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CHAPITRE SEPTIEME

Le Clergé avait trouvé un auxiliaire illustre dans le comte de Botherel, Tancien procureur syndic. Il en trouva un plus vigoureux encore dans l'abbé Goroller, curé de Saint-Mathieu de Quimper» dont les amis de la Constitution saisirent le libraire et les écrits comme incendiaires, sans autre forme de procès ; si bien que le Département fut obligé de défendre officiellement le plus rude adversaire de la Constitution.

Au milieu d'une telle crise, les Directoires ne pouvaient agir sans multiplier les mécontents. Dans les paroisses fidèles à la vieille règle (et c'étaient à peu près toutes les paroisses rurales), il eût fallu arrêter, au nom de la nouvelle loi, les troupeaux entiers avec les pasteurs. Dans les paroisses divisées en deux camps, le prêtre citoyen dénonçait le prêtre catholique à la colère humaine, et le prêtre catholique dénonçait le prêtre citoyen à la vengeance de Dieu. Si quelque jeune vicaire ou quelque vieux curé, cédant à la terreur, faisait d'une voix et d'une main tremblantes le serment constitutionnel, le peuple en masse désertait l'église profanée. Si la force publique intronisait le prêtre assermenté, c'était une émeute inévitable et parfois une lutte sanglante.

Le rapport suivant de la municipalité de Saint-Pol au district de Brest, après le départ de M. de La Marche, rend énergiquement cette perplexité du pouvoir : « La séquelle de la bigoterie s'accroU, mais, pourvu que les campagnes ne s'en mêlent point, on pourra en venir à bout. Le bruit aujourd'hui répandu dans le peuple est que, passé dimanche, curés ni vicaires ne diront plus la messe. S'il avait été possible de prendre un milieu à cela, les murmures n'auraient pas été si grands. Mais nous sommes trop loin de l'Assemblée nationale pour nous entendre sur des remplacements instantanés; au surplus, là comme là, et au bout du fossé la culbute. »

En vain quelques prêtres assermentés, voyant leurs églises vides et tous les fidèles réunis autour des pasteurs déposés, réclamèrent pour que chacun entendît la messe dans sa paroisse. En vain quelques autres, comme l'évêque Expilly, engagèrent d'une voix doucereuse les abbés réfractaîres à se consacrer temporairement à l'instruction des enfants et des pénitents aux approches de la solennité de Pâques ; personne ne se laissa prendre au piège, et la Fête-Dieu de Saint-Pol donnera l'idée de ce qui se passait dans tout l'Ouest.

Le curé Dumai et son vicaire Poullain, après avoir chanté la messe dans la cathédrale déserte, au milieu de la municipalité, de la garde nationale et de la garnison, entreprirent, assistés de deux bedeaux, cette procession du Kreisker, que suivaient autrefois tant de milliers de fidèles.

couTcrt seul, et demanda où dinaicul ses compagnons. — Â roflîce, monseigneur, lui fut-il répondu. 11 se lève aussitôt, et se dirige vers la porte. — Où allez-vous donc? — Je vais dîner avec mon Clergé. La grande dame profita de la leç4>n et fit compléter les couverts, avec force excuses.

262 BRETAGNE ET VEMDËE.

Aujourd'hui, pas une tenture aux murailles, pas une fleur dans la rue, rien que les ccharpes tricolores ci les baïonnettes des fusils autour du Saint-Sacrement. On avait ordonné aux lazaristes de sonner les clocbcs du Kreisker, mais les cloches étaient restées muettes. Deux gardes nationaux courent en demander raison : ils trouvent la porte fermée. — Les clefs de la tour! — Cherchez-les! — Ils forcent un secrétaire et trouvent les clefs. Voilà la tour ouverte, mais point de cordes aux cloches. Il fallut se passer de carillon commode tout le reste. Cependant le curé arrive avec son cortège officiel ; deux cierges seuls sont allumés, et les religieux ont caché le Saint-Sacrement dans la niche. Le curé furieux Ten arrache, donne la bénédiction aux baïonnettes, laisse un dét«nchement dans l'église, à la façon des conquérants, et s*en retourne avec sa procession. Comme il repassait dans la grande rue, deux écoliers se mettent à une fenêtre, le chapeau sur la tête et la pipe à la bouche. L'un crache sans façon sur le prétendu curé, et l'autre reproche au Dieu constitutionnel de n'avoir point de queue... Nouvelle sortie de la garde qui s'empare des deux impertinents. Puis à l'issue de la messe, assemblée extraordinaire des Notables, qui décrètent des poursuites contre les religieux et contre les écoliers, et font fermer l'église du Kreisker.

Si la religion constitutionnelle n'avait pas été flétrie d'avance, de pareilles scènes auraient sufti pour la tuer sous le ridicule. Aussi, loin de se fortitier, perdit-elle chaque jour de ses rares adeptes. Beaucoup de districts remirent indéfiniment les élections ecclésiastiques, au mépris formel de lu loi. D'autres, comme celui de Brest, ne parvinrent jamais à se réunir pour remplacer les anciens pasteurs. Plusieurs curés, assermentés d'abord, se repentirent ou se détrompèrent, et rétractèrent publiquement leurs erreurs. Témoin MM. Goret et Jannau, de Brest et de Landernau, et M. Cormaux, de Plaintel (Côtes-du-Nord), sur qui les paysans chantent encore :

0 saint Cormaux, délivrez-nous Des habils bleus et des juroux !

