X\II
Sédition de$ regratliers de Coutances. — Démolition des fortifications de Pontorson. • — Les corsaires protestants recommencent leurs courses. — Embargo mis par le Parlement tur les namres anglais. — Cm$piraMim de JBricqueville^-Pietmes. — Arrestation de la Grossetière à la Haye-durPuits. — Sa condamnation. — BricqueviUe gracié par Louis XI IL
Gepeudant, quelqu'eftt été le soin apporté par le doc de Longueville à la repression des troubles et k la pacification de la province, il était difficile que les populations, rendues irritables par un demi-siècle de malheurs, conservassent toujours la paisible attitude que donne la force du droit. D était difficile qu'elles ne cédassent jamais aux séduisantes idées du désordre et de l'insurrection. Les châteaux n'avaient donc pas cessé d*étre inquiets , et les villes d'être émeutières.
Une sédition, qui éclata vers la fin de 1623, et à lar quelle la politique demeura, peut-^lre pour la première fois , étrangère, en fut la preuve. Le motif était puisé dans un édit du Roi , concernant les états et offices héréditaires
nouvellement établis , qu'un huissier du conseil apporta au Parlement, pour qu'il fût procédé à sa vérificalion. Or, comme cet édit comportait évocation pour comparaître k Paris, devant les commissaires, et y présenter ses titres , il arriva que les petits monopoleurs, tels que les crocheteurs, les regrattiers et les porte-faix, que ce voyage contrariait, 4»'avisèrent d'interjeter le haro sur l'huissier de la Cour et d'entrer en rébellion ouverte contre les agents du domaine. Il y eut , à Rouen , des maisons et des rues entières de saccagées; et il Mut que le Par* lement compromit ses robes rouges au milieu de l'émeute, pour que, vaincue par l'autorité de ses paroles, elle consentit à rentrer dans le devoir et la soumission. Mais l'étincelle de la révolte s'était communiquée k toute la province et particulièrement au Gateatin , qu'agitait continuellement l'ambition des partis. La contrée se souleva donc, comme s'il se fût agi pour elle de toutes ses immunités et privilèges. Courir aux grcflFes et y lacérer les titres, tel fut l'effet de la première colère; et l'émeute put se croire victorieuse lorsqu'elle eut chassé de Goutances le sieur de Paris, maitre des requêtes de l'hôtel du Roi , qui avait été envoyé, comme commissaire, pour l'exécution de quelques édits. Force devait cependant rester à la loi ; et le Parlement dut faire un exemple des plus mutins, en les condamnant au dernier supplice(l).
Ainsi qu*onle voit, la disposition des esprits était loin d'être rassurante ; et, comme les mécontents appartiennent d'ordinaire k qui sait les employer, on pouvait craindre , alors que le Protestantisme était moins com-
(1) Hist. m"', du parlement; Claude Malingre , t. 3, p. 529,
battu comme doctrine religieuse que comme doctrine po« lilique, qu'ils ne se donnassent à la bction rochelloise. Les Montgommery de Ducey pouvaient aus^ bien ouUier leurs serments et relever l'étendard de la lévdte. La Cour* en conséquence, ne les perdait point de vue; et déjà, même avant que l'insurrection du Gotentin se fût déclarée, elle avait songé à en finir avec Pontorson , qui lui donnait de perpétuelles inquiétudes. S'antorisant du vœu précédemment émis, en 1616, par nos Etats provinciaux, sur la destruction des châteaux décorés nuisibles et dommageables au bien public (1), elle avait èondamné les fortifications de la ville et du coteau; et, comme ce dernier boulevard de nos religionnedres était la pomme de discorde entre la Bretagne et la Normandie , ilavait été ordonné que les élections de la première de ces provinces jusqu'à Gombourg et Saint-Malo, réunies à celles de Fougères* contribueraient pour une moitié à sa démolition; tandis que l'autre serait dévolue auxélee< tions d'Âvranches, de Mortain , de Vire et de Goutances. Le 3 octobre 1623, les Normands se mirent à la besogne dans la partie du Mont-Saint-Micbel, que les commissaires de Normandie et de Bretagne leur avaient départie, et y travaillèrent jusqu'au mois d'avril de l'année suivante. Ils furent alors relevés par les Bretons; et, au mois de juillet, il ne resta plus rien de ces deux donjons do Pontorson , dont le souvenir serait perdu pour l'histoire , comme il l'est déjà pour la tradition, si, dans son tableau pittoresque des quatre-vingt-dix-sept villes d'otage et places de sûreté , que Louis Xm retira des mains
(1) Mém. des Aptîq* de Nom., t. 10 , p. 524.
des Protestants, Fannaliste Malingre ne les eût burinées en regard de son teite(l).
Que k Cour eût eu raison de détruire an de ces baslions féodaux qui gênaient le développement de l'autorité royale, et dont le Grand-Roi nivela jusqu'aux dernières mottes, il n'empêche qu'elle avait incriminé à tort la fidélité de Montgommery. Elle fut inébranlable ; et l'héroïque martyr de la Grève se trouva avoir dit vrai , en comptant sur une des vertus nobiliaires de ces temps passés, piour relever ses descendants de la déchéance du Parlement.
