‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 34 sur 223 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

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I.A Bretagne vit avec joie la (In de la Régence , el salua par des fêles puliliques la majorité de Louis \V. Ce fut Burloul en haine du duc d'Oriéans qu'elle nomma le nouveau roi le Bienaimé; elle ne devait pas larder d'ailleurs i^ lui retirer ce tilre glorieux , ça le voyant continuer à Versailles les désordres du Palais-Royal , et livrei- - son peuple avec lui-même aux caprices des roués et des favorites.

Louis XV avait rendu aux villes bretonnes, moyennant fmanues, quel- < des franchises coulisquées par Louis XIV. Quand il voulut

<jo BRETAGNE ET VENDÉE.

ressaisir comme son aïeul, sauf à les revendre encore dans Toccasion, il trouva noire bourgeoisie plus décidée que jamais à les maintenir. Ainsi la Commune de Nantes Gt des remontrances à Tintendant Latour sur les abus de la capitation. L'intendant s'étonna qu*un maire osât lui prescrire den conditions pour remplir ses ordres^ et la Commune lui refusa sans hésiter l'enregistrement.

Ceci se passait en juin 1733. La Révolution de 1789 n'était-elle pas déjà dans les esprits ?

Mais bientôt la Communauté de Nantes flt mieux encore. Elle reçut le serment des officiers municipaux qui l'avaient prêté jusque-là entre les mains des lieutenants du Roi. — Le maréchal d'Estrées, alors gouverneur de Nantes, provoqua un édit qui suspendit toute élection jusqu'à nouvel ordre. Et cependant, à ce moment-là même, Louis XV déclarait, par lettres patentes, ratifier, autoriser et continuer les franchises bretonnes reconnues par tous ses prédécesseurs !

Comment la Bretagne eût-elle respecté un pouvoir qui se moquait ainsi de ses propres paroles ï

Autre fait caractéristique. Le sieur Liautaud de Troisville, échevin de Nantes, se propose pour aller aux États, au détriment de M. Vedier, maire, et la Commune le choisit pour député. Le gouverneur , comte de Toulouse, se plaint diune telle audace^ et défend à M* Liautaud d'<iller aux États. La Commune en appelle à ses privilèges, et maintient son élu. Que fait alors le maire, qui était député de droit, et qui n'avait qu'un mot à dire pour casser l'élection? — 11 sacrifie son intérêt particulier à Tintérêt général, déclare s'en rapporter à la voix publique, et se désiste en faveur de M. Liautaud. Le Tiers comprenait déjà que l'union fait la force. 11 allait devenir invincible.

Enfin le peuple lui-qiême commençait à se remuer. Le 12 août 1735, un gabarier entre à la Bourse de Nantes, en dépit des règlements contraires. En vertu de ces mêmes règlements, on le met à la porte. Ses confrères accoureut le soutenir, déchirent les ordonnances, et maltraitent les négociants. L'émeute devient si grave, que le maire et la Milice arrivèrent, et qu'il fallut jeter en prison les gabariers.

Nantes fut punie de son indépendance par la translation à Rennes des deux facultés de droit (1736).

. Un coup terrible était en même temps porté à la nouvelle Noblesse de Bretagne, dont le droit d'entrée aux États fut réglé d'après l'ancienneté de l'anoblissement. Aussi les Trois Ordres délibérèrent-ils encore, cette annéelà, devant une garnison de douze mille hommes.

Sur les entrefaites, le comte de Toulouse mourut tranquillement comme il avait vécu, et le gouvernement de Bretagne fut donné à son jeune fils le duc de Penthièvre, qui devait être l'homme le plus vertueux de ce siècle pervers.

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