‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 27 sur 103 · CHAPITRE XXVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVL

De ce qfie fit le roi loca Yopanqui jtuqa'à sa mort.

Apeès que le roi Inca Yupanqui eut donne les ordres nécessaires dans les provinces que les capitaines avaient conquises au royaume du Chili, et pourvu à la religion , au bien de ses va»aux , à son domaine et à celui du soleil , il résolut de vivre tranquillement le reste de ses jours, et de ne penser plus à conquérir de nouvelles terres , puisque son empire suffisait pour l'occuper, et qu'il avait plus de mille lieues de longueur. Il ne s'attacha donc qu'à rendre ses royaumes heureux et florissans*, et, pour immortaliser sa mémoire^ il fit butir plusieurs places fortes, des temples magnifiques dédi(?s au soleil, des maisons pour les vierges choisies , des magasins publics et des forteresses royales. D'ailleurs il n'oublia tien pour faire défricher quantité de terres et les rendre fertiles par des aqueducs qui servaient à les

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ail^oser ; il enrichit beaucoup, ielemple du. soieil qui étaità Cuzoa, quoique cet édifice n^eût pas besoin de nouveaux om^mens* En un mot, il marcha sur^ les^ traces de ses iUusIves prédécesseurs , et il mit tout en amv re pour ^ennobiir son empire. La finteresse de Guzco^ quUi fit bâtir suivant le dessein de son. père qui avait fait amas pour cela de.quantité de pierres d'une prodigieuse grandeur r, fut un de sea plus beaux ouvrages ,mais ces occupations ne Fempechaient pas dV voir un soin tout particvilier de. son peuple. Ll V isita dç nouveau toutes ses provinces , e t il soulagea les pauvres et les affligés avec une tendresse qui lui fitdonncirle sumom.de Charit'a^U. Après avoir passé quelques années de cette manière et s être attiré l'amour et le respect de tpus ses sujets, enfin ce bon prince tomba malade. IiQr$«qu'il se vit à l'extrémité ^ il fit venir le prince son héritier et ses autres fils , et il leur recommanda sur toutes choses d'ol^server inviolablement la religion , les lois et les coutumes de leurs ancêtres, de maintenir la justice et de vivre en paix les uns avec les autres; il ajouta que son père le soleil le demandait , et qu'il allait se reposer avec lui de tous ses travaux. Telle fut la fin de ce prince, qui mourut comblé de gloire et de bonheur. II avait étendu les bprn^ dq ^i;l efppîie à plus de cinq cents lieues dû câté du sud, savoir

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depuis AUca jusqu^à la rivière de Mauli , et plus décent quarante lieues vers le nord, le long de la côte, depuis Ghincfau jusqu'à Ghimu. Il fut généralement regretté de tout le mondé, et ses funérailles durèrent une année, selon la coutume des Incas. Ses sujets le mirent au dixième rang de leurs dieux enfans du soleil , parce qùll était leur dixième roi , et ils lui présentèrent plusieurs sacrifices. Il laissa pour son héritier universel Tupac Inca Yupanqui , son fils aine, qu'il avait eu de Goya Ghimpu Oello, sa femme et sa sœur. Le nom propre de cette reine était Ghimpu^ et le surnom Oello, qui passait entre eux pour sacré. Il laissa plus de deux cent cinquante enfans en tout, filles et garçons, légitimes ou bâtards, et ce n'était pas beaucoup, eu égard au nombre des femmes que ces rois avaient dans chaque pro« vince.

GHAPITRE XXVII.

Delà forteresse de Guzco, et de ]a prodigiettse grandeur

de ses pierres.

On ne peut qu'avoir une haute idée de l'industrie et de l'habileté des Indiens du Pérou , si

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l'on considère la magnificence de leurs bàtimens , des forteresses, des temples, des maisons royales, des jardinages., des magasins , des grands chemins, ^ de leui-s antres ouvrages publics. Les ruines ^e Ton en yoit encore aupourd'hui en sont une {Mreoye manifeste , quoi qu'on ait de la peine à concevoir quelle en était la structure à tous égards; mais le plus beau che&d'ceuvre qu^ils aient jamais fait , est sans doute la forteresse de Cuzco ; vous diriez que la magie s'en est mêlée , et que les démons y ont plutôt travaillé, que des hommes. Il y a des pierres d'une. ai :pro!digieuse grosseur , qu'on ne saurait deviner comment on peut les avoir transportées de dix. ou quinze lieues de. distance^ par. des chemiiis. fort rudes et presque inaccessibles. Surtout pu y trouve une espèce de roc que les Indiens, appellent saycusca.^ et qu'ils ne pouvaient tirer que de Muyna , quiest à cinq lieues de Cuzco , ou même d'un autre endroit qui en est éloigné de quinze Ueues , et alorsil fallait passer la rivière d'Yucay qui n'est pas moins grande quecelle de Guadalqui« vir à Gordoue. D'ailleurs ils n'avaient ni bœufs, ni charrettes pour traîner ces lourdes masses, et tout cela se devait faire à force de bras. U leur manquait aussi le ier et l'acier pour les tailler et les mettre en œuvre. Ils n'avaient ni compas , ni éqiierre, ni règle, ni chaux, ni mortier ^ cépen-