UborizsD politique était toujours sombre du côté de FÂngleim^* A la reprise des hostilités de 1626, on apprit en effet que les Protestants venaient de négocier avec cette puissance , ainsi qu'avec TEspagne et la Savoie. Une flotte anglaise, montée par trente mille hommes, devait, pour les a[^uyer , se partager en trois divisions ; et, tandisque les deux premières opéreraient sur les côtes de Bretagne et de Gascogne, k troisième était destinée à foire une puissante diversion sur celles de Normandie (2).
En attendant qu'elle fût prête, quelques corsaires forent expédiés contre nos bateaux marchands, et ils en capturèrent un certain nombre , et comme en pleine paix. Le Parlement de Rouen ordonna alors, par représailles , un embargo général sur tous les navires de cette nation(3).
Tout annonçait une guerre imminente. Cependant le duc de Longueville étant venu, au mois de septembre
(1) Claude Malingre , p. 529 ; de Gervilio , Bist. des cbât. ; Desrocbes, t. 2, p. 258.
(2) Mém. du duc de Roban, t. 18, p. 280 et suit. ; Masseville , t. 0, p. 113.
(3) Mém. du duc de Rohan , 1. 18 , p. 300.
1627, prendre congé de la compagôiè parlementaire, lui fit part des ordres qa'il ayait reçus du Roi de visiter ]a Basse-Normandie, et de la satisfaction qu'il éprouvait de voir la tranquillité de ses Huguenote. Il ne paraissait donc pas , grâces a sa vigilance et à Tesprit du pays , que les tentatives des rébelles pussent y avoir quelque chance de succès, et que les Anglais persévérassent dans Tinten. tion d'y faire une descente (t).
L'événement justifia ces espérances et ajourna les craintes d'une invasion. La flotte anglaise était en effet allée chercha une honteuse défaite sous File de Rhé; et Ion attendit vainement la division promise à la Normandie. Ce fut alors au tour des insulaires de Jersey et de Gnemesey de trembler pour leurs petites républiques féodales, que nos armem^ts de la Manche menacèrent d'un prochain débarquement. Toutefois, les projets de nos marins ayant été éventés, il fallut s'arrêter, en présence des vigoureuses mesures que le comte de Demby prit pour la dtfense de leur littoral ; et l'on s'observa des deux côtés avec une égale confiance dans ses belliqueux préparatifs(2).
Les flottes anglaises, qui se reformaient avec une si merveilleuse promptitude , pouvaient cependant arriver d'un jour a l'autre. Il ne fidlait pour cela qu'une voix dans le cabinet de Londres, ou qu'un retour de fortune du côté de la Rochelle , qui permit de disposer d'une partie des forces maritimes qu'on lui expédiait, et dont ses écueils voyaient successivement la déroute. Le Roi tâcha de prévenir un aussi fâcheux événement, en donnant
(1) Hist. m"', du Parlement.
(2j Chroniquos de Georges Syvret , p; 141.
commission, le 20 novembre 1627, a l'ancien colonel* généial du Val-de«âaire, Nicolas Gasfel de Saint-Pierre- Ëglise, de veiller plus striçteoieDt que jamais k la conservation de ses côtes (1); et, dès les premiers jours de Tannée suivante, Richelieu y pourvut plus sûrement encore, en proposant d'envoyer promptement en Bass&*Normandie le régiment de Navarre. Les deux mille hommes, dont il se composait , devaient suffire, suivant lui, à la défense de la Hougue, de Cherbourg , de Garentan, de Granville et de leur littoral (2), . Quoiqu'il en soit, les protestants de la Rochelle, que Lo>ui8 Xni avait vqulu assiéger en personne, ne laissaient pas de solliciter tous leurs adhérents des provinces et surtout ceux de la NormandieJls y renouèrent bientôt en effet des intelligences , au moyen desquelles ils espéraient s'emparer de quelque port d'armement, et introduire leurs alliés d'Outre-Manche. Mais la conspiration fut découverte. Le Roi ayant été presqu'aussitôt averti du départ de plusieurs émissaires de la Rochelle, et entre autres d'un sieur Héraut de la Grossetière , ancien page de sa chambre , les fit suivre par ses agents et en donna avis au lieutenant-général de Matignon (3).
C'était un Rricqueville-de-Ptenne qui était Tâme du complot, avec un des Tracy et un gendre de Mongommery> nommé de la Forest, dont le pke ou l'aïeul avait figuré dans nos premières guerres de religion. Msutre du château d'Isigny, qui commandait l'embouchure de la Vire , Bricqueville devait y recevoir deux vaisseaux an-
(1) Nobiliaire de Normandie.
(2) Mém. de Richelieu , t. 4 , p. 4.
(3) Claude Malingre , t. fc, p. 751 ; Mercure français» 1. 14 , p. 311 ; Masscville , t. 6, p. 117 .
glais, marcher ensuite au cœur du pays et donner la main à tous les réformés de Caen . de Falaise et du Maine. On comptait enfin sur une levée de quinze mille hommes, tant de méeoBtenIs que de religionnaires ; et , si rinsurrecUon se propageai avec k rapidité qu'on attendait f il devenait indubitable que Ton pourrait arriver à faire des courses jusqu'aux portes de Paris.
