CHAPITRE PREMIER
Goup*d'œil sur les peuples de la Gaule. — Leurs mœurs , leurs usages, leurs dieux, leurs prêtres, leurs sacrifices, — Festins des nobles, leurs funérailles. -^ Passage d'Aûnibàl. — Sa txiar* che. -r- Victoires et revers de ce général. — ' Défaite de Teulo-^ malius. — - G. Sestius Calvinus s'empare des états de ce prînce« — Défaite des Allobroges par Domitius ^Enobarbus. — Victoire éclatante du consul Quintus Fabius Maximus sur les Allobroges et les Arvi^iens. — Soumission de ces peuples et des Holviens aux Romains. — Etats dont les Helviens font successivement partie. — Tribulations des comtes de Toulouse. — Usurpations des évêques du Midi. — Le pape Innocent IIL — Réunion des domaines des comtes de Toulouse à la couronne de France^ — * Création d'un bailli royal pn Vivarais. — Refus des évêqucs de Viviers de reconnaître son autorité. — Ils s'y soumettent. — . Deux sièges de justice sont établis en Vivarais. — Invasion des Anglais.. — Troubles intérieurs* — Règne de Charles VI. — Défaite de Tarmée française par Henri V. — Proclamé héritier du trône.| il meurt à Viacennes. — Règnes de Charles Vif, Louis XI, Charles VIII, François II. — Progrès du oalvJnismo en France. — Conspiration d'Amboise. — Catherine de Médicîs et les Guises. — Mouvements des Protestants. — Avènement de Charles IX. — Excès des Calvinistes. — Massacre de Vassy. — Révolte du prince de Condé. — Le Languedoc^ est en feu* — Baudiné, — Joyeuse , ^- le baron des Adrets. — Bataille de Saint-GfUes. — Prise du Pouzin et du Bourg-Saint-Andéol.
— Défaite des Protestants à Saînt-Elienne. — Prise cPAnnonay par les Catholiques. — Prise et reprise de différentes places. — Horribles excès des Catholiques à Annonay. — Quelques représailles des Calvinistes.
A l'époque de l'invasion romaine, le Vivarais, qui forme aujourd'hui le département de rArdèche, était occupé par des peuples que César , dans ses CoM' mentaireSy désigne sous le nom d'Helviens[\]. Son territoire était borné au nord et au nord-ouest par la rivière d'Erieu , qui le séparait des Ségalauniens, établis à la droite et à la gauche du Rhône (2); à l'ouest et au nord-ouest, par les montagnes de la Lozère et des Cévennes , au-delà desquelles étaient les Vellariens et les Gabaliens , petites peuplades dépendantes des Arvénims; au midi, par la rivière d'Ardèche.
Ces peuples, comme tous ceux de la Gaule, se gouvernaient séparément par des lois particulières.
\^\ * Les peaji/lef du Yiutreiy Velay, Geuaudan, Alby, Roœrgue, Quercy et loat ce qai eit du Languedoc par deçà la riuière de Garonne, furent généralement nommét TectosageSf mais en particulier ceulx du Viuarez furent appelés Yiuarims, BèUubores , Helvieiu et Cemmeniens , k cause du mont Cemmenus , duquel la ▼raie situation est selon aucuns dans leur pays , combien que d'autres l'étendent depuis les monts Pyrénées jusqu'en Bresse» » HisUnre umivineiUf par Jacques Charron , page 99. #•
(2) Voici les noms des communes qu'occupaient les Ségaloniens en deçà du Rhône, et qui ^ quoique dépendantes du VifaraiS) ont fait partie du diocèse de Valence jusqu'en 1790 : Saint-Barthélemy-1e-Plein , Colombier-le-Jeune , Glun , Mauves , Toumon, Saint-Barthé1emy-le-Pin , Saint-Basile, le Crestet, Désaignes, Gilhoc, Lamastre , Saint-Frix , Sainl-André-des-EfTepgeas, la Bàtie-d'Andore, le Pouzat , Rochepaule, Saint-Apollinaire-de-Rias , Boffres, Saint-Félix-de-Gbàteauneuf , Champis , -Chèteauhourg , Comas , Saint-Didier , Saint-Peray , Guilherand , Saint- Romain-de-Lerp , Saint-SyWestre , Soyons, Toulaud, Beauchastel, Charmes, Gilbacet Bnuaci SaiotrLattrent<4u-Papc , Saiot-Marcel-de-Crosiol.
Leurs mœurs, leurs usages et leur langage difiéraient peu les uns des autres. Ils étaient généralement doux, belliqueux et passionnés pour la chasse. Leurs armes étaient des épées longues, larges, mal confectionnées et de si mauvais acier qu'elles s'émoussaient, dès les premiers coups, sur le bois des {nques que les Romains leur opposaient dans les combats; des matères, sorte de javelines, et des gèses ou dards de forme carrée et se terminant en pointe. C'est de ce dernier instrument que leuri^int le nom de Gésatesy donné par quelques écrivains aux habitants des Gaules. Ils avaient pour vêtements un justaucorps appelé saga y qui leur descendait jusqu'au milieu des cuisses , et des hauts-de-chausses très-courts auxquels ils donnaient le nom de bracca^ et que les montagnards du Vivarais et même ceux du Dauphiné, oii ils sont encore en usage, appellent iaye et hraye. C'est du mot de bmcca que vint la dénomination de Gallia braccata à cette partie de la Gaule que les Romains appelèrent plus tard Gaule Narbonnaise. Ils marchaient au combat nus jtisqu'à la ceinture, eu faisant retentir l'air de chants belliqueux. Chez eux la polygamie était rigoureusement interdite, et le père de femille avait droit de vie et de mort sur sa femme et sur ses enfants. Ils étaient vantards , curieux , indiscrets et aimaient passionnément le vin.
Ils adoraient un dieu sous trois noms différents , Tentâtes , Hésus et Taramis , à qui ils immolaient des hommes et principalement de jeunes étrangers qu'ils engraissaient. Les prêtres aspergeaient le peuple de leur sang et faisaient brûler leurs membres dans une
idole qu'ils construisaient avec de l'osier. C'est à Arles qu'avaient Heu ces sortes de sacrifice.
Une partie du butin qu'ils faisaient à la guerre était consacrée à leurs dieux : ils jetaient dans des lacs tout ce qu'ils leur destinaient, et personne, par respect pour les divinités , n'osait chercher à l'en retirer.
Leurs prêtres n'étaient pas tous du même ordre. Les plus anciens s'appelaient Samothées^ de Samoth^9 fondateur de la monarchie qui les avait institués ; les autres avaient le nom de Sarronnides , de Sarron, troisième roi des Gaulois, et de Druides, du roi Druidus, à qui ils devaient leur origine, ou, selon Pline, du mot grec drysy qui signifie chêne dur, à cause que ceux-ci allaient, le premier jour de l'année , en procession dans les bois , suivis de la multitude , ramasser sur le plus gros chêne le guy sacré , que l'un d'eux coupait avec une faucille d'or. Ce fruit, déposé dans un linge blanc, était ensuite distribué comme étrenne.
Il existait encore d'autres prêtres qu'on appelait Èardes, du nom de Bardus, successeur de Druidus. Ceux-là écrivaient en vers les faits et gestes de leurs souverains. Les Druides , plus savants que tous les autres , étaient en quelque sorte les régulateurs de l'Ëtat. Ils habitaient dans les forêts, où ils se livraient à la prière et à la contemplation. Le siège de leur grand collège était établi aux environs de Chartres, çt celui des Bardes, près d'Àutun. Le pouvoir des premiers était immense; aussi exerçaient-ils la plus grande influence sur le peuple; ils ne payaient aucun tribut à l'état et n'allaient jamais à la guerre ; ils
apprenaient par cœur tout ce qui concernait les mystères de leur religion, et n'en écrivaient pas un mot; ils croyaient à l'immortalité de l'âme et à la métempsycose. Les dieux auxquels ils sacrifiaient étaient Mercure ou Theutatès, Minerve ou Belizana, Apollon ou Bellenus , Jupiter ou Taramis , Mars ou Hésus, Hercule ou Ogimus, Oison ou Plu ton. Ces prêtres étaient si nombreux que César les considérait comme la partie la plus importante de l'état. Leui's femmes partageaient k la fois et leur autorité et leur crédit ; elles avaient en outre la réputation de prédire l'avenir en consultant les astres et les entrailles des victimes.
Les Druides disparurent sous les règnes de Tibère et de Claude, qui firent abattre les forêts sacrées. Il y en avait beaucoup dans les Cévennes et dans le Vivarais. On remarque encore aujourd'hui au hameau de Flachaire et dans le village de Veyras, près de Privas , plusieurs tombes qui révèlent leur existence dans ce pays autrefois couvert de forêts séculaires.
Les gens du peuple n'étaient pas alors admis aux honneurs; beaucoup se rendaient esclaves des grands, qui payaient leurs dettes et les subsides qu'on leur imposait.
Les nobles s'assemblaient souvent pour manger en commun ; mais , dit Andoque , leurs repas étaient sanglants et funestes ; ils se brouillaient sur le partage des viandes et se battaient pour chaque mets; de sorte qu'ils allaient plutôt à des funérailles qu'à des festins. Strabon dit que les plus riches mangeaient sur des tapisseries, et les autres sur de?
peaux de loup et de chien , et que leur chair la plus commune était celle de porc. Il remarque qu'il y en avait une grande quantité dans la partie qui forme maintenant le département de l'Ardèche , et qu'on en envoyait considérablement en Italie.
Les funérailles des nobles se faisaient avec beaucoup de 'pompe ; mais elles étaient accompagnées d'horribles sacrifices : on égorgeait les esclaves du mort sur le bâcher qui devait consumer ses restes et tous les objets qu'il avait affectionnés , dans la cpnviction qu'ils lui seraient utiles dans l'autre vie.
L'événement le pluQ remarquable de ces temps éloignés , fut l'entreprise d'Ànnibal contre les Romains. Après la conquête de la Sicile, ceux-ci firent un traité ayec 1^9 Carthaginois , qui avaient pris les ^rmes pour défendre ce pays; mais les Carthaginois violèrent bientôt ce traité en ruii^ant, en Espagne, la ville de Sagonte, confédéré^ du peuple romain, qui députa Fal^ius et i^milius ^u sépat de Carthage pour se plaindre de cette infraction et demander qu'Annibal lui fût livré. Le sénat ne leur ayant fait qu'une réponse évasive , ce^ députés déclarèrent la guerre à Carthage , et ge retirèrent ep côtoyant l'Espagne , essayant de soulever les principales villes où ils abordaient contre les Carthaginois; mais ils ne purent réussir , chacune craignant d'éprouver le sort de Sagonte , dont la destruction avait jeté la consternation dans toute la péninsule. Ils vinrent alors dans la Gaule Celtique (1). Les petits rois qui la
(I) Cette dénomination vint de Geltez, neuTÎème roi des Gaules. Ea41Zi avant J.-C, ^Mus )^ rëgne de ce prince , des bergers mirent le feu k une vaste forêt qui
gouvernaient les accueillirent très- bien; mais ils refusèrent de prendre parti pour les Romains contre Ânnibal ^ dans le cas où ce général voudrait traverser leurs terres pour marcher sur Rome, ainsi qu'on lui. en supposait l'intention, ne voulant pas, disaientils, exposer leurs états pour conserver l'Italie aux Romainsw Les députés, désappointés, se dirigèrent sur Marseille, d'où ils regagnèrent leur pays.
Peu de temps après (an 216 avant J.-C.) Annibal s'embarqua à Carthage pour l'Espagne. Arrivé dans ce pays, il envoya des ambassadeurs auprès des petits souverains de la Gaule Cisalpine , pour leur demander leur amitié et les assurer qu'il n'en voulait qu'aux Romains. Ces princes allèrent le trouver àCoUioure, et, s'étant ligués avec lui contre ses ennemis, lui accordèrent le passage de ses troupes depuis le Roussillon jusqu'aux terres de la république de Nismes.
Annibal laissa en Espagne douze mille hommes d'infanterie et mille hommes de cavalerie, pour assurer sa retraite et favoriser le passage des troupes que Carthage devait lui fournir. Il franchit les Pyrénées avec cinquante mille fantassyis et neuf mille cavaliers, et s'avança rapidement jusqu'au Rhône , san^ éprouver le moindre obstacle.
environnait alors les Pyrénées. La flamme , agitée par les vents , détruisit entièrement cette forêt. La violence de Fincendie fut si forte , s'il faut en croire quelques auteurs , qu'il fit jaillir comme des ruisseaux l'argent qui se fondait dans les montagnes. De cet événement vint le nom de Pyrénées, donné à ces montagnes , du mot grecp^r, qui signifie feu, et celui de Geltez, que prit le roi de cette époque, du moi schy tique, ou embrasement. Dès lors les peuples qui habitaient entre les Alpes et les Pyrénées s'appelèrent Celtes ; dans la suite tous les Gaulois prirent également ce nom , et toute la Gaule fut appelée Celtique. C'est l'opinion de Straboa et d'Amian Marcelin.
Les habilaiits d'Agde donnèrent aussitôt avis à ceux de Marseille de la ligue d'Annibal avec les Celtes contre leur république. Les Marseillais se hâtèrent d'en informer les Romains, dont ils redoutaient la puissance. Ceux-ci ne croyant pas qu'Annibal franchit si promptement les Alpes, se mirent en mesure de le combattre au moment oh il traverserait le fleuve. A ciet effet le sénat mit à la disposition de Publius Cornélius Scipion quatorze mille hommes ^'infanterie , douze cents hommes de cavalerie et soixante galères à cinq rangs de rames. Ces troupes, embarquées à Pise , arrivèrent le cinquième jour à ]tfarseille , oh Scipion apprit qu' Annibal était déjà gur les bords du Rhône. Il envoya de suite du monde pour reconnaître la position de l'armée carthaginoise.
