‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 3 sur 223 · CHAPITRE PREMIER. ià · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. ià

pouvaient que se choquer de jour en jour dans ieura développements res* poctifs. Plus la Monarchie, multipliant ses attaques , étendrait un pouvoir absolu sur le reste de la France, — plus la Bretagne resserrerait, pour se défendre, ses institutions à la fois aristocratiques et populaires, — nous dirions représentatives , si le mot n^eût pas été inventé trop longtemps après la chose. Il était donc impossible à la première d'exécuter longtemps le contrat, comme il était impossible à la seconde de le laisser anéantir. Les inexorables progrès de la c^.i)tralisation devaient, d^ailleurs, amener la Monarchie à passer la niveau administratif sur la Bretagne, et la Bretagne ne pouvait s^assujettir à ce niveau sans la résistance acharnée qu'on va voir.

Ajoutons que, si le plus souvent la Monarchie eut le rôle habile en ce combat, la Bretagne ne cessa pas d'y avoir le noble rôle. Par la nécessité même de leurs positions, l'une attaquait avec le parjure et la duplicité, avec la force et le despotisme; l'autre se défendait au nom de la foi promise, de la faiblesse opprimée, des libertés envahies. Si la Bretagne ferma obstinément l'oreille aux belles paroles de la centralisation , aux promesses dorées de l'unité française, on doit convenir que tous les gouvernements sont venus l'un après l'autre justifier ses méfiances, en faisant la plus petite part dans leurs faveurs à la province qui méritait peut-être la plus grande.

Qu*on ne s^étonne donc pas si le même Breton qui crie aujourd'hui : Vive la France' ! aurait crié en 1675 comme en 1760, comme en 1793 : Malo mori quàm fœdari!

A peine les rois de France avaient-ils signé l'acte d*Union qu'ils commencèrent à l'enfreindre. Toutefois, Charles VHI et Louis XI] ne purent guère y toucher ouvertement, tant que la j*eine Anne fut là pour le défendre. Mais une fois cette dernière duchesse inhumée à Saint-Denis, — on se rappelle avec quelle pompe , — les successeurs de ses deux maris ne cessèrent d'empiéter , de règne en règne , sur les franchises de la Bretagne.

Henri II, tout en rendant le Parlement sédentaire, y glissa un certain nombre de magistrats français, au moyen desquels il espérait mitiger Tindépendance de cette cour redoutable.

Dès lors les' charges qui devaient être le privilège des Bretons furent partagées entre eux et les étrangers. Des offices nouveaux furent créés en faveur de ceux-ci, à l'encontre de ceux-là.

Le principe qui attribuait exclusivement aux États le vote des impôts reçut une première atteinte sous Charles IX. Un subside fut levé en Bretagne par les généraux des finances, sans n Tavisement » des Trois Ordres. On fit peser ce subside sur les populations rurales, dans l'espoir qu'il pas-

' Voir 11 Gonclaition de notre Bretagne anrienne H moderne^ dernier chtpiire, dernièle page.

ti BRETAGNE ET VENDÉE.

serait inaperçu. Mais toutes les fnincliises, comme toutes les classes, étaient également sacrées pour les États. Ils protestèrent immédiatement contre cette violation des coutumes du pays.

Tel fut le commencement de ces Plaintes et de ces Remontrances , qui devaient un jour s'élever au ton de la menace, et fuire trembler la Monar* chie sur son tr6ne.

L^attaque et la défense se renouvelèrent sous le même règne et sous le règne suivant; car, dans le cahier des Remontrances de 1576, nous voyons les États « supplier Sa Majesté de mettre en considération leurs précédentes Remontrances, et d'ordonner que les pactes et accords faits au mariage de feu, de bonne mémoire, la duchesse Anne de Bretagne, reine de France, soient inviolablement observés, et qu'il ne soit fait désormais aucunes le^ vées de deniers sans le consentement des Estats, — faisant en même temps défense aux généraux des flnances d'en faire aucun département, à faute de quoi lesdits Estats protestent dès à présent d'injustice contre eux et les prennent à partie pour leur faire, en leur privé nom, réparer tout. »

En 1632, nouvelle entreprise de la Monarchie contre la prérogative des États do Bretagne. Sous prétexte que les gages des officiers du Parlement et de la Chambre des Comptes n'avaient pas été payés à temps, le Conseil du roi Louis Xlil, ou plutôt du cardinal de Richelieu, fit lever par simple ordonnance les louages de 1632«1633. iiCs Trois Ordres réclamèrent si vigoureusement, que le prince de Condé, qui les présidait, fut obligé de déclarer, au nom de Sa Majesté, « qu'elle n'avait jamais entendu porter la moindre atteinte aux franchises de la province. »

On verra la Monarchie reproduire cette formule à la suite de toutes ses tentetives, et miner obstinément la constitution bretonne en protestant non moins obstinément de son respect pour elle; — comme ces bretteurs pnw dente qui, appelés sur le terrain par leurs adversaires, déclarent qu'ils n'ont pas voulu les offenser , et recommencent à les insulter le lendemain. — Ceci, du reste, est l'éternelle et inévitable histoire de toutes les monarchies et de toutes les constitutions possibles.

Cette fois, les États furent ou semblèrent être dupes de la patte de velours ; mais ils demandèrent qu'à l'avenir aucun édit ne pût s exécuter a sans leur avisement et consentement, » —-ce qui leur fut accordé ou du moins promis, n conformément aux privilèges octroyés de tout temps à la Bretagne. » Telles furent les propres expressions du Conseil du Roi.

Or, si Sa Majesté croyait bien dire en parlant ainsi, son erreur était grande, car ces mots soulevèrent de plus belle Messeigneurs des Étate. Rétablissant aussitôt la question et définissant à merveille l'état politique de la Bretagne, ils répondirent « que les droits de la nation bretonne ne dérivaient pas de privilèges octroyés, mais que la constitution du pays , dont In base était Taristocratic et non le despotisme d*un seul, avait précodc

Page 1