Une fois mis sur la voie , Ifbtignon était trop actif pour ne pas prendre les machinateurs en flagrant délit. Le voilk aussitôt qui s'embarque , court au devant du messager attendu , et s'empare de nouveaux indices de la conspiration. Escorté de la compagnie de chevaulegers de Philippe de Ghàteaubriant-Desroches-Baritault(l) , il descend ensuite au château de BricqueviUe» et, en plein conciliabule» il y arrête quarante de^ nos principaux protestants. L'agent rochellois cependant avait eu le temps de passer en Angleterre; et l'évasion de la Foresty commandée par les investigations du gouverneurgénéral , n'avait pas lardé k suivre la sienne. Quoiqu'il en soit, la réunion de tant d'hommes, que rien ne justifiait, jointe aux réponses embarrassées de BricqueviUe sur le fait d'avoir procuré au premier des moyens de transport, était plus que suffisante pour motiver son arrestation , ainsi que celle de ses complices. Il fut aussitôt remis aux mains des gardes de Desroches-Baritault, et conduit, avec quatorze des siens, au camp même de Louis XIII. Les autres furent gardés à vue, en attendant la décision royale (2)- — (M).
Or, le temps était passé où l'on pouvait impunément
(1) Voir, pour le nom, cleThoUi liv. 60.
(2) Voir les autQurs précités.
faire appel aux Anglais et lear livrer les clés du pays. Les choses, avec Richelieu, avaient repris leur nom, et ces traités occultes étaient redeveuus de véritables trahisons d'état. La portion de nos conjurés s'aggrava cependant encore , par la découverte que Ton fit de leurs desseins eit de leurs connivences avec l'Etranger. La Grossetièr^ , qu'on avait signalé k tous les sergents du pays, s'étant en effet hasardé k rentrer en France, mit si peu de discrétion dans sa conduite, qu'il se fit arrêtera la Hayedu*-Puits. Tous les papiers de la conspiration étaient en sa possession ; et l'on s'empara de lettres du duc de Buckingham aux Rochellois, de mémoires, et même de trois commissions du roi d'Angleterre, pour lever huit cents chevaux et préparer ainsi une descente de cinq mille anglais, annoncée comme devant s'effectuer le 22 juillet suivant, dans un de nos ports soc<mdaires. Cette capture était trop importante pour ne pas être expédiée au Roi , comme la première. La Grossetière comparut en effet devant lui , le 20 août suivant, et put lire, k la sévérité du regard de cdui que les historiens du temps nous représentent foulant aux pieds sans pitié l'Hérésie et la Rébellion, que sa dernière heure était venue. C'est en vain que notre Guiton, cet indomptable maire delà Rochelle , fit savoir k cet autre indomptable ministre de Louis Xni, en réclamant son agent, qu'un de ses prisonniers, de Fesquières, lui répondrait de la tête de Béraut; et que comme il serait fait k l'un , il serait foit k l'autre. La recommandation et la menace n'euren d'autre effet que d'ajourner l'exécution du coupable ; et l'agent rochellois, ayant été déclaré criminel de lèzemajesté , par arrêt du Grand-Conseil , en date du 24 no-
yembre, fut c(«ii}auiiiié à a¥<Mr le ooa Inncbé, son corps brûlé, ses cendres jetées an vent, et la tête posée snr la tonr delà Lanterne de la ^illede la Rochdle(l).
BricqneTille ne devait pas être sans inquiétudes, en présence déjuges qui s'armaient ainâ de trop justes sévérités, kHrsqn un £ital éi^ement vmt le soustraire an ebâtiment qui était resté suspendu sur sa tête. Son fils , qui servait dans les rangs de Tannée rople, ayant été, sur la fin du siègç, emporté par un boulet anglais, on ne put se résoudre à renferma un coupable dans le même linceul que celui de la fidélité; et la mort de ce fils empécba que la haebe du bouruan fit tadie à son gbiieux écu88on(2).
(1) Mercure français , t. H, p. 662; Mém. de Richelieu , t. &, p. 156.
(2) Yideibid.
Décadence du Protestantisme. — Edits de Louis XIV. — Conférences entre les missionnaires de la Propagation de la Foi et les ministres deSaint-Lo. — Révocation de Pédit de Nantes. — Destruction des prêches. — Mission de Loménie-d&'Brienne. — Les derniers Montgammery. — Illusions des Réformés. — Leur exil. — Persécutùm. — Liberté.
Enfin la Rochelle ouTrit ses portes; et , de cette heure , on peut dater la ruine absolue du Protestantisme français, qui ne chercha plus de prétexte chez nous, pas même dans la terrible insurrection fiscale des NvrPieds^ pour reconquérir ses anciennes franchises.
