CHAPITRE X
Dei» écoIe.s{de Guzco, des trois maisons royales, et de celles
des vierges choisies.
Pour pouvoir décrire par ordre les quartiers de Guzco, dont je n'ai pas parle encore , il faut que je retourne à celui de Huacapuncu , qui est la porte du sanctuaire. Ce quartier était au nord (le la principale place, oii aboutissait, du côtédu midi , une autre grande rue , dont j'ai oublié le nom 5 on pouirait le nommer proprement Punîversilé, ou le quartier des écoles, parce qu'il y avait celles (juc fonda le roi inca Roca, comme nous Pavons dit dans sa vie. Les Indiens nomment ce lieu-là Ynclia Huachi^ comme qui dirait maison où l'on enseigne. 11 y avait dans ces collèges des professeurs publies , dont les uns étaient leurs philosopher. ^ '^t leurs poètes, a[)pelcs Amautas et Ilaravec^ dont on faisait grand cas. Aussi avaientils quantitt! dVeolicrs, et particulièrement des princes du îûmi;. En sortant de Funiversit.^'^ vers
K0I8 DU PÊBOU. 55
le midi , on trouvait deux rues ou il y avait Jeux maisons royales , qui aboutissaient à la place principale et en comprenaient toute Tétendue. Celle de ces maisons qui était à Torient de Tàutre s'appelait Cocacora, c'est-à-dire un grand terrain , à cause de la vaste étendue de la place , que les Incas avaient fait aplanir, comme le remarque Pedro de Cieça, au quatre-vingt-douzième chapitre de son livre. Ce fut là que le roi inca Roca fit bâtir une de- ses maisons royales , en faveur des écoles qui étaient tout auprès, et dont il allait souvent ouïr le» professeurs. Je n'ai rien pu apprendre touchant cette maison de Gocacora, parce qu'elle était déjà démolie de mon tems; tout ce que j'en puis dire , est que lorsqu'on fit le partage dé la ville , elle échut par sort à Gonçalo Piçarro, frère du marquis dom François Piçarro,rquî fut un de ceux qui la gagnèrent. Je me souviens encore que , n^étanl encore âgé que (le huit à neuf ans , j'eus le bonheur de connaître ce cavalier à Guzco, après la bataille de fluana , avant celle de Sacsahuana ; j'en fus aussi bieii traité que si j^eusse été son propre fils. L'autre maison royale, située à Toccident de Cocacora , se nommait Casana^ c'est-à-dire chose à faire pâmer, nom qui lui fut donné pour une marque d'admiration , afin de montrer par là que les l>àtimens en étaient si grands et si beaux, qu'on
ne les pouvait regarder attentivement sans tom-' ber en pâmoison , s'il faut ainsi dire. C'était le palais du grand Parhacutec, fils du pétit-fils d'Inca Roca. Cet Inca le fit bâtir là pour être plus près des écoles que son bisaïeul avait fondées ; en effet , elles étaient derrière son palais , et y étaient même joinles, sans qu'il y eût aucune séparation. Leurs principales portes étaient dans la rue et l'egardaientsurrcau; mais il y en avait d'autres sur le derrière , par oii les rois allaient ouïr les leçons de leurs philosophes, et l'IncaPachacutec^ qui était un grand législateur , prenait lui-même la peine d'enseigner assez souvent, et d'expliquer ses lois et ses ordonnances. Je me souviens que les Espagnols s'avisèrent de mon tems d'ouvrir une rue qui séparait les écoles des maisons royales. On voyait en cet endroit la plupart des murailles du palais de Casana , faites de briques, et travaillées si artistement, qu'on jugerait bien que le bâtiment en avait été royal, sans y comprendre la halle qui servait de place, comme je l'ai dit, à ces Indiens, pour y faire leurs danses et leurs fêtes solennelles. Elle était si grande , que soixante cavaliers y pouvaient jouter commodément ou daidcr les cannes; c'est là qu'est le couvent des religieux de saint François. Mais comme il était trop éloigné de l'endroit où demeuraient les l^spagnols, on le transféra à Ta-
ROfS DU PÈKOCJ. 5j
