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CHAPITRE QUATRIÈME

Tenseurs s*appelèreiit désormais lesAiguillonnistes. L'autre camp se vengea du petit despote en lui attribuant une tentative d'empoisonnement faite, disait-on, sur La Ghalotais, qu'on harcelait en vain pour obtenir sa démission.

Cet illustre magistrat était toujours le héros de la Bretagne; la question parlementaire surnageait au milieu de toutes les questions, et la vie politique envahissait la société entière. Les Communes, les procureurs, les avocats, les étudiants, demandaient à grands cris le rappel de Y Universalité. (Ce mot était dans toutes les bouches.) 11 faut dire que depuis 1756 les étudiants de Rennes, organisés en corps, avaient leurs registres, leur prévôt et leurs délibérations, vainement interdits en 1767 par un arrêt du Parlement.

Le nouveau Parlement lui-même, tout en obéissant au Roi, qui l'avait constitué, ne cessait de réclamer le retour des bannis, afin de retrouver la considération publique. Louis XV rappelait donc les démissionnaires, au fur et à mesure qu'ils recevaient leurs soumissions.

Enfin, le 9 juillet 1769, vaincu par les instances universelles, le Roi rappela tous leâ Parlementaires avant l'édit de novembre 1765. Leur rentrée eut lieu le 15 an bruit de mille acclamations. Le Palais fut illuminé, et tous les corps de la Bretagne vinrent complimenter la cour, remontée au chiffre de soixante-dix conseillers. La Chalotais et ses amis n'étaient pas encore là... Mais leurs noms furent glorifiés en séance publique, et leur exil reproché au Roi comme un attentat à sa justice.

La révocation du duc d'Aiguillon pouvait seule amener le retour de ses victimes. A la fin, l'époque si attendue de celte révocation sonna pour la Bretagne. Mais cette province ne pouvait laisser partir son petit despote sans régler ses comptes avec lui. Dès qu'il cessa d'être inviolable pour elle, elle formula contre lui les accusations d'infidélité au Roi, d'abus de pouvoir, de dilapidation, d'attentat aux privilèges des Trois Ordres, et d'insulte à leurs représentants. Saisi de tous côtés de ces accusations, le nouveau Parlement, non moins hostile au duc que l'ancien, s'apprêtait à lui faire un procès solennel. Comment, d'ailleurs, eût-il refusé justice à La Chalotais, qui, toujours frappé d'exil et réduit au silence, ne pouvait se justifier qu'en faisant condamner le duc d'Aiguillon comme calomniateur et suborneur de faux témoins. C'est ce que l'illustre magistrat s'offrait de prouver sûrement et publiquement à la cour de Rennes. Tant de charges et de plaintes, dont plusieurs étaient trop vraisemblables, ne pouvaient être étouffées par les illustres amis du commandant. En vain le chancelier Maupeou cassait au nom du Roi les procédures du Parlement, le Parlement poursuivait sa marche et faisait brûler les pamphlets du duc d'Aiguillon. Se voyant enfin seul contre tous, celui-ci sentit qu'il avait fait son temps, et qu'il fallait sortir des affaires en habile homme. L'essentiel

était de n*ôtre pas jugé par la cour de Rennes. Il réclama donc le jugement de ses pairs, et fit évoquer par M aupeou sa cause au Parlement de Paris, érigée en Cour des Pairs. Le duc était bien sûr que ce Parlement, saisi du jugement de son plus grand ennemi, se compromettrait par des violences qui fourniraient le prétexte qu*on cherchait pour le dissoudre.

Ceci était un coup monté entre le Roi et le fameux triumvirat du duc d*Aiguillon, de l'abbé Terray et du chancelier Maupeou. La récompense de ceux-ci devait être la succession du ministère Choiseul et Praslin. Et ils compléteraient alors leur ouvrage par la destruction de tous les Parlements.

Mais en acceptant le rôle de bouc émissaire, le duc d'Aiguillon jouait gros jeu ; et s'il n'y laissa pas sa fortune, il y perdit son honneur.

Soupçonnant le piège qu'on lui tendait, le Parlement de Paris affecta d'abord une modération exemplaire. Maupeou, déconcerté, le fit harceler par le Roi, qui combla l'accusé de faveurs révoltantes. Alors la Cour appela contre le duc d'Aiguillon les amis do La Chalotais. Ceux-ci firent des révélations si imprévues et si graves, que le Roi fut obligé de venir au secours de son compère. Il évoqua le procès dans un lit de justice, et défendit au Parlement de poursuivre... Mais il n'était plus temps, et les triumvirs avaient compté sans leurs hôtes. Le Parlement désobéit très-humblement au Roi, regarda sa protection pour l'accusé comme une preuve de ses crimes; et ne pouvant le condamner sur une procédure incomplète, le déclara, par arrêt du 4 juillet, prévenu défaits qui entachaient son honneur ^ et suspendu des fonctions de la Pairie,

Ainsi la haute comédie tournait au tragique. La Vérité brûlait le boisseau qu'on avait jeté dessus... La Chalotais et la Bretagne étaient vengés malgré le Roi. Prévoyant une cassation immédiate, le Parlement répandit son arrêt par milliers d'exemplaires, et toute l'Europe apprit que le favori de Louis XV était entaché. Il va sans dire que les rieurs furent encore contre lui, et qu'il fut accablé d'un nouveau déluge de chansons et d'épigrammes.

Un tel exploit couronnait et dépassait tous les hauts faits du Parlement; mais celui-ci avait joué son existence même, et ses ennemis l'étouffèrent dans son triomphe.

A leur tête figurait une nouvelle favorite, la comtesse Dubarry, — cette prostituée qui venait de sauter d'un tripot dans le lit du vieux Roi. — Le duc d'Aiguillon passait pour son premier amant : il se montrait du moins son ami dévoué. 11 lui avait concédé à Nantes des terrains qui l'enrichirent en gâtant le plan de cette ville. La Dubarry, par reconnaissance, disait chaque jour au Roi : — « Coupe la tête à ton parlement, la France, ou bien ce sera lui qui te la coupera! »

Cette exécution fut résolue le jour de la condamnation du petit despote^

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