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CHAPITRE QUATRIÈME

« H est iemps^ dit Maupeou, de retirer la couronne du greffe; » et le mot fit fortune parmi les alliés du triumvirat. L*arrét du parlement de Paris fut cassé le lendemain même par le Conseil d*État, qui enjoignait au duc d'Aiguillon de continuer ses fonctions de pair de France. Puis les triumvirs, Louis XV à la tête, allèrent arracher du greffe de la cour toute la procédure des affaires de Bretagne. Après quoi, le ministère Clioiseul et Praslin fut dissous, ces deux personnages exilés; d'Aiguillon, Terray et Maupeou élevés à leur place ; enfin le Parlement cassé et les magistrats dispersés par la force...

Les Parlements de province eurent bientôt le même sort, mais la cour do Rennes ne tomba point sans protestation. On sent quelles vengeances elle eut à subir de la part de Tancien commandant, devenu tout à coup premier ministre. Les instruments de ces vengeances étaient le comte de Goyon et le duc de Fitz-James. Après avoir refusé d*enregistrer les ordonnances de Maupeou, le Parlement fit brûler par le bourreau les billes qui les appuyaient. Il fallut faire enlever les Magistrats chez eux par les soldats de la garnison. Il y eut des émeutes et des combats acharnés dans les carrefours. Enfin le duc de Filz^Jamesfit enregistrer militairement Tédit qui supprimait Tancienne coy^^i^BÎ^t^k^^^e la même façon la Magistrature créée par le chanceliej/ n ^^^Mp mi\ que les exclusions portèrent toutes sur les noms indéoiiaant^umffquéa de noir par la main du duc d'Aiguillon. Vy "*^ y

Ainsi fut accompli par trcK^\o)jfVsâj^et par une prostituée un coup d'État devant lequel eût reculé LoûisaIV. En moins d'un an, ce vaste et terrible corps parlementaire avait disparu comme par enchantement. La Cour, aveuglée par ce succès, crut Tavenir du despotisme assuré en France. Elle ne sentit pas que les philosophes et le peuple applaudissaient parce qu'on venait encore de travailler pour eux; et qu'il fallait C[ue les rouages du Gouvernement « fussent bien vermoulus, » puisque le ressort même de la résistance tombait en poudre au contact d'une courtisane. Maupeou, d'ailleurs, sut assurer la popularité de sa réforme en rendant la justice gratuite, et en supprimant Thérédité et la vénalité des charges.

Encore un mot sur le duc d'Aiguillon avant de le laisser maître des destinées de la France.

Tant qu'il avait pesé sur la Bretagne et persécuté La Chalotais, l'animosité avait été trop grande de part et d'autre pour que chacun vit autre chose que les défauts de son adversaire. On se rendit mutuellement plus de justice, quand des deux côtés on eut posé les armes. Le duc d'Aiguillon, dans ses Mémoires justificatifs, donna des éloges au caractère des Bretons, et même à l'intrépidité des Parlementaires; et les Bretons pardonnèrent bien des exactions et bien des infidélités à leur ancien commandant, en jouissant de cet immense bienfait légué par son administration : huit cents lieues de

roules achevées ou commencées dans toute la Bretagne. L'agriculture, le commerce .et l'industrie, en se développant sur ce réseau de communications fécondes, oublièrent ce qu'elles avaient coûté de sueurs et de larmes, d'illégalités et de concussions; et la mémoire du duc d'Aiguillon est aujourd'hui tout à la fois populaire et détestée en Bretagne , comme celle de Louis XI et de Richelieu eu France. Nous avons jugé assez sévèrement les vices et les mauvaises actions de cet homme, pour rendre une justice égale à ses qualités et à ses services.

On sait, du reste, tout le mal qu'il Ot comme ministre de Louis XV : la banqueroute de l'État, le pacte de Famine, le premier partage de la Pologne, la misère et la corruption poussées jusqu'à l'extrême, la Monarchie enfin avilie aux yeux de tous, tels furent les résultats du ministère d'Aiguillon (1770-74).

Telles furent aussi les circonstances au milieu desquelles Louis XVI monta sur le trône; circonstances tellement fatales, tellement incurables, que le plus honnête et le mieux intentionné des rois ne put sauver la Royauté.

Avant de raconter ce règne de Louis XVI, au bout duquel la Bretagne vit son ancienne Constitution s'abîmer avec la Monarchie, qu'elle tenait corps à corps depuis l'Union, — nous allons imiter les peintres qui se hâtent de faire le portrait des mourants aux approches de l'heure suprême; c'est-à-dire que nous allons esquisser à grands traits cette Constitution bretonne telle que trois siècles de luttes l'avaient laissée : assez forte encore, après une si longue épreuve, pour ne succomber qu'avec la société tout entière.

Cette esquisse complétera les trois tableaux que nous avons tracés aux chapitres VII et XVll de la Bretagne ancienne et moderne.

Nous avons déjà dit que les rois de France, depuis l'Union, régnaient sur la Bretagne, mais ne la gouvernaient pas. Elle était administrée, suivant ses anciennes institutions et franchises, par ses Trois Ordres, réunis (ibus les ans jusqu'en 1630, et depuis 1630 tous les deux ans), sous la surveillance et la direction des commissaires du Roi.

Le premier de ces commissaires était le gouverneur, ou, à son défaut, le commandant en chef. Les autres étaient choisis par Sa Majesté parmi les lieutenants généraux et les lieutenants du Roi de la province, le premier président, les trois plus anciens présidents du Parlement et de la Chambre des comptes, l'intendant, les procureurs, avocats, receveurs et* contrôleurs généraux, le grand maître des eaux et forêts.

Les commissaires formaient, au nom du Roi, .les demandes d'impôts et de subsides, que les États accordaient, modifiaient ou refusaient, et dont ils se réservaient l'administration.

Cette administration était confiée à une commission permanente, tirée des Trois Ordres, et nommée commission intermédiaire.

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