CHAPITRE SEPTIÈME
(le la chaîne et de t'altache au grand mât. Chacun faisait sa petite révolulion, pour(|Uoi les matelots u'auraîent-ilâ pas fait la leur? — Ces cmcuiGs eurent toutefois leur importance : elles suiilcvèrcnt la grave question du pavillon national, et firent adopter le drapeau Iricolorc, — nouveau brandon de discordes qui ne s'élcignit que dans une mer de sang.
Les troubles de Nantes furent habilement calmés par le colonel comte d'HervilIy,^ que nous avons déjà vu à Itcnnes, et qui , ballotté par les vcnis de la Révolution, — dénoncé le 2 avril, remercié le 25 mai, mis plus tard à la lanlernc, reparaîtra dans le désastre de Qutberon.
Mais les grands désordres devaient avoir lieu en juillet. — ce mois révolutionnaire par excellence. — Il avait été décidé que l'anniversaire de la prise de la Bastille serait célébré à Paris par le concours et la fédération générale de tons les volontaires du royaume. Les Milices bretonnes envoyèrent comme les autres leurs députés à cette fètc : Lafayetlc et le Roi les honorèrent particulièrement, et tout le monde salua en eux les (ils aînés de la Révolution. Exaltés par ce triomphe, ils revinrent en Bretagne ' avec des sentiments d'auimosité contre les Nobles et les Prêtres, el donnèrent le signal des persécutions aux Communes, — notamment ii Quimpcr et à Quimpcrlé.
;9 rie I.1 liallc de h'aiilcs allvrcot lu-drvant 'les volaiilgim !i farokcK. igui pci^ncnl l'clTi'rn>!ici-n>?c <Iu mnmi-nt ; ■ Kiiusci «i jr <
250 BRETAGNE ET VKNDKE.
Depuis un mois déjà, la Noblesse, jetée tout a ftiit en dehors de la Nation par les élections dernières, et à peine représentée par quelques voix à rAsscmblée nationale, avait reçu de celle-ci le coup de grâce par le décret du 19 juin 1790, décret qui abolissait les titres, armes et armoiries, et supprimait la Noblesse comme corps de TEtat. Dans l'enthousiasme du retour, les fédérés se chargèrent de l'exécution de ce décret ; à Quimperlé, ils attaquèrent bravement les balcons armoriés, et ils en mirent les écussons en pièces. Des balcons, ils passèrent aux meubles qu'ils jetèrent par les fenêtres, puis ils coururent aux églises, et mutilèrent les tombeaux à coups de sabre. En vain le district dénonça ces faits à la Commune. La Commune répondit qu'elle n'avait point d'ordre à recevoir du district, et elle laissa les passions suivre leur cours.
Les gardes nationaux de Quimper s'y prirent plus régulièrement. Après avoir promené dans les rues la nouvelle bannière fédérale aux trois couleurs i, conduite par leur colonel M. de Kergariou, — (un de ces révolutionnaires de bonne foi qui sauront porter leur léte aux Jacobins), ils signalèrent à la mairie les insignes féodaux des balcons et dci» portes; un ordre formel les fit enlever le jour même, et ils alimentèrent le soir un feu de joio, autour duquel on dansa en criant, — Vive la nation ! Vivent les fédérés !
— Toutes les haines qui déchirent la France vont s'apaiser au souvenir de cette cérémonie! s'écriaient les administrateurs départementaux.
Mais cette cérémonie fut justement l'inauguration des saturnales qui allaient ensanglanter la France.
Dès la fin de l'année précédente, l'Assemblée nationale avait gâté ce qu'elle avait fait de mieux et préparé ce qu'elle allait faire de pis, en touchant à la question religieuse. Acculée par le déficit au gourTrc de la banqueroute, elle avait déclaré, sur la proposition de Talleyrand, que le Clergé n'était pas propriétaire, mais administrateur de ses biens; que la Nation, qui les lui avait donnés^ pouvait les reprendre en se chargeant des frais du culte (19 décembre 1789). Matériellement, c'était offrir quelques millions pour recevoir quatre milliards ; moralement, c'était achever la propriété déjà fort malade, c'était supprimer en masse le premier ordre de l'Etat ; c'était frapper de mort la religion, en faisant de ses ministres les instruments salariés du pouvoir temporel. Mais le sophisme destructeur de Tévéque d'Autun n'était pas d'une exécution facile : on ne déracine pas avec un décret un principe descendu du ciel et incorporé
vous oITrir qu'une couronne de cbdnc; mais j'avons rénéclii que le laurier clait la verge itcc InqucUc j étions comme fouettées; car, tous le savez bien, n'y avait que ceut qui niisaicnt li guerre qui le portion!, c'est-à-dire ceux qui saccagiont le pauvre défunt de genre humain... Mais, à propos, songez que je n' voulons plus ôtre appelles les DatMs de ta halh. Qu'cst-^e que ça signilio, ça, tkimf»? le sommes les citoyennes de la halle. »
• Avec ces insiTiptions : Confédération nationale, ol Conutilution.
