‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 64 sur 223 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Toriginal avec toutes ses signatures. On jugera si un prince réduit à sourire à ceux qui lui parlaient ainsi n*était pas détrôné d*avance; si jamais nos chambres modernes ont tenu aux rois constitutionnels un langage plus ferme et plus énergique. Et malheureusement pour Louis XVI, le mémoire de nos députés était sans réplique. Tant que le pacte d*Union subsistait, la justice et la bonne foi étaient de leur côlé, Tinjustice et le parjure étaient du côté de la Monarchie, — qui ne pouvait cependant satisfaire la France sans

bleia déplorable des inalhenra qni affligMicnt la province, et le tableau plus effrayaot encore de ceux qui la menaçoient. A leur approche, il s'est élevé , autour de votre personne sacrée, des barrières impénétrables, et les efforts qu'ils ont pu faire pour les surmonter, loin de les conduire au pied du trène , les ont menés dans le fond d'un cachot odieux ; ils ont perdu leur liberté en venant réclamer nos franchises. Tous les Ordres se sont émus k cette nouvelle ; tous ont payé le tribut d'intérêt que leur imposoit la reconnoiasance. Tous nous ont nommés pour leurs Députés ; nous venons romplir une mission honorable que nous ne saurions nous habituer h croira dungereuse. Un monarque, Sira, est chargé de fsira le bonheur de son peuple , et cette tAche , vous ne la répudierez pas. Mais il est homme ; il ne peut ni tout voir ni tout entendra; autant il a de sujets éclairés et fidèles, autant il a d'yeux et d'oreilles placés sur la surface de son empira , qui sont obligés de lut faira savoir ce qui se passe de contraira au bien de la grande famille dont il est le chef. Une députation qni ramplit ce devoir donne à la patrie un témoignage de cèle, au Souverain une preuve d'attachement, et c'est h ces grands caracflm qu'est marquée la démarche des douze gentilshommes enfermés k la Bastille. Sire, une prison et dn fera doivent-ils étra le prix du lèle et de l'attachement? On a voulu vous rendra leur patriotisme suspect; on vous a parlé de dépulations illégales, d'assemblées illicites. Vous êtes. Sire, le conservateur de la justice en France; la justice est le praroier et le plus essentiel patrimoine de l'homme en société; elle en tient lieu h celui qui n'en a point d'autre. Toutes les fois que dans le Royaume un individu creit que les loix sont violées h son égard , il a un recours de droit k Votre Majesté. Mais, Sira, ce droit qu'ont les individus appartient oncora plus aux corporations. La Noblesse a vu briser le contrat qui vous soumet la Bretagne; elle a vu rompra les liens qui l'unissent k votra couronne; elle a ressenti le contre-coup des infractions faites aux droits de la province. Un concert d'inquiétudes et d'alarmes a réuni ses membres; tous ont tourné les yeux sur le trône. Us ont dit unanimement : Avertissons le Prince des projets désastreux que l'on tente en son nom; qu'il en connoisse l'illusion, |e danger, et que sa religion , que nous devons instruire, que son équité, qu'on ne peut invoquer en vain, arrêtent le coura de ces funevtes entreprises. Ah! Sire, quelles loix de pareilles assemblées, de pareilles délibérations ont-elles pu blesser? Que Votre Majesté daigne y faire attention; l'infidélité, la révolte ne marehent pas avec éclat; jamais elles ne se produisent avec cette solemnité. Enfoncées dans l'ombre, elles s'y rachent long-temps, s'occupent de secrettes pratiques, de complots ténébreux; et, quand elles en sortent pour insulter k l'autorité , pour braver les ordres légitimes , ce n'est pas par la voie des dépotatioos au Souverain qu'elles manifestent lenra desseins pernicieux. La conduite seule de nos eompatriotet malheureux, si Ton est malheureux en souffrant pour la cause publique, suffisoit donc pour les justifier. Comment seroient-ils coupables? ils ne furent point accusés. Comment peut-on les punir? on ne lésa point entendus. Nous osons, Sira, vous attester leur innocence. Si vous avex des soup^ns contr'elle , nous sommes prêts k les détruira. S'il vous faut un garant de leur dévouement pour votra service, de leur passion pour votre personne, nous vous offrons le peuple breton entier qui parle par notre bouche, et qui sait tout ce que ces cœurs généreux recèlent d'honneur, de franchise et de loyauté. Nesouffret donc pas, Sira, qu'ils continuent de gémir dans l'enceinte de ces mure détestés; qu'ils restent plus long-temps dans une situation qu'il est même douloureux de peindre, et si cruel de sentir. Ne souffres pas qu'ils soient plus long-temps éloignés de votre Cour, ces penonnages distingués (MM. les dues de Chabot et de Praslin, M. le comte de Boisgelin, M. le marquis de Serent, M. le marquis de La Fayette) qui occupoient, auprès de Votre Majesté, des emplois honorables, et jouissoienl d'une confiance méritée par la plus noble conduite. Ne sooffrei pas non plus que les lettres de carhet, surprises aux embarras de la sollicitude royale, viennent épouvanter les paisibles habitans du fond de nos provinces (MM. de Msubreuil , de Freslon de Saint-Aubin , de Saint-Pern de La Tour;; qu'ellea réduisent les uns è fuir leurs asyles , sans autres compagnons de leur fuite que les besoins qu'ils

Si

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délruire les franchises provinciales. Disons aussi : malheureaseineiit pour la Bretagne; car telle était la double fatalité des choses, qu*en disputant ses derniers privilèges à la Royauté , la Bretagne h&tait la Révolution qui devait abolir tous les privilèges. Plus les deux lutteurs s^achaniaient l'un contre Tautre, plus ils approchaient de Tabime où ils allaient tomber ensemble.

