‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 28 sur 103 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Des trois grosses tours, des quatre principaux ouvriers de la forteresse, de la pierre fatiguée, et pourquoi ils

l'appelaient ainsi.

Apid» avmr. passé ces trois endos de murailles , on trouvait une place étroite et longue oii il y avait trois bonnes tours fiiit es en triangle, quis^étemkient suivant l'assiette du terrain. La principale était celle du milieu , et on l'appelait Mojroo- Marea y dest4-dire forteresse ronde, parce iqu'elle était faiteen rond; il y avait une fontaine de très- ^nne eà!u qui tenait de loin par deâ canaux sou-

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terrains , et dont tout le inonde ignorait la source, excepte llnca et ceux de son grand conseil qui en avaient la tradition. Lorsque les rois allaient à la forteresse , ils se reposaient dans cette même tour, qui était d'une grande magnificente. Tous les murs étaient enrichis de plaques d'or et d'argent qui serraient de tapisserie , et où l'on voyait des animaux, des plantes et des oiseaux représentes au naturel ; il y avait aussi quantité de vaisselle et le même service qu'on trouvait dans les maisons royales.

La seconde tour se nommaitjPaucor-ilfarca , et la troisième Sacllac^Marca : Fune etl'autre étaient carrées , en forme de pavillon , et il y avait plusieurs chambres pour loger les soldats qui étaient de garde et qui se relevaient de sentinelle. Il fallait 9 au reste , que ces soldats fussent du nombre des Incas privilégiés; et ceux des autres nations n'y pouvaient entrer, parce que c'était une des maisons du soleil oii l'on serrait les armeis et les provisions de guerre , comme on faisait des sacrifices et des prières au temple. Il y avait ordinairement un capitaine ou un gouverneur qui devait être de sang royal et des Incas légitimes ; il commandait à plusieurs lieutenans qui dépendaient d'autres officiers dont chacun avait sa tache, soit quMl s'agit de pourvoir aux munitions, de tenir les armes nettes, ou d'ordonner

les habita et la chaussure des soldats } il y avait d'ailleurs un magasin dans la forteresse où Von gardait toutes ceschoses qui étaient pour l'usage de la garnison*

Le dessous de ces tours ëtait rempli de logemens disposes avec beaucoup d'industrie^ et par ce moyen l'on pouvait communiquer de l'une à l'autre ; il y avait quantité de petites rues qui se croisaient et qui aboutissaient à diverses porte». Les chambres y étaient presque toutes de la même grandeur, et formaient une espèce de labyrinthe d'où l'on avait de la peine à se tirer. Ceux qui en savaient mieux les détours n'osaient y entrer sans un peloton de ficelle dont ils attachaient l'un des bouts à la porte afin de ne pas s'égarer. Lorsque j'étais petit garçon et qu'il n'y avait plus que les masures de cette belle forteresse , j'y allais souvent avec mes ciimarades; mais nous ne descendions point dans ces voûtes souterraines de peur de nous y perdre, et il nous suffisait de pousser jusqu'aux endroits où le soleil donnait.

Au reste, les Indiens ne bâtissaient pas leurs voûtes en arcades , comme nous l'avons déjà dit dans une autre occasion; mais ils faisaient des consoles aux murs des Ueux sou terrains,, sur lesquelles ils mettaient des pierres fort larges et bien taillées qui s'étendaient d'un mur a l'autre; c'est ce que Pon voyait sous la forteresse, dpnt les

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murs étaient de pierre en partie brûle et en partie taillée avec beaucoup d'art. Il semble que les Incas prévoyaient que ce serait ici le dernier de leurs ouvrages, et qu'ils y voulurent employer tout ce qu'ils avaient dlndustrie et de magnifia cence. En effet, quelques années après qu'on Feût achevé , les Espagnols entrèrent dans cet empire, et l'on ne pensa plus à de pareils édifices. Les entrepreneurs et les conducteurs du bâtiment de la forteresse furent au. nombre de quatre. Le premier, auquel on attribue la gloire de l'invention, futHuallpa Rimacbilnca \ et, pour montrer aussi qu'il était le principal de tous, on l'honora du nom ê^jdpu , qui signiBe capitaine ou supérieur en quelqu'office que ce soit. Le second futl'Inca Maricanchi; le troisième, Acahuana Inça, qu'on fait auteur de la plupart des grands bâtimens de Tiabuanacu ; et le quatrième , Galla Gunchuy. Ce fut au tems de ce dernier que , par un effort [prodigieux qui surpasse toute créance humaine, on transporta cette effroyable masse de rochers, qu'on nomma la Pierre fatiguée. Le principal ingénieur, ou le grand maître de ces bâtimens, s^avisa de lui donner ce nom , afin qu'elle conservât aux siècles futurs la mémoire d'une tentative si surprenante. Ori voit cette pierre monstrueuse au milieu de la plaine qui est devant la forteresse. Les Indiens en racontent une chose