GUAPITRE SEPTIEME. 251
depuis dix-huit siècles à la terre ! liCs qualre cents premiers millions de biens ecclésiastiques dont rAssemblée ordonna la vente ne trouvèrent pas d'acheteurs. La Révolution chancela un instant sur le terrain qu'elle abordait. <c Gela ne tiendra pas I » s*écria toute la France épouvantée... Alors naquirent les assignats, dignes enfants d'une telle crise, et cette mesure, qui devait ruiner le pays en deux ans, rendit assez de crédit à la Révolution pour la remettre en marche. L'idée fatale vint de la Commune de Paris. Elle proposa et TAssemblée décida que les Municipalités seraient autorisées à acheter elles-mêmes les biens nationaux qui ne trouveraient pas d'acquéreurs, afin de les revendre plus tard aux particuliers; mais que, n'ayant pas de quoi payer ces biens comptant, elles donneraient sur les revenus communaux des bons portant intérêts, avec lesquels l'État obéré payerait ses dettes. On voit que la combinaison ne manquait pas d'adresse. « Le Trésor public s'acquittait, les créanciers avaient en main un gage sûr et réel, qu'ils pouvaient transformer en terre, et la vente se trouvait opérée d'elle-même. Plus tard on généralisa l'opération en changeant les billets municipaux en billets d'État ou assigfmts^ et l'on rendit la circulation des assignats forcée. Alors les créanciers se Irouvèrent réellement remboursés, puisque le papier devenait une monnaie véritable. Leur hypothèque fut d'ailleurs assurée ; car un décret limita la quantité des assignats à la valeur des biens mis en vente, et ordonna le brûlement immédiat des assignats rentrés ; de sorte que les biens ecclésiastiques devaient se trouver vendus en même temps que le papier-monnaie se trouverait suppnmé. i» Malheureusement le gouvernement» abusant de son nouveau crédit, fit circuler beaucoup plus d'assignats qu'il n'avait de biens pour leur servir d'hypothèque,— et de là la déconsidération de ce sign« fallacieux, — et la déconfiture universelle. Le Clergé se remua vivement pour arrêter le mal dans son origine ; mais ses spoliateurs hypocrites le flétrirent, en le renvoyant aux intérêts spirituels. Ses amis abusés lui promirent que du moins lo sanctuaire resterait indépendant!... Et à peine les prêtres furent-ils dépouillés, qu'on entreprit de les asservir ! La boite de Pandore était ouverte. Tous les crimes et tous les malheurs allaient s'en échapper.
Déjà compromise et fourvoyée dans ses derniers décrets, TAssemblée nationale acheva de se perdre et de perdre la Révolution en votant la Constitution civile du Clergé. Les mêmes législateurs qui avaient déclaré que leur œuvre, basée sur l'égalité évangélique, réaliserait la parole de Jésus- Christ, refusèrent de reconnaître le catholicisme comme religion de l'État. Ils abolirent les vœux monastiques et supprimèrent les congrégations, excepté celles qui se consacraient aux malades. Puis, calquant la division ecclésiastique sur la division civile, ils firent un diocèse de chaque départfïment, proscrivirent les chapitres métropolitains; et, brisant le concordat de 1517 et toute la discipline ecclésiastique, soumirent les évcquosi et les
curés aux choix des électeurs primaires. Ces mesures insensées, que Mirabeau et tous les grands esprits blâmèrent sans avoir le courage de braver rimpopularilé en les attaquant, furent l'ouvrage de la plus monstrueuse coalition qu'on ait jamais vue, de la coalition des Vollairiens et des Jansénistes, également hostiles à la cour de Rome et au Clergé. Ce fut là le dernier soupir de cette secte envieuse, dont le souffle avait déjà renversé les Jésuites, — et qui n'a pas fait moins de mal à la religion que la philosophie et l'incrédulité. (Février-juillet 1790.)