En arrivant sur la rive droite du Rhône , Annibal fit préparer un grand nombre de bateaux pour le traverser en un endroit où ce fleuve n'avait qu'un seul courant. Ce point était à quatre jours de marche de la mer. Pendant qu'il se disposait à exécutei* |3on projet, les Volces Arécomiques (1), qui n'étaient point sujets des rois ni des républicains ligués avec Annibal , franchirent le Rhône et allèrent prendre position sur sa rive gauche, du côté des Salienô et des Cavares, entre Avignon et Orange^ afin d'empêcher son passage. Annibal, informé de leurs dispositions, détacha pendant la nuit son lieutenant Hannon avec une partie de ses troupes, après lui avoir donné i^ordre de tenter le passage un peu plus haut.
(I) Ils n'avalent que trois TÎlles : Nismea, Uzès et Videmêpm, que quelques auteurs prétendent n'être autre que Le Vigan , tandis que phisieurs soutienBent que cette ville a été détruite , et que l'on ignore même le lieu Où elle était tituée.
Hannon remonta donc la rive droite, et, ayant fait vingt-cinq milles de chemin, il se trouva dans un endroit où le Rhône , se divisant en deux bras, formait une petite île , ce qui rendait le passage plus facile. Il construisit aussitôt des radeaux avec des bois que lui fournit une forêt voisine , et passa sans encombre sur la rive opposée, où il campa le reste de la journée. A la nuit, il annonça par des feux, ainsi qu'il en avait été convenu avec le général carthaginois , la réussite de son entreprise , et le lendemain il redescendit le fleuve jusqu'en face du lieu où Annibal s'était arrêté, en attendant le moment favorable de passer à son tour.
Pendant que les Volces continuaient leurs démonstrations hostiles , Hannon fondit sur eux avec impétuosité et les mit en déroute; Annibal profita de cette circonstance pour faire passer son armée , avec trente-sept éléphants qu'il avait amenés. Ce passage y qui ne s'opéra qu'avec de grandes difÏÏT cultes, eut lieu à Roquemaure.
Arrivé sur les terres des Cavares, Annibal remonta vers le district des Tricastins , qui avaient Saint- Paul-Trois-Châteaux pour capitale , et continua sa marche le long du fleuve. Le quatrième jour ^ il arriva au confluent du Rhône et de l'Isère , en un endroit cpie Polybe appelle Visle. Là , il trouva deux frère$ qui s6 disputaient la souveraineté. L'aîné, Brancus, implora son appui : Annibal joignit ses troupes à celles de ce prince et le rétablit dans ses droits. En échange de ce service , Brancus fournit au général carthaginois des vivres, des armes et des vêtements pour son armée ; il voulut même former
son arrière-garde avec ses propres troupes, el Tac-^ compagner jusqu'au pied des Alpes.
Après neuf jours de marche Annibal, ayant traversé la vallée de la Drôme, arriva au Mont-Genèvre par Briançon(i). Son armée était harassée. Après avoir ranimé son courage, il descendit avec elle sur les riches plaines du Piémont. Les Gaulois, qui avaient établi des colonies entre les Alpes et le Pô, se joignirent à lui. La fortune favorisa d'abord ses armes; il gagna les fameuses batailles de Trasimène et de Cannes, qui mirent Rome si près de sa ruine. Mais il ne sut point profiter de ses victoires : au lieu de marcher de suite sur cette capitale, il eut la
{\) Peu d'auteurs sont d'accord sur la roule qu'a dû suivre Annibal pour arriver aux Alpes , en quittant le confluent du Rhône et de l'Isère. Voici dans quels termes M. Delacroix s'exprime à ce sujet dans la partie historique de sa SiatisHque de la Drôme :
« Les textes de Tite-Live et de Polybe, souvent obscurs, quelquefois contradiotoires, ont fait naître une foule de dissertations. D'après les unes , Annibal aurait rdoint les Alpes Pennines par Lyon et Genève, et il serait descendu dans la vallée d'Aoste par le 6rand-St-Bernard. D'autres le font aller aux Alpes Grecques par Vien'ne , Bourgoin , St-Genis, Yenne, Gbambéry, Gonflans, Mouslier, Aime^ Bour^Maurice , Sicz , et descendre dans celte même vallée d'Aoste par le Petit- St-Bernard. Quelques-uns lui font traverser la vallée de Maurienne et franchir le Mont-Génis. D'après d'autres il aurait passé les Alpes Gotliennes, ce qui comprend Gap, Embrun et Briançon , et aurait débouché en Piémont par le Mont-Genèvre. Il en est enfin qui le font passer par le Mont-Viso.
« Je n^opposerai pas une dissertation nouvelle k ce conflit d'opinions déjà si diverses; mais j'admettrai celui de ces systèmes qui fait passer Parmée Africaine par la vallée de la Drôme, le Gol-de-Cabre et le Mont-Genèvre, parce qu'il me semble le plus vraisemblable et le plus conforme à la disposition des lieux ; c'est celui qu'ont adopté, à toutes les époques, les écrivains de la province qui connaissaient bien les localités ; c'est celui que fortifient les traditions locales et qui concilie le mieux les textes de Polybe et de Tite-Live ; car , avec les autres systèmes , où placer les Tricastins, les Yoconces, les Tricoriens et la Durance que les écrivains de l'antiquité, et Tite-Live surtout, mentioonent comme autant d'indications et de fils conducteurs ?
DU VTVARAIS. il
faiblesse de laisser séjourner ses troapes dans ce b^au pays, où elles se livraient à tous les plaisirs qu'il pouvait offrir. Ses affaires commencèrent dèslors à décliner. Réduit à une poignée de braves , après seize années de luttes malheureuses , Annibal fut forcé (Je quitter l'Italie. Les Komains profitèrent de sa retraite pour conquérir la Gaule Transalpine avec l'aide des Marseillais , ce qui leur fournit les moyens d'établir avec l'Espgigne des cpmmunica-r tiens directes et faciles. Fulvius Flacus passa les monts avec une armée, et vainquit, sur le Var, Teutomalius , roi des Salluviens.
C. Sextius Calvinus fut chargé de continuer la guerre; il s'empara des états de Tputomalius et cpn-
t n faut d'ailleon ue pas perdre de yue que le Mont-Oenèvre n^a que 2,000 mètres d'éléfation ; qu'il est en partie abrité des Yents du nord, et que c'est un des passages les plus faciles de l'Italie. C'est celui qui a scnri k César , à Julieii et k presque tous les généraux de l'ancienne Rome.
« A la jonction du Rhône et de l'Isère^ l'armée carthaginoise avait l'Isère devant elle , le Rh6ne k sa gauche , k sa droite la partie septentrionale des Yoconces, derrière elle les Ségaloniens et au-dessous les Tricastins. Annibal ne la dirige point aux Alpes par le chemin le plus droit ; elle oblique vers les Tricastins et prend à gauche pour remonter la yallée de la Drame , dont le trajet est moins long et offre moins de dangers et de difficultés que celle de l'Isère. Elle passe vers Montoison , k Aoste, Saillans, Die, Luc, Baurières ; elle franchit le Gol-de-Cabre, et suivant le chemin des Alpes Cotliennes elle entre chez les Trîcoriens , passe k Yepe, k la Roche-des-Amaud, k Gap, k Chorge, passe la Durance avant d'arriver k Embrun, passe près de Mont-Dauphin , d'oU elle gagne le Mont-Genèvre par Briançon ; elle suit enfin la direction de la route actuelle de Valence k Briançon ^ par Die, Gap^ Embrun et Mont- Dauphin. Elle fait ce trajet en neuf jours, et son général surmonte avec une constance et une habileté dignes des temps fabuleux , les obstacles [sans nombre que lui opposent la difficulté des communications, la saison déjk avancée, car c'était le temps du coucher des Pléiades, et, par-dessus tout, les^habitants des montagnes, qui le harcelaient sans cesse. »
Les raisons quç donne M. Delacroix sont trop péremptoires pour ne pas s'y rendre.
12 GUERRES ClVILEiS
Iraignit ce prince à se réfugier chez les Âllobroges.
C. N. Domitius iEnobarbus succéda à Sextius Calvinus. Reprochant aux Allobroges d'avoir donné asile à Teutomalius , il marcha contre eux pour les punir de cet acte d'humanité. Les Allobroges vinrent à sa rencontre : un combat s'engagea à Vindalium (Vedène), près de la Sorgue; les éléphants que Domitius avait dans son armée épouvantèrent la cavalerie des Allobroges, qui recula au lieu d'avancer et jeta le plus grand désordre dans leur infanterie. Plus de vingt mille hommes périrent sous les coups des Romaios, qui firent en outre trois mille prisonniers.
Les Allobroges levèrent une nouvelle armée et s'adjoignirent Rituitus ou Rituit, roi ou chef des Arveniens, l'un des peuples les plus redoutés dans les Gaules. Ce Rituit franchit les montagnes du Yelay et du Vivarais avec une armée de cent cinquante mille hommes , et vint prendre position sur un plateau de la rive droite du Rhône , qui domine la plaine de Tain, où les Romains étaient campés. Leur armée ne se composait que de trente mille hommes, commandés par le consul Quintus Fabius Maximus. Elle avait derrière elle l'Isère, à sa gauche le Rhône, ei devant elle des marais que formaient deux ruisseaux qui traversaient la plaine.
Rituit, fier du nombre de ses troupes et de cinquante mille Allobroges qui devaient l'appuyer sur l'autre rive, jeta deux ponts de bateaux sur le Rhône, et fit passer son armée. Il marcha contre Fabius, qui, loin de refuser le combat, alla à sa rencontre. L'action s'engagea : les troupes firent
d'abord de part et d'autre des prodiges de valeur; mais bientôt l'armée de Biluit, composée de différentes peuplades indisciplinées , se trouva embar^ rassée par son propre nombre et finit par se nuire à elle-même, Fabius profitant du désordre qui régnait dans ses rangs, la chargea avec impétuosité. En peu d'instants l'épouvante et la confusion furent extrêmes; la plupart des soldats de Bituit se précipitèrent vers les bateaux pour échapper au fer de leurs ennemis; mais les chaînes qui les retenaient se rompirent , et les bateaux surchargés de troupes coulèrent à fond ou furent entraînés avec elles par la rapidité des eaux : le reste de cette formidables armée fut écrasé par les Romains. Les historiens portent à cent trente mille hommes la perte des Arveniens dans cette affaire, qui eut lieu l'an 60â de Rome et 121 ans avant J.-C.
Ainsi vaincus, les Arveniens se soumirent à l'autorité romaine. Les Helviens, persuadés qu'ils tenteraient en vain de lutter contre de si redoutables ennemis, prirent le parti de suivre l'exemple de leurs voisins. Alors de tout le pays qui venait d'être conquis, on forma une province qui fut appelée Guule Narbonnaise; les Helviens en firent partie, et conservèrent néanmoins leur ancienne indépendance, sous des chefs qu'ils élisaieqt eux-mêmes. Plus tard ce vaste territoire fut divisé en deux provinces : l'une garda le nom de Narbonnaise , qu'elle tirait de Narbonne, sa métropole; Tautre prit celui de Viennoise , du nom de Vienne , qu'elle eut pour capitale. Le Bas-Vivarais, qui avait l'Erieu pour limite , fut compris dans la Narbonnaise^ et le Haut- Vivarais dans la Viennoise.
44 GUERRES CfVILES
César voulant mettre à Tépreuve la fidélité des Helviens , les fit concourir à son expédition contre Vercingetorix , roi (1) des Auvergnats. Ils le servirent si bien que ce fut à leur dévouement et à leur intrépidité qu'il dut le succès de son entreprise.
Les Romains donnaient le nom de cité à la ville la plus importante où se tenaient les assemblées dites de la nation. Celle d'Âlba fut la cité des Helviens. C'est sur ses ruines que s'élève aujourd'hui le modeste village d'Aps , où Ton remarque encore tant de vestiges d'antiquités. Plusieurs écrivains prétendent que c'est dans ce lieu, et sur les débris des temples druidiques et des divinités du paganisme, que les premiers évêques eurent leur résidence, jusqu'au commencement du 5® siècle, époque à laqueÛe Crocus, chef des Allemands, après avoir ravagé le Gevaudan, se jeta sur l'Helvie, et détruisit la ville d'Albe, en l'an 405 de J.-C.
Après cet événement les Helviens eurent Viviers pour capitale. Cette ville devint le siège des évêques, et donna son nom (2), dans la suite, au pays de cet ancien peuple.
Assailli en même temps par les Alains , les Goths et les Vandales (3) , et dans l'impossibilité de résister
(I) Une partie des Gaules était alors sous la domination de divers rois : Ambioris régnait sur les Sequanois j Teulomat sur les Nitriobiges ou Angoumois , Codurcius sur Viviers ou d'Alby, suivant l'explication de quelques-uns, et Vercingetorix sur les Auvergnats. — Histoire du Languedoc, par Pierre Andoquc, page 47.
(^) Vivfirium ou Vivario albientium vel Elvensium et encore Àlba kelviorumj capitale dju Vivarais. - J. de Cbarron , histoire de toutes les nations , page 4 60.
