‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 85 sur 223 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

senliments qui nous animent, el des motifs qui nous rapprochent malgré les distances.

« Nous avons unanimement arrêté et arrêtons :

« De former, par une coalition indissoluble, une force toujours active, dont l'aspect imposant frappe de terreur les ennemis de la régénération présente.

« De vouer à la nouvelle constitution du royaume un respect et une soumission sans bornes, el de soutenir, au péril de noire vie, les décrets émanés de la sagesse du sénat auguste qui vient d'élever Tédifice de noire félicité.

« De renouveler au père tendre, au monarque citoyen, qui met sa gloire et son bonheur dans celui de ses peuples, Thommage respectueux de notre amour.

« De ne reconnaître entre nous, malgré la nouvelle division des provinces, nécessaire à l'administration du royaume, qu'une immense famille de frères, qui toujours réunis sous l'étendard de la liberté, soit un rempart formidable, où viennent se briser les efforts de l'aristocratie.

i< De nous prêter enfin mutuellement tous les secours qui seront en noire puissance, sans y mettre d'autres conditions ni d'autres bornes que celles que nous inspireront l'honneur et le patriotisme, qui, jusqu'à ce jour, ont dirigé nos démarches, persuadés qu'avec de pareils guides, il est impossible de s'égarer.

c< Et, pour mettre le dernier sceau à nos engagements, nous avons arrête qu'un serment solennel et public appellerait sur nous la protection du Dieu de paix, que des cœurs purs invoquent avec confiance. »

Tout le monde avait écouté cette lecture dans le plus profond silence. Moreau descend de la chaire, le prêtre officiant monte à l'autel, un bruit de chanls graves et d'instruments guerriers répond à sa voix, et la messe est célébrée avec la pompe ré^^crvée aux fêtes annuelles.

Après l'office, Moreau prend la place du prêtre à l'autel; d'une main il y dépose son grand sabre d'artilleur, de l'autre main il déploie l'acte fédératif, et il en renouvelle la lecture, en y ajoutant le serment qui suit :

« Nous jurons par l'honneur, sur l'autel de la patrie, en présence du Dieu des armées, amour au père des Français. Nous jurons de rester à jamais unis par les liens de la plus étroite fraternité; nous jurons de combattre les ennemis de la Révolution, de maintenir lesDroits de l'homme et du citoyen, de soutenir la nouvelle constitution du royaume, et de prendre, au premier signal du danger, pour cri de ralliement de nos phalanges armées : Vivre libre ou mourir ! »

Moreau reprend alors son sabre, le place à gauche de l'autel, fait ouvrir par un des commissaires le registre de l'assemblée, et y signe la formule de son engagement. Puis on appelle chaque député par son nom, el tous

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vont successivement prononcer le serment sur Tautel, cl le signer aux mains des commissaires. Après eux, viennent jurer et s'inscrire une foule d'adhérents : les commandants des corps armés, les magistrats municipaux, les bourgeois notables, le curé Huart-des-Garennes, et les prêtres Bris, Bècrc clGucgan.

Enfin les tambours et les trompettes donnent le signal du départ, — cl les fédérés se retirent bras dessus, bras dessous, au bruit des acclamations populaires.

Ainsi fut scellé l'acte d'union de la Bretagne et de l'Anjou révolutionnaire:!. — Et cet acte, à l'insumême de la plupart de ses auteurs, avait une tout autre portée que celle indiquée par ses procès-verbaux. Des hommes tels que Le Quinio, Blad, Choudieu, etc., qui devaient siéger aux rangs les plus montagnards de la Convention, voyaient déjà venir et appelaient de leurs vœux un régime républicain. Les relations qu'ils nouèrent à Pontivy, et qu'ils resserrèrent de plus en plus, firent leur force et assurèrent leur triomphe*. N'avaienl-ils pas déjà formé une sorte de gouvernement au sein du gouvernement? N'avaient-ils pas décidé « qu'un mode de correspondance, calqué sur l'organisation adminislrative, » lierait entre elles toutes les municipalités de la Bretagne et de l'Anjou; qu'ils demanderaient à l'Assemblée Nationale la faculté d'écarter des élections primaires « les ci-devanl privilégiés, tels que les Trcmargat, les Montluc et les de Guer? Enfin, ne devinrent-ils pas tous, au sortir de Pontivy, autant de missionnaires de la Bévolution, qui allèrent jusque dans le Poitou enflammer les esprits pour les doctrines démocratiques?

L'Assemblée Constituante, encore digne de son nom à celte époque, se méprit donc sur l'acte fédératif de Pontivy, lorsqu'elle le fit imprimer dans son procès-verbal du 20 mars suivant, et l'envoya, comme un modèle à suivre, à toutes les provinces de France.

Ce fut alors que la propagande révolutionnaire commença à effrayer les campagnes de l'Ouest. Elles refusèrent aux villes leurs provisions ordinaires; les laboureurs de Saint-Martin et du Rosier pillèrent un convoi de cent vingt tonneaux de grains qui descendait d'Angers à Nantes, et ces deux grandes cités allaient être affamées comme Brest, -- si les volontaires, exécutant leur pacte, n'eussent forcé les paysans d'aller aux marchés...

Ce résultat fut du moins un bienfait de l'association de Pontivy, en attendant ses. déplorables conséquences. Nous allons voir ces conséquences

* Us commencèrent par enToyer des adresses à tous les pouvoirs pablics, au nom de la Bretagne et de l'Anjou. \08 $êignfurs, disaient-ils à l'Assemblée Nationale, donnez à nos MOices volontaires une énergie formidable. Que par elles, la Constitution, qui est votre ouvrage, allume partout le flan»beau du patriotisme ! Que l'étendard de la liberté se déploie sur la surface du globe, et que tous les peuplr s de la terre s'écrient : « La Grèce avait ete\ Jet Romaifisont pante; les Français ieront tovjottrs.nt

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arriver, d'autnnl plus rapidfis et plus irrésistibles, que la grande majorité àes fédérés et Ac leurs adeptes, animés d'intentions excellcutes. ernyajenl pousser la France au bonheur en la précipitant vers l'abîme.

Fa c'est à dater de ce moment que nos sympathies se partageront entre deux classes de victimes également honorables, également louchantes : les victimes du passé et tes victimes de l'avenir, les victimes d'aulrui et les victimes d'eux-mêmes, les royalistes incorruptibles qui succomberont à leur dévouement, et les républicains de bonne foi qui succomberont à leur conviction; — en un mol. les Vendéens cl les Girondins, ennemis par malentendu, qui se battaient au fond pour la même cause, martyrs également .ancrés de l'indépendance, et dont le sang, mêlé sur l'écliafaud , a engendre la liberté constitutionnelle.

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