‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 33 sur 223 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Restaient les exilés , qui se mouraient du mal du pays à la cour du roi d'Espagne. Au milieu des splendeurs de TAlcazar, et sur les bords charmants du Guadalquivir, ils pleuraient leurs sombres manoirs et les côtes sauvages de TArmorique. LMronie des roués les poursuivait jusque dans leur misère. < Il y a ici de pauvres Bretons, écrivait de Madrid le maréchal de Tessé. Ils sont d'une figure h faire croire qu'ils ne feront plus révolter la Bretagne... Qui les déchausseroit les trouveroit chèvres- pieds... >

Au lieu de rappeler tout simplement ces malheureux , on prolongea leur exil en exigeant d'eux des soumissions qui révoltèrent leur orgueil. M. de Brou écrivait au garde des sceaux : « Tous les exilés se sont promis de ne faire aucune démarche pour leur rappel. Ils laisseront agir leurs parents et leurs amis, mais déclareront toujours qu'ils n'y ont aucune part... Il est donc certain qu'ils rie seront que plus fiers à leur retour, et qu'aux États prochains, non-seulement ils ne seront pas corrigés, mais encore cela sera d'un très-mauvais exemple pour les autres. >

On tenait la même rigueur aux magistrats dépossédés de leurs charges. Et gentilshommes et magistrats surent inspirer à leurs familles l'énergie de leurs propres sentiments. En vain deux évoques conjurèrent madame de La Royrie de solliciter le rappel de son époux auprès du maréchal de Montesquiou... Elle refusa de faire la moindre démarche, déclarant que son mari devait rentrer sans condition, que son rappel était une réparation qui lui était due*.

Les uns cédèrent enfin, vaincus par la nostalgie, la Cour trouva un biais pour céder aux autres; et tout sembla rentrer dans l'ordre... Mais ce calme apparent n'était que le précurseur de nouveaux orages.

Ce fut alors qu'un horrible désastre vint combler les malheurs de cette fatale année 1720'. Nous voulons parler de l'incendie de la ville de Rennes. Allumé dans la nuit du 22 au 23 décembre, chez le menuisier Boutrouel dans la rue Tristin, — attribué par les uns à Tivresse de cet homme, et par

* Le marfcbil, aeheTaotde perdre son latorité au mitiea de ces résittances onanimee, M. de Valincourt avait été obligé d'écrire an garde des sceaui : — • Voici une lettre de M. de Montesqaiou snr le rappel de M. Bonamonr. l\ seroit à souhaiter que , toutes les peines passant par les mains de M. le maréchal. Son Altesse Royale y voulût bien aussi faire passer les grâces, faute de quoi il achèvera de perdre le peu de crédit qui lui reste dans la province. Il y a quelques gens du Parlement qui commeoçoient k aller chet lui, mais les enquestes tiennent ferme, ei ii y a dans ta ville une demi-douzaine de tieUlei foméret qui tont plut UdUieutet el qui font plut de mal que let hommet. Ellet te tant déelaréet let ennemiet juriet du maréchal, et ne parlent ni ne rendent le talut à ceux qui le voient. Un eierople, sur une ou deux de ces créatures, feroit autant de bien que tous ceux qu'on a donnés jusqu'à présent. » Ainsi la régence était réduite à sévir contre les femmes ! (Archives du royaume. Section administrative, n. f ts.)

' On trouvera tous les détails de cet événement dans VHittoire de Rennet, que viennent de publier, ea cette ville, chex Edouard MorauU, MM. E. Ducrest de Villeneuve et D. Maillet; — ouvrage plein de méthode, de sagesse et d'érudition y et dont le style trahit l'excellente plume k qui nous devrons bientôt VHittoire du Parlement de Bretagne, Nous citerons souvent VHittoire de Rennet^ et nous n'avons qu'un reproche h lui faire, c'est d'être trop courte dans sa dernière partie. Mais ce défaut estoelui des bons livres. Le second travail de M. de Villeneuve rombicra, d'ailleurs, les lacunes du premier.

as URETAGNE ET VKNDIÏE,

les autres , mais sans vraiscmblunce , à la vengeance <Viin grand seigneur, — cet incendie dura plus de liuit jours et dévora 32 rues ou places (3,384 maisons habitées par 13,100 ménages), ruina 38,000 personnes, tua ou blessa 6 à 7,000 individus, et causa en somme une perte de 90 millions. ÎÀi Palais fut sauvé par une sorte de miracle; et, comme il n'exisie pas de mal sans compensation, Rennes dut â celte calamité les beaux quartiers qu'on y admire aujourd'hui Malheureusement on ne rcrait point les

monuments historiques, et cette ville n'oiïie aucune de ces ruines pittoresques dont nos cités bretonnes sont presque toutes si ftcrcs.

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