Si donc nous poursuivons encore ces tristes récits, ce n'est pas que nous ayons des sièges ou des levées de boucliers à raconter, puisque la race des hommes énergiques va s'éteindre aux splendeurs de la Cour, et que pas une épée , un peu digne de renom , n'osera s'agiter à la tète du populaire protestant ; mais c'est qu'il nous reste k exposer la période de décadence de cette grande hérésie chrétienne , qui ne devait laisser d'elle qu'une
fimdamaitale et indestructible idée , celle de la liberté. Une lenteet douloarense agonie va succéder ainsi à cette cxnbéraiice de yie et de foi, qui se traduisit, pendant trois générations, ea actes de résistance et de fougueuse propagande. Le Protestantisme souffrait jusqu'ici du ■lartyre et de la mort des batailles ; il va souffrir maintenant de la misère et de Texil des vaincus.
Avec Richelieu, sa puissance politique était tombée; avec Louis XIY, Texisteoce même lui fut déniée. En montant sur le trône, le monarque absolu avait cependant confirmé les privilèges des Réformés ; mais il y avait apporté toutes les restrictions de son prédécesseur. Qr, nue fois sur la voie de ces sourds empiétements, il n'y eut plus de bornes à son esprit de destruction ; et bientôt Fon put prévoir que les Dracons de Rome et d'Athènes seraient surpassés dans toutes les rigueurs et les souveraines iniquités de leurs codes.
Ce fut d'abord par l'astuce et l'appât des honneurs que fon procéda; et ces feveurs de tout genre, décharge de taRk^, tulèle, contributions, surséance pour le paiement des dettes, affranchissement du pouvoir paternel, préfiSrences pour f admission aux charges et emplois de robe, de finance et d'épée, firent plus de conversons que la persécution même. Celle-ci, il fout le dire, n'était en apparence^^ fort bénigne, et elle avait le mérite de respecter la t^ et le sang de l'individu. On ne prohibait que son admission k toutes fonctions publiques et honorifiques ; on ne l'excluait que de tonte espèce de corps de métier , de toute profession libérale et industrielle. La fiscalité en un mot, qui a présidé à la nomenclature et à la classification de nos diverses professions, s'étonnerûl
datant de précision sur la matière et de tant d'instiaet k défendre aux uns ce qu'elle a pour but, en quelque sorte, de conseiller à tous(l)« Une chose restait cependant axn: Réformés, à laquelle on ne peut dire adieu, même au milieu des souffirances et des misères: le sol qui les aTttt nourris, le ciel qui les avait vus nattre. Ou les priva de ce dernier bien£iit.
Cependant, des moyens de conciliation plus doux avaient été tentés; et, si le zèle des convertisseurs n'eut été trop impatient, il est possible que la seule âoqnenea de la chaire eût ramené ces brebis égarées au bercail du Catholicisme. Des missionnaires de paix en eSet avaient été envoyés dans les provinces; et l'on en vit un, en 1663, juste un siècle après la première guerre civile, entrer en lice, k Samt-Lo , contre trois célèbres ministres de son consistoire, les révérends de la Fresnée, d'Ârthenay et de Grandcarop(2). Il est k croire que ces luttes théologiques se passèrent dans le calme et la décence, troq rares pourtant en ces sortes de matières; et que, si les esprits s'éveillèrent au choc des arguments, ils ne de* mandèrent que la raison seule pour juge du conflit On en était venu en effet k s'estimer réciproquement et k s'envisager sans haine et sans défiance. A qui de droit justice était r^ndue; k qui de droit salutation était faite. L'évéque de Nesmond faisait-il , en 1662, son entrée solennelle k Bayeux , que la n(d)lesse de la rdigion réfor^ mée grossissait son cortège, et qu'il était pompeusement complimenté par ses ministres (3).
1) Esprit de la Ligue, t. 3, p. 332 et suiv.
2) Bisson , anno 1775, p. 76.
3) Piuquet , p. 347,
Cet âat de paix aurait pu dorer k jamais et amener une fosimi, qaeBossaet réfa dansunjonr de souveraine miséricorde. Loois XIV ne le yoalat pas; et la révoeation de redit de Nantes fat prononcée» le 22 octobre 1685. Soit déyotion, comme qnelqnes-mns Font décidé» sans r^léehir sor ce que Thomme était dans la fougue des années et dans l'enivrement de ses royales débauches; soit ^oisme politique, qui ne saurait souffrir d'obstacle k sa Tolonté, il ne permit plus qu'une foi dans son autocratie; et la terrible conception de cet édit révocatoire porta un coup mortel aux hommes de la Réforme. Ainsi plus de privilèges pour eux; phs de tolérance pour l'exercice de leur culte ; expulsion , sous quinzaine » de leurs sûn^tres; récomp^iseà qui abjurerait; injonction aux pères, mères et tuteurs de &ire âever leurs en£mts dans la religion catholique; etc.
La Conception rafinée de cet édit était terrible, disionsnous; l'exécution le fut encore davantage. Leurs biens consistoriaux avalent été précédemment confisqués au profit des hospices; on procéda, sans relâche , k la fermeture et k la démolition de leurs temples. En consé* quence, on vit renverser notre célèbre prêche de Saint- Lo, qui avait fourni tant d'athlètes k la lutte intestine du siècle écoulé, et porter sa chaire et sa cloche dans le nouveau couvent de la Propagation de la Foi. On voulut même empreindre ces actes d'un cérémonial sans exemple; et , pour &ire entendre que l'hydre était k jamais décapitée, un double de la sentence et du procès-verbal de démolition fut enfermé dans le coq de la pyramide méridionale de l'église de Notre-Dame, afin de servir de
monumeulk laposterîté(l). En vertu des mêmes ordres, le prêche de Comieraj» près dePontorson, fat détruit p»r un Vivien de'Ia Cliaitfpâgne, lieatenafn^généralda bailliage d*Avranelies; etl'on vilaînâ disparailare lapaUieîté du culte aboIi(2).
