‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 77 sur 223 · CHAPITRE SIXIEME. %i · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME. %i

lempesUf , imposés aux Trois Ordres pour la procession el Touveriure des États ' à Versailles. Tout disposés, la veille, à terminer les discussions haineuses, ils reprirent leurs rancunes «ivec cet uniforme d'huissiers qu*on leur fit mettre à côté des habits dorés de la Noblesse. Us ne purent se défendre de triompher du silence glacial qui accueillit leurs rivaux, et des acclamations dont ils furent eux-mêmes salués par tout le monde. Ils oublièrent cependant ces impressions fâcheuses à la vue du bon Louis XVI ému jusqu'aux larmes, et disant à ses sujets réunis: — «Tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bonheur public, tout ce qu'on peut demander à un souverain , le premier ami de ses peuples, vous pouvez, vous devez l'espérer de mes sentiments! » Alors l'entliousiasme et l'ivresse furent universels. Toutes les mains applaudirent , toutes les bouches crièrent : — Vive le Roi ! Tous les cœurs battirent à l'unisson , et la Monarchie française se fût rouvert encore un avenir immense, si les paroles qui en devaient être le gage étaient aussitôt tombées de ses lèvres. — Malheureusement le reste du discours du Roi, gonflé de phrases et vide de choses, ne fut pas moins insignifiant dans le fond que dans la forme. — Malgré les applaudissements qui le suivirent, on put voir tout de suite qu'il n'avait ()oint concilié les esprits. Louis XVI s'étant couvert, les gentilshommes imitèrent son exemple. Quel(|ues députés du Tiers en firent autant; d'autres s'y opposèrent. — De là une rumeur sourde et les mots : — Couvrez-vous! Découvrez-vous ! triste conséquence des puérilités de l'étiquette et de la division des Trois Ordres, — jusqu'au moment où le Roi, cédant trop tard (comme il devait le faire jusqu'au boul), força tout le monde à se découvrir en se découvrant lui-même.

Cette petite scène annonçait toute l'obstination de la Noblesse, toutes les prétentions du Tiers, toutes les faiblesses et tous les malheurs de la Royauté.

Puis vint le discours du garde des sceaux, — qui promettait du moins des réformes positives, mais dont, par une fatalité réservée à Louis XVI, l'organe

' Un dfpaté de Nantes Privait à ce sujet ; i Un je ne sais quel grand luailre dos puérilitt^ de la (A>ur a pr^lrnda sVriger en l^islatcur de nos bas et de nos culottes. Il revdt messieurs de la Noblesse d'un habit à manteau d'iloffe noire, diV»ré d'un parement d'éloffe d'or, avec vetle analogue au parement du manieau, culotte noire, bai blancs, cravate de dentella, chapeau à plume$ blanehei retrouuéet à la Henri IV, sans oublier les boutom d'or. Je crois, en v^ritiS qu'on se propose do nous rendre un objet de risée, en nous faisant paraître ici dans un équipage grotesque. On a vu les héros de la sccue : voici des personnages un peu moins brillants. De par M. le grand maître, les députés du TierS'Êtat porteront habii, vesie et culotte de drap noir; leurs bas seront pareillement noirs. Ce n'est pas tout, M. le grand roaitre a cru devoir rogner les boutons et les ganses de nos chapeaux, et, après nous avoir lié le cou avec une cravate de mousseline, il a fini par affubler nos épaules d'un manteau court. Ce qu'on nous ordonne li est fort sot et fort minutieux, a dit quelqu'un de nous; mais après tout, pourquoi ne le ferions-nous pas? — Pourquoi? Parce qu'on nous ordonne de^lo faire .... Si j'étais curé, plutôt que de me conformer aux ordres de monsieur le grand roaitre, je quitterais, je crois, ma soutane. » — C'est ainsi que, par des bagatelles, la Cour poussait à la révolte cette Bourgeoisie naguère si soumise au Koi! [Archives de la commune de ISantes. — Mellincl, t. VI.)

de M. de Barentin fit perdre les trois quarts. Le Tiers n'entendit que trop cependant le funeste paragraphe qui rendait illusoire sa double représentation en laissant subsister le vote par Ordre. On donnait , il est vrai» aux États-Généraux le droit de proposer au Roi le vote par tète; mais c'était jeter d*abord au sein de l'assemblée la pomme de discorde, et remettre en question toutes les espérances de la Bourgeoisie.

M. de Necker, au Heu de réparer cette faute, l'aggrava par une autre, en accablant les États d'un discours financier qui dura trois heures, — sans accorder un seul mot aux préoccupations politiques. 11 fut accusé d'avoir cédé, en cela, aux suggestions de la Cour, et il laissa à Versailles la meilleure part de sa popularité.

Le lendemain même, l'orage commença, à propos de la vérification des pouvoirs. La Noblesse maintint la délibération par Ordre avec les trois divisions, et la constitua immédiatement. Le clergé adopta un plan de conciliation proposé par le Roi; mais le Tiers-État, imitant les Bourgeois des États de Rennes, refusa de délibérer autrement que par tète, et en commun. — Les États se trouvèrent suspendus, et le peuple, aflamé, accusa les Nobles de complot. Ce fut alors que le Tiers , poussé par Tabbé Syeyès, franchit le Rubicon, entraina le clei^é dans son élan, et, laissant la Noblesse à l'écart , se déclara Assemblée nationale. Puis vinrent les nouvelles concessions et les nouvelles réactions de la Cour, — puis le serment du Jeu de Paume, où le Tiers inaugura sa souveraineté, — puis le second discours du Roi, qui eût peut-être encore réparé le mal en fondant les Trois Ordres en un, et qui, par Topiniàtre maintien de leur division, gâta les plus généreuses promesses; — Enfin, le refus motivé du Tiers-État de se séparer sur l'ordre royal , et la fameuse déclaration de Mirabeau à M. de Brézé : — Ailes dire à voire mailre que n<ms sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes! (Séance royale du 23 juin.)

Ainsi les Étals-Généraux de la nation devinrent les États particuliers de la Bourgeoisie, et les privilégiés en masse se trouvèrent exclus du gouvernement.

A partir de ce moment, le Roi, désobéi en face, fut détr6né de fait, et la Royauté n'exista plus que de nom. Un seul mois venait de lui ravir le prestige et ta popularité reconquis en quatorze ans! Toute sa puissance morale étant passée à l'Assemblée, il ne lui restait plus que le pouvoir matériel, dont ta bonté de Louis XVI était incapable de faire usage. 11 le montra dès le lendemain de la séance royale, en n'osant punir la flagrante révolte du Tiers. Il recula devant la complicité des gardes françaises qui crièrent: — Vive la nation ! devant l'agitation de Paris, qui menaçait de se ruer sur Versailles; et devant la minorité des Nobles eux-mêmes, qui rejoignirent la majorité de l'Église ralliée aux Bourgeois. Réduit enfin à s'entourer de

Page 1