaient mine de Vouloir tenter un dernier effort sur le m^me p~oint. Cependant Abdoulouboud 11' était plus à S^ lomque; il ne restait pas au sultan un seul homme de ses vieilles troupes j ses meilleurs généiaux * étaient morts ou exil^ ; et ce qu*il n'avait pxi feir» avec eux, il osait Tentreprendre avec do misérable» 1 ecrucs conduites par des satstapee aussi lâches qu igQorans. •

(t8d4) I^c i^ultat de cette campagne était facile à prévoir. Il ne se trouvait pas un homme capal)lc de porter les armes dans toute l'étendue des provinces turques européennes. 11 fallait faii'e venir des troupes de l'Asie j mais la guerre de Perse •t la x'ébelîion de plusieurs pachas rendaient k chose difficile, outre que les barbares, instruits des revers des armées ottomanes , malgré les bulletins fallacieux de la Porte, ne se souciaient plus de marcher contre les Grecs. Dans cet embarras , que la fidélité douteuse des Albanais et de leurs pachas Omer et Moustaî rendait plus grand encore , k Porte résolut de porter la guerre dans les îles, et de commettre sa destinée à la bravoure de ses marins. Le pacha d'Egypte, qui inspirait depuis longtemps des craintes en raison de sa puissance , mais

3^6 HtSTOIE£ -

«qui derenait alors nécessaire, fut élu généralissime de Farinée du Croissant. U devait fournir trente mille hommes de troupes qu'il ferait transporter en Morée sur ses vaisseaux , et un nombre déterminé de bâtimens de gnerre. Meliemmet comprit bien que le but du grand-seigneur était de l'attirer hors de ses états : il ne donna pas dans le piège ; mais, toujours fidèle à son système de temporisaticn , il ne refusa au sultan que sa personne. II. envoya ton escadie à Stanchio y où le capi tan-pacha devait la joindre; il fit embarquer seize mille hommes pour le Péloponèse sous les ordres de son ftls Ibrahim j et remit le conunandemoit de ses forces na- .vales à l'amiral Ismaïl-Gibraltar. Les régenoesbarbaresques vinrent aussi an secours du Croissant; et le capi tan-pacha, en sortant des Dardanelles, avait la certitude de commencer les opérations avec deux cents vaisseaux.

On vit aK>rs, pour TétemeUe honte de l'Europe civilisée, une foule de bâtimens de toutes les nations chrétiennes ^ mettre à la solde dos barbares. Les Français eurent encore la gloire de ne pas se souiller de cette infamie. Ce fut à cette occasion que le gouvernement provisoire de la Grèce déclara de bonne prise tout navire européen trouvé dans les rangs des Turcs , ou nolisé pour le transport de leurs troupes ; mais le lord haut-commissaire des iles Ioniennes obtint bientôt par ses menaces l'abolition de ce décret. Ainsi l'Angleterre, qui contribuait de ses vœux et de ses efforts aux succès des

Hellènes , eut k douleur de voir son gourernement se proclamer à la faoe du monde l'auxiliaire de la Porte,

Le çapitan-pacha ouvrit la campagne par l'attaque d'Ipsara. Les habitans de ceue ile béroique^ravageaient l'Asie- Mineure , dé m^me que les Samien$; la Porte crut mettre un terme à leurs excursions et auésiutir leur marine e^i saccageant leur patrie. Tous les jouniaux oni retenti du dé* vouement de ces intrépides insulaires : la ti^hi<»on les peiditun moment; lèitr c<durage finit par triompher. Les Turcs makres de Fîle, après l'avoir "jonchée d^ >moits et couverte de cendres^ y trouvèrent leur tombeau. La flotte des Hellènes arrêta l'armée navale ottomane pendant qu'une division diB l'escadre ipsariote recouvrait la peitriejDe toute» les troupes que le capitan-paclia y avait débarquée?^ il n'en foVtit pas un seul homme. Ia ville d'Xpsara fut ruinée de fond en comble; mais ses gcnéreujL habitans se consolèrent de leurs pertes en calculant celles de l'ennemi ^ qui étaient encore plus considérables.

Cette entreprise manquée , le capitan-pacha sortit précipitam'ment du port de Mytilcne pour se rendre à Stanchio ; une armée de soixante mill« hommes était reunie à Echelle-Neuve ^ près d'Èphèse^ pour passer à Samos. Plusieui^ ten^tives inutiles avaient été renouvelées contre cette île; mais l'amiral turc » fort de l'assistance des Égyptiens ^ se crut assuré du succès. IL débarqua ses hor-

ilS HISTOIRE

des sur la plage de Vathi, à Test de l'île ; les SamierM en firent un épouvantable carnage, tandis qu'avec des embarcations légères ils poursuivaient le* chaloupes ennemies jusque sous. les canons musulmans. Dans rintcrvallc; la flotte hellénienne engagea une action très vive contre celle du sultan j les barbares, vaincus et dispersés, se retti^èrerit en désordre sur Stanchio^ en laissaxit au pouvôiir des Grecs une de le^rs frégates , plusieurs bricks et un grand nombre de transports.