(3) Voici comment un écrivain contemporain de l'irruption des barbares s'exprime à leur égard :
f Quan,4 tofit l'ojcéan aurait inondé les Gaules j il n'y aurait pas fait de si liorribles ravages : nos bestiaux , nos firoits et nos grains ont été enlevés 3 nos vignes
DU VIVARÂIS. 15
à leurs efforts, l'empire Romain se vit réduit à céder des terres à ces barbares et à leur opposer des peuples qui n'étaient guère plus civilisés qu'eux. Ce fut à cette politique maladroite qu'il dut sa ruine dans les Gaules. En effet, l'abandon qu'il fit, en 418 et 462, aux Visigoths d'une grande partie de la Gaule Narbonnaise , contraignit bientôt l'empereur Anthème d'appeler les Bourguignons pour les contenir, et à confiera Chilpéric, chef de ces derniers, la défense de Lyon, Vienne , Valence, Viviers et autres villes. Chilpéric et les siens, profitant de la position que les Romains leur avaient faite, se déclarèrent bientôt après légitimes possesseurs de ces villes, qu'ils réunirent à leurs états ^ dont Lyon devint la capitale. Vers l'an 535, les enfants de Clovis , à la faveur des dissensions qui éclatèrent entre les successeurs de Gondebaud ou Gombaud , Pun des rois de Bourgo^ gne, réunirent le Vivarais à la France (1). Dès-lors
et DOS oliviers désolés ; nos habitations ruinées ; et k peine reste-t-il encore quelque chose dans les campagnes; mais tout cela n'est que la moindre partie de nos maux. Depuis dix ans ils font do nous une cruelle boucherie. Les châteaux bâtis sur les rodiers^ les villes les plus fortes, les bo.urgs situés s^^ les plus hautes montagnes ;, n'ont pu garantir les habitants de la fureur de ces barbares y et Ton a été partout exposé aux dernières calamités. Hs n'ont épargné ni le sacré ni le profane y ni la faiblesse de l'âge ni celle du ^xe. Les hommes et les enfants , les gens du peuple et les personnes les plus considérable^ , tous on( été , sans distinction , victimes de leur glaive. Ils ont brC^lé'les teoiplesi dont i's qnt pillé les vases sacrés y et n'on^ respecté ni la sainteté des vierges ni la piété des veuyes. C'est uiie tempête qui a emporté indifféremment les ^\a et les mauvais , les innocents et les coupables. Le respect dû ^ répiscopat et au sacerdoce n'a pas exempté ceux qui en étaient honor rés : ces barbares leur ont fi|it souffrir les mêmes indignités et les mêmes supplices ; ils les ont enchaînés i déchirés k coups de fouet et condamnés au feu comme les derniers des malheureux. 9 Carnm de Vfovid, ap. Prosper, page 786. r- Cité par Içs ffuteurs de l'HUitoire (tu Languedoc , tome l y page 'l 65.
(I) Ce fut sont an des descendants de Clovis (Thierry II ) que les Sarrasins, maîtres de rEspagne, envahirent le Languedoc, d'où iU s'étendirent dans l'anciei^
ce pays fut compris dans les divisions qui se firent successivement du territoire entre les rois de la première race. Toutefois il continua de faire partie de ce qu'on appelait l'ancien royaume de Bourgogne, jusqu'à la mort de Louis-le-Bègue, qui arriva en 879. Louis et Carloman, ses fils aînés, lui succédèrent. Les grands officiers de la couronne, abusant de l'inexpérience de ces deux princes, saisirent l'occasion que leur fournirent quelques troubles intérieurs, pour rendre leurs titres héréditaires et s'approprier des terres que la munificence du souverain leur avait concédées à bénéfice ou à vie. L'un d'eux, plus ambitieux et plus téméraire que les autres, Boson, fils de Buvin, comte d'Ardennes, et allié à la famille de Charlemagne par soa mariage avec Hermangade, fille de Louis -le- Bègue, et qui, sous le titre de duc, gouvernait la Provence , osa aspirer à la royauté. Protégé par le pape Jean VIII, appuyé des hauts feudataires de l'église , il se fit proclamer roi de Provence et de
royaume de Bourgogne. En remontant le Rbène , ces barbares manacrferent les peuples , pillèrent les Tilles et les villages , tous les monastères qui avaient été 'élevés sur les deux rives de ce fleuve. Gbarles-Martel, qui venait de remporter sur on autre parti de ces Africains cette grande victoire qui leur coûta , dit-on , 375,000 hommes, entre Tours et Poitiers (en 757) , accourut pour s'opposer à leurs progvès dans le royaume de Bourgogne , et les rejeta dans le midi de It llaule. Hais ils revinrent bientôt , menaçant de porter leurs ravages jusque dans le nord de la Gaule. Charles-Martel les défit de nouveau et les refoula en Languedoc, où ils se maintinrent pendant quelque temps. Chassés de cette province en 759 , ils y reparurent en 795. Contraints de repasser les Pyr<?nées , ils continuèrent leurs irruptions , soit en Provence, soit en Languedoc, en 844 et 850.- Enfin, en 4018, ib furent entièrement détruits sous les murs de Narbonne , dont ils faisaient le siège. Tous ceux qui tombèrent vivants entre les mains des vainqueurs furent mis en vente comme le p1u0 vil bétail.
DU VIVABAIS. 1î
Boufgogue^ BOUB le nom de Bo$on V% iJijmii \m coDcUe qui se tint à Meatailles 9 près d'Àlbon^ ea Dauphiné. Il est à remarquer qu'iElhérius, évêque de Viviers , tigara p^rmi les évéques qui assistèrent à ce concile. Le Vivamis fit naturelleiûent partie des états du nouveau monarque (1) , dont le couronneirent eut lieu en octobre 879. Louis III et Carloman^ enfants de Loui9'-Ie*Bè|g4jie , appelèrent à leur secours Louis 9 roi de Germanie, pour chasser Bozon; mais ce fut en vain; il sut se mainteair sur le trône 9 et y mourut tranquillement.
En 924 la Provence passa sous Ta^torité des 92.1. rois de la Bourgogne Transjuraoe, et successivement sous celle de leurs héritiers, les empereurs d'Allemagne. Alors le Vivarais en fut détaché; Tadminis- Jration de sa partie méridionale fut dévolue aux comtes de Toulouse , vassaux des rois de France , et sa partie septentrionale continua à dépendre de Tempire, sous le gouvernement des comtes de Viennois et de Vaientinois.
Dans les onzième et douzième siècles le pouvoir de Féglise s'accrut singulièrement par suite des croi*sades, qu'elle prescrivit, en Terre-Sainte. Pendant <pi'on guerroyait en Orient pour la délivrance du tombeau de J.-C, les évéques, profitant de l'absence des grands vassaux qui y étaient retenus, inirent tout en œuvre pour ueurper l'autorité et satisfaire une cupidité insatiable. Ils s'arrogèrent plusieurs di*oits , et , reconnaissant la souveraineté
Ib comprcBiueni U Provence y le pays^'Utèi, le Vitarais , le Daupbioé, la e , «oe partie eu duché de Bounge^qe «( l« pays Je Vaud.
Saioie , une \
924. des empereurs , ils n'hésitèrent pas à favoriser leurs prétentions. Les empereurs, en échange dé si bons offices, leur concédèrent une foule de privilèges, à Tappui desquels ils ne tardèrent pas à s'emparer du gouvernement du Vivarais , malgré tout ce que Raymond V, comte de Toulouse, put entreprendre pour les empêcher. La malheureuse position où se trouva Raymond VI, fils et successeur de ce prince, leur fournit les moyens de consolider leur puissance. En effet, les évoques de la France méridionale , pour avoir le prétexte de le dépouiller , le dénoncèrent au Saint-Siège comme protecteur de l'hérésie des Albigeois (1). Le pape Innocent III l'ex-
(-1) Le nom d'Albigeois fut donné, an -12* et ftu 45* siècle^ indifféremment k tout les bérétiqnesi en France, opposés aux prétentions de la cour de Rome et k la hiérarchie des prêtres. Les persécutions dont ils furent l'objet portent un caractère de violence extraoï^^inaire. Les nombreux abus introduits dans les affaires religieuses, la corruption du clergé, le^eé^dale public offert par les papes eux-mêmes, et l'esprit d'investigation qui oomimença dès-lors h secouer le joug de la superstition et de Tintolérance , avaient donné lieu à une infinité de sectes dont les chefs prétendaient opérer des réformes dans l'église. Aux Manichiens avaient succédé les Caiharins, ou pauvres de Lyon , les Patems, les Publicaint, les Bons-Hommes et les Henrieiens , du nom de Henri de Lauxanne , fondateur de cette dernière secte. A ce Henri se joignirent Pierre de Bruys et Arnaud de Bresse , disciples du fameux Abélard , qui , comme lui , attaquèrent vigoureusement Tautorité des prêtres et tes cérémonies du culte catholique. Pierre de Bruys'donna même son nom k on parti considérable, appelé Peirobrusiéns. Ces différentes sectes furent comprises au concile de Lombers , en 4 4 65 , sous la dénomination générale d'Albigeois , où te rangea ensuite celle des VaudoiSy fondée en 4470 par Pierre Vaud, négociant de Lyour. Les Albigeois étaient très-nombreux an 4 2* siècle eu Provence et en Languedoc, surtout dans les villes d'Alby, Béziers, Carcassonne, Avignon, Narbonne, Tarascon , Montauban , Beaocaire , Toulouse et autres. On en donnait le nom k tous ceux qui les protégeaient , et de ce nombre furent les comtes de Toulouse, de Foix, de Béam et le vicomte de Béziers. La première croisade contre les Albigeois eut lieu en 1199 , la seconde en 4 209 et la troisième en 4226. Les guerres qui en résultèrent forent terribles. Cependant , malgré de nombreux revers et les horreurs de l'inquisition, les Albigeois ne forent pas détroits. Ils se perpétuèrent soos le nom
DU VIVARÀIS. 19
communia. Dans ces entrefaites, Pierre de Château- 924. neuf ou de Castelnau , légat du pontife , fut assassiné par un gentilhomme du pays. Innocent III accusa aussitôt Kaymond VI et Roger, son neveu, vicomte de Béziers, d'avoir poussé à ce meurtre, quoiqu'ils y fussent complètement étrangers. Vainement Raymond voulut prouver son innocence et fléchir Taltier pontife dans un voyage qu'il fit à Rome pour obtenir la révocation de Texcommunicalion prononcée contre lui ; vainement il se soumit à^ une amende honorable sur la tombe du prélat assassiné et à une flagellation que lui infligea publiquement le successeur de Castelnau dans Péglise de Saint- Gilles; vainement enfin il se démil en faveur du Saint-Siège de sept châteaux qu'il possédait dans le comtat Venaissin : rien ne put désarmer l'impitoyable Innocent III, qui, en 1215, dans le quatrième concile général de Latran, fit adjuger le comté de Toulouse à Simon de Montfort , comte de Leicester, et à quelques barons du Vivarais qui avaient fait partie de la première croisade contre les Albigeois. Bumon, alors évêque de Viviers, livra , pour sa part, à condition d'hommage envers son église , les terres qu'il possédait dans ce pays , en même temps que celles des seigneurs qui avaient pris parti pour Raymond VI. Ces donations furent
de Vaodois , dont il existe encore aujourd'hui une assez grande quantité dans les Cévcnnes et dans le Piémont. Ces guerres sont d'une haute importance dans l'histoire de France , par les résultats qu'elles eurent contre les progrès d'une cÎTilisation déjà florissante. — Voyez à ce sujet V Histoire des Français, par Sismonde de Sismondi , tome 6 , de la page 248 à la fin de ce volume. — Voir aussi VEncy cloftédie des gens du monde.
1^. I^ source de luttes sanglantea qui eurent lieu plus tard enijre le clergé et l^a successeurs des propriétaires dépossédés.
Cependant Raymond VI étant parvenu à l'ecouvrer ses états, à force de pénitences et d'humiliations, put les transmettre en mourant à son fils Raymond VII; mais bientôt, enveloppé dans les mêmes persécutions que son père , fatigué de guer* res continuelles, et n'ayant d'autres enfants qu'une fille nommée Jeanne , ce prince se décida à céder à Louis IX une partie de ses états. Dès-lors les malheureux religionnaires se trouvèrent livrés aux bdchers qu'allumèrent partout les Dominicains.
Par le traité qui fut conclu à Paris le 1 2 avril 1 229 entre le roi et Raymond VII , celui-ci céda toutes ses possessions situées en delà de la rive droite du Rhône ♦ P^u de temps après, la princesse Jeanne épousa Alphonse , frère de Louis IX. L'un et l'autre étant morts sans postérité, en 1271, le reste des domaines des comtes de Toulouse fut réuni à la couronne de France. Quelque temps auparavant , Louis IX, jaloux d'établir son autorité en Vivarais, où il ne possédait aucun fief, avait acquis la terre de Rerg, appartenant à l'abbé de Mazan : Philippele-Hardi , fils et successeur de ce monarque, y créa un bailli royal qui relevait du sénéchal de Reaucaire. Cette dignité remplaça celle de baron et de comte. Les évoques de Viviers refusèrent d'abord de reconnaître ses prérogatives, et recoururent à l'intervention des papes pour appuyer leurs privilèges; mais les rois de France tinrent bon; et malgré les foudres du Vatican , leur bailli fut main-
teno. L'opîûiâtrelé des évêqoes n'abontit qu'à la 4274. saisie de leurs revenus par le nouveau magistrat. Alors vinrent les actes de soumission : la souveraineté du monarque sur le temporel de Tévêché de YivUftB et sur tous ses vassaux fut acceptée par Louis de Poitiers , dans un accord qui eut lieu à Vincennes, en 1287, entre cet évêque et Philippele-BeL Les armes de Tempire, qui, jusqu'à cette époqfue , avaient figuré sur les enseignes des prélats de Viviers, furent remplacées par celles de France. Enfin, en 1 31 4, Tévêque Bertrand prêta, entre les maios du chevalier d'Orgemont, serment d'allégeance et de fidélité à la couronne. Bientôt après le haut et le bas Vivarais furent placés sous l'administration d'un bailli royal d'épée du Vivarais ei du Valentinois. Ces fonctions étaient remplies, en i 320, par Pierre Dauriac-de-Baux d'Oronge. Vers le même temps on créa deux sièges royaux pour rendre la justice , l'un à VîUeneuve-de-Berg , l'autre à Boucieux-le-Boi. Cette centralisation de l'autorité eut pour résultat d^affaiblir insensiblement l'anarchÎQ féodale (1).