cocachi. Un seul appartement de ce lieu-là aurait suffi pour une église , qui pouvait contenir beaucoup de monde, pour les cellules, le dortoir, le réfectoire et les autres logemens du couvent; Ton pouvait même y faire un cloître. Tout ce grand enclos fut donné à ces religieux par Jean de Poncorvo j un des premiers conquérans, à qui il était échu dans le partage général : il est bien vrai que plusieurs autres Espagnols y avaient part, mais ils avaient acheté leurs droits. Cependant les religieux de saintFrançoisallèrentdemeurer ailleurs quelque tems après , comme nous le dirons au chapitre suivant , où nous traiterons de Tauméne que leur firent les habitans , pour acheter une place et y bâtir une église; Je me souviens encore d'avoir vu démolir cette halle , et faire au quartier de Casana leà boutiques qui s*^y voient à présent, où demeurent les marchands et les artisans. La principale place de la ville , que Ton nomme Aucaypata ^ c'est-à-dire lieu de réjouissance^ est devant ces maisons royales. Elle a environ deux cents pas ou quatre cents pieds de long du côté du nord au sud , .elle en a cent cinquante de large jusqu'à la rivière du côté de Test à l'ouest. Au bout de la pîîtcc, tirant vers le midi, il y avait deux autres maisons royales. La plus proche de la rivière s'appelait Ainarucancha ^ c^està-dire le quartier des grandes couleuvres. Cette
t)6 H18T01M DBS INCAS ,
luuison , ftiluée vi8-à*yis de Casana, était le palais clc lluayna Capac, cl c^cst maintenant le coll(*f{() des Jtfsuites. J^ui \u les principaux restés de col (Uliiico, savoir : une grande place couverte, un peu moindre que celle de Casana, et un fort bf^iui pavillon fait en rond, qui était au milieu (lola pliice, devant le palais; nous en parlerons plus particulièrement en un autre endroit, a uuuftti que ce fut ici le premier lieu de retraite quVuront les Kspa^nols à Cukco. La place, qui rst le principal do ce bâtiment^ échut dans le prrmier parla^c à Hernando Pît^^rro , frère du lUarquiH dom Franvxùs Fiçurro ^ qui fut aussi des pit^iuicr^ tH^nquôrans de iH^tte ville* que je visa 1*1 (lour de Miulrid eu i;Vv.K liC» autres appartenons lurent donuC5 à piusicui^ autres personnes, i onuiie ik ISIancio S<'rra de l.o^ui£;«mo« à Antoine \liatiur<uio^ A AloUs^o de NK^oueb ^ <{ui fut aussi d»> hi prcuùciv conquête* cl, depuis, Martin d'Oliiio^t t>u horila. lAm eu réserva aussi une partie pour ou Trtuv une pris^^m » et les aulix^s échurent ;\ plus^icurN dont jo ne me souNicns pas* La rue du Sdoil est <ui quui^u r dWniariK^anclia, du ioio do ronont * et la uui^on dt^ vierçes choi- ^u\i ^ *jui lui it4uiU dt^hct^s» vUit au milieu de *vltc rur Kilo se uonuuati As'^iu:hiL.ici y dont il .1 clc jMclc a^k'ici <iu lou^ en c4.ni Itcu Nous n*a- ^on.'i plus iju ù tvuilcr do vc qi i c^t rtslô île SOii
ROIS DU PÉBOU. 59
bâtiment. François Meceîa en eut une {>lirtîe, sa-* Yoir : celle qui est sur Favcnue de la place , oii il y a quantité de boutiques de marchands; el les autres échurent à plusieurs , comme i Pedro dtl Barco, an licencié de la Gama, etc. Tous ces quartiers de la ville et ces maisons royales, dont j'ai parlé, étaient à Torient du ruisseau qui passe au milieu de la place principale , devant la que lie, et à ses côtés, leslncas avaient trois grandes galeries , ou salles couvertes en forme de halle , pour y célébrer, en tems de pluie , leurs fêtes leÀ plus solennelles à la nouvelle lune de certains mois et au tems des solstices. Lorsque les Indiens mirent le feu à la ville , dans' la révolte générale qu'ils firent contre les Espagnols, ces trois quartiers de GoUcampata , de Gasana et d'Amarucancha, n'en furent point endommagés. Mais pour Je quatrième , oii logeaient les Espagnols et oii est à présent Féglise cathédrale, ils y jetèrent une si grande quantité de pots a feu, que la flamme prit i plus de vingt endroits, mais elle fut enfin éteinte d'une manière extraordinaire, comme je le dirai ailleurs* Gar quelque peine qu'ils prissent de brûler ce bâtiment cette nuit-là et les suivantes, Dieu ne le permit pas , faisant connaître par ces merveilles qi'il voulait que la fin catholique fut préchce dans cet empire, oîn les Espagnols s'étaient introduits. Quant au tem-
Go HISTOIRE DKS INCAS ,
pie du soleil et à la maison des vierges choisies, les Indiens, qui mirent le feu partout ailleurs dans le dessein de brûler les Espagnols, n'y touchèrent point.