‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 76 sur 223 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

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Enfin sonna la dernière heure ' du monde Téodal, le 5 mai 1789. Le même jour aurait dû sonner la première heure d'une Monarcbie nouvelle; mais c'est ce que ni le Roi ni ses ministres ne surent ou ne voulurent pas comprendre. Reculant en un seul jour autant qu'ils s'étaient avancés depuis un an , il firent d'une assemblée de frères une assemblée de rivaux, et relflclièrent la Révolution qu'ils avaient captivée. L'excellent et malheureux Louis XVI ne devait plus sortir du labyrinthe des faiblesses et des contradictions. Expliquons - nous en quelques mots. Nous voici à l'un de ces grands LHi. ivi. carrefours de l'histoire , où , ponr recon-

naître sa route, il faut regarder en avant et en arrière.

Nationale et populaire depuis Clovis, et surtout depuis Philippe-Auguste

21H BRETACiNE ET VENDÉE.

jusqu'à Louis XIV, — absolue cl impopulaire depuis Louis XIV jusqu^à l^uis XVI, la Monarchie (question bretonne à part) était redevenue nationale et populaire sous Louis XVI, Turgot et Necker, en dérendant le peuple contre Taristocratie, — comme elle Tavait défendu jadis contre la féodalité. Toules ses réformes de 1788 portaient ce caractère libéral. Elle avait, de gré ou de force, fait un double appel à Topinion publique, frappé les privilégiés dans les Parlements et dans la Noblesse, élevé le Tiers au niveau des deux autres Ordres, assimilé enfin la Nation à une famille dans la convocation des États-Généraux. Que lui restait-il à faire pour complélcr son œuvre et assurer sa propre restauration avec la restauration nationale? — Réparer la seule faute qu'elle eût commise en 1788, en cessant de distinguer avec affectation trois Ordres hiérarchiques; — se poser résolument comme arbitre entre les résistances de la Noblesse et les envahissements de la Bourgeoisie ; énoncer sans hésitation et sans arrièrepensée les grandes mesures qui devaient fonder la nouvelle Constitution de la France ; acquérir ainsi et justifier la confiance du Tiers-État, avec lequel elle aurait sûrement vaincu Topposition de la Noblesse; en un mot, s*empârer de la direction des États-Généraux , pour la rendre conciliante, régulière et féconde.

Au lieu d'agir de la sorte, la Royauté (ou plutôt la cour, qui domina le bon sens de Louis XVI) oublia la Révolution commencée par elle-même, et sembla vouloir, comme Pénélope, détruire tout ce qu'elle avait produit. Elle fit, de l'ouverture des États-Généraux de la France, une cérémonie à Versailles; elle divisa plus maladroitement que jamais les Trois Ordres; elle ranima toutes leurs rivalités par des questions de costume et d'étiquette jetées en travers de l'élan national. Réagissant par les privilégiés dans la forme, tandis qu'elle agissait contre eux dans le fond, elle laissa croire aux Nobles qu'elle revenait à eux, et aux Bourgeois qu'elle les abandonnait; elle ne présenta que de vagues formules de bienveillance et des alignements do chiffres à ces douze cents hommes assemblés pour renouveler la Constitution. — Bref, elle perdit à la fois le reste de son prestige et de son intluence, changea ses ennemis de la veille en alliés compromettants, ses amis en adversaires désenchantés, — et laissa le bras du peuple, -c'est-à-dire la force aveugle, — prendre avec colère le gouvernail de l'Eut.

Ajoutez à cela toutes les plaies qui se rouvrirent dans le corps social, sous les mains inhabiles de ses médecins : — l'abîme des finances creusé jusqu'à la banqueroute; les derniers ravages du Pacte de famine; la fatalité d'un hiver horrible et d'un été sans récoltes ; — et vous vous expliquerez comment

le beau rêve de 1789 aboutit au hideux cauchemar de 1793!

Les députés bretons furent des premiers et des plus vivement choqués des trois costumes, si outrageusement différents, et du cérémonial si in-

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