(I) • Ce qui concourut le plut edicacemeot k ramener plus d'ordre dant le VÎYtrtis , ce fut la forme d'adminbtration qui avait commencé de t'y établir sur la fin du tiède précédent. Let habitantt det grandes commnnety profitant des besoins que les seigneurs aTtient .de leurs secours , au milieu det guerres qu'ils se faisaient y étaient parvenus à se ressaisir de «pielque liberté et à organiser, en partie I le régime municipal, dont leurs ancêtres avaient été en possession jusqu'au milieu du 9* siècle, et qui avait disparu sous les décombres de l'autorité royale. Lorsqu'elle eut été rétablie, sous Pbilippe-le-Hardi, les communes sentirent l'io«> térét d'une association générale , soit pour donner plus de force à cette anlorilé , seule capable de les protéger contre L'ambition et la violemce de leurs seigneun, soit pour la répartition des subsides qjo'on leur demanda pour les néecHitét de l'état, soit enfin pour aviser aw besetns conmuntà toutes. C'est de cette astocia-
4 274. Le Vivarais eut beaucoup à souffrir des guerres qui ensauglantèrent la France^ pendant plus d'un siècle , sous les règnes des successeurs de Charles IV. En 1379 une grande partie de son territoire était envahie par les Anglais, qui y commirent toute sorte d'excès et de désordres.
Nous ne pouvons nous dispenser d'entrer dans quelques détails sur ces temps de calamités , parce que les faits qui se passèrent alors se lient essentiellement w%. événements que nous avons à rapporter.
4580 Charle3-le-Sage venait de mourir; son fils appelé à lui succéder, sous le nom de Charles VI, n'avait pas encore atteint sa treizième année. La jeunesse
tîon que les étals-particuliers du Vivarais tirèrent leur origine , bien antérieure aux états-^énérauf de la province , puisque loin d'être une émanation de ceux-ci , comme dans la plupart des diocèses, ils furent déterminés sur des bases différentes, Ol se sont constamment mai;itenus dans des droits et des usages qui contrariaient le système même des états-généraux. Ceux du Vivarais ne furent en effet composés que des consuls des villes et des barons du pays. Le clergé y fut toujours étranger, ei cette circonstance frappante semble indiquer leur institalion au temps où les évêques , luttant encore contre raujtorité des rois de France , perdirent le crédit et l'influence qu'ils avaient eue sur le peuple, ou fjurenl écartés de ses assemblées par le bailli royal chargé de les convoquer. Une considération puissante qui vient à Fapputde ce sentiment, c'est qu'on trouve les trois éuts du Gévaudan existants en 1377 ; et cependant les envoyés de ce pays aux états-généraux n'occupaient que le second rang , tandis que ceux du Vivarais étaient les premiers ; prééminence qui , comme on sait , n'avait été réglée que sur l'ancienneté des établissements particuliers et de laquelle semble résulter la certitude que les états du Vivarais datent tout au moins dû commencement de ce siècle. On ne trouve aucun monument qui serve k fixer Fépoque de l'union des états-particuliers aux états-généraux de la province. Elle fut amenée sans doute par les besoins de concerter des mesures générales pour arrêter les incursions des anglais et les autres troubles qui agitaient les trois autres sénéchaussées de ^a province ; et cette union , d'abord accidentelle et dépendante des circonstances majeures , ne finit par s'opérer régulièrement que lorsque son utilité eut (^it sentir le besoin de la rendre constante , et après que Gbarifs VII eut donné anx états-généraux la forme stable qu'ils n'avaient point auparavant, t Dbuchebbs , Annuaire de l'Àrdèche pour i'an I.
DU VIVARAlâ. 23
de ce prince occasionna un bouleversement général 4580. dans le royaume. L'un de ses oncles ^ le duc d'Anjou, qui fut nommé régent, pilla le trésor qu'avait laissé Charles Y, et qui montait à plus de cent soixante-dix millions de notre monnaie actuelle. Il feUut de nouveaux impôts pour faire face aux be^ 8oins de l'Etat : de là de nombreuses révoltes, dont les Anglais profitèrent habilement. Le duc d'Anjou ayant été appelé au trône de Naples par la reine Jeanne, son frère, le duc de Bourgogne^ prit les rênes du gouvernement. La politique d'une reine ambitieuse et avare fomenta alors des divisions jusque dans la maison royale (1 ) ; celles des ducs de Bourgogne et d'Orléans signalèrent leurs haines par des perfidies et des assassinats. Paris fut inondé de sang par les factions qui s'en emparèrent tour-à-tour. Ce fut au milieu de ces divisions que les Flamands révoltés perdirent la bataille de Rosbec, où 40,000 des leurs furent éoharpés par l'armée française , commandée par Charles Y I en personne , à peine âgé de quinze ans.
Une trêve avait été conclue entre la France et l'Angleterre. Elle dura peu : rompue à l'occasion du schisme survenu par la double élection des papes Urbain YI el Clément YII , on arma trois fois contre les insulaires; mais la jalousie qui divisait les ducs de Berri , de Bourgogne et de Bourbon , rendit tous les efforts impuissants. Les Anglais se maintinrent en France , et particulièrement dans le Vivarai9, à la faveur des querelles que les seigneurs
(I) Elisabeth de Bavière , veuve de CUarlcs V, marfttre de ses propres enfants et toujoora étrangère au milieu des sujets de son époux.
24 GLERRES CIVILES
4380. avaient entre eux, et dans lesquelles ces étrangers intervenaient comme auxiliaires, tantôt dés uns, tantôt des autres. Enfin tassé des intrigues du despotisme de ses oncles , Charles VI se mit lui-même à la tète du gouvernement. It fit entrer dans son conseil le connétable de Clisson, qui fut bientA! assassiné par un seigneur puissant à qui le duc de Bretagne donna un ôsile. Le roi réclama le njeiirtrier , mais le duc refusa de le lui livrer. Renonçaût alors an projet qu'il avait formé de soumettre l'Italie au pape d'Avignon , Charles m^ircha contre le doc de Bretagne ; mfais en traversant la forêt du Mans il fut frappé d'un coup de soleil qui le rendit ftirieux. Après cet accident, les ducs^ de Berri et de Bowr* gogne ( Jean-«ans*peur } reprirent la direction de& affaires et recommencèrent leur» excès. Deven«» ennemis mortels , ces deux princes excitèrent les secousses les plus violentes. La guerre civile s'allum» de toutes parts. Henri V, qui venait de monter «or le trône d'Angleterre , saisit cette occasion pour se mettre en possession de ce que les traités lui avaient accordé en France. Il prit Harfteur et passa la Somme. Tous les partis se réunirent alors contre Fennemi commun; mais ce fttt inutilement : Henri V les écrasa à 1» bataille d'AzincourI : phis de 8,000 gentilshommes français périrent dans cette malheu^ reuse aflFaire.
Parvenu à faire exclure du trône l'héritier présomptif de la couronne , Henri V épousa la fille de la reine Isabelle, qui venait de conclure avec lui, à Troyes, la plus honteuse paix, et se fit déclarer régent et héritier du royaume : heurensement il
DU VIVARÀIS. 25
mouriU bientôt après à Yinoeiifies. Sans cet événe- IS9D. m^ïki la France aurait été probablement longtemps sous la domination anglaise.
Le fils de Henri V, âgé de nenf mois , fat pro* clamé roi de France ^ à Paris et à Londres , sous le nom de Henri YI y et on nomma le duc de Bedfort régent du royaume.
Charles VU, dont les états se trouvaient réduits à huit ou neuf provinces du midi, rassembla des troupes pour combattre Bedfort et le duc de Bourgogpae qui s'était mii à ce prince ; mais il éprouva de grands revers. Bedfort, vainqueur à Prévaut et à Yemeuil, mit le siège devant Orléans, ville qui était reatée soumise à Ti^éritier légitime du trône de France. Charles YII, abattu par le triste résultat de ses efforts, se disposait à se retirer dans le Dauphiné, lorsque Agnès Sorel, sa maibresse, relevant sou courage, mit à la tète de son armée cette Jeanne d'Arc qui força les Anglais à s'éloigner d'Orléans , et leur reprit tout le pays dont ils s'étaient rendus maîtres.
Après trente années de vicissitudes et de luttes continuelles, tant contre l'usurpation et ta haine des Bourguignons que contre la perfidie de la moitié de ses sujets, les divisions de ses ministres et la jalouse de ses généraux, Charles YII parvint à remcmter sur le trône de ses ancêtres, en l'an 1 451 . 445^^ Ses tricHnphes avaient relevé le pays de son long avilissement; de sages institutions marquèrent la fin de son r^ne; et, grâce à la salutaire im^lsion de son génie, le goût des sciences et des arts remplaça dans les esprits le ftmëste penchant
4451. aux discordes civiles. Toutefois ses derniers jourâ ne laissèrent pas d'être empoisonnés par les chagrins que lui causa Taifreuse conduite de son fils , qu'un historien a qualifié de Néron de la France.
Louis XI, en prenant le sceptre , adopta un système de gouvernement entièrement opposé à celui de son père. En butte d'abord, comme lui, aux intrigues des ducs de Berri et de Bourgogne, il s'en délivra par une politique astucieuse et froidement cruelle. Son caractère dur et méchant ne laissa échapper aucune occasion de se révéler. Quatre mille citoyens furent égorgés , noyés ou empoisonnés par ses ordres , et les malheureux enfants du duc de Nemours , après avoir vu couler sur leur tête le sang de leur père , éprouvèrent les mutilations les plus humiliantes... Et pourtant Louis XI affectait une grande piété ! Il faisait des neuvaines , des pèlerinages ; il portait à son chapeau une viei^e de plomb, le surplis et l'aumusse, et demandait à ses reliques ia permission de commettre les crimes qu'il jugeait utiles; il s'abreuvait incessamment de sang humaiii pour prolonger une vie qu*il termina au milieu des soupçons, des angoisses, du remords et du plus profond désespoir. Les tailles, qui, sous Charles VII, n'avaient produit que 1 ,800,000 livres, s'élevèrent à 4,700,000 livres sous son successeur.
Pendant ce règne, les peuples de l'Auvergne, du Velay et du Vivarais furent constamment en proie aux besoins et aux troubles que soulevaient à la fois les ambitions rivales et le despotisme de leurs seigneurs.
Charles VIII , héritier du trône à l'âge de treize
ans, n'avait appris que cette maxime : Qui ne sait 4454. pas dissimuler ne sait pas régner. Louis XI , pour suppléer à son incapacité , avait confié le soin du gouvernement à sa sdbnt aînée, Anne de France , épouse du duc de Bourbon-Beaujeu. Le duc d'Orléans , jaloux de celle préférence , devint le fléau des Français, avant d'en être qualifié le père. Ce prince, malgré la décision des états qui confirma à Tours le choix que Louis XI avait fail de sa sœur , voulut prendre lui-même la direction des affaires. Ligué avec le duc de Bretagne et Maximilien d'Autriche , il excita une guerre civile qui se termina par la bataille de Saint- Aubin , ou Latrimouille le fit prisonnier. Rendu à la liberté , le duc d'Orléans effaça complètement l'odieux de sa révolte par des actes de vertu et de dévouement au jeune souverain.
Paisible au dedans, la France commençait à oublier les vexations et les énormilés du dernier règne, lorsque Charles VIII résolut de soutenir les droits que la maison d'Anjou lui avait légués sur le royaume de Naples. Il passa en Italie , et y battit une armée de 30,000 Italiens avec 8,000 Français. Deux ans après il mourut d'une attaque d'apoplexie; Avec lui s'éteignit la branche des Valois.
Le duc d'Orléans monta sur le trône, sous le nom de Louis XII. Dès son avènement il ^'occupa du bien public , et ne voulut pas que le roi de France vengeât les injures foites au duc d'Orléans. Il diminua les impôts d'un dixième et ensuite d'un tiers. Il mourut fort regretté du peuple, dont il avait été surnommé le père. Louis XII n'avait alors que 53 ans.
Francis, comte d'Angoulême, premier prince du sang , lui succéda , sous le nom de François P'.
-1454, A peine sur le trône, ce prince s'empressa de satisfaire au besoin d'instruction et de connaissances générales qu'éprouvaient toutes les classes. Des écoles publiques furent établies à Paris et dans la plupart des villes du royaume. C'est sous son règne et par son concours que le comte Just de Toumon fonda en 1536 le collège qui fait aujourd'hui la gloire et l'orgueil de Toumon.
k cette époque, des germes de révolutions sem* blables à celles qui changèrent la face de presque tout le nord de l'Europe, vers le milieu du 16* siècle, se répandirent en France; mais François P' parvint à les (xjmprimerj et ce ne fut que sous François II que le Calvinisme, d'abord faible et rampant , commença à marcher le front levé. Ce prince n'avait pas seize ans lorsqu'il reçut le sceptre. Il était d'un tempérament délicat et d'un naturel faible et indolent. Sa mère, l'astucieuse Catherine de Hédicîs^ et les grands de la cour , profitèrent de sa jeunesse et de son impéritie pour former des brigues et tin gouvernement à part. La rivalité des maisons de Cruise et de Montmorency, les prétentions des princes du sang, l'ambition de la reine-mère , la politique artificieuse de l'amiral de Coligni et l'audace /d^Àndetot, frère de ce dernier, jetèrent alors dans les esprits une fermentation générale.
Les doctrines de Luther et de Calvin, encouragées secrètement par la cour, qui voulait s^affranchir dùf pouvoir que celle de Rome s'arrogeait sur le temporel des rois et sur les drodts du peuple , se répandirent avec la rapidité de l'éclair sur tous les pointa au royaume, et principalement daos les état»4épen-
DU virARiis, 29
(knl de la provioce de Languedoc. Le Vivarais fat 4454. des premiers à éprwver rinflueBce des nouvelles opinions : elles avaient été enseignées publiquement à Annonay dès ^ 528.
Des troubles ne tardèrent pas à éclater. Le roi de ^560. Navarre , le prince de Condé et l'amiral de Coligni, voyant le roi dominé par les conseils de la reinemère, des Guise et du ordinal de Lorraine, et conU*ariés du peu de part qu'on leur laissait dans les affaires, se coalisèrent pour perdre leurs rivaux. Ayant mis dans leurs intérête le connétable de Mont* morency , gouverneur du Languedoc, et quelques seigneurs de cette province, ils armèrent mystérieusement leurs partisans, et en dirigèrent un bon nombre sur Amboise, où la cour se trouvait réunie, avec mission d'immoler les Guise et d*enlever le roi. Cette machination devait éclater le 15 mars i 560 ; mais elle fut ctécouverte. I^a Reuaudie , qui commandait Texpédition, mourut les armes à la main; le prince de Condé, qui en était le chef muet, fiit pris et jeté en prison ; plusieurs autres expièrent leur crime par le dernier supplice.
