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CHAPITRE NEUVIÈME

révoltes dans rOuesi, que la Noblesse et le Clergé, poursuivis ensemble, s'entendissent pour leur salut commun, et que les campagnes affamées en même temps qu'excommuniées, refusassent les contributions à des gens qui leur prenaient à la fois leur argent et leurs prêtres ' . Car, il ne faut pas l'oublier, à côté de l'abinie religieux, l'abîme financier allait toujours s' élargissant, et sur ce terrain fatal, les révolutionnaires eux-mêmes se déchiraient entre eux. Ainsi, les directoires de Morlaix, de Saint-Malo, de Lesneven, etc., s'inscrivirent contre les dernières mesures départementales. Beaucoup de districts refusèrent le logement et le matériel aux curés jureurs, et maintinrent ouvertement les anciens prêtres. A Saint-Thégonec, M. Allonet ne put trouver de répondant pour sa messe, et fut insulté par son propre bedeau. Le conseil municipal lui refusa la bannière de la paroisse, et faillit l'étrangler quand il voulut s'en saisir. A Plouënan, l'abbé Touboulic fut hué en plein collège électoral : — < Nous sommes tous enfants du même père, lui dit le président. Nous n'avons pas besoin de serment pour voter. » Et le jureur, foulé aux pieds, couvert de crachats, fut chassé de l'église avec tous ses acolytes. Les gens de Crozon, ceux de Bruz, ceux de Fougères, ceux de Yezin» prirent les armes et donnèrent la chasse aux commissaires départementaux.

Ceux de Fouesnant et des environs, conduits par le juge de paix Alain Nédelec, s'organisèrent au nombre de 300 ou 400, et livrèrent, le 10 juillet 1792, une bataille en règle aux gardes nationaux de Quimper. Los gardes, vainqueurs, campèrent dans l'église et dans le cimetière de Fouesnant, d'où ils repoussèrent les villageois à coups de canon. Cette affaire où beaucoup de sang coula, est antérieure de six semaines au combat de Bressuire, cité comme le premier combat vendéen. Hélas! les hommes de l'Ouest s'habituaient déjà aux horreurs de la guerre civile. On vit dès lors les révolutionnaires faire paître leurs chevaux sur la tombe des morts, et dresser leur litière sur les dalles profanées de l'autel ; on les vil le lendemain rentrer à Quimper avec des chants de triomphe, traînant après eux trois charretées de morts et de blessés, qui arrosaient la roule de leur sang comme des bœufs ramenés de Tabattoir!

Jagé et condamné par le tribunal criminel de Quimper, Nédelec étrenna en Bretagne le nouvel instrument du docteur Guillotin.

Le sang coulait aussi dans la Loire-inférieure, à Pontchâteau, à Savenay, à Donges, à Montoir, à Yendille, où les Briérons, soulevés pour leurs prêtres, massacrèrent les dragons envoyés contre eux. On leur répondit eu les arrêtant

* Ce fut aoe des plos graodet faates d« la RéTolation de confier aui mêmes hommes celto double niasioii ai eootradictotre Poar ae fignrer toataa les avanies et toulcs les misères de ces inisstonoairos dn iac et dea eiUtea, chargés de Tioleoter lea bourses el les én>cs, do courir après les contribuables et après lea coréa, il faut lire lea rapporta de Guezno et il'Abfural sur le Fiiiislèrc^ de Dufrexon et de Hobinean sur la Loire-Inférieure.

et en brûlant leur maison, — funeste signal de Tincendic qui allait s*allunier partout.

Ce fut alors qu'éclata le fameux complot de La Rouerie» qui eût été, six mois plus tard, le chef-d'œuvre des conspirations.

Armand TuflQn, seigneur de La Rouerie, près Saint-Malo, était un de ses personnages admirablement doués, qui peuvent tout, pour le mal comme pour le bien. Il fut d'abord officier des gardes françaises et brilla dans les orgies et dans les duels, dans les ruelles et dans les coulisses. Il tua le comte de Rourbon-Busset, fut expulsé de la maison du Roi, et devint, en Bretagne, un des chefs de la Noblesse. C'était l'époque de la grande opposition parlementaire. Tout à coup, cet homme, qui avait commencé coaune Kaublas, résolut de finir comme Rancé. 11 entra dans un couvent de la Trappe. Hais le bruit de la guerre de l'indépendance l'arrache de la solitude. Il jette le froc, reprend l'épée, se fait appeler le colonel Armand, et illustre ce nom dans la campagne d'Amérique. De retour en Bretagne, il fait partie de la députation de 1787, qui réclamait au Roi les privilèges de In province. Il a l'honneur d'être enfermé à la Bastille, d'où il sort triomphalement avec ses compagnons. Nous avons raconté plus haut ces préliminaires de 1789. Bientôt, comme on l'a vu, le Tiers-État renonce aux vieilles franchises bretonnes pour les nouvelles libertés françaises. Fidèle aux premières, H. de La Rouerie provoque et signe les protestations de l'Église et de la Noblesse. Enfin la parole ne lui suffit plus. Il faut qu'il y joigne l'action! Rallié contre la Révohition à la Royauté, qu'U vient de combattre, il remue, dès 1789, toute la Bretagne du fond de sa terre de Saint-Malo.

« En effet, dit M. Souvestre, rien ne manquait à Tuflin pour devenir chef de parti. Il ne possédait pas seulement toutes les qualités, mais, ce qui est aussi rare, peut-être, tous les vices nécessaires pour jouer ce r61e. Audacieux, adroit, trop mobile pour tomber dans de longs découragements, il avait cette impressionnabilité pour ainsi dire volontaire, qui permet tour à tour l'exalt-ation et le calcul, la bonne foi et la dissimulation. Longtemps occupé d'intrigues de femmes, il avait appris à serpenter habilement entre les amours-propres; on pouvait le surprendre, jamais le déconcerter* Doué enfin d'un courage que l'on citait dans une Noblesse où le courage était la plus vulgaire des vertus, il était capable d'exécuter tout ce qu'il osait concevoir. Orgueilleux, du reste, et capable d^une mauvaise action lorsqu'elle le conduisait au but, mais patient comme tous les hommes de cour, gai comme tous les voluptueux, il pouvait braver la faim, la soif, la fatigue et le froid sans se plaindre ni s'abattre. »

M. de La Rouerie eut d'abord une idée toute nationale, ce fut de courir à Coblentz arrêter le mouvement de l'émigration. Nous avons déjà dit quelle frivolité les émigrés affichaient à cette petite cour. Persuadés que

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