Ce fut alors que la persécution jeta le masque. Les prêtres réfractaires furent chassés de leurs paroisses, arrachés de leurs églises, traqués dans leurs retraites, et amenés devant les districts... Mais telle était l'exaltation populaire en leur faveur, que la répression manqua d'ensemble, et acheva de compromettre la cause révolutionnaire. Ici , la Commune cédait à l'église en tremblant de frayeur; là, elle se ruait contre sa rivale avec frénésie. Ailleurs, elle passait de la faiblesse à la violence, ou réciproquement. Tandis que les volontaires de Brest et de Landernau arrêtaient les prêtres insermentés, le Directoire de Morlaix refusait de les poursuivre. « et s*en rapportait au temps pour accomplir la révolution... »

Les considérants de cet arrêté sont remarquables : a Considérant que toute loi pénale qui s'appesantit ou doit s'appesantir sur tous les sujets do

CIIAriTHE SEPTIÈME. sos

l'Empire ne peut cli-e que l'cxprossion de la volonté générale d'un peuple libre ou celte de ses représentants ;

« Considérant que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mémo religieuses;

« Considérant qu'il serait cruel de bannir et de livrer à la merci publique des citoyens dénués de toutes ressources, qui pour céder au cri de leurconscience, ont sacrifié leur fortune et l'aisance dont ils jouissaient, etc.

o Le Directoire de Morlaix exprime le désir qu'il sott sursis à l'esécutîonde l'arrêté du Département, parce que l'exécuter serait porter atteinte à lu tranquillité publique, et que le temps seul peut opérer une révolution que les persécutions ne sauraient déterminer. »

M.Jacob, élu évëque des Côtes-du-Nord, n'installa qu'à la Torcc des iiaïonneltes une centaine de nouveaux prélresdans son diocèse. A PIcdran, lorsque le citoyen Boyer voulut occuper sa cure, il fut assailli par une troupe de femmes qui le cliassèrent avec son répondiint jusqu'à Sainl- Brieuc. — Il nous faut un bon prêtre, et non pas un jiireur! lui criait-on ; mnllicur à vous, si vous montez à l'autel ! — Et malheur à ceux qui défendronl cet inlm! ajouta un oflicier municipal; je lui casse lu tèlc à l'instant môme !

Il faut dire que les débuis des curés constitutionnels n'étaient pas faits pour mériter la confiance de leurs ouailles. Nous avons vu leur conduite dnUR la Loire-Inférieure et te Finistère. Dans les Cotcs-du-Nord, le nou-

veau curé de Plancoët, sachant que son prédécesseur était mourant, força la porte de sa chambre avec quatre fusiliers — et lui administra rexlrëmeonction, les baïonnettes sur la gorge. — Dans le Morbihan, le jureur d'Hennebon fut dénoncé par le juge de paix et le conseil municipal pour avoir enterré sans déclaration un enfant mort-né» dont une de ses nièces, cohabitant avec lui, était accouchée en pleine cure Voilà quels étaient désormais les représentants de la Révolution dans les campagnes.

Exceptons-en néanfnoins quelques prêtres attachés sincèrement à la Révolution, hommes faibles mais généreux, chrétiens abusés mais de bonne foi, — qui croyaient défendre la religion tout en la compromettant. — Girondins du nouveau Clergé, dignes aussi de toute notre compassion ; — car, excommuniés comme les autres, le peuple les enveloppa dans sa haine aveugle, et ils furent les victimes du fanatisme, comme leurs rivaux furent les martyrs de l'impiété.

En Bretagne surtout, combien déjeunes kloërs, anciens frères de classe, ayant au fond les mêmes croyances et les mêmes vertus, sô trouvèrent divisés par la Constitution civile : ceux-ci jureurs, ceux-là réfractaires, se maudissant entre eux publiquement, et priant tout bas les uns pour les autres !

Nous avons dit fanatisme, et nous laisserons le mot, c^r nous sommes justes envers tout le monde, et la bonne cause eut ses mauvais partisans. C'est une preuve de plus de sa bonté même, puisqu'elle n'en a pas moins triomphé de l'erreur. Nous saurons donc flétrir ceux qui provoquaient la persécution par Tintolérance et quelquefois par la cruauté. Cependant,— rappelons-nous le témoignage de Mellinet, — cette faute appartient aux défenseurs du Clergé plutôt qu'au Clergé lui-même. Sans doute il eut ses fanatiques dans son propre sein, — quelle guerre religieuse en serait exempte? — mais ce fut en très-petit nombre, et il éprouva le plus souvent la justesse du proverbe :

Craignez un imprudent ami :

Mieux vaudrait un sage ennemi.

Quels amis imprudents, par exemple, que ceux qui firent circuler dans les campagnes et réciter aux paysans de 1791 ces couplctjs si peu conformes à la charité catholique :

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