Conformément k rédic]^ quelques ministres de Saint- Lo se réfugièrent en pays étranger. IHm le plus grand nombre céda k la force el laissa le champ libre k la mis^ sion que Tévêque de Goutanoes, Gharles^François de Lomàiie de Brienne, vint y instaler Tannée suivante, et dont il fit lui-même l'ouverture , le dimanche As laTri*^ nité. Plusieurs fois, pendant le cours de cette missk>D, le digne et vertueux prâat voulut affronter faii«-méme les fatigues de la chaire, et ce fut lui qui en prononça la clôture par un discours admirable, au dire des écrivains catholiques , d'éloquence et d'onction. La foule avait été grande k Tentendre; et les nombreuses conversions qui suivirent ne furent point, k ce qu'il parait, le résultat de la contrainte(3). Notre pays fut ainsi préservé de ces épouvantables dragonnades des Gévennes, queleËinatisme de certains inquisiteurs appda k son aide; et l'hérésie disparut» pour ainsi dire , sans violence et sans bruit.
Quoiqu'il en soit, le Protestantisme, chassé de Saint- Lo et des autres villes où il lui était défendu de lever la tète, n'accepta pas en entier une soumission ausd prompte et aussi absolue au dogme royal.On le vit se retirer en murmurant dans tous les châteaux d'alentour, où le pouvoir seigneurial osa encore quelque temps tenir le prêche ou-
(l)Bisson, anno 1775, p. 78; Houel , p. 118.
(2) Desroches, t. 2, p. 284.
(3) Bisson , anno 1775, p. 78.
vert et revendiquer pour sa religion les Tranchises de k féodalité/Mais ce pouvoir était devenu impoissant à son tour» et avait été attaqué dans ses plus chers privi%es. Or, on sait que le droit de patronage en fiiisait essentiellement partie. Nos Montgommery avaient donc fourni 168 premiers un exemple de ces atteintes portées k la constitution même de la noblesse. Toujours protestant et fidèle à la religion de Calvin, un des descendants du fiimeux Gabriel , dont la race devait s'éteindre dans l'idiotisme de^son dernier mâle, mort au commencement du dixhuitième [siècle (1), avait nommé une de ses créatures à la cure d'une paroisse du diocèse d'Âvranches. Or , il s'en était suivi conflit et opposition ; et , par arrêt rendu contradictoirement au Gbnseil-Privé , le 23 octobre 1663, un sieur Guilbert , qui en avait été pourvu, de pleine autorité, par l'évéque Gabriel de Boislefve , s'était vu maintenir dans cet office ; tandisque défenses étaient faites au pourvu de Louis de Montgommery d'y troubler l'intrus, sans préjudice pourtant du droit de patronage , lorsque l'obstacle aurait cessé(2).
Vdbsiade disparut bientôt en effet. Déjà les seigneurs de Vassy-Brécey étaient rentrés dans le sein de l'église. Louis de Montgommery abjura aussi la foi de ses pères, avec Louis de Verdun, seigneur de Gormeray, et il ne resta plus que le prêche deDucey, où quelques femmes inoffensives se réunirent encore pour la prière. Ces fidèles religionnaires furent enfin forcées de l'abandonner à leur tour, ou de renoncer à leur symbole. « Il n'y a, écri- » vait le savant Huet, évéque d'Âvranches, que la dame
(1) Besroches , t. 2, p. 313.
(2) Guyot , Répertoire do jurisprudence , t. 53 , p. 303.
» de Dacey qui se soit retirée à Londres, à cause de sa » religion , avec quelques domestiques , à laquelle on kit V tenir tous les ans sa pension de dix-huit cents livres. 9 Madame de Fontenai, par permission de la Cour» et > quelques domestiques et religionnaires en petit nom- » bre se sont retirés en Hollande. Il en reste très*peu » dans Télection d'Avranches, qui ne veuillent embrasser » la rdigion catholique (!)• »
Le prêche étant donc condamné, on se réunit dans des lieux sauvages, des bois épais et des grottes inaccessibles. On avait supporté d'abord, avec patience et espoir dans Tavenir, les rigueurs du nouvel édit. Les mesures employées par le clergé catholique, pour réduire ces endurcis à l'obéissance , n'avaient semblé que dérisoires ; et la maison de l'Union Chrétienne, de l'ordre de Saint- François, fondée à Saint-Lo par l'évéque de Brienne , pour la réception des nouvelles converties , devait , à les entendre , crouler bientôt au souffle du Dieu de vérité. Le jour en effet n'en pouvait être ^éloigné; et telle était leur confiance dans ce jour de représailles que , le 3 janvier 1687, on trouva les murs de Saint-Lo placardés du distique suivant :
Annm adhuc superest , 9110 Christi sacra vigebit Relligio; nec erit Papa, nec Ignalius{2).