Le roi, en informant les parlementa de cette échauffourée, les ei^horta à maintenir ses sujets dans la ligne de leurs devoirs. Néanmoins lés émissaires de la reûae-mère et de l'amiral parvinrent à exciter des mouvemenla en divers points/ surtout eu Dauphioé et en Vivarais , où le nombre des pro^ testants s'était singulièrement accru. Le àmc de Guise et le cardinal son frère, alarmés de leurs progrès I, provoquèrent une convocation des états->généraux à Meaux, pour le 1 0 décembre, afin d Wiser
4360. aux moyens de les réprimer sévèrement. Les choses en étaient au point que Bertrand Sabatier , procureur-général en Languedoc, écrivait de Toulouse, le 1*' septembre, au cardinal de Lorraine : « Les » émeutes et les assemblées croissent de jour en » jour dans le ressort, mesme aux villes de Mont- » pellier, Nismes, Massillargue, Cauvisson, 4igues- » Mortes, Vauvert, Gignac, Lodève et Castres; et » qui pis est, dans cette ville de Tholoze, il y en a » quelque descouverte, tant par advertisseraent » des officiers de Montpellier, que inquisitions com- » mencées par le juge criminel et capitols de Tho- •î loze; non que par leurs procédures Tautheur ne » complices soient descouverts. Monseigneur, je » crains quelque sédition en ces prochaines vaca- » tions , s'il ne plait à Dieu , au roi et à vous , Mon- » seigneur, y remédier. »
Ces prévisions ne tardèrent pas à se réaliser. En efifet, 400 écoliers de l'université de Toulouse se transportèrent bientôt chez le premier président, Mansenc^l, pour obtenir une église afin d'y prêcher selon le rite de Genève : heureusement et grâce à la précaution qu'eurent les capitouls de renforcer le guet , on n'eut aucun désordre à déplorer.
Des faits analogues eurent lieu dans les Cévennes, dans le bas et le haut Yivarais , même en Dauphiné, car Chorier , historien de cette province , rapporte que par suite de la complaisance de Jean de Montluc, évêque, et de Félix de Barjac, sénéchal de Valence, l'audace des Calvinistes devint telle qu'à la même époque plus de cinq mille d'entre eux firent publiquement la Cène le jour de Pâques dans l'église des Cordeliers de cette ville.
Partoat le mal allait empirant. Les religionnaires, 4560. encouragés par un parti puissant, s'armaient et prenaient une attitude menaçante. Ceux des pays compris dans la circonscription du Languedoc traversaient cette province par pelotons, et allaient joindre les révoltés de la Provence, pour se porter avec eux sur Lyon , dans le but de s'emparer de cette ville, où le prince de Coudé, qui devait les diriger, leur avait donné rendez-vous.
Le vicomte de Joyeuse , qui commandait dans le Languedoc en l'absence du connétable de Montmorency et du comte de Villars, ne pouvant arrêter ces mouvements, faute de troupes, écrivit au roi pour lui exposer la situation du pays. Il lui disait qu'une partie de la province était en armes; qu'il ne pouvait plus être obéi , ni par douceur ni par m&noce; que si le comte de Yillars n'arrivait bientôt avec des forces, il ne pourrait répondre de l'autorité royale déjà gravement compromise dans ses étals de Languedoc.
Enfin, Honorât de Savoie, comte de Villars, lieutenant-général dans la province , arriva à Beaucaire avec un corps de troupes, et assista, en qualité de commissaire du roi , aux états qui étaient assemblés dans cette ville. Il y fit brûler une grande quantité de livres protestants qu'on avait tirés de Genève; puis, ayant établi une forte garnison dans la place , il envoya Saint-André , de la maison de Montdragon, à Montpellier, pour en prendre le gouvernement, et se rendit lui-même dans les Cévennes pour donner la chasse aux Calvinistes qui s'y étaient réfugiés à la nouvelle de son retour en Languedoc.
^560. Après cette expédition, qui lui réossit parfaitement, le comte de Villars alla passer l'hiver à Vauvert , bourg situé entre Nisraes et Montpellier. Toute la contrée était pacifiée.
François II étant mort inopinément le 5 décem^ bre, Charles d'Orléans, son frère, âgé de dix ans et demi , fut appelé à lui succéder. Il monta sur le trône sous le nom de Charles IX. La minorité de ce prince fut très-longue et très -orageuse. Dès son avènement, les troubles qu'on était parvenu à apaiser sous le règne précédent éclatèrent avec plus de violence et d'intensité. Catherine de Médicis , mère du jeune souverain, devint régente du royaii^ me. Elle sut, pendant quelque temps , contenir les deux partis qui dominaient a la cour , et dont cha^ cun voulait avoir une part à la direction des affaires; mais bientôt elle en subit l'influence.
1564. Au retour du sacre du roi, qui eut lieu à Reims , le 15 mai 1561, le cardinal de Lorraine fit de graves représentations sur les prétentions des Hu^ guenols[\). Un conseil fut assemblé, et l'on délibéra sur la réponse à faire à leurs réclamations^ tendant à obtenir le libre exercice de leur religion. Après de longs débats parut , au mois de juillet , un édii portant : l"" défeifôe aux Catholiques Maux religicm* mires de se molester les uns les aigres et de se donner des noms odieux ; 2"" défense aux Calvinistes
. (I) U €st » reniArquer (|U9 10 nooi à^ Jmçwnofs^ Hugenauh ou Uiêçenots^ donné aux Galvinisles , fut employé pour la première fois par Gaylus, colonel des légionnaires de LaB(;uedoc, dans «ne lettre qtf^ iorifh «u duc de 6«iee, le 48 aoTefflbre i 5^. Oa n'est pas bien d'accord «ir l'élyn»elo|p« de ce net, L'opimon la plu» accréditée sur son origine «st celle de Mezeray , qui prétend que Huçwnot est venu du mot suisse eidgmssen ; qui signifie ligue.
de former des assemblées et de lever des gens de 45cr guerre ; 3° défense aux prédicateurs de mêler dans leurs sermons des traits capables d'exciter à la sédition; A*' attribution aux juges présidiaux «des jugements en dernier ressort aux contraventions à cetédit; S"" administration des sacremen te conformément au rite de l'église romaine ; 6** réserve aux juges ecclésiastiques la connaissance du crime d'hé*résie; T" enfin, amnistie générale à tous ceux qui avaient contrevenu aux édits, ou qui étaient coupables de révolte depuis la mort du roi Henri IL
Cet acte ne calma point les esprits. D^s émotions sérieuses se manifestèrent à Toulouse, Montpellier, Nismes , Castres , Béziers , St-Ambroix , Aubenas , dans tout le Languedoc. Informée de ces désordres par le clergé de Toulouse, la cour envoya dans cette ville le sieur de Terride pour y commander et faire respecter l'édit de juillet. Les capitouls , jaloux de l'autorité qu'exerçait ce seigneur , demandèrent sa révocation ; mais le clergé et les membres du parlement insistèrent pour qu'il fût maintenu. De son côté, Terride écrivit à la reine^mère et au connétable de Montmorency pour les prier de lui transmettre des pouvoirs plus étendus que ceux que lui donnait la simple lettre de cachet dont il était muni , ajoutant que les capitouls ne voulaient pas lui permettre d'agir avec eux, et même qu'ils l'excluaient de leurs délibérations.
Cependant les calvinistes continuaient à déployer leur activité. Ils s'emparaient des places , et prêchaient publiquement leur doctrine dans les églises,
1564. après en avoir expulsé les prêtres catholiques (I). Maîtres de la plupart des villes , ils parcouraient le pays pour étendre leur domination , et se livraient partout à des excès que les efforts du parlement et des autres autorités ne pouvaient réprimer. ÀRabastens, dans le diocèse d'Alby, ils chassèrent les cordeliers de leur couvent, en tuèrent quelques-uns et pillèrent toutes les églises; à Toulouse, ils enlevèrent vingt religieuses du prieuré de l'Espinasse , situé à une demi-lieue de cette ville, et les emmenèrent à Montaùban, où le consistoire leur donna des maris, qu'elles acceptèrent volontiers, car leur enlèvement avait été concerté avec leurs ravisseurs; à Montpellier, ils s'emparèrent de l'église Notre-Dame, en expulsèrent les prêtres qui célébraient l'office divin, et y firent prêcher le soir même par un ministre de leur culte ; puis , avec l'aide de quelques étrangers qu'ils avaient introduits dans la cité , ils attaquèrent les prêtres et les religieux partout où ils purent les rencontrer. L'évêque , le gouverneur et le juge-mage s'étant éloignés, dans la crainte d'être insultés, les calvinistes, au nombre de douze cents, encouragés par leur absence, assiégèrent les catholiques dans l'église ou fort Saint-Pierre, pendant qu'ils assistaient aux vêpres , et dans la grosse tour
{\) Voici ce qae le procvreor-géuéral Stbattier mftodftit à ce sujet de Béziert k U reiDe-mère et au connétable de Montmorency : « Je ne ferai pas long discours de » ce que se dispose et traite présentement à Montpellier pour être exécuté audit » Montpellier, Nismes, Sommières, Sauve, Andule, Vigan, Ganges, Lunel, » Castres, Lavaur, Puilaurens\ Mazamet, Chàfeauncuf-d'Anl, ReTely Ville- » francfae-de-LauTagnais, Rabastens, Gaillac, Réalmont, Tholoze et presque » en toutes les autres ?illes de ce pals de Languedoc, représentant la ruine et la » désolation prochaine de tout ce paîs , si par la gr&ce de Dieu et ?otre profidenor » ledit pals n*est pas secouru. »
de la 'porte des Carmes, où ils s'étaient réfugiés; 456t. pais attaquant celle du Colombier, la plus haute de la ville et la plus capable de leur nuire , ils mirent le feu à ses portes. Les catholiques qui la défendaient furent obligés de gagner le fort Saint-Pierre à travers les flammes. Ils brûlèrent aussi la grande porte qui répondait à la rue des Carmes, joignant la maison du prévôt, dont ils s'emparèrent, malgré une grêle de balles et de pierres que leurs ennemis faisaient pleuvoir sur eux.
Un témoin digne de foi affirme qu'en tout ceci les protestants n'avaient fait qu'user de représailles. Il rapporte que les catholiques, abusant quelque temps auparavant de leur supériorité numérique , avaient provoqué les religionnaires pendant quatre ou cinq dimanches, en aflfeclant, dit-il, de porter le pain bénit dans les maisons, précédés d'une enseigne de guerre déployée , d'une grande croix de bois et d'une crosse , le tout porté par des femmes et des filles dissolues , suivies d'hommes armés de dagues et de sachets pleins de cailloux sous leurs manteaux. Il ajoute que ce cortège, marchant dans cet équipage au son du hautbois , des trompettes et des tambours , criait tout haut : Nous danserons en d^it des Huguenots; qu'à cela se joignaient des insultes et des menaces envers les religionnaires; que « l'évêque même , le gouverneur, le juge-mage » et les chanoines, au lieu de s'opposer à ces dé- >) marches des catholiques, les encourageaient aE » contraire, les faisaient boire et leur donnaient » de l'argent pour payer leurs trompettes et leurs » tambours; qu'enfin, l'évêque de Montpellier alla
4564. » les insulter un jour qu'ils étaient assemblés chez » un avocat pour entendre le prêche de leur mi- » nistre » (1).
D'autre part, l'auteur anonyme d'une histoire de la guerre civile de la religion prétendue réformée, natif de Montpellier (2) et contemporain de ces faits ^ prétend que par un traité , à la date du 20 octobre , entre les caUioliques et les religionnaires , il avait été convenu que la garnison du fort Saint-Pierre sortirait librement avec les armes et se retirerait oà bon lui semblerait; que l'artillerie serait conduite à l'hôtel-de-ville , et que les chanoines et les habitants c-atholiques pourraient demeurer dans l'église, mais sans armes ni munitions de guerre , pour y célébrer l'office divin. « Les assiégeants, ajoute » l'anonyme, s'étant écartés pour laisser passer la » garnison , quelqu'un tira un coup de pistolet da » fort , qui tua un religionnaire , ce qui anima tel- » lement les assiégeants, que, criant à la trahison , » ils entrèrent dans l'église et firent main-basse sur » tous ceux qui s'y trouvèrent , tant chanoines que » autres > en sorte qu'il en échlappa fort peu , et » qu^il y en eut une quarantaine qui furent tués 6ur » la place, entre autres le gardien des cordeliers, le » théologal de Saint-Pierre, ncmimé Menin, etc., » et que les aufa^es se sauvèrent par les égouts , » tandis que les religionnaires s'amusaient à piller » l'église. »
- Du reste , les deux historiens cités conviennent
(I) BkMre ^inérah é€ Umgwedoc, par «n nBgieix Bénéâtotin de 11 congrégation deSt-Maur, toma 5, page 206.
\2) Jean PhiKppi.
DU VIVIBÀIS. 37
que cette église, qu'Urbain IV, son fondateur, 4564. s'était plu à embellir, dans le 14^ siècle, fut com-^ plètement dépouillée , et qu'on mit en pièces ses autels, ses tableaux et ses statues.
Quoi qu'il en soit , il est de fait qu'après ces détestables violences les protestants envahirent la ville et les faubourgs; qu'ils massacrèrent cent cinquante prêtres ou religieux et les principaux catholiques ; qu'ils pillèrent toutes les églises et tous les couvents, au nombre de cent soixante , et qu'ils arrachèrent les religieuses de leurs cloîtres.
