CHAPITRE CLNQUIKMK
Toutes les victimes du duc d'Aiguillon furent plus ou moins vengées ^
En même temps , Louis XVI confiait révcché de Nantes a un saint , M. Frétât de Sarra. Intronisé malgré lui, cet homme de Dieu se voua tout entier aux pauvres et aux malades. Un jour qu'une famille l'invoquait, il s'aperçoit que son revenu est épuisé, que son argenterie et ses bijoux ont été vendus... Il allait donner sa croix d'or, suprême insigne, lorsqu'il avise les deux glaces de son salon : « A quoi servent ces glaces? » dit-il à son vicaire général ; et sans attendre la réponse, il les vend au profit de la malheureuse famille. Un autre jour, il se présente en habit court chez la duchesse de Rohan à Blain : « Excusez-moi , madame , dit-il naïvement; j'aurais bien voulu venir en soutane, mais je n'en ai qu'une, et elle est déchirée. » On disait, en le voyant quêter : *« 11 faudra bientôt faire pour lui ce qu'il fait pour les autres. »
Cependant de graves symptômes annonçaient chaque jour que Louis XVI avait entrepris l'impossible. Ce n*était plus le Parlement ni la Noblesse qui menaçaient la Monarchie; tous trois, au contraire , allaient s*unir contre leur ennemi commun , le Tiers-Elat. Fortifié par sa longue connivence avec le pouvoir, ce grand corps ne pouvait resler dans l'état de sujétion royale où l'avait placé le duc d'Aiguillon, ni abjurer les rivalités ardentes allumées par celui-ci enlrc nos Trois Ordres.
Le commandant de Nantes étant absent pour le Te Deum chanté à l'occasion du sacre de Louis XVI , M. de La Ville, maire et colonel de la milice bourgeoise, prit place dans le banc du Gouvernement, La sénéchaussée voulut Ten exclure, et une émeute faillit éclater en pleine cathédrale. Le maire tint bon. La Commune lui donna gain de cause contre le sénéchal, et rafTaire, grossie de pamphlets et de mémoires , alla jusqu'au Parlement, qui la laissa tomber (i77ti].
Alors eut lieu la brillante guerre d'Amérique, où la noblesse de France jeta son dernier feu, où Lafayette et tant de capitaines s'immortalisèrent, et d'où les conquérants de l'indépendance américaine rapportèrent la contagion de la liberté.
L'année 1777 vit passer cnBrAagne trois grands personnages : le comte d'Artois (Charles X) , qui fut émerveillé de la beauté des Nantaises ; Joseph Il , empereur d'Allemagne, frère de Marie-Antoinette, et le jeune Poniatowsky, futur lieutenant de Napoléon. Qui eût alors prédit les destinées de ces princes?
1 Pour que rien ne manquât à la délicatesse de celte n'paration envers MM. de LaChalolais, le Rui déclara dans ses lettres patentes : « Que s'il avait paru jusque-là diflercr de comprendre BJH. le^ Procureurs généraux d^ins les p:ràcc$ répandues sur Ic5 illustres nngistrals. victimes de la calomnie et objets de la persécution , ce n'était pas qu'il désirât se convaincre davantage de leur innocence et de leurs sentiments de respei'l. ' Heffistiva du Parlement — Histoire de Reunei, («te '