Mais leCatholicisme devait faire évanouir ces chimériques espérances, et ne laisser d'autre alternative que l'exil k ces infortunés descendants de Luther et de Calvin. La Normandie se dépeupla en quelque^ années et
{1} Desroches, t. 3, p, 285«
(2) Lecdna, p. 554.
enrichit les nations rivales du génie maritime et industriel de ses ettfants(l). Depuis l'édil de Nantes, sa population s'était considérablement accrue , au point de s'élever li un million six cent quatre^Tingt mille habitants. Le recensement opéré en 1690 apprit que Fémigration lui en avait ^levé plus de cent vingt-quatre mille ; et l'on put compter jusqu'à vingt-six mille habilatioiis désertes(2).
La mort de Louis XIV laissa cependant respirer les Protestants. On avait autre chose à faire, sous la Régence, que de songer à eux : une refonte des monnaies , la triple alliance, le voyage du czar Pierre P*^, la quadruple alliance, l'ai&ire des princes légitimés, la conspiration deCellamare, la révolte des gentilshommes bretons; plus que tout cela, le système de Law, sa chute, et les opérations du tn$a, en voilà plus qu'il n'en fellait pour remplir le court espace qui sépara la mort du vieux monarque du ministère de M. le duc. Le régent d'ailloors était tolérant, et Dubois était aussi loin du fanatisme que de l'esprit de persécution. Philippe assigna aux soldats calvinistes des régiments étrangers , qui servaient en France, des lieux pour l'exercice de leur culte ; il donna ausi^i des cimetières aux sujets des puissances protestantes, qui mourraient dans le royaume. Mais si l'indifférence et même la bonté de ce prince répugnèrent toujours au rôle de persécuteur , le clei^é, sans cesse âpre et intolérant, l'obséda long-temps de vaines sollicitations; et , le croirait-on? l'homme le plus assidu à
(1) De la Rue , Essais hist. sur la ville de Caen , t. 2 , p. 3W.
(2) Goubo , t. 2 , p. 544.
demander des édits de persécution, fut Tau mônier du prince, Lavergne de Tressan , c'est-à-dire celui que le régent avait l'habitude de regarder comme le plus inutile de ses serviteurs. Il lui fut plus facile, dit un historien, de compiler quelques anciennes lois que de les &ire consacrer de nouveau par l'autorité. Dubois repoussa le plan de l'abbé avec ce brusque mépris dont il payait tous les novateurs. Après la mort de ce ministre , Tressan sollicita encore, et sans succès, le duc d'Orléans. Mais quand, sous le gouvernement de M. le duc, la puissance législative fut mise au pillage , l'obstiné prélat fit adopter ce rebut de la Régence, sans mémoire , sans examen , comme un hommage au feu roi et une simple formule d'exécution. La foudre étant ainsi allumée , il engagea M. de Bâville à en diriger les coups. Le vieillard expirait, mais ses forces parurent renaître pour une tâche si conforme aux passions de sa vie ; et la mort le surprit achevant cet ouvrage et savourant l'odeur de proie qui charmait ses derniers jours.
L'étonnement que causa la déclaration de 1724 est attesté par tous les contemporains; les intendants, les tribunaux, le clergé lui-même ne l'avaient ni demandée ni prévue. Elle consommait pour la France la perte des exilés; elle ravivait des lois éparses, dont un nouveau régime, des mœurs plus douces et des lumières plus générales hâtaient la vétusté ; elle renouvelait toutes les anciennes proscriptions: exclusion des emplois et des professions libérales, enlèvement des enfants, flétrissure des mariages, illégitimité des naissances, envahissement des successions; la mort, les galères, la confiscation frappant comme des crimes , la pitié, la fuite, l'hospi-
talité, les actions les plus louables, les droits les plus saints. Voilà ce qui arrira en France sous le ministère de M. le duc, à la sollicitation de M. de Tressan , évêque de Nantes, issu d'aïeux calvinistes, ancien aumônier du régent, femilier des roués et possesseur de soixante-seize bénéfices!
Ce n'est donc pas dans les édits de Louis XY, qui maintinrent soigneusement, comme on le voit, toute la rigueur des anciens, que nos Protestants purent trouver quelque adoucissement à leurs maux. La persécution s'appesantit même encore plus lourdement sur ces têtes proscrites; et, près d'un siècle après, on pouvait lire, aux portes des intendants des trois généralités de la Normandie, plus d'une affiche annonçant la vente des biens des religionnaires fugitifs. En 1789, ces biens étaient encore en régie; et, si l'on a droit de s'étonner d'entendre, à leur respect, professer, par un auteur du temps , que , pour ce qui est du peuple et des races obscures, h gouvernement n'en est comptable à la nation que comme population, on est consolé d'apprendre que, dans l'assemblée générale des Trois-Ordres , tenue k Goutances , pour dresser les cahiers destinés aux Etats<<jénéraux de 1789, il y eut unanimité, chez les membres du clergé et du tiers-état, à réclamer Taccomplissement des promesses que le dernier édit de 1787 contenait en leur faveur, et les modifications dont il serait susceptible(l).