A la même époque , pendant que les catholiques de Villeneuve-d'Avignon égorgeaient les calvinistes de cette ville , pillaient et saccageaient leurs malsons , les calvinistes de Nismes , Montauban , Castres et Foix se Uvraient aux mêmes excès envers les catholiques de ces lieux.
Vainement, pour mettre un terme à ces affreux 4552. désordres , la cour envoya dans le Midi le comte de C.russol (1 ) , avec le titre de commandant en Languedoc, Provence et Dauphiné : il n'y put parvenir. L'édit de janvier, portant que les religionnaires rendraient aux catholiques les églises dont ils s'étaient emparés, et qui autorisait néanmoins l'exercice de leur culte dans les faubourgs des principales villes, ne fut point respecté. Loin de là : cet édit, dont la reine-mère s'était promis un bon effet , eut le double inconvénient de déplaire également aux catholiques et aux protestants, qui ne tardèrent pas à l'enfreindre de part et d'autre.
(4) ÂpUMÎDey comte 4e Cmnol et Tonnerre, che?alier de l'ordre du roi , conseiller en son conseil priTé, cheraUer de U reine, etc. Branche cadette de la maison d*Uiex, famille protestante.
4562. Les religionnaires de Toulouse, dont le nombre s'élevait à 20,000, parmi lesquels on comptait plusieurs familles de distinction et huit capitouls , commencèrent l'exercice public de leur culte en dehors de la porte Mont-Gaillard. Plus de 3,000 calvinistes assistèrent à ce prêche. Pendant sa durée, un des soldats que les capitouls avaient placés sur les remparts afin de protéger l'assemblée en cas d'attaque de la part des catholiques , eut l'imprudence de tirer un coup d'arquebuse en manière d'amusement : malheureusement le coup porta au milieu de l'assemblée, qui se tenait en face, blessa trois ou quatre personnes et tua le fils d'un gentilhomme de Quercy, nommé de Lagarde Montbeton. Le ministre Abel de Nort, qui faisait le prêche, profita de cet accident pour exciter ses coreligionnaires contre les catholiques et provoquer des scènes plus sanglantes.
Un autre événement qui arriva k Vassi , en Champagne , quelques jours après , acheva d'irriter les partis. En passant dans cette ville , le duc de Guise fit célébrer une messe pendant que les protestants , réunis dans une grange voisine, se livraient à l'exercice de leur culte. Importuné par les chants de ceux-ci , il leur fit enjoindre de les interrompre ; sur leur refus, les catholiques, qui se trouvaient supérieurs en nombre y tombèrent sur les religionnaires et en massacrèrent une soixantaine. Ce fut le signal d'une guerre civile dans tout le royaume.
La .cour se trouvait alors divisée en deux camps^ qui cherchaient avec le même soin à mettre la reine-mère dans leurs intérêts respectifs. Celle-ci, pn politique habile , ménageait l'un et l'autre , et
pu VIVARAIS. 39
gouvernait tantôt avec les Bourbons , tantôt avec 4562. les Guise.
Le roi de Navarre , lieutenant-général du royaume y qui était d'accord avec le connétable de Montmorency et les Guise, leur démontra la nécessité de rompre Ips projets du prince de Condé , chef des religionnaire^ , qui avait résolu d'enlever le roi à Fontainebleau, où il se trouvait avec la cour. Forcé de quitter Paris par l'effet de leurs intrigues, le prince de Condé jeta tout-à-fait le masîque et com-p mença les hostilités en s'emparant 4'Ôrléans. En même temps , il publia un manifeste dans leqvi^l i| prétendait n'avoir pris les armes que dans le but de délivrer le roi et la reine-mère des pièges dans lesquels ils avaient été entraînés par des malveillants qui méditaient le massacre de tous les calvinistes , et de faire respecter l'édit de janvier, qui, disait-il^ avait été violé plusieurs fois, notamment par lemas^ sacre de Vassi.
Peu de jours après, le roi, sur les réclamations des catholiques du Midi, qui se plaignaiei^t amèrement des calvinistes , donna une déclaration ^ 1^ 4?te di| 24 avril 1 562 , portant : « que les villes et leurs » faubourgs où il n'y a eu ni prêche ni assemblée » publique avant l'édit de janvier , il ne s'y en fasse » pas à l'avenir ; et quant aux villes de Narbonne , » Carcassonne , Leucate et Agde , il déclare et en- » tend qu'il n'y ait aucun prêche , étant villes fron- » tières, encore qu'il y ait eu des ministres avant w l'édit de janvier s que tous les eccléîjiastiques et » religieux seront réintégrés dans la possessioi» >^ des^églises , couvents et biens qui en dépenden|
^562; » et dont ils auraient été dépouillés; et pour que » punition soit faite des coupables , par juges non » suspects, il révoque toutes les commissions qui » auraient été données, même aux juges présidiaux » de Nismes et de Montpellier , quant aux procès » pendants devant eux en matière de troubles et » séditions survenus dans ces deux villes , et les » évoque au parlement de Toulouze. »
Dans les circonstances présentes , cette déclaration ne pouvait qu'aggraver le mal au lieu de le calmer. L'irritation des esprits n'eut plus de bornes. Les calvinistes de Castelnaudary furent massacrés, pendant qu'ils étaient rassemblés dans leur temple, I^r une procession de catholiques que leurs chants importunaient. Parmi les victimes se trouvèrent le contrôleur Marion , un présidient et le ministre qui prêchait. Bientôt après les calvinistes d'Annonay et de Limoux égorgèrent à leur tour plusieurs catholiques de CCS deux villes. A. Toulouse, les deux partis,pxc|té|^parles chefs, s'exterminaient au milieu des rues et sous les yeux mêmes de l'autorité , qui s'efforçait en vain de les calmer.
Le prince de Condé n'avait pas perdu de temps. Plusieurs provinces s'étaient révoltées à la voix de ses affidés. Parmi les villes qui venaient d'embrasser son parti, le Languedoc seul comptait Montauban , Castres, Montpellier, Bézénas, Castelnaudary, Uzès, Aigue^-Mortes, Rabastens, Montréal, St-Pons , Agde, Lunel, Sauve, Anduze, Ganges, Bagnols, St-Esprit, Viviers, Aubenas, Privas, Tournon, et autres, tant des Cévennes que du haut et bas Vivarais. Dans chacune de ces provinces , il avait en-
voyé un lieutenant avec mission d*y recruter des 4562. troupes. Le baron Jacques de Crussol , seigneur de Baudiné , frère du comte de Crussol , dont nous avons parlé 9 arriva comme tel à Montpellier ^ où il se qualifia de général des compagnies des gens de guerre levées en Languedoc pour soutenir la religion et la délitrance du roi y delà reine-mère et de M. d'Orléans.
Dès que les calvinistes du pays eurent connaissance de l'arrivée de ce seigneur dans le pays , ils lui envoyèrent des députés pour prendre ses ordres. Bientôt après ils s'emparèrent des églises de Montpellier et y firent la cène, après les avoir dépouillées. En même temps les catholiques da Gaillac ayant surpris les protestants dans un lieu où ils s'étaient réu« nis pour se livrer à Texercice de leur culte , les massacrèrent jusqu'au dernier. Une scène non moins horrible se passait à Limqux : quatre cent? calvinistes y étaient égorgés par les troupes catho- Kques, sous les ordres du maréchal de Mirepoix, fih du seigneur de ce nom , sénéchal de Carcassonne.
Cependant, tout le Bas-Languedoc se soulevait en faveur du prince de Condé , sous l'autorité de Baudiné , qui avait été reconnu pour lieutenant du roi dans cette province, depuis Béziers jusqu'au Rhône. Le reste du Languedoc obéissait à Guillaume, vicomte de Joyeuse , gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , que ce prince y avait envoyé dès le 4 mars \ 561 , avec le titre de lieutenant-général , en remplacement du comte de Villars , rap-i pelé auprès de sa personne.
Baudiné leva quelques troupes dans les environs,
4562. d'Agdej et marcha surBéziers, dont il se rendit maître le 3 mai , avec l'aide des religionnaires de cette ville , qui se mirent aussitôt à piller les églises au nombre de quatorze, et à briser les images qu'elles renfermaient. Celles de Villeneuve , située à une lieue de là , éprouvèrent le même sort. Ici , les excès furent beaucoup plus graves. Les barons de Faugères et de Montpeyroux , lieutenants de Baudiné, permirent à leurs soldats les plus odieuses profanations. Après avoir saccagé la cathédrale de St-Nazaire , ils poussèrent le cynisme jusqu'à faire manger l'avoine à leurs chevaux sur les autels. Eu même temps , les calvinistes du lieu assassinaient les prêtres , dépouillaient l'église de St-Aphrodise , enlevaient sa châsse et celle de St-Giraud , et dispersaient leurs ossements. Des désordres non moins aflfreux eurent lieu à Beaucaire : plus de douze cents catholiques y furent immolés.
Baudiné , après cette expédition , retourna >j^ Montpellier; il y créa un conseil composé de c^q personnes, qu'il chargea du gouvernement de cette ville , et auxquelles il donna l'autorisation de s'emparer des revenus ecclésiastiques , de tous les efifets de ceific qui étaient opposés au calvinisme, et de lever cinq compagnies tant à pied qu'à cheval. Tout c^la fut exécuté immédiatement. De semblables mesures furent prises à Nismes, et dans les autres villes soumises aux religionnaires.
Craignant d'être attaqué d'un moment à l'autre par le vicomte de Joyeuse , et voulant s'assurer de la fidélité des officiers et soldats qu'il commandait , Paudiné leur fit prêter le serment de mourir dans
l'obéissance du roi et de la reine mère , pour la dé- <562. livrance desquels ils avaient pris les armes, et de se soumettre aux ordres du prince de Condé et de ses lieutenants, pour leur service , le soutien de l'édit de janvier, et la satisfaction de leur propre conscience. De son côté , il jura de soutenir les religion* naires en tout et partout [et de ne pas lef abandonner qu^ils ne fussmt rétablis dans une liberté entière [i).
Ses prévisions ne tardèrent pas à se réaliser. En effet, le vicomte de Joyeuse ayant rassemblé 6,000 hommes, dont 500 de cavalerie, parmi lesquels figuraient beaucoup de gentilshommes, tels que Fourquevaux, Conas, les barons de Rieux, Fondeille , Villeneuve, etc., traversa TAude et prit plusieurs places aux religionnaires , notamment celle de Montagnac , le 17 juillet. Le même jour Baudiné s^empara du château de Lignan, qu'ils occupaient, et le réduisit en cendres ; puis ayant reçu (tes renforts du Bas-Languedoc et des Céyennes , il s'afança jusqu'à l'Hérault pour combattre Joyeuse , qui venait de se porter sur le même point.
Les deux armées n'étaient séparées que par la rivière. Le 20 juillet , entre quatre et cinq heures, du soir , elles en vinrent aux mains. Après une lutte acharnée , dans laquelle Joyeuse déploya une grande habileté, l'armée calviniste fut, mise en déroute. Elle perdit près de 500 hommes , huit enseignes et la cornette de Baudiné. Cette victoire rendit aux catholiques les places de Frontignan , Gignac et Clermont.
(I) HUlom générale de la ftrovince de Ltmguedoe y lome $ , page ^^ô..
4562. Trois jours après le combat, Baudiné et Fourquevaux 9 agissant au nom de Joyeuse, conclurent un traité par lequel le premier s'engageait à remettre au chef de l'armée catholique la ville et le château de Pézénas , avec d'autres places que te^ naient les religionnaires , à la condition que ceuxK)i n'y seraient pas plus inquiétés que les catholiques. Les choses étant ainsi réglées, Baudiné se retira k Agde avec les débris de son armée , et Joyeuse alla prendre possession de Pézénas , où il mit une bonne garnison sous les ordres de Conas. De là , il se rendit à Béziers; mais les habitants de cette ville, sous prétexte qu'il avait violé le traité en faisant emprisonner quelques calvinistes de Pézénas , refusèrent de lui en ouvrir les portes, par ordre de Baudiné. Ce refus avait une autre cause. Baudiné venait de recevoir des renforts et l'avis que François deBeaumont, baron des Adrets, accourait à 3on secours. Impatient de venger sa défaite, il disait donner cette raison pour avoir occasion de recommencer les hostilités.
Le baron des Adrets , qui a joué un rôle important dans les guerres de religion, était un gentilhomme du Dauphiné. Les protestants de cette province, ceux du comlat Venaissinetdu Haut-Vivarais avaient fait de rapides progrès sous son commandement, surtout dans ce dernier pays. Annonay(l), Tournon , Ghalancon et autres lieux étaient tombée an leqir pouvoir et avaient subi la loi du vain^
(4) Le monastère des Célestiiks de Colombier , sitoé k peu de distance d*Annoniy, fui surpris el saccagé par le capitaine Lapra , calviniste dei Gérennes, qui occopait ^ette Tille au nom du baron des Adrett.
queor. Mattrede Montbrison et dû tous les bourgs 4562. et villages voisins , ce chef redouté marchait sur le Puy , capitale du Velay , qu'il eût probablement soumise, lorsqu'il apprit que Valréas avait été pris par les catholiques , et que le comtat était sur le point de perdre toutes les places qu'il avait conquises daiis ce pays. Il se rendit en toute hâte à Lyon , pour prendre le commandement des troupes calviniste qu'il avait laissées à Charles Dupuy , seigneut* de Monlbrun , et revint dans le Midi. Toutefois y ne voulant pas renoncer à la conquête du Puy, il dirigea sur cette ville plusieurs compagnies d'infanterie et deux pièces de-campagne , sous les ordres du sieur de Blacons , l'un de des lieutenants. Celui-ci, s'élant adjoint les forces que le capitaine Sarras ayait ramassées dans le Yivarais, et qui portaient son armée à près de 8,000 hommes , marcha sur le Velay. Les habitants du Puy , effrayés de ce mouvement, députèrent quelques-uns d'entre eux auprès de Miliau , frère du sieur d'Alègre , leur séliéchal , et partisan des calvinistes. Il fut convenu entre Miliau et Blacons que moyennant une somme de 3,500 écus l'armée calviniste ne ferait aucune tentative et se retirerait sur Lyon. Le lendemain cette somme fut comptée ; mais Blacons , au lieu de prendre la route de Lyon , poursuivit sa marche sur le Puy, dès la nuit suivante, et arriva sous ises murs le 4 août à la pointe du jour. Les habitants , indicés de cette déloyauté , coururent aux armes, et, vaiUamment secondés par la noblesse du Velay ^ ijui se trcmvait assemblée pour l'arrière-ban, ils forcèrent les assi^eaxits à battre en retraite jus-
4 562, qu'au château d' Epaly , situé à un demi-quart de lieue des remparts. Vainement, pendant cinq jours, ils tentèrent de s'emparer de la ville : constamment repoussés , ils prirent le parti d'abandonner le siège et de se retirer du côté du château de Polîgnac , dont l'arlillerie leur fit beaucoup de mal- A quelques jours de là , Blacons ayant été joint par 800 hommes de troupes fraîches , enleva la célèbre abbaye de la Chaise-Dieu ; mais il en fut bientôt chassé par le baron de St-Erem , lieutenant du roi en Auvergne. Ainsi se termina cette expédition.