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bien pkisiMite^ ils^ disait qu!eUè ftit teai^portée " de si loin à Peadrok où elle est aujburd'Auui , qu'dllef se lassa ^t pleucà. du. sang.,, pairoe îqu-ellc ; ne put se jokulre au.liatiiiient.de la £Q(rtcgre&ie> Cette pievre n!e$t poihft taillée , mais, bsutè ejt telle qu'on la détacha dé la montagne; elle est *' plua delà moitié en terre ^et l'on prétend quielle y est beaucoup plua enfoncée depuis mon départ . de ce paysJà-, on ajoute que le^, Ei^pagPQU:^ qui voulurent creuser tout auprèa dana l'e^pi^paiipe d'y trouTer quelque tr&or , en ont été la causé. Quoi ({u'il en soit^ iL me semble qu'à V^» des coins de cette pierre il y à deux trous , eb que cftU même a donné rsujet aua Indiena de a'imagiqer que ce sont lies yeux par où elle a plisturé du sang* ^ La poussif 'd'ailleurs qui s'y ramasse elqui^ détrempée par la pluie., vient à coulecen ba&i forme une tadae rermeille, parce que l4 terre :est rouge en cet endroit^là^ et les Indiens sont assëï fous pour croire là-dessus que c'est la marque, du sang que la pierre répandit lorsqu'elle pleura. Maisles Incaa Amautas prétendent qu'il y a queU que vérité cachée sous cette écoroe ^ et qu'elle rm* fenne un événement tragique. Ils disent donc qu'il y eut plus de vingt mille Indiens employés à traîner cette pierre avec de gros cables \ qu'à la . descente des collines la moitié de ces homïnes-Ià tiraient par devant, et que les autres la soutcr -

k4^ HmOIRB DBS INCÀS,

liaient par derrière; que ceux-ci n'avaient pas eu la force de la retenir au sommet d'tm coteau ; que sa pesanteur Pavait entrainëe efn bas , et qu'elle avait écrase trois ou quatre mille Indiens. Cela n'empêcha point qu'on ne la conduisit ensuite à force de bras jusqu'à la plaine où on la voit aujourd'hui. Mais , pour dire un motdu soit qu'eut ce bâtiment superbe , les Espagnols y qui auraient du le conserver avec beaucoup de soin pour être un monument éternel de grandeur et de la puissance des rois qu'ils avaient astujétis , furent les premiers à le démolir , soit par jalousie ou par un principe d'avarice. Ib renversèrent tout ce qu'il y avait de maçonnerie dans l'endos des murailles pour en bâtir leurs maisons à Guzco. Cependant, lorsque j'en partis , ces trois murailles étaient encore en leur entier ; mais j'ai ouï dire depuis qu'ils en ont ruiné une partie potir chercher la grosse chaine d'or de HuaynaCapac, qu'ils y croyaient enterrée.

Le bon roi Inca Yupanqui fut le premier fimdateur de cette admirable forteresse, que Ton ne saurait jamais trop louer. Quelques-uns disent pourtant que ce fut llnca Pachacutec, son père ; mais cela vient de ce qu'il en donna le planet le modèle, après avoir fait amas d'une prodigieuse quantité de pierres qui étaient les seuls matériaux de ce grand chef-d'œuvre. 11 ne s'achevA qu'en

cinquante années, au tems de Huayna Gapac, et l'on ne croit pas même qu'il iut encore dans sa perfection. Le rocher, qu'on appelait la pierre fatiguée , devait servir pour un autre édifice dont on avait formé le dessin ; mais cet ouvrage , de même que plusieurs autres semblables qu'on avait commencés en divers endroits de cet em« pire, furent interrompus par les guerres civiles qu'il y eut entre les deux frères Huascar Inca et Atahnallpa, et par l'arrivée des Espagnols au Pérou qui bouleversèrent tout sans aucune distinction.

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