Sans doute, les évoques opposèrent une résistance hautaine à quelques propositions conciliantes des législateurs; mais, franchement, pouvaientils avoir confiance en des hommes qui les avaient déjà dépouillés? Et le catholicisme n'est-il pas, comme les voûtes de ses cathédrales, un ensemble compact et merveilleux dont on ne peut détacher une pierre sans entraîner toutes les autres? Bref, l'Assemblée mit le comble à ses fautes et ouvrit le puits de l'abimc en exigeant du Clergé le serment à sa nouvelle Constitution. Tout ecclésiastique devait prêter ce serment dans sa commune et dans son église; ceux qui le refusaient étaient immédiatement remplacés, et la double liste des prêtres assermentés et non assermentés préludait dignement à la future loi des suspects. (Novembre 1790.)
Le malheureux Louis XYI, après avoir consulté le Pape, dont il ne suivit pas le conseil, signa, sous les menaces d'une nouvelle émeute, cet arrêt de mort de la liberté de conscience, cet établissement de deux Églises rivales, cet appel public à la guerre civile (27 décembre 1790). Ce jour-là, tous les prêtres de la Constituante, à l'exception de soixante-quatre curés, refusèrent le serment et abandonnèrent l'Assemblée à son délire. Les cinq sixièmes du Clergé les imitèrent successivement, se laissèrent remplacer par des intrus sans mœurs ou sans foi, et les excommunièrent avec tous ceux qui recevaient d'eux les sacrements. On vit dès lors, dans tout le royaume, deux clergés hostiles, l'un réfractaire, vertueux et croyant, l'autre constitutionnel, scandaleux et impie. Derrière celui-ci se rangea la populace égarée des villes, regardant comme des ennemis*de ses libertés les prêtres qui défendaient la plus sacrée de toutes. Et c'en était fait du catholicisme en France, s'il n'eût trouvé dans l'Ouest une arche de salut, si les paysans bretons et vendéens ne se fussent levés autour des derniers ministres de Jésus-Christ.
Mais avant de raconter les exploits de leur insurrection, nous devons exposer les épreuves de leur patience.
Disons d'abord qu'en Bretagne, plus que partout ailleurs, la Constitu* tiou civile et le serment du Clergé furent une persécution aussi gratuite qu'absurde, attendu que les prêtres bretons n'avaient rien fait pour la provoquer. On peut en croire l'histoire girondine de Mellinet, où nous trouvons cette déclaration solennelle sur le Clergé le plus maltraité par la
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Révolution, sur le Clergé de Nantes. « Ce que nous pouvons attester, c'est que les attaques du philosophismc ont été bien injustes en ce qui regardait notre localité. Nous avons lu, page par page, les registres capitulaires de la cathédrale et de la collégiale, les registres des communautés ; nous avons parcouru jusqu'aux plus secrètes délibérations de l'administration départementale, du district, de la mairie, des sociétés populaires, tous ces registres où les accusations n'étaient pas épargnées; eh bien (et les preuves accumulées dans ce livre le prouveront), nulle part, soit dans les délibérations les plus intimes du Clergé, soit dans les accusations les plus virulentes des corps révolutionnaires, nous n'avons trouvé des actes sérieux propres à justifier, à excuser les persécutions dont le Clergé de Nantes a été l'objet. Et cependant nous avions vécu, ajoute Mellinet, avec des philosophes qui ménageaient peu le culte, et ces hommes nous avaient persuadé que le Clergé s'était attiré la persécution par ses fîiutes; que si la religion avait été pure, ses ministres ne l'avaient pas été. — Mais lorsque tout s'est déroulé sous nos yeux, lorsque nous avons eu en main tous les actes de la cité, soit des ministres du culte, soit des délégués du pouvoir ou du peuple, il nous a été donné d'apprécier par nous-même la conduite de chacun; alors, avec quel sentiment pénible nous avons vu comment la calomnie était facilement accueillie, comment les préventions les plus injustes étaient facilement adoptées!. . Puisse cet aveu convaincre tous nos lecteurs ! »
Depuis longtemps déjà, la Révolution mettait le Clergé dans une position intolérable. Elle lui criait : a Ne vous occupez pas des intérêts temporels, enfermez-vous dans l'église. » Puis, au premier embarras, elle allait lui dire : « Aidez-nous à rétablir l'ordre dans nos affaires. Quittez le temple pour la place publique. » Le moyen de satisfaire à des exigences aussi contradictoires? Aussi, quoi qu'il pût faire, le Clergé devint-il suspect aux révolutionnaires; et, lorsqu'il voulut se défendre contre leurs attaques, ses moindres paroles et ses moindres actes furent érigés en crimes. Les soi-disant inventeurs de la tolérance religieuse organisèrent la plus odieuse intolérance politique. Ils prétendirent régler jusqu'aux moindres détails du culte, ils violèrent tous les secrets du sanc^ tuaire, déchirèrent tous les nuages de l'autel, envahirent, le sabre en main, la tribune sacrée, et installèrent le saint sacrement dans la rue.... Faut-il s'étonner après cela de l'insoumission des prêtres de l'Ouest... Ei si l'on compare leur résistance aux violences de leurs ennemis, ceux-ci ne sont-ils pas do vrais persécuteurs, et ceux-là de véritables martyrs?