Cependant, le baron des Adrets, arrivé dans le comtat Yenaissin , avait battu le comte de Suze à Valréas le 25 juillet, et, traversant le Rhône, s'était emparé du Pont-St-Esprit , du Bourg-St-Andéol , du château de Roquemaure, où il établit son quartier-général, et du village de St-Laurent-des-Arbres , à deux lieues d'Avignon. Ce fut après ces opérations qu'il fit passer des troupes à Baudiné.
Dans ces entrefaites , le baron des Adrets reçut un message du prince de Condé, qui lui enjoignait de combattre à outrance les catholiques du Languedoc, afin de détruire les espérances que les Guise et le connétable avaient fondées sur cette province , et de s'entendre à cet égard avec le capitaine Grille , gentilhomme protestant d'une grande valeur.
Baudiné, se voyant à la tête de 3,000 hommes d'infanterie et de quatre cornettes de cavalerie , résolut de s'emparer de Frontignan et de couper toute communication entre cette place et celle d'Aigues-Mortes, que ses troupes assiégeaient sans succès depuis trois mois, attendu que des secours arri-
vaient conlinuellement aux assiégés du côté de la 4562. mer. Il fit venir de Béziers quelques pièces d'artillerie , et se mit en mesure d'accomplir son projet; mais Frontignan se défendit si bien, qu'il fut contraint de se retirer , après avoir perdu près de 400 hommes sous les murs de cette ville.
Pendant que Baudiné était en retraite sur Montpellier, il apprit que Joyeuse devait l'y attaquer avec des forces considérables. Il hâta sa marche , et étant arrivé dans cette ville, il fit raser ses faubourgs et abattre tous les arbres qui se trouvaient à portée de canon. On mit une telle diligence dans cette opération , qu'elle fut exécutée en moins de quatre jours. La destrucion des faubourgs de Montpellier réduisit de moitié l'importance do cette ville : avec eux disparurent vingt-cinq églises ou couvents de la plus rare beauté et beaucoup de maisons particulières admirablement construites.
Conas et Fourquevaux se dirigèrent bientôt sur Montpellier , avec quatre à cinq mille fantassins , cinq cents cavaliers et quinze pièces d'artillerie. Le château de Lates, à l'embouchure du Lez, etl'ile Maguelonne furent enlevés par ces troupes, qui passèrent au fil de Pépée les religionnaires qui s'y étaient enfermés.
En même temps, Joyeuse accourait avec dix pièces de canon pour réduire la ville et s'emparer ensuite de Nismes et du Pont-St-Esprit , afin d'empêcher toute communication entre des Adrets et Baudiné , et contraindre Béziers et Agde , qui devaient se trouver isolées par la ^rise de ces places, à se rendre d'elles-mêmes à l'armée catholique.
48 GUERRES aVÏLES
4562. De son côté, Baudiné étant arrivé avec toutes les troupes qu'il avait pu rassembler , alla prendre position dans un champ d'oliviers, en face de l'armée de Joyeuse. On se canonna pendant trois jours sans se faire grand mal de part ni d'autre. Le baron de? Adrets ayant rejoint Baudiné, le 1 5 septembre, avec trois ou quatre cents hommes de bonne cavalerie , ils tentèrent , mais en vain , de forcer les callK)liques dans leurs retranchements. Dans ce moment , des Adrets fut rappelé en Dauphiné pour s'opposer aux entreprises du duc de Nemours contre les calvinistes de cette province. Il repassa aussitôt le Rhône , après avoir laissé trois de ses cornettes à Baudiné , et jeté trois compagnies dans le fort du Pont-St-Esprit, pour garder le passage du fleuve , afin de se ménager une retraite en Languedoc , en cas de revers.
Après son départies armées continuèrent d'échanger des coups de canon. Baudiné , informé secrètement que le comte de Suze et Sommerive , commandants des catholiques en Provence, allaient se porter sur Montpellier , s'empressa d'y ramener s^ troupes.
En effet, ces deux chefs venaient de franchir le Rhône avec deux mille hommes , pour se joindre à Joyeuse , qui , de son côté , arrivait avec dix-huit cents combattants. Cette armée s'accrut bientôt de troupes recrutées dans l'Auvergne , le Gévaudan et le Yivarais, par Lastic, grand-prieur d'Auvergne ^ Armand vicomte de Polignac, les Seigneurs d'Apobier, de Lestrange et de Genaret, qui s'étaient mis à leur tête.
DU VIVABAIS. 49
Gritte y l'un des lieuteuants de Baudiné , ayant 4^62. appris ces mouvem^ts , se mit en marche contre l'armée catholique qui menaçait Si-Gilles. Il y eut une telle promptitude dans son opération, que Pinfanterie catholique , saisie d'une terreur soudaine à son apparition, s'enfuit de tout côté. Les chefs, désespérés de ce contre-temps, firent avancer leur cavalerie , afin de couvrir la retraite des fantaœins; mais les calvinistes se jetèrent ajar elle avec impétuosité et la mirent dans une déroute complète. Sa défaite ayant livré les fuyards à leur discrétion, ils en firent un carnage affreux. Plus de 2,000 catholiques furent tués dans cette affaire : les calvinistes n'y perdirent qu'un seul homme. Gabriel de Panisses , seigneur de M ontfaucon , le commandeur de Jallais,dela maison de Gogollan, les capitaines S^Christol , Barjac et Cesarello , napolitain, se trouvèrent parmi les morts. Outre un grand nombre de prisonniers, des armes et un butin considérable, dix-sept enseignes ou drapeaux tombèrent au pouvoir des vainqueurs.
Le même jour où Grille écrasait ?armée catholique à St-Gilles , Baudiné battait Joyeuse sous les murs de Montpellier, et le refoulait dans son camp de Lates. Le lendemain, dans une escarmouche qui eut lieu près de ce camp , les calvinistes perdirent une cinquantaine d'hommes ^ parmi lesquels étaient deux bons officiers, le capitaine Grémian et le jeuûe Maillan. Les catholiques eurent aussi quelques hommes tués y entre autres un capitaine espagaoi. nommé Loupiân.
Le 1 ^"^ octobre, il y eut une nouvelle aCEaire dans
:562. un endroit appelé les Arenasses. Joyeuse, qui avait quitté secrètement son camp de Lates , vint attaquer à Timproviste le capitaine Grille, qui se dirigeait sur Nismes avec douze cents hommes, infanterie ou cavalerie; celle-ci, dès le premier choc, prit la fuite , et Tinfanterie , ne se voyant plus soutenue , se mit à la débandade. Les catholiques la poursuivirent Tépée dans les reins et lui tuèrent beaucoup de monde; mais ils eurent à regretter, parmi les gens qu'ils perdirent eux-mêmes , le capitaine Bizanet.
Le lendemain , Joyeuse , ne voyant pas arriver d'Apchier, qui devait lui amener des secours du Gévaudan , renonça à ses projets sur Montpellier et prit le parti de se retirer. Il envoya auparavant un parlementaire au capitaine Grille avec une lettre de François de Lestrange , évêque d'Alet et son ancien ami , pour lui demander une entrevue. Grille y ayant consenti , elle eut lieu entre les ponts Juvenal et Trincat ; là , il fut convenu que Joyeuse pourrait se rendre librement à Pézénas avec son armée. Dès le lendemain il opéra sa retraite ; mais ce ne fut pas sans laisser des traces sanglantes de son passage. Il saccagea Florensac et Vias , qui appartenaient au comte de Crussol, devenu suspect aux catholiques , et prit Villeneuve , près de Béziers , dont les calvinistes avaient pillé les églises.
Baudiné, ayant nommé Rapin gouverneur de Montpellier, et envoyé à Aigues-Mortes le capitaine Grille et le sieur Baisse , pour assiéger cette place , où St-André commandait , se dirigea sur le Vivarais pour attaquer le Pouzin , où Joyeuse avait logé
le capitaine Lacroze avec une faible garnison. Cet 4562. officier , informé de son arrivée et se voyant dans l'impossibilité de lui résister, résolut de massacrer les habitants du lieu, qui, presque tous, appartenaient au culte réformé; mais ceux-ci, ayant eu vent de sou projet , quittèrent secrètement la ville , pendant la nuit, et allèrent se réfugier dans le camp de Baudiné, qui s'en rendit maître le lendemain. Ce général attaqua ensuite Bourg -St-Andéol , qui, n'étant pas en état de se défendre , tomba également en sa possession.
Les affaires des calvinistes n'allaient pas aussi bien dans le Gévaudan. Le capitaine Treillans, chef d'un corps de catholiques , les avait battus sous les murs de Monde , qu'ils assiégeaient dès les premiers jours d'août. Ceux des Cévennes , au nombre de 1,500 , sous les ordres de Gabriac , s'étant réunis aux vaincus , firent une nouvelle tentative sur cette place; mais d'Apchier, chargé de sa défense, déploya une si grande bravoure, que les assiégeants furent forcés de se retirer avec des pertes considérables.
Pendant la déroute de St-Gilles, ce même d'Apchier , secondé par le baron de St-Vidal , Lafare , Treillans et quelques autres seigneurs catholiques , avait mis le siège devant Florac avec 2,000 hommes. Cette ville était sur le point de se rendre, lorsque la nouvelle de la prochaine arrivée de Baudiné les obligea à décamper.
Cependant, le capitaine Grille, que ce seigneur avait envoyé à Âigues-Mortes , était parvenu à s'emparer de la tour Carbonnières , assise au milieu des
^562. marais, à un quiart de lieue de cette ville; là, il apprit que le duc de Nemours, après avoir emporté la place de Vienne, en Dauphiné, poursuivait vigoiireqsement le baron des Adrets. Almndonnant aussitôt le siège d'Aigues-Mortes , il marcha en toute hâte au secours de ce dernier avec trois comettea de cavalerie.
L'arrivée du duc de Nemours avait ranimé le coul'age des catholiques; et tandis que le capitaine Sarras , gouverneur d'Annonay , livrait au pillage la ville de St-Etienne, dont il s'était rendu maître par ordrQ de des Adrets , les barons de St-Vidal et de StrChamond, parvenus à réunir sept à huit cents arquebusiers , tQoibèrent inopinément sur ses troupes elm firent un horrible carnage.
Profitant de sa victoire, St-Chamond se porta immédiatement siur Annonay, avec quinze cents catMiqnes et plusieurs pièces de campagne. Il somma cette ville de se rendre au roi ^ au nom du duQ de Nemours : les habitants ayant refusé , it fit donner l'assaut. Les Annonéens opposèrent une résistance si vive et si persévérante , qu'il eût été réduit à lever le siège, si les catholiques de lacité^ qui s'étaient réfugiés dans les tours , ne l'eussent ap^ puyé en foudroyant eux-mêmes ceux de leurs (x>ncitoyens qui s'opposaient à la reddition de la place. Encouragé par cette diversion , St-Chamond redoubla d'efforts, et finit par pénétrer dans l'intérieur avec son armée , qui passa au fil de l'épée tous les calvinistes pris les armes à k main. Maître des tours et des maisons , il fit précipiter du haut en bas ceux qui s'y trouvèrent, sans é^ard pour le sexe
DU VIVARAIS. 6î^
ni pour Tâge. Pendant qu'Annonay était en proie à 4562. touleâ ces cruatilés > d'Apchier saccageait les villa-ges environnants et immolait les calvinistes qni étaient allés y chercher un refuge.
St^Ghamond ne jouit pas long-temps de son triomphe. Deui jours après, le baron des Adrets ayant passé le fthône à Toumon , se porta sur Annotiay pour reprendre Celte ville. St-Chamond, averti de ce mouvement, enleva le plus de vivred qu'il put , mit Jàrnieu avec une petite garnison dans le diâteatu de Colombier-le-Cardinal, situé à peu de distance de là , et partit au milieu de la nuit pour aller rejoindre,. à Vienne, le duc de Nemours.
Tandis que St-Chamond abandonnait Annonay , de Lestrange , chef des catholiques en Vivarais j assiégeait Aubenas; maisBaudiné, ayant marché contre lui , le contraignit à s'éloigner , non sans pertes , car le sieur de la Roquette , qui commandait cette place , lui tua plusieurs hommes de son arrière-garde et lui enleva une grande partie de ses bagages.
De retour au Bourg-St-Andéol, Baudiné apprit que Joyeuse se disposait à attaquer Agde. En effet, Joyeuse , à la tête de A,000 hommes d'infanterie , de quatre cornettes de cavalerie et de six pièces de canon, se présenta devant cette ville, vers la fin d'octobre, et somma Cayla, son commandant, de l'évacuer. Sur le refus du chef calviniste , il commença l'attaque. Après deux jours d'efforts et de persévérance , il parvint à faire brèche; mais ce fut en vain qu'il tenta deux fois l'assaut : Cayla le repoussa constamment avec une intrépide bravoure.
