Histoire des guerres civiles du Vivarais
L'histoire est un labeur de conscience et de bonne foi. Celui qui veut récrire doit donc se dépouiller d'avance de toute espèce de prévention et d'esprit de parti. Recueillir soigneusement les faits , les reproduire , sans en amoindrir, sans en exagérer l'importance, s'abstenir, ou du moins se montrer extrêmement avare d'observations et de commentaires, afin de ne point imposer au lecteur des idées qu'il aime à se former lui - même , d'après le narré simple et précis des événements : tel est le devoir de l'historien , tels sont aussi les principes sous l'empire desquels j'ai essayé de retracer VHistoire des Guerres civiles du Vivarais.
Ma tâche était difficile , non que je manquasse de matériaux pour l'accomplir, car il en existe beaucoup , peut-être même trop sur cette notable partie de l'ancienne province de Languedoc, s'il faut comprendre dans ce nombre une foule d'écrits donnés comme historiques et où le vrai se trouve si souvent mêlé k la fiction, qu'on ne saurait en faire usage. L'embarras était de rassembler, de comparer et de coordonner des documents éparpillés, noyés , pour la plupart , dans différents ouvrages plus ou moins empreints de partialité, selon la nuance des
opinions politiques ou religieuses de leurs auteurs , de saisir et de faire ressortir la vérité du conflit de leurs contradictions.
J'ai eu recours de préférence à ceux de Dom Vie et Dom Vaissette, Thou, Davila, Mezeray, Bâville, d'Aubays, Bassompierre , Rohan, d'Aubigné, Philippi (Tanonyme de Montpellier), Achilles Gamon , Pierre Marcha, Valeton, Nap. Peyrat et autres. — J*ai dû consulter aussi divers recueils et opuscules qui paraissaient à l'époque des troubles que j'avais à décrire, tels que le Mercure Français , VHistcdre de la rébellion en France, etc., etc.
Je dois ajouter que pour donner à moii livre le plus d'intérêt possible, j'ai eu soin de lier les f^ts qui lui sont particuliers aux faits majeurs dont ils découlent ; ainsi on y trouvera des détails qui appartiendraient plutôt à une histoire générale du royaume qu*à une histoire spéciale du Yivarais, mais dans lesquels il était indis^ pensable d'entrer pour expliquer des événements dont le lecteur n'aurait pas toujours pu pénétrer et apprécier les causes.
Enfin , je crois n'avoir rien omis , rien négligé pour rendre mon travail coipplet. Si dans sa confection je n'ai été soutenu ni par la richesse du style , ni par la profondeur des pensées, j'espère du moins avoir rangé dans un ordre exact et dans leur liaison natuf^Ue les éléments qui devaient y concourir. Quel que seil l'aceuQil qu'il reçoive du public , il aura toujours le mérite d'offrir à qui pourra mieux faire de précieux matériaux dont la recherche et la classif^caUoa m'ont co<)ité de longues veilles.