Lorsque les évéqueset lescurésbretons apprirent le bouleversement légal de la discipline religieuse, et reçurent l'ordre de quitter leurs églises ou d'y prononcer un serment contraire à la vieille foi, ils sacrifièrent presque tous leur place à leur conscience, et Tcxercice du culte se trouva suspendu
234 fiRETAGNE ET VENDÉE.
dan& la moitié île la province. Monseigneur de la Laurencie, é\i>que de Nantes» refusa des premiers le serment. H ne fut prèle dans cette ville que parles prêtres de TUniversité, dont le célèbre Fouché était alors professeur. M. de la Laurencie conserva ses adhérents sous le nom de petite église. On juge quel élan cette dissidence imprima aux persécutions. Les chanoines furent arrachés publiquement de la cathédrale par les commissaires du Directoire, et le dimanche suivant» il n*yeul à Saint-Pierre qu'une messe, sans diacre ni sous-diacre. La ville s'étourdit au milieu des imprécations de la populace ; mais les esprits sages sentirent que la Révolution était blessée au cœur, et les campagnes s'épouvantèrent en se voyant abandonnées de Dieu.
A Quimper, le vénérable prélat» Conen de Saint-Luc, était mourant, lorsqu'il reçut l'ordre de jurer la Constitution dans son église devant le coi'ps municipal. Déjà, quelques jours avant, les commissaires avaient dressé des échelles contre les murs de la cathédrale pour y briser les écussons épiscopaux des Lanros, des Rosmadec et des Tréanna. Puis la cure de Kerfcunlun étant vacante, laConimune préparait la nomination du nouveau titulaire, suivant le décret du 1^2 juillet. Inébranlables dans leurs convictions, et bien qu'ilsn'aientplusd'existencelégale, les chanoinesde Quimper s'assemblent autour du lit de leur évcque, et, suivant les vieilles lois de la discipline, investissent en son nom l'abbé Valet de la cure de Kerfeuntuti. La Commune déclare l'investiture nulle, et noIiGe la loi au prélat et au chapitre. Nouvelle assemblée de celui-ci auprès du moribond, qui expire de douleur en prévoyant les maux de l'Eglise française... Les chanoines protestent hautement, en cédant « à ce pouvoir de la force qui brise tout et ne respecte rien. » Mais le Département, passant outre, pose les scellés à Tévéché, et convoque les électeurs pour nommer le successeur de M. de Saint-Luc. Nouvelle protestation du chapitre dissous, qui en appelle à tout le Clergé* du diocèse, et l'invite aux obsèques solennelles du premier martyr de la Constitution. Non-seulement les prêtres, mais les paysans en masse aflluent dans la chapelle ardente, où l'ancien évêque repose, la figure découverte, la mitre en tcle et la crosse a la main. La, d'une seule voix les pasteurs jurent de mourir plutôt que de prêter le serment, et leurs ouailles jurent de les défendre jusqu'au dernier soupir. Admirable et touchant accord, dont le Département s'épouvante, mais dont il ne mesure pas la portée... La persécution légale continue donc. Et tandis que quelques prêtres sans foi ou sans courage font le serment dans leurs églises désertes, la moitié des réfraclaires assemble autour d'elle les populations fidèles, et l'autre moitié, désespérant de la France et prévenant la proscription, rejoignit la Noblesse sur la terre d'exil.
Les premiers fugitifs de Quimper s'embarquent à Benodet; ceux du Morbihan à Vannes et à la Roche-Bernard ; ceux des Côtes-du-Nord et
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il 'lUe-el-Vi laine à Lègue, à Binic cl à Saint-Maio ; cciii de Nantes el il'Angcrs, à Paimbœuf el à Sainl-Nazaire, el ainsi sur toutes les cotes cl dans tous les havres de l'Ouefit. — Désolante cl irréparable déserlion. ijuirappclail la fuite de l'antique Israël : Super flutnma Babijlonis, cl qui allait livrer la France ù tous les démons exterminateurs de la guerre civile.