-^^2. La lutte continua. Joyeuse ayant fait une nouvelle trouée du côté de la plage , ordonna un troisième assaut, qui fut encore valeureusement repoussé. Les assiégés allaient manquer de vivres , lorsque deux cents arquebusiers en apportèrent de Béziers, de la part de Gade, gouverneur de cette ville , à qui le prévoyait Cayla avait eu la précaution d'en demander. A la vue de ce secours , tous les habitants, sans exception de sexe, s'unirent aux défenseurs de la place , et un quatrième assaut fut énergiquemenjt repoussé. Dans ce moment, Joyeuae fut informé que Baudiné s'avançait pour secourir Agde. Trop affaibli pour pouvoir résister à une double agression, il se mit en retraite sur Pézénas , laissant sous les remparts d'Agde 400 soldats et 28 officiers tués ou mis hors de combat.
Un autre échec Taltendait sur son passage. Le capitaine Bpuillargues , l'un de§ officiers de Baudiné, ayant atteint son arrière-garde à St-Pargoire, lui tua 274 hommes et deux officier^ de mérite.
Tandis que Joyeuse regagnait tézénas tout confus de ses défaites, Baudiné rentrait à Montpellier. A son arrivée, il reçut une députation des villes soumise§ aux religionnaires, chargée de lui faire agréer une résolution qui avait été prise en assemblée générale à Nismes, d'élire pour chef son frère Antoine, comte de Crussol et de fonnerre. Baudiné applaudit a ce choix et déclara aux députés que quant à lui il jurait, dè^ cet instant , une entière obéissance au nouvel élu. Celui-ci fut aussitôt sommé d'accepter la charge qui lui était dévolue par Barges, jugiB et lieutenant de la ville et du gouvernement de Itfont-
pellier, en présence du prince de Salerne, de 1363^ Châtillon, comte de Beauvais , naguères cardinal, de Jean de St-Gelais , évêque d'Uzès , qui favorisait secrètement les calvinistes, et de plusieurs autres personnes de distinction. Le comte , qui avait manœuvré de manière à amener ce résultat , eut d'abord l'air de ne pas se soucier de l'honneur qui lui était offert , et finit par se laisser faire ; bref, il accepta, à la condition que son frère Baudiné serait son lieutenant-général : à quoi les [députés adhérèrent volontiers.
Les choses étant ainsi réglées , le comte de Crussol écrivit une très-longue lettre à Catherine de Médicis , pour lui exposer les raisons qui l'avaient déterminé à céder aux instances de l'assemblée de Nismes.
A peine investi du titre qui lui avait été conféré , le comte de Crussol s'empressa de pourvoir aux gouvernements du pays et des villes soumises aux calvinistes. Au gouvernement du Gévaudan , il nomma le baron de Peyre; k celui du Vivarais, le sieur de Cournon-Terrail ; à celui de Castres , Ferrières; à celui de Béziers, de Gade; à celui 4'Agde, Senglar; à celui de Montpellier, Rapin; à celui de Bagnols, Bouzarges; à celui de Montfrin, Bourgondi; à celui de Beaucaire , Margotte ; et à celui du château de cette ville, Maillanne. Quant aux gouverneurs de Nismes (1), Uzès, Lunel et Sommières , qui avaient été nommés par son frèrç Baudiné , ils furent maintenus (2).
[\) Le gouyeroement de Nismes avait été donné k Jacques de Crussol; seigneur d'Âcicr , autre frère du comte.
(2) MmQint de JMn-PhUipfi ( l'Anonyme de Montpellier ).
56 GUEfiRSS CIVILES
Àh62. Le baron des Adrets , en quittant le Vivarais , avait laissé au sieur de St-Remezy le gouvememeut du Bourg-St-Andéol. Baudiné , qui se trouvait à Beaucaire , apprit tout-à^oup que cette ville vensdt d'être reprise par les catholiques , qui avaient tué St-Remezy et son fils. Il partit aussitôt avec un corps de troupes pour les assiéger dans cette place, qu'il leur reprit d'assaut. Il y établit une bonne garnison, et alla rejoindre son frère le comte de Crussol.
Dans le même temps , de Lestrange , à la tête d'un fort parti de catholiques , assiégeait sans succès la ville d' Aubenas , tandis que les calvinistes saccageaient celle de Largentière (1).
Cependant des Adrets, par un traité secret, s'é* tait engagé à remettre au duc de Nemours , qui commandait en Dauphiné , les places de Bx)quemaure et du Pont-St-Esprit, dont les gouverneurs lui étaient dévoués. Instruit de cette félonie , le comte de Crossol fit sommer Pontais , gouverneur de cette dernière ville , de la lui livrer : il s'y refusa ; mais 86$ officiers et les habitants le contraignirent à obéir, et le retinrent prisonnier. Quant à Roquemaure , Châbert , qui l'occupait , comprenant que la résistance serait inutile , alla de lui-même au-devant des désirs du comte et lui jura fidélité.
(\) Cel(9 fille portait autrefois le nom de StgnalUrei. Elle prh celai de Largentière j après la découverte de ses mines d'argent, lorsque la rivalité des propriétaires de ces mines eut f»it élever des forteresses et des bastions. Elle joua un grand rôle dans la guerre des Albigeois^ Aprè^ avoir passé de la domioatioii des comtes de Toulouse k celle d'un évèque , puis d'un pape , puis dVn légat du papO) puis d'un général des croisés, elle finit par être réunie k la couronne de France.
DU VltÀRAlS. 57
La conduite du baron des Adrets avait paru équi- 45é2. voque aux calvinistes du Dauphiné. Bientôt ceux de Vienne ayant acquis îa certitude de sa trahison , le firent arrêter eî; conduire à Montpellier , où te comte de Crussol le fit enfermer dans le fort Saint- Pierre.
Dans ces entrefaites l'infatigable Batidiné détacha de Montpellier le baron d'Arbres , avec Tordre de s'emparer de la ville et de l'abbaye d'Aniane, que cet ofiicier surprit aux fêtes de NoëL Après iîelte expédition , Baudiné se rendit à Béziers avec lui et Rapin, gouverneur de Montpellier. Là, il détacha de iKHiveau d'Arbres avec de Gade , gouver^ neur de Béziers , qui forcèrent la ville de Puy-Laurens, le 28 décembre. A leur retour, Baudiné passa avec Rapin en Dauphiné , où les religionnaires avaient reconnu pour chef et général le comte de Crussol, depiûs la défection du baron des Adrets.
Après leur départ, le comte de Crussol chargea le baron d'Arbres de ravitailler la ville de Montauban , qui se trouvait épuisée par deux sièges qu'elle avait en à soutenir , l'un au mois de juin contre Montluc , l'autre au mois de septembre contre Burie et le sieur de Terrides , qui ayant perdu 1 ,500 hommes par de fousses manœuvres , devint suspect aux catholiques et finit par décamper , d'après les conseils de Montluc, que sa conduite, pendant ce dernier siège, avait singulièrement étonné. D'Arbres parvint à remplir sa mission , malgré les efiForts du cardinal d'Armagnac , qui avait envoyé des troupes pour s'y opposer.
Ce cardinal , après la levée du siège de Montau^
4562. ban , avait écrit à la reiûe-mère pour lui signaler les faits et gestes da comte de Crussol et se plaindre de l'emploi qu'il faisait des biens confisqués, en faveur de la garnison de Montauban. Dans le même temps, le cardinal Strozzi, évêque d'Albi, qui commandait dans ce diocèse et celui de Castres , écrivait à cette princesse qu'il avait soutenu la guerre jusqu'alors sans toucher aux deniers du roi ; mais qu'actuelleinent des secours lui devenaient indispensables. Pareille démarche était faite par le parlement de Toulouse auprès de Catherine de Médicis , tandis que Joyeuse, réduit aux abois, convoquait les états de la province à Carcassonne, sous la présidence de Guillaume Pelissier , évêque de Montpellier. Là , François de Lestrange , évêque d'Alet, et Pierre de Cheverri, commissaires du roi , obtinrent , outre les sommes qu'ils avaient demandées , comme l'année précédente , pour la taille, la crue , etc., celle de trois cent mille livres à titre d'emprant , que devait fournir , par égale part , le clergé , le tiers-état et le diocèse de Pamiers. Tout cet argent devait être employé à réduire les rebelles à l'obéissance du roi. Il fut décidé aussi que tous les gentilshommes prendraient les armes dans ce but, sous peine d'être dépouillés de leurs fiefs. L'assemblée adopta en outre quelques autres mesures plus ou moins importantes, et dont l'exécution dépendait des événements.
Pendant la tenue des états à Carcassonne , le comte de Crussol avait été obligé de se rendre à Valence, pour s'opposer aux mouvements du duc de Nemours. Par suite d'une délibération prise dans
une assemblée tenue à Bays , il chargea St-Martin , 4562. seigneur de Cournon-Terrail , son lieutenant dans ce pays , d'aller prendre possession de la ville d'Annonay, que les catholiques venaient d'abandonner: ce qu'il fit sans opposition , le 28 décembre , avec AOO hommes. Mais le duc de Nemours , instruit de ce fait , y envoya St-Chamond avec 3,000 hommes du Forez, qui forcèrent la place à capituler, le 11 janvier 1563 , après un siège de deux jours.
Ici nous voudrions qu'il nous fût permis d'anéan- 4505. tir une page des annales sanglantes de ce temps de fanatisme, d'anarchie et de férocité, afin de nous dispenser de reproduire des faits qui soulèvent l'âme d'indignation et de dégoût; mais l'inexorable vérité est là toute puissante , qui nous rappelle au devoir que nous nous sommes imposé en prenant la plume : quelque pénible qu'elle soit , poursuivons donc notre tâche.
L'acte de capitulation entre St-Chamoud et les Ânnonéens , portait en substance que les calvinistes pourraient sortir delà ville avec armes, bagages et chevaux , mais sans enseignes , pour se retirer où ils jugeraient convenable ; que l'infanterie catholir que camperait au dehors , et que la cavalerie ne séjournerait à Annonay que le temps nécessaire pour s'y rafraîchir; que du reste les personnes et les propriétés seraient scrupuleusement respectées, etc.
Néanmoins, aussitôt qu'on en eut ouvert les portes, St-Ghamond entra dans la place avec toutes ses troupes. La garnison et les habitants qui voulurent sortir avec elle, sous la foi du traité , furent
60 GUERRBS CIVILES
4565. égorgés sans pitié. Ceux qui avaient préféré festef dans leur domicile éprouvèrent le même sort.
La rage des soldats , ou pIutAt des féroces sateK liles de StrChamond , n'eut point de bornes : après avoir pillé, saccagé, incendié presque toutes les maisons où ils supposaient que des religionnaires s'étaient réfugiés , ils violèrent les femmes et lèà filles jusque dans les bras des époux et des mères , et les immolèrent ensuite. Le sang fut répandu avec une telle profusion , disent Bèzeet d'Aubigné, qu'il coulait dans les rues à la hauteur d'un pied ! Ils ajoutent que plusieurs d'entre eux, ayant assouvi leur ignoble brutalité sur une femme, en présence de son mari , ils contraignirent cette malheureuse à lui donner la mort avec une épée qu'ils lui mirent dans la main et dont ils dirigèrent eux-toêmes la pointe sur son sein. « Il ne suffisait pas , observe » l'impartial de Thou, d'avoir violé la pudicité » d'une femme vertueuse , il fallait encore qu'ils » lui fissent souiller les mains du sang de son » époux ! » Ces excès durèrent cinq jours.
Enfin, St-Chamond ayant fait brûler les portes de la ville , démanteler ses remparts et abattre ses tours, quitta Annonay, le 4 4 janvier, pour se rendre à Boulieu , village peu éloigné de là , et où ses soldats exercèrent des cruautés non moins atroces. Tout cela eut lieu pendant que le comte de Crussol était à Valence , sans qu'il pût rien entreprendre pour l'empêcher. Toutefois il se dédommagea de la perte d'Annonay, au mois demain suivant, en s'emparant de plusieurs places du comtat Venaissin ; mais il eut la douleur de perdre un de ses frères ,
Chartes de Crussol, qui fut tué le 19 du même 42f$9, moi» , 80US les mura de Sériguan. Les troupes di^ comte prirent Servian , Casai et Villeneuve ; d'fi^ulre part les religionnaires de Castres ayant enlevé Cuq , près deLautrec, assiégèrent Saïz^ culbutèrent sept à huitcents paysans des environs, accourus pour secourir cette place, et battirent en ruine le couvent des Jacobins de St-Vincent de Castres. Ceux de Béziers chassèrent tous les ecclésiastiques de cette ville et forcèrent le capitaine Paillet, après cinq assauts énergiquement repoussés , à leur livrer la place de St- Laurent -des -Arbres, au diocèse d'Avignon. Dans le même temps un corps de mille calvinistes attaquait la ville d'Aramon , sur le Rhône , avec quatre pièces d'artillerie , lorsque le vice-légat vint le contraindre , avec des forces considérables, à lever le siège.
Les religionnaires n'obtenaient pas moins de succès dans le Gévaudan. Le baron de Peyre , à la tête de ceux de Marvejols, se rendit maître de Recoules et de St-Orsilles , où il tua 70 catholiques. Il reprit ensuite le château de Marchastel, que Cottard, gouverneur de Recoules, lui avait enlevé quelques jours auparavant , et se saisit de plusieurs autres lieux.
D'Apchier voulut venger les revers de son parti en s'emparant d'Haumont , où 1 50 protestants s'étaient réfugiés; mais ceux-ci, instruits de ses dispositions , sortirent au milieu de la nuit et se retirèrent à Marvejols.
Enfin le baron de Lafare , qui assiégeait Florac dans l'unique but d'enlever une jemie calviniste ,
62 GUERRES CIVILES DU \IVARAïS.
•1565. de la plus rare beauté (1 ) , fut obligé , par Baudiné , accouru au secours de cette place, d'abandonner son entreprise.
(I) Jeair A» Serres', Inventaire de V histoire de France,