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liant elles sont si bien ajustées ensemble qu'on, aurait de la peine à fourrer la pointe d'un couteau entre les jointures. Enfin ils ignoraient fusaffe des grues et des autres machines qui leur, pouvaient servir à monter et à descendre ces fiierres énormes , qu'on ne saurait voir sans étonnement. Voici de quelle manière le R. P. Joseph Acosta parle de cette forteresse , livre VI, chapitre i4* « Les édifices et les autres ouvrages, dit- il ^ qu'on faisait psu" l'ordre des Incas , consistaient en forteresses , en teoiples^^ en grands chemins et en niaisons de plaisance. Il y en avait un grand nombre , et ils paraissaient d'un travail prodi-. gieux , comme on peut le voir encore aujourd'hui par les ruines qui en sont restées à Guzco, à Tiaquanaco , à Tambo, et en d^autres lieux. On y trouve des pierres d'une grandeur si énorme ) qu'il est presque impossible de s'imaginer comment elles peuvent avoir été transportéesiet mises là oii elles sont . Mais lorsque l'Inca voulait bâtir une forteresse, ou quelqu'autrc édifice, soit à Gu2co ou ailleurs, il mandait quantité de ses vassaux qui accouraient à cet emploi de toutes lés provinces de son empire. Il faut avouer aussi que c'était un travail surprenant^ et digne d'admiration, puisqu'ils n'avaient ni mortier, ni plâtre, ni aucuns outils de fer ou d'acier pour tailler les pierres , ni des machines pour les transporter;^

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cependant elles 3ont si Ira vaillées et si unies ^ que la jointure des unes avec les autres y esta peiçe remarquable. D'un autre côté , plusieurs de ses pierires sont si lourdes , qu'on ne le croirait jaipais si on ne le. voyait. Je na[e souviens d'en avoir mesuré . upe à Tiaqusgaaco qui avait trente^huit pieds de loing^ dix^hiiit de large , et deux d'épais^ seur. Maisà la miuraille de la fortereysse de Cuzçp,, Ton y voit quantité de pierres qui surpassent en grandeur toutes celles des autres bâtimens j et quoi qu'elles, ne soient .pas taillées à la règle ^ qu'il y ait même beaucoup d'inégalité eatr^elles, malgré tout cela, elles sôîit si bien ajustées sans aucun plâtre , qu'elles paraissent enchâssées les unes dans les autres. Toutes ces merveilles se faisaient à force de gens , etl'on ne saurait douter qu'il ne leur en coûtât une peine infinie , puisque pour joindre ces pierres ensemble ils en devaient faire diverses épreuves avant que -d'en pouvoir

venir 4 bout* »

Qqoi qu'il en SQit , ce superbe édifice était un moaument de la ^grandeur des Incas , et de Tba-» bikté de le^rs ouvriers. On l'avait batie.au nord delà ville sur uue colline assez haute qu'on appelle Sdcsabuamamy eiqni est fort escarj>ée dans un endiroit. Gela mêine r^nd Guzco imprenable de ce côté-la, puisqu'on. ne saurait en ap-, prêcher ni trouver un lieu commode pour y

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planter de l'artillerie. Aussi les Indiens n'a^aienK ils fortifie la ville de ce côté-là que d'une sini^. plç muraille de bonne pierre , cjui s'ët«ndait plus 4e deux cents brasses, et qui n'ët-ail point dn tout raboteuse de part ni d'autre. Mais il faut savoir qci'au lieu de mortier et de plâtre ^ ils se servaient d'une certaine terre rouge, fort avgilleuse et gluante , pour cimenter les fentes et l'entre-deux des pierres*

€HAP1TRE XXYIII. ^

D'un triple enclos de murailles qui font la pliia gi^nd^.

merveille de la forteresse.

Tout auprès de la muraille dont nous venoi)& de parler , il y a une grande plaine par où Von. monte assez facilement au sommet de la colline. De sorte qu'on aurait pu attaquer la ville de ce côté-là , et s'avancer même en bataille rangée. Ce fiit donc pour le prévenir que les Indiens firent trois murailles , Tune au-dessus de l'autre , en montant^ et dont chaque avait plus de deux cents brasses de long. Elles sont faites en forme de <^emi4une , et aboutissent à un autre mur ^ qu'oQ^

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X<^ïtdu cdté d^ la ville. La premièi^ est la plusre*. iparquablede toutes, à cause de la grandeur enor-. me de ses pierres y et de leur mé^rveilleux arrangement. Mais il n'y a nulle apparence qu'on le^ ait tirëes de quelque carrière du voisinage , puis**, qu'ellesne paraissent poipt du tout taillées , et que Pon y en. voit de rondes , de poipiUies , d'ovales , et de plusieurs autres Çgures. : ainsi je croirais, plutôt qu'on, les a trouvées sur ces