Le diocèse de Léon se trouvait supprimé par les nouvelles divisions de la Bretagne. Maïs l'évcquc de la Marche, ancien capitaine de cavalerie, dont l'illustre nom était populaire, avait résolu de ne quitter son siège que par la force. Il renvoya aux directeurs de Morlitix leurs notificalions, déclarant tout net qu'il n'en tiendrait eompic. Les chanoines firent mieux encore, ils ne décachetèrent pas même l'ordre qui les supprimait, et ils cnniinuèrent tranquillement leurs functionti. Le procureur sjndic somme le Directoire d'aller poser les scellés à Saint-Fol, le Directoire s'en dispense pour des motifs personnels el rel'ujieux. Ce fut une des rares administrations qui curent le courage de résister au torrent. Mais les clubs de Morlaix, de Brest et de Landernau s'offrent do marcher en armes vers Léon. Alors le Département réprimande le district insubordonné, el charge celui de Brest d'aller saisir les chartes, ornements cl vases sacrés du diocèse et du
chapitre de Sainl-Pol. — Impuissante et funeste victoire de la force brutale, cl singulière façon d'inaugurer la liberté religieuse!
Pendant ce temps-là, tous les curés du Lconnais protestaient du haut de leurs chaires contre cette prétendue liberté qui n'était que la violation des consciences, et Tabbé Yallet, à la tète de ses paroissiens, forçait la sacristie de Kerfcuntun et montait en triomphe à Taulel.
A la vue de ces terribles symptùntcs, les révolutionnaires, qui n'avaient pas su les prévoir, comprirent qu'ils étaient allés trop loin... Mais il n*était plus temps de faire' halte sur la pente fatale. La France tout entière se précipitait vers la guerre civile, — comme ces immenses convois lancés à pleine vapeur sur nos rail-ways d'aujourd'hui.
A partir de ce moment (1791), les hommes de cœur séparés de la Révolution se résignèrent à cire victimes, et les honnêtes gens attachés à celte même Révolution s'étourdirent pour devenir bourreaux.
On vit, d'une part, les plus grands courages se borner à disparaître ou à souffrir, et d'une autre les meilleures inspirations engendrer par faiblesse ou par entêtement hs actions les plus horribles...
Déjà la discorde secouait ses brandons sur les assemblées populaires et sur les municipalités : le club des capucins de Ayantes réclama et obtint Ja publicité des débats communaux . l\ eut la triste joie d'y voir mourir l'uni versite nantaise, qui, dépouillée déjà par Rennes de sa faculté de droit, avait du moins conservé jusque-là ses facultés de théologie, de médecine et des arts.
Enfin les élections ecclésiastiques vinrent mettre le feu aux campagnes. Les gens du pays de Nantes s'agitèrent pour M. de la Laurencie. La garde nationale dut courir à Basse-Goulainc et à Guérande protéger la Constitution. L'émigration, grossissant de jour en jour, devint comme un torrent qui sépara l'ancienne France de la nouvelle. L'armée de Condé naquit à Coblentz et appela l'Europe au secours de la Monarchie. Les Bourgeois se disputèrent entre eux leurs nouveaux privilèges avec la même jalousie et la même puérilité qu'ils avaient déployées contre les Nobles. Il y eut à Nantes, le 2 février 1791, une scission solennellement ridicule entre les maîtres et les garçons perruquiers. Les femmes apportèrent leurs séductions aux clubs, en attendant qu'elles y apportassent leurs fureurs. Celui des amis nantais de la Constitution reçut le serment civique des dames et des demoiselles de la ville, entre les mains du président Coustard, toujours prêt à déclamer des discours... Ces grands clubs tirent des petits, composés des jeunes amis de la Constitution. Les enfants voulurent s'armer comme leurs pères, et les écoliers parler comme leurs maîtres. Des discours et des armes, dit Mellinel, semblaient résumer l'époque. On vola la suppression du très-humble serviteur au bas des lettres. Les plus grands abatleurs de préjugés et de formules en venaient aux mains pour les moin-