Le mémoire fut communiqué à toute la famille royale, qui dut joindre aui

^prosTcnt et rinrapporttble iâée àt cmi amqotlt lenr aUraoe livra ce qo'iU ont de plus cher; — laaJis qn'ellei en pWcipitoiit «l'avlrat dans 4at aaekota infaeta, oà ils perdent lenr aanlA, Irur fortnne, toale joie , fi enfin loot amonr pour le GonTamement. Car , Sire , la fin dVn bon GooTernement , c'est l'assnrance des propri^t^ k cevi qni s'y sont soumis; or la plos sainte de tontek les propriété est eelle de sa personne , sans laquelle toutes les antres nWnt ni chsrnie ni Taleor. Mais , outra cette propriMi^ qui regarde les individus, et qui ne peut leur*-étra enleva q«e par la loi, il en est d'antres qui regardent la province, et que Votra Majesté a juré de lui conserver. Deni ann^ ne sont point encore révolues depuis que vos comniissairea , stipulant ^lonr vous, Sira, ont accordé • qu'aucuns édtls, déclarations, arrêts du Conseil, etc., n'auront aucuns effets, s'ik ii'<int été consentis par las États, et vérifia par les Cours souveraines de la province ; qu'il ne eeroil rien olungé sui nombra , qualités , fonctions et exercices des officiera de Is province; ce faisant, qu^il ne sera fait aucune création d'officien ni do nouvelles jurisdictions. t En ratifiant vous-même les clauses de l'accord par 4es lettres signées de votra main, enregistrées en votra Parlement ainsi q«'en votra Chambra des «^mptes, vous vous étra obligé • de le faira gard^er par tous ceui et ainsi qu'il appartiendroit.ni Vous «vet ordonné aui Magistrats qui composent ces deus Conn souveraines « de faite lira , tpnblier et registrer et le contrat et la ratifimtion qui l'agrée et l'approuve, t Vous leur aves enjoint « de garder de point en point le cunteou d*iccloi , selon la forme et teneur , sans y contrevenir, ni souffrir qu'il y soit ointrevenu. • Maintenant, Sira, qu'on nous envoie des édite, des déclarations qui n'ont été ni consentis par nos États, ni vérifiés par nos Coura ; maintenant qu'on crée de nouveaui officiers , qu'on ranverse nos tribunaui , qu'on veut établir sur leurs ruines de nouvelles jurisdictions , vous avec mis votre autorité en contradiction avec elle>mdme ; tous svei forcé vos Coon souveraines k s'opposer ë l'eiécntion de vos ordres en vertu de vos ordres mêmes, et nous ne balancerons pas k vous le dira, avec le courage que rammandent h vérité et le respect qu'inspira le Monarque ; »oa vons a fait fouler aux pieds un engagement irréfragable; on vous a fait dédaigner vos serments; on vous a fait manquer k votra parole. Sira, on ne s'est donc pas souvenu ce que c'est que la parole des Rois. Autant ils sont élevés au-dessus dn particalien qui vivent sous leur empira, autant leur parole doit étra plus ferme, plus inébranlable. Où elle se fait entendra la méfiance doit disparottre, le doute s'évanouir, et c'est des Rois de Franco surtout que l'un a cette opinion , qui les honora tant , que leur parole est spécialement sacrée. Un do vos prédécesseurs, fsmeni par ses raven (les Rois ne sont pas k l'abri dea ravera), est encora plus fameux par cette msiime adoptée de tous ceux qui ont tenu le sceptra françois : • que si la bonne foi et la vérité étoient perdues, on retrouveroit la pramièra dans le caur, et la seconde dans la parole dea Rois. • C'est en vain que l'on nous proteste, de votra part, que nos droits seront respectés, que l'on nous assura en votra nom de la conservation de nos privilé^. Au moment oà l'on nous d^ pouille de nos franchises , au moment on l'on se joue de nos libertés , un pareil langage ne semble plus que la suite du projet de joindra l'ironie k la désolation dont on nous investit. Vous nous annonça, Sire, l'assemblée de nos Étals pour le mois d'octobre, et c'est d'eux que \ous attendes la connoissance du vœn de la province. Nous vons l'apportons. Sire. Mais pourquoi nous tenir jusques-lè dans les convulsions , dans les angoisses qui travaillent tonte la province ? Sire , notre contrat est clair , il rat précis. Vous ne pouves pas mettra provisoirement en vigueur parmi nous des édits non consonlis par nos Étals, non vérifiés par nos Coun, ni introduire en Bretagne des jurisdictions nouvelles. Vous ne le pouvex pas sans déclarer que vous ne vous croyez point lié par des actes solemnds; que vous n'êtes point astreint à tenir dea conditions que vous avec souscrites, et que vons comptes pour rien drs obligations que vous svcz jurées. Au nom de votre gloire, relirez. Sire, vos édits ; rrnde»>nons nos tribunaux; rendez-les à la France entière; rendez enfin k nos vertueux Msgistrals une liberté dont ils vous consacraient l'usage, et au sacrifice de laquelle, nous en sommes certsins, ils joindraient celui de

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