‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 16 sur 223 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

gante et douce parole de Fléchier, qu'il envoya prêcher à Nantes. Mais il fallut bientôt joindre la violence à la persuasion, et la Bretagne eut aussi ses Dragonnades; c'est-à-dire que des dragons furent logés et nourris chez les calvinistes jusqu'à l'abjuration ou à l'émigration de ces derniers ; c et cela, disait Tordonnance, par toutes sortes de voies, » sans en excepter les voies de fait.

Les élections municipales étaient la seule entrave qui gênât encore le despotisme de Louis XIV. Il choisit pour les briser le moment où le commerce de nos villes était ruiné par la guerre, où les flottes d'Angleterre et de Hollande venaient lancer la mort et l'incendie jusque dans nos ports', où nos populations, sans travail et sans ressources, livraient leurs derniers sous aux collecteurs de l'impôt.

C'était en 1693. I^e comte de Rosmadec avait remplacé à Nantes le comte de Molac. Le maire Noblet du Villo attendait un successeur; l'assemblée de ville se préparait à nommer les candidats selon l'usage, lorsqu'elle reçut du Roi l'injonction suivante : c Pour l'entière confiance que nous avons en la personne de notre très-cher et bien-aimé Julien Proust, sieur du Port-La vigne... nous lui donnons et octroyons pai; ces présentes l'office de notre conseiller, maire de la ville et communauté de Nantes, créé héréditaire par notre édit du mois d'août 1692; pour avoir, tenir et dorénavant exercer, en jouir et user par ledit Proust, ses successeurs et ayants cause, héréditairetneni^ aux gages de 2,180 livres par chacun an, à prendre par préférence sur les deniers patrimoniaux et d'octroi de ladite ville... Ledit Proust présidera aux assemblées générales et particulières qui se feront pour les affaires de Nantes, allumera les feux de joie, portera la robe rouge, etc., etc. Et si, n'y faites faute, car tel est notre bon plaisir. >

Ainsi, d'un trait de plume, Louis XIV changeait nos maires électifs, derniers défenseurs des libertés communales, en maires héréditaires et perpétuels à son choix, c'est-à-dire en très-humbles valets de Sa Majesté. Il déterminait la forme et la couleur de leur livrée, l'importance et l'étendue de leurs services... et ne laissait plus à la Bretagne que le droit de payer leurs gages sur ses deniers patrimoniaux.

Cette ordonnance annulait en même temps l'élection du premier chef de la Milice, puisque le maire en était le colonel-né.

La vénalité des charges allait également bon train. Le marquis de Sévigné acheta cent quatre-vingt mille livres la charge héréditaire de lieutenant général de la ville et comté de Nantes. En 1695, les maires vendaient publiquement les moindres grades de la Milice bourgeoise. Un M. de Boisgour osa rappeler les franchises jurées par Louis XIV ; mais M. de Sévigné lui imposa silence.

' Les Bretoni prirent d'MalanlM reranclMs tiir let Anglais et les Hollandais, par les eiploits de Du Goay-Trooin, de Cassaid et de levrs dignes compagnons d'armes (V. la BreL ane, et mod.^ p. an ).

«s BRETAGNE ET VENDEE.

Sis ans après, toutefois, les réclamations de la ville eurent plus de succès auprès du maréchal d'Estrées, qui rétablit les élections de la Milice, conformément à t' ancien utage.

Celte réparation s'étendit même à toute la Bretagne.

Accablé dans sa vieillesse par la mort de tous ses enfanU et par les désastres de la guerre d'Espagne, Louis XIV éprouvait enda le désir de soulager ses peu|des. Hallieureusement il était trop lard... Et le grand roi mourut impopulaire, surtout chez les Bretons, laissant la Monarchie épuisée par ses excès et la Bretagne prête à venger ses injures.

LounlVetlaB^nt.

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