CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
Le mnrquislIcLaBoëssière, investi en Bretagne des pleins pouvoirs du Roiydonna un excmpled'aulantplusadmirablequ'ilfutunique, en renonçant à son autorité pour conserver Taccord par celle d'un autre. Il fut énergiquement seconde dans les Côtes-du-Nord par Courson de Yillevalio et par le vicomte de Pontbriand, entouré de ses trois frères, de ses trois fils et de ses quatre neveux.
Les chefs vendéens, piqués d'émulation, nomment le vénérable Sapinaud généralissime, et Auguste de La Rochejaquelein, major général. C'était rapprocher le Nestor et l'Achille de l'insurrection. Alors, ils rejettent enfin les propositions de Lamarque et de Fouché, qui essayent vainement de compromettre d'Autichamp et Suzannet.
Ce dernier, repentant d'avoir écoulé ces propositions un seul jour, se lave dans son propre sang à Rocheservière, où les deux partis engagent un combat décisif, le 21 juin 1815. Les Blancs y sont taillés en pièces, après de grandes fautes militaires et des prodiges de bravoure. Auguste de La Rochejaquelein prend une vaillante revanche à Thouars; mais il se voit accablé par des forces supérieures, et malgré lui, la paix est signée à la Tessoualle, le 24 juin.
Le lendemain, la Vendée apprenait le désastre de Waterloo et la nouvelle chute de Napoléon. Elle avait désespéré vingt-quatre heures trop tôt ! Mais la Bretagne était toujours en armes et mieux organisée que jamais... Les Chouans eussent détrôné l'Empereur, si l'Europe leur en eût donné le temps. A Auray, le jour même de la bataille de Rocheservière, Sol de Grisolles, Francheville, Le Thies, etc., avaient si rudement mené le général Bigarré, — qu'on leur avait propose de dicter les conditions de la paix. Leur cri unanime fut : — Le Roi, ou la mort!
Quinze jours après, Fouché avait l^ahi Napoléon, et Louis XYilI rentrait à Paris... hélas! avec les étrangers!
Loin d'appeler l'invasion en France, les Bretons et les Vendéens (c*est là leur dernière gloire), l'avaient repoussée de toutes leurs forces. Pont* briand, avaitditaux Prussiens, au nom des Bretons : «Vous n*ircz pas plus loin, ou vous nous passerez sur le corps...» Au nom des Vendéens, du Boberil, aide de camp de D*Andigné, provoqua et tua en duel un officier de Blûcher. Il fallut contenir toute la Bretagne et toute la Vendée, pour les empêcher de se jeter en niasse sur les troupes étrangères.
On sait la conduite impolilique et ingrate de la Restauration envers les
voilà que les balles manquent aux héroïques enfants I... Les femmes de MusiUac arrivent avec leurs cuillers et leurs plats d'étaio ; elles les fondent et les distribuent de rang en rang, et en envoient plus d'une aux Bonapartistes avec les fusils encore chauds des morts... Trois ofGcicrs des collégiens de Vannes ont survécu à leurs exploits : M. rabt>é Bainvel, aiiyourd'hui cure de Sèvres, — au$$i édifiant au pied de l'autel, qu'il fut redoutable sur le champ de bataille; M. I^ucllec, qui apaise, comme juge de paix, ceux qu'il conduisait naguère au combat, et M. Rio, l'éloquent auteur de \'Ari chrétien, et l'historien de l.i Petite Chowtnnerie, — eujus pars matjna fuit.
640 BRETAUNK ET VENDÉE.
Bretons ot les Vendéens. Nuus la rcsuriipronit par ik'iiïi faitiii <|iii (liscnL tuut. La Teuie de Roticspiuixe reçut une pension de six mille livres, ni les enfants de Gallielincau rcstârent dans l'indigence!
Faut-il s'étonner, iiprès cela, que la Bretagne et la Vendée aient laissé s'accomplir la Uévolulion de juillet 1850?
Une femme, une mère, une licroïne d'autiefois, crut pourtant les soulever, deux années plus tard... Cette femme trouva quelques dévouement tt à la hauteur de son courage; mais elle ne put ébranler des peuples mieux traités par un gouvernement hostile que par l'ainitié de la Restauration ! L'affaire de 1852 ne fut donc qu'une aventure, mais une aventure chevaleresque, digne encore de la Bretagne et de la Vendée, — et qui, malgré son misérable dénoûment, fournira de belles pages aux historiens et aux poêles de l'avenir; --quand le jour sera venu delà raconter sans passion et de la juger sans appel .