‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 98 sur 223 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

pelet et le sabre ! Un jour, les nalioiiaux forçaient le cloilrc pour y inventorier les ornements de Tau tel, ce mobilier du bon Dieu; le lendemain, pour compter et étiqueter les sacs de farine dans les greniers; un autre jour, pour sommer les frères ou les sœurs de rompre leurs vœux et de déchirer leur froc. < Car il n'était récluse ou professe, si jeune et si timide qu'elle fût, b dont le voile ne fût soulevé dix fois par la main des révolutionnaires. Et pendant ce temps-là, les pauvres sœurs redoublaient leurs oraisons et leurs austérités |^ur mériter le secours de Dieu, leur seul défenseur. Elles priaient toute la nuit et jeûnaient tout le jour. Elles recevaient dans l'ombre, à huis clos, la communion de quelque aumônier proscrit avant elles, et qui leur enseignait de précepte et d'exemple à souffrir le martyre pour la foi. Et leurs pauvres réclamaient vainement, au point du jour, l'aumône accoutumée... Et la populace des villes accourait les insulter à travers les grilles du couvent. Ou bien les paysans venaient en masse leur crier qu'on les aimait, qu'on priait et qu'on mourrait pour elles! Quelquefois, comme à Lesneven, le district, attendri, demandait leur conservation. Mais l'impitoyable département blâmait le district, et il fallait enfin se disperser devant les baïonnettes* Combien de violences de ce genre eurent lieu dans les départements de l'Ouest, couverts d'abbayes et de prieurés de toutes sortes.

L'expulsion des Calvairiennes de Curhaix fut un véritable drame. A toutes les visites et à toutes les sommations, ces pauvres filles avaient répondu qu'on les arracherait des grilles de leur parloir. La population des montagnes et des landes voisines était accourue à leur aûle. i^s milliers de mendiants qu'elles nourrissaient étaient là, grouillant sous les haillons, tendant l'écuelle de bois où ils recevaient la soupe, et remplissant l'air de lamentations et de prières navrantes. Le jour fatal, toute la ville se joignit aux campagnes. Une heure s'écoula sans que les officiers chargés de l'expulsion eussent le courage de paraître. Enfin, ou moment où les sœurs distribuaient leur dernière aumône aux pauvres, les trois charrettes requises pour l'enlèvement s'avancèrent, escortées par ta garnison de Carhaix, sous les ordres de deux municipaux et du procureur syndic. Les soldats se postèrent aux issues du couvent et leur chefs entrèrent au liarloir.

— Que voulez-vous? demanda une sœur converse.

— Parler à votre supérieure.

— Elle est sans doute en prière.

— Allez la chercher.

Bientôt parut une petite femme, en longue robe noire, avec béverlet éclatant, un chapelet de bois et de cuivre à la ceinture. Elle s'excusa de s'être fait attendre. Elle pansait une de ses sœurs à l'infirmerie.

— Madame, dit le ))rocurcur syndic, vous connaissez sans doute l'arrêté

du département, vous n*y avez ce()cndant point déféré. Les délais sont épuisés. Voulez-vous sortir librement?

— Je veux et je dois mourir ici, tel est mon engagement devant Dieu.

— La loi ne le reconnaît point, et vous somme de quitter ces lieux à Tinstant.

— Je ne les quitterai que par forc«. Vous êtes les maîtres de mon corps et non pas de mon âme.

Alors un des officiers municipaux donne le signal et l'exemple. Les grenadiers secouent la grille de bois, la font voler en éclats et se trouvent eu face des vierges du Calvaire. La supérieure tombe à genoux, le front dans la poussière; ses sœurs l'imitent aussitôt, et toutes, d'une seule voix, entonnent le Miserere. La multitude des assistants éclate en menaces et en sanglots. Les exécuteurs s'arrêtent pâles et tremblants. Trois fois encore le procureur somme les religieuses de le suivre à leurs cellules pour y chercher leur bagage. Il n'obtient d'autre réponse que les versets du lamentable psaume. Ënfm les grenadiers passent, les yeux fermés, sur le corps des sœurs, violent, le ^abre en main, le pieux gynécée, emballent à la hâte les matelas et les scapulaires, les meubles et les livres d'heures, les empilent dans les trois charrettes, et le soir venu, les transportent à la mairie, entre deux haies d'hommes armés.

Plus de cloître, plus de tourière, plus de religieuses, nonnes ou professes. A chaque porte un factionnaire; dans les longs corridors un agent municipal, essayant ses clefs à toutes les serrures; et à la place des femmes voilées, des aumôniers en prière et des mendiants recevant la soupe, une troupe de cantinières, de patriotes et d'enrôlés, parlant de guerre et de Chouans, d'aristocrates et de salut public '.

De Carhaix, les sœurs furent ensuite menées au chef-lieu et déposées à la maison d'arrêt, en attendant la mort ou la déportation.

On peut juger par cette scène de toutes les autres. Ab und disee omnes.

A Nantes, le directoire, assemblé de nuit, vota l'incarcération des prêtres, sous les menaces de la foule hurlant: — Mort aux calotins! et demandant qu'ils fussent abandonnés à la colère publique. Le maire n'apaisa l'émeute qu*en donnant à haute voix l'ordre de proscription. Et Dieu sait avec quelle violence il fut exécuté! Traqués de rue en rue et d'asile en asile, les prêtres s'échappèrent déguisés, ou furent traînés à la maison de Sain^Clément. Tous ceux qui les cachaient risquaient leur vie. Les familles suspectes de religion furent harcelées de visites domiciliaires.

Et cependant il se trouva une quantité de femmes, et surtout de femmes du peuple, qui se dévouèrent au salut des pasteurs, et qui déployèrent en cette circonstance une adresse et un courage admirables.

Doit-on s'étonner, après cela, que la contre-révolution multipliât ses

* Dtichétcllier, Uittoire de la Bévolution dam la départfwienti de la Bretagne^ tome II.

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