Cependant l'immortel Canaris avait juré de venger les victimes d'Ipsara.ll se chargea, pour la troisième fois, do conduire un bâtinieut incendiaire au milieu des vaisseaux ottomans. li partit. Le câpitanpacha et sou vaisseau amiral étaient rhoîo"causte qu'rl destinait aux mânes de ses coricito/ens. Son ar> dace lui réussit encore et il se sauva ? le feu allumé par lui sur le vaisseau du général eir chef embrasa toute la ilottc des barbares j ils perdirent une foule de bâti mens , et se réru^torent avec les atitres dans le golfe de Syniia, d'où ils revinretit à Staiichio, après le dcp.'xrt de l'cscadrrî chr<;dcrijao.

Les troupes du pacha d'Egypte avaient déjà piis, depuis plusieurs jours, la direction du Péloponèsc sur des bâtimens conVbyés : los navires hydriotes , en station dans l'Archipel, signalèrent cette flotilie en avant de Thermie; elle fut attaquée* la pluj>art des bâtimens furent coulés à fond , et ceux' qui échappèrent à ce désastre se sauvèrent à Candie ^ qui était encore au pouvoir des TUrcs. Ces bril-

DES GRECS MODBRNBS. fc^

lans succès furent connus dans le Pëloponçse au moment où Ton y célébrait les nouvelles victoires . d'Odyssée y de Diamanti et de Constantin Bozzaris sur les pachas de Thessalie, dé Macédoine et d'Albanie. Odyssée s'empara même de la position de Zeituni j qui est en quelque sorte la clef des Thermo py les et de la Livadie.

Un dernier triomphe assura bientôt aux Hellènes l'empire de la mer : leur flotte , dans un nouvel engagement, prit ou coula à foad la majeure partie des vaisseaux turcs : les autres n'échappèrent qu'en se faisant écliouer sur les cotes de Car^manîe. On peut dire que cette action mémorable , dont toutes les circonstances ne sont pas encore bien connues , est comme la décision de l'indépendance des Grecs : c'en est fait de la marine du grand-seigneux et de la belle escadre du paclia d'Egypte. Le lils de ce dernier est prisonnier; soa fimiral est peut-être mort: cette leçon prouvera sans doute h 3Iéhemmet ce que la prudence aurait dû lui conseiller, que son rôle est k neutralité dans celte grande lutte, où il a tout à gagner et rien à perdre ; qu'une autre campagne BOUS les drapeaux désastreux du Croissant, le ruine à jamais et le livre sans défense à la cupidité du grand -seigneur.

]Nous avonë jiarcouru toutes leé périodes bislorÎGues des Hellènes : nous les avons viis esclaves ; nous les quitterons libres. Leur régénération est en quelque sorte accomplie, 11 ne leur manquait, dès» le commencement de la révolution , que des chefs

d3o HISTOIRE DES GRECS XODERIfES.

habiles y des institutions conservatrices de la liberté: ils possèdent déjà l'un et l'autre. Mavrocordato leur promet un moderne L3ncui^ue î ils trouveront leur Washington; mais qu'ils se gardent de J'esprit de secte et de l'intolérance religieuse qui ^ en plaçant les hommes sous le joug des prêtres ^ les conduit bientôt dans les fers du despotisme i \m peuple rel'gieux peut s)3 conserver libre ; un peuple fanatique Bnit toujours par être esclave.

Hellènes ! vous avez su conquérir votre indépendance ; sachez la conserver. Votre avenir dépend de vous. Après avoir étonné le monde par. vos exploits , n'allez pas le remplir du birait de vos discoïdes. Que les ambitieux se taisent ou que Topiuioii les flétrisse ! Épouser la querelle d'un chef de parti dans un pays libre , c'est se donner un maître. Lorsque la patrie est en proie aux déchiremens des factieux , l'étranger se présente : il ne se trouve que trop de citoyens aveuglés pour l'accueillir et le proclamer libérateur ) mais Finterr vention de l'étranger est le terme fatal des républiques. Hellènes ! vous vous êtes élèves k la hauteur de vos ancêtres; ne vous déchirez pas comme eux : ils n'eurent long- temps qu'un Philippe à craindre; votre position est bien plus périlleuse : vbiis êtes entourés de Philippes I

F lie.

TABLE ÛES MATIÈRES.

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