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dres faits d'étiquette, comme il arriva sur le port de Nantes, à l'inauguration du drapeau tricolore... C'était le 10 avril 1791. Au signal donné par le trois mâts le Mirabeau, le pavillon national devait être arboré au mât d'artimon par tous les navires, qui, pour rendre la substitution plus frappante, avaient hissé d'abord le pavillon blanc. La garde nationale et la garnison étaient là sous les armes. Quand la nouvelle bannière déploya ses trois couleurs, tous les volontaires d'une seule voix crièrent : Vive la Nation ! en élevant leurs chapeaux au bout de leurs baïonnettes. Le régiment de Rohan seul, fidèle à la discipline militaire, resta immobile et muet. Son colonel, le comte d'Hervilly, avait donné jusque-là tous les gages possibles à la Révolution. Il était aimé et respecté de toutes les opinions à Nantes. Eh bien, parce qu'il n'avait pas voulu crier : Vive la Nation! sans crier : Vive le Roi ! — parce qu'il refusa de pousser, devant les menaces populaires, ce cri qu'il avait cent fois proféré volontairement, — la foule se rua sur lui pour le mettre à la lanterne, et les chefs de la garde eurent beaucoup de peine à lui sauver la vie. L'émeute devint si terrible, que la municipalité ordonna au colonel de quitter Nantes, et l'y contraignit le lendemain malgré ses conciliantes explications. — Que les Nantais s'étonnent après cela de rclrouver M. d'Hervilly à Quiberon ! — Quelques jours plus tard, ils furent moins sévères pour le major de Royal-Picardie, vieux soldat, à cheval sur la discipline et se moquant de tout le reste... Les amis de la Constitution allèrent au-devant de lui. — Les amis de la Constitution, qu'est-ce que c'est que ça? demanda-t-il... — Des patriotes qui viennent au nom de la Nation... — La Nation? Ah oui ! un grand mot... Moi. je ne connais que le Roi et le Ministre. Les amis de la Constitution se retirèrent sans crier à la lanterne, le vieux major les ayant trop bien éclairés. Heureusement Royal-Perche les dédommagea bientôt en acceptant des cravates aux trois couleurs et en criant avec eux : Vive la Nation !
Ce fut alors que MM. Beaufranchet et Français allèrent rappeler à l'Assemblée nationale que, si les Parisiens avaient été les fondateurs de la libertés les Nantais en avaient été les premiers soldats!... Puis ils tachèrent de rattraper quelques-unes des franchises qu'ils avaient immolées avec leur vieux nom de Bretons sur l'autel de la patrie... Mais l'Assemblée leur répondit logiquement qu'il n'y avait plus de privilèges depuis qu'il n'y avait plus de despotisme. Et ces belles paroles furent tout ce qu'obtinrent les premiers soldats de la liberté... — Mais nous voilà bien loin des élections ecclésiastiques.
Ces élections remplirent les premiers mois de 1791, cl joignirent partout le ridicule à la violence. D'abord, entre les prêtres assermentés de bonne foi, c'était à qui ne serait pas évêque. Devenir évcque constitutionnel, c*était devenir chef de religion, et ce poste ne convient qu'à des prophètes on à des intrigants. A défaut de prophètes, les électeurs choisirent
(les intrigants, ou même des inconnus. Les Nantais, assemblés dans leur cathédrale le 15 mars, dimanche gras, offrirent la crosse à M. Minée, curé des Trois-Patrons, à Saint-Denis, sous prétexte qu'il était né à Nantes. Nous copions textuellement la nouvelle de cette élection dans un journal du temps:
« Jamais Nantes n'avait vu un carnaval plus gai que celui d'hier : « demain; les électeurs du département de la Loire-Inférieure nommeront « un nouvel évoque : demain, les bons citoyens se réjouiront encore ! »
N'était-ce pas dire clairement : — Demain le carnaval continuera?
M. Minée répondit a que le vœu du corps électoral était la voix de la Providence, » et il accepta la crosse. Malheureusement il ne manquait au nouveau pasteur qu'un troupeau. D'abord les paysans en masse refusèrent de le reconnaître *, et la garde nationale de Nantes passa l'année à courir les champs pour y faire élire et y installer de vive force les curés constitutionnels. Dans la ville même, les gens sans religion se rangèrent seuls autour de M. Minée. Le maire, M. de Kervégan, homme trop sensé pour avoir confiance en lui, le reçut avec des paroles froides et laconiques. Il prit possession de sa cathédrale, avec l'aide de la police et de la garde en armes. Un déluge de pamphlets le signalèrent au mépris de tous les bons chrétiens, et révélèrent la conduite scandaleuse de ses vicaires. Toutes les maisons religieuses lui furent impitoyablement fermées.
S'érigeant alors en arbitre des règles canoniques, le Directoire départemental entreprit de faire ouvrir à M. Minée le couvent des Couëts, fondé parla bienheureuse Françoise d'Amboise, et dont madame de La Roussière était supérieure. Le dialogue suivant s'établit entre la spirituelle abbesse ot M. Maurain, chargé de la fatale commission :
— Monsieur, je me félicite comme vous des libertés conquises par tous les PVançais, et surtout de la liberté de conscience : voilà pourquoi je veux profiter de celle-ci, et ne puis recevoir M. Minée.
'* Le tableau suivant, tiré tic Mcllinet. montrera quelle fut la fermentation des esprits durant toute l'unnéc 1)1 : SortieM faites par U» citoyens de Kantes p'tur protéger les curé* constttuiionneh : le 5 mai. ils envoyaient cent hommes à Chalans ; le 7 cinquante hommes à Saint-Aignan, cl vingt- ( inq à Garqucfou : quatre cents hommes durent s'y rendre le lendemain, en même tcm|>s que cinquante marchaient sur Saint-Aignan. Le 15 mai, cent gardes nationaux firent une excursion à la B ssc- Indre. Le 22, trois détachements, ite cent hommes chacun, se montraient à Sucé, Saint-Herblain cl Sjint-Séhaslicn. Le 2U, deux détachements d'égale force allèrent a la Chapel\e-sar-Krdre et au Pon:- Saint-Martin. Le 25 Juin, vingt-cinq hommes remplissaient une triste mission auxCouêts. Le 12, cent hommes étaient envoyés à Treillères. Le 19, une expédition, forte de six cents hommes et de quarante cavaliers, avec deux pièces de quatre, servies par trente canonniers, marcha sur le Temple. Le 24, on envoya vingt-cinq hommes à Sjint-Aignan,ct cinquante à Varennes, et, le 29, deux cent quatrevingt dix à Nachecoul, et soi-xanle à Vallet. Le 2 juillet, les gardes nationaux se joignirent aux troupes qui allèrent débusquer six cents Vendéens qui occupaient le chÂtc<ni de la Poutièrc, nuprt*» des Sables. I^e 19, un détnchemenl de soixante hommes faisait une troisième excursion à Carquefot?. Le 28, vingt hommes allaient h Douguenais, et, le 19 septembre , vingt-cinq à Angers. I^ 3 octobre, six cents hommes marchaient sur Saint-Georges, et le 9 du même mois, une colonne de deux cents hommes d'infanterie et de quarjnlc de cavalerie, avec deux pièces de quatre, servies par cinquante canonniers, fut envoyée à Marmelais (Mcllinet, lliftoire de h Commune dt Santé*.)
GUAPITRE SEPTIÈME. 250
— Mais, madame, je viens ici au nom de la loi, et il n*y a point de liberté sans le respect de la loi.
— Vous avez parfaitement raison, monsieur. Veuillez me citer la loi qui oblige les couvents à recevoir la visite des cvêques.
— Madame, cette visite est consacrée par d'anciens usages.
— Usages gothiques, monsieur, abolis par le siècle des lumières, et que ne saurait défendre un homme de progrès comme vous.
— Mais, madame, il faut bien cependant que toute chose ait une limite.
— Veuillez donc, monsieur, flxer la limite de la liberté de conscience... Cette liberté nous forcc-t-elle, nous religieuses, à être catholiques constitutionnelles? Toute la question est là. Nous sommes de pauvres femmes soumises aux lois. Mais montrez-nous, encore une fois, celle qui nous enjoint de recevoir M. Minée...
M. Maurain se retira... honteux comme un renard qu'une poule aurait pris. Le Directoire départemental en appela solennellement à TAssembléR constituante; mais le Directoire du district de Nantes, plus expéditif, déclara les religieuses des Couëls passibles des plm grandes peines. La populace constitutionnelle prit le district au mot, et menaça les sœurs de les fouetter publiquement si elles n'ouvraient leur porte à l'évèque ; elles s'adressèrent au Déparlement, qui leur donna une garde militaire, non moins redoutable pour elles que leurs ennemis... Ce fut alors qu'une troupe de mégères en haillons, conduites malheureusement par des dames en robes de soie, assaillit et força en plein jour le couvent inoffensif. Ces démons en cornettes saisirent les religieuses, levèrent ou déchirèrent leurs robes, et les fouettèrent jusqu'au sang. Qu'on se figure, si l'on peut, cette orgie furibonde, les affronts et les imprécations des exécuteurs, la résistance et les gémissements des victimes; d'une part, tout ce que l'ironie, l'impiété et la rage ont de plus cruel ; de l'autre, tout ce que la pudeur, la religion et le désespoir ont Je plus lamentable!... On vit une des plus riches dames de la ville fustiger de sa main la supérieure, en proférant d'horribleS blasphèmes et des plaisanteries dégoûtantes. Les autres excitaient leurs instruments en guenilles, et criaient aux vierges échevelées et demi-nues : — C'est une besogne qu'on vous épargne, mes sœurs, vous qui vous fouettez, dit-on, pour mériter le paradis!... Grâce à nous, vous en trouverez la porte ouverte à deux battants!...
Rien de plus contagieux que le délire. Les hospitalières de Saint- Charles au Sanitat endurèrent le même supplice; puis, la populace voulut se mêler à la fête : elle envahit le deux cloîtres en hurlant : Vive M. Minée! Elle traîna dans les rues les religieuses en lambeaux, les entassa dans des fiacres sur la Fosse, et les promena le long de la L'bire avec d'affreuses clameurs jusqu'au château, dont elle fit leur prison. Les belles
dames qui conduisaient l'expédition, au nom de la communion des femmes palriotest s'étaient installées si^r les sièges auprès des cochers, le bonnet rouge et la couronne de chêne au front, toutes fières des hideuses acclamations qui saluaient leur passage.
Deux cents ans auparavant, les mêmes religieuses avaient reçu le même traitement des huguenots... Mais alors le respect et la pitié des catholiques eurent bientôt guéri leurs blessures. — En 1591, elles ne trouvèrent que la proscription le lendemain de leur supplice, et elles prièrent en vain pour un peuple qui fouettait des vierges consacrées à son soulagement.
Il y eut cependant, comme toujours, une réaction de pitié dans la population nantaise, et le nom de fouettetises des Couëts resta aux énergumènes du 3 juin. Mais M. Pellerin, l'avocat des religieuses, n'en fut pas moins emprisonné au château \ et le Département n'en ferma pas moins tous les couvents, et toutes les églises non desservies par des prêtres assermentés.
Ainsi furent installés à Nantes la religion constitutionnelle et ses premiers pasteurs. Nous les verrons bientôt à l'œuvre, — et particulièrement M. Minée !...
Des scènes analogues affligèrent les cinq départements bretons, où pas un évcquc ne consentit à prêter le serment. Partout , les électeurs et les clubistes envahirent les cathédrales, profanèrent la tribune de vérité, singèrent les invocations au Saint-Esprit, et installèrent dans le sanctuaire leur scrutin sacrilège. M. Ëxpilly, curé de Morlaix et député à l'Assemblée nationale, fut élu évêque de Quimper, à la place du vénérable Gonen de Saint-Luc. A Rennes, M. de Girac, président du clergé aux derniers Etals, eut pour sncccsseur l'abbé Le Goz, ancien principal du collège de Quimper, homme de bien, d'ailleurs, et apologiste sincère delà Gonstitution civile.
Des sièges épiscopaux , le désordre et la persécution descendirent jusqu'aux plus humbles paroisses. Un nuage de bulles et d'écrits religieux creva sur la province entière. Presque tous les ancienâ curés et vicaires, refusant le serment, durent être remplacés de vive force. La municipalité de Saint-Pol réclama quatre cents hommes contre les paysans du diocèse, où l'intrépide évêque de Léon continuait d'ofiicier, en dépit des scellés et des menaces. Lorsqu'on l'eut obligé de fuir par un ordre d'arrestation, il dépista adroitement ses Argus, et gagna l'Angleterre, d'où ses lettres pastorales ne circulèrent pas moins en Bretagne'.
* Son grand crime fut qu'un trouva chez lui ccUe leltrc adressée par une personne de Nantes à madame de Bruc de Montpbisir, en sa terre du Breil : <r Si vous avez reçu le paquet que mon mari vous envoie, ne le portez pas chez M. Pellerin parce qu'il est soupçonné. Si vous craignes le district, cachez bien voire argent, vendez bœufs et vaches, etc.. d On doit s'attendre h tout de gens sans religion... 0^ voit que la terreur commençait à s'établir dans l'Ouest.
* M. Souvrstre rapporte une anecdote qui fait le plus grand honneur à l'esprit libéral de M. de L\ Marche. Il visitait un jour une grande dame avec six ou huit curés. En se mettant I table, il vit son