Quant k l'ordre de la Noblesse, on ne trouve nulle part qu'il se soit un instant occupé de l'état civil de nos opprimés, faisant voir, par cette indifférence, que ses
(1) Procès-verbal de l'assemblée des trois ordres , etc., p. 12et7.
ancêtres n'étaient entrés dans la lutte que par ambition, et que l'égoïsme et la poursuite seule des prérogatives devaient être à jamais son guide dans les attires de Tétat et de la conscience. Mais une grande idée avait été jetée dans le monde; mais une révolution sociale éclata , qui reçut dans son sein la révolution religieuse dont elle émanait , et la rétablit sur ces immuables bases qu'un peuple seul peut donner*
Ejcanien rélroapectif des désastres de la guerre. — Etats mortuaires des deux évécliés. — Enarmttê des taxes et des annales acquittées. — La peste. — Enthousiasme du marlyi e. — La légende de JUontgommery.
Nous pouvons enfin arrêter nos recherches et jeter un dernier regard sur les sombres années qui précèdent la période de décadence que nous venons d'exposer » et dans le cours desquelles tant de sang généreux a rougi nos villes et nos campagnes. Aussi bien , au terme de sa route., le voyageur aime-t-il à se retourner vers les champs ! qui fuient derrière lui , et k se rendre compte de ses peines et de ses joies* Evoquons donc pour la dernière fois nos souvenirs, et tâchons, à l'aide du flambeau de la raison , d'éclairer un instant les mystères de cette grande commotion morale , dont nous n'avons eu cependant pour but que de retracer les sanglantes manifestations.
Profond mépris des vieilles croyances et des hommes chargés de les perpétiier , violation de toutes les lois di-
vines et humaines, inauguratioa de la matière , exallalioa du bien-être et du droit personnels , enthousiasme enfin des deux parts, voilk d'abord ce qui saisit dans ce lugubre tableau de nos divisions intestines. Tout a été agité avec une effronterie qui ne laissera aux prétendus novoteurs; qui naîtnwt dans deux siècles de cette<^ndre^ que le rôle de plagiaires ; et il y a eu des tribunes pour tout dire. Les tribunes manquant, on a affilé ses arguments sous forme d'épée; prodigue de forfaits et d'héroïsme, on a demandé k la suprême raison des Etats de décider entre les jeunes et les vieilles idées ; et, en attendant leur revanche dans les bruyères de la Vendée, ce sont les jeunes qui ont succombé dans les champs de notre verte Normandie.
Yoilk ce dont, ai| premier aperçu, les yeux sont frappés dans ce tableau général des grandes guerres de religion. Si maintenant , sans descendre aux derniers détails, l'on s'arrête un instant à examiner les tristes effets des haines catholiques et protestantes, on trouve pour longtemps un pays profondément désuni , une noblesse turbulente et rapace , un clergé attaqué au coeur par le doute , quoiqû^infléxible en ses manifestes. L'invasion anglaise « qui a duré cent ans, a moins affaibli l'état et la province queces^ trente années de discorde. On pour* rait même dirt que la France a reculé, en voulant avancer son émancipation ; et que tout a concouru à taire déborder plus tard en fleuves de sang la coupe amère, où les opprimés de toute robe et de toute caste seront forcés de boire encore trois siècles.
Enfin si, après la bataille, nous comptons nos morts, nous trouvons que l'Avranchin , d'après ses cahiers de
doléances, présentés aux Etats de Blois, n a pas en moin^ , jojr celte période trentenaire, de quatorze mille cinq cent TÎngt-six personnes tuées en combattant et ezéeatées far sentence, Fétat n'ayant pu être fourni des habitants massacrés, non plus que des maisons brûlées (1). Ceux deCoutances, présentés à Melun, en 1580, portaient déjà le contingent fonèbre du Cotentin à douze mille quatre-vingt-deux personnes, savoir onze prêtres, seize religieux, cent vingt-huit gentilsliommes catholiques, cent soixante- deux gentilshommes protestants, six mille deux cents soldats huguenots, et cent soixante-cinq personnes de tout rang , mises à mort par voie de jugeroent{2). Ce chiffre rectifié devait s'élever à celui de treize mille cinq cent vingt-trois, d'après le tableau correspondant à celui d'Avranches, et jusque et y compris le jour ce la Saint-Barthélémy. Quant aux maisons incendiées , il n'en est point fait non plus mention ; et l'on peut ainsi juger par ces omissions de l'épouvantable désordre auquel ces contrées furent en proie (3).
Nos villes et nos châteaux ont passé et repassé par le sac et l'assaut; nos églises et nos maisons par le pillage , la profanation et le déshonneur. Accablés de corvées et d'impôts continuels , nos paysans de Normandie , comme on le lit dans la relation de l'ambassadeur vénitien Giovanni Micliiel, s'étaient vus forcés, avant même la première prise d'armes de 1562 , de quitter, pour d'autres pays plus humainement partagés, le sillon qui ne pouvait plus les nourrir(4). « Les impôts et les subsides , »
(1) Goube , t. 2 , p. 407 ; Desroches , t. 2 ^ p, 209.
(2) Le Canu , p. 320.
(3) (loube , locù eilato.
[h] Vide Mém. du duc de Guise , t. & , p» khù.
va nous le confirmer Tannaliste Caennais, « estoiénisi » excessifs , qu'en plosieurs villages on ne faisoit plus » aucunes assiettes de tailles; et mesme les décimes es- » toient si hauts, que les curez et vicaires se rendoient » fugitifs pour crainte d'estre emprisonnez ; et ne se }} disoit plus le service divin en un grand nombre de » paroisses (!)• » Ce qui est resté dans le Gotentin n'a pas moins payé , sur un revenu d'une centaine de mille livres , et en outre de toutes les extorsions des bandouliers catholiques et protestants , quatre cent mille livres k l'état, pour décimes ordinaires et extraordinaires, et autant au pape pour ses annates.
Pour couronner l'œuvre de désolation , l'épidémie , nommée la colique du Poitou, et qu'on pourrait, à la lecture de ses horribles symptômes , reconnaître pour la cœur aittée de la grande contagion des bords de l'Indus, qui ravageait, il y a quelques années, notre hémisphère(2), l'épidémie enfin s'est abbattoe sur ces villes ruinées par le fer et par le feu, et a prélevé ses décimes (N).
Il ne faut donc pas s'étonner si , pendant les siècles qui ont suivi , il n'y a pas eu , dans toutes nos provinces, assez d'anathèmcs contre ces Calvinistes ardents, qui les avaient un instant bouleversées; et si l'horreur pour lo mot même d'Atliie ne s'est pas en quelque sorte effacée devant l'épouvantail du ITo^uenol. Vivants, on les admirait dans leur courage et leur vertu, a Quand on les trainoit » au gibet, i» dit en effet Florimond de Rœmond , dont le témoignage ne peut être suspect , « quand on voyoit » les simples femmelettes chercher les tourments pour » faire preuve de leur foi ; et , allant k la mort , ne crier
(1) BourgncvHlc.
(2} De Thou , Hv. 54.
» que le Christ, ie Sauveur, chanter quelque psaume ; » quand on voyoit les jeunes vierges marcher plus gai- » ment au supplice qu'elles n'eussent fait au lit nuptial ; p les hommes s'éjouir voiant les terribles et effiroiables » apprêts et outils de mort qu'on leur avoit préparés; » et, mi-brolés ei rôtis, contempler, du haut des bn- » chers, d'un courage invaincu, les cous des tenailles » reeeus , porter un visage et maintien joieus entre les > crochets des bonrreaus, être comme des rochers contre » les ondes de la douleur, bref mourir en riant comme » ceux qui ont mangé l'herbe Sardiniène: ces tristes et n constants spectacles jettoient quelques troubles non » seulement en Tàme des simples, mais des plus grans, » qui les couvroient de leur manteau : autres en avoient » compassion , marris de les voir ainsi persécutés. » Morts, on ne les en a pas moins chargés de toutes les iniquités du siècle; et leur nom , sur lequel la haine s'est aetjarnée, n'a pas même trouvé grâce dans la conscience des historiens. Chaque pays a renié le héros qui n*était pas marqué du sceau apostolique , chaque pays a maudit sou plus glorieux enfant.
De pair avec ces vils criminels , dont les actes , grossièrement historiés, tapissent les murs de nos maisons rustiques, Montgommery , le grand homme de guerre contre lequel on lançait des bataillons entiers, Montgommery est demeuré long-temps et peut se voir encore appendu, pour l'exemple, à quelques sombres parois de nos chaumières et de nos manoirs. Il n'est pas jusqu'aux églises qui ne l'aient associé aux Démons , aux Péchés et aux antres monstres apocalyptiques de leurs verrières(l).
(1) Desroches, t. 2, p. 210.
On rencontrerait enfin chez nous des vieillards qui trem* Lieraient encore à ce seul mot de Montgammerins, dont, en même temps qu'elle était bercée aux cantiques des Fidèles PaUoweaux^ la hideude tradition épouvanta leur enfance.
Tombée dans le gouffre de l'indifférence, qui est ausà cdlui de l'oubli, cette tradition, qui ne tient qu'au fil de quelques existences, était pour nous un avertissement d'écrire l'histoire, et de reviser , en ce qui nous concerne, ce grand procès du seizième siècle. Encore bien qu'on soit toujours divisé sur les choses et les doctrines , on ne peut cependant se refuser a reconnaître le courage et la vertu des hommes. Or , ni vertu ni courage ne manquèrent à nos Réformés; et peut-être que, sous cet aspect, leurs vainqueurs perdraient au parallèle. Sans haine, comme sans amour pour les uns et pour les autres, si donc l'auteur de cette histoire, qui embrasse tous les faits, petits et grands, des diverses périodes de nos guerres de religion, semble rabaisser par fois la gloire convenue de quelques uns des acteurs de ce drame militaire, et rehausser, par contre , des renommées indignement vouées à l'opprobre , c'est que, parlant plus haut k ses yeux que l'autorité des narrateurs, Tacte même sur lequel son jugement s'est fondé, a passé simplement , il s'en flatte , par le creuset d'une plus impartiale critique, et que rien n'a été accepté de confiance. Justice en un mot était due au passé , et le passé a reçu sa justice.