‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 86 sur 223 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

TntVAl'X K L'ASSBIBLÏC CnKSTI

il» rrs réfonnrs ilini l'Oiml.

• dp 1» Noliksse el da Olergr. — ftlftlloni pfimnlrw de 1790. — Krdtriiiii'i ffnér»]c I PiHs. — Euliillon tulrinitqur.^ (jnB-

En lâchanl la bride aa^L Milices et aux Clubs, l'Assembler ConstiliiantGs'étnitdonné plusieurs millions de lyrnns.

Poussée par eux sur la penle des réformes radicales, nlle perdit le Tniildesesmeillcuri^ travaux par sa précipitalion.

et ne s'arrêta qu'en tombant enfin dans l'abîme.

Son œuvre décisive fut la snpiirfssinn desanciennes provinces et la division de la France en qualre-vingl-lrois départements. On sait que In Bretagne en comprit cinq : les départements de la Loire-Inférieure, du Morbihan, irille-et- Vilaine, des Côtes-dti-Nord et

CUAIMTBE SEPTIÈME. 245

du Finistère, qui correspondireiil à peu près aux anciens évéchës et comtés de Nantes, — de Rennes, — de Saint-Malo, Saint-Brieuc et Tréguier, — de Quimper et Léon. C'était donner le coup de grâce au régime féodal, et ouvrir franchement Fère des sociétés nouvelles (15 janvier 1790). Entre les mains d'un pouvoir sage et considéré, cette mesure eût aussitôt constitué l'unité française; entre les mains des hommes de 90, elle prépara le démembrement de la Bretagne et des provinces qui formèrent la Vendée.

Ces provinces, en effet, n'étaient pas mûres pour une telle révolution, ou du moins son application y demandait une foule de biais qui échappèrent aux esprits absolus de l'Assemblée Nationale. On s'en aperçut bientôt aux élections des nouvelles municipalités, c'est-à-dire : des trente-six membres du conseil départemental et des cinq membres du directoire exécutif, des administrateurs du district subordonnés à ceux du département, et des administrateurs de la commune subordonnés à ceux du district. Telle était la hiérarchie, tout entière élective. Les citoyens actifs, c'est-à-dire, contribuables de trois journées de travail, choisissaient parmi les contribuables de cent cinquante à deux cents journées, des électeurs qui nommaient les députés à l'Assemblée Nationale et les administrateurs de département, de district et de commune. Les Parlements furent remplacés par trois ordres de tribunaux électifs et temporaires : un tribunal criminel par département, un tribunal civil par district, un tribunal de paix par canton. Une cour suprême veillait à la conservation des formes judiciaires. Les matières criminelles furent soumises au jury, etc., etc.

Au fond, tout cela était un véritable bienfait, et nous en jouissons pleinement aujourd'hui. Mais on va voir par quelles circonstances tout cela devint une persécution pour nos pères de Bretagne et de Vendée '. C'est là. du reste, le défaut, ou, si Ton veut, la gloire des assemblées dominées, comme la Constituante, par l'esprit philosophique, d'élever des systèmes impossibles dans le présent, mais admirables... pour l'avenir.

En Bretagne, d'abord, tout le monde n'avait pas approuvé l'enthousiasme avec lequel les représentants de la province avaient sacrifié ses franchises sur l'autel de la patrie, — en dépit du mandat qui leur enjoi* gnait de les conserver intactes. La Noblesse et le Clergé, dont les privilèges reposaient sur ces franchises, jetèrent surtout feu et flamme. Or, malgré leur défaite aux Etats particuliers et généraux, ces deux Ordres étaient encore fort puissants en Bretagne.

La Réformation de 1668 avait constaté dans la province 16 à 1700 familles nobles, ce qui ne fait pas moins de 16 à 17,000 individus. Joignez-y 2,200 familles usurpatrices, contre lesquelles il y eut arrêt, mais qui ne

' U Ta sans dire qu'à partir de ce moment, toutes les fois que nous parlerons de la Vendée en général, nous comprendrons sous ce mot les provinces qui ont formé la Vendée militaire. (Voir notre introduction.'

reparurent que fort lard sur le rôle des contributions ; joignez-y encore les anoblis, très-nombreux depuis 16B8, et vous trouverez, en 1790, plus de 30,000 individus jouissant en Bretagne des privilèges de la Noblesse, c'est-à-dire, de l'exemption de la plupart des impôts ; ayant, au contraire, leur trésor particulier, leurs justices, leurs prévôts^ leurs tabellions, leurs moulins, fours, halles, pressoirs, et tous ces droits féodaux compensés jadis par des devoirs analogues, mais devenus réellement abusifs depuis qu'ils n'avaient plus ce contre-poids. Cela était si évident, que la plupart des seigneurs fidèles au pays, surtout les petits seigneurs châtelains , avaient laissé tomber en désuétude les plus onéreux de ces droits. Mais loin de diminuer leur influence locale, celte concession l'avait décuplée en leur assurant la reconnaissance et le dévouement des paysans. D'ailleurs, plus ils rendaient leur autorité douce et patriarcale, moins naturellement ils étaient disposés à se la laisser ravir.

Le Clergé breton n'était pas moins imposant que la Noblesse, et il était plus vénéré et plus aimé encore. Sans parler du Clergé régulier, si nombreux et si prépondérant, il y avait jusqu'à cinq prêtres, terme moyen, dans les bonne» paroisses ; quelques-unes en comptaient jusqu'à douze ^ Les évoques ne relevaient pour leurs affaires que de la feuille des bénéfices. Les curés avaient toute liberté de pensée et d'action (proprio motu). Us nommaient les desservants aux annexes de leurs paroisses, et approuvaient les vicaires que leur présentaient les évéques. On sait qu'ils enregistraient, comme les notaires, les actes civils, contrats, testaments, etc. Un grand nombre devaient leurs cures au concours, et presque tous y étaient inamovibles. Au-dessous d'eux pullulaient une infinité déjeunes kloër (clercs) qui exerçaient le sacerdoce en attendant un vicariat ou un bénéfice. Presque tous sortis de la masse des paysans, dont quelques-uns portaient encore les longs cheveux ; regardés par leurs parents et par leurs amis comme des êtres supérieurs, ces kloër passaient des années entières chez les fermiers, mangeaient avec eux le pain de seigle et les crêpes de sarrasin, leur chantaient tour à tour des chansons et des cantiques, élevaient les enfants et mariaient les fiancés, partageaient les travaux et les habitudes, les peines et les plaisirs de la famille, et acquéraient ainsi une popularité sans bornes, dont on peut juger encore par les milliers de sones (chants domestiques) où s'éternise leur doux souvenir. Il faut dire que les kloër justifiaient et maintenaient leur influence par la vie la phis irréprochable et la plus édifiante. Si l'exemption des taxes du devoir pour les prêtres en conduisait quelques-uns à l'abus des liqueurs fortes; si d'autres

^ Un des moins riches évéchés de la province, l'évéché de GoraouaiUes, contenait, en 1790, dixneuf prébendes, huit abbayes, dix -sept prieurés, vingt-trois eommunautés, trente-sept chapeilenics et mille dix fondations. l\ y avait au moins mille cinq cent8 prêtres et religieux dans tout le Finistère« qui n'en renferme aujourd'hui que cinq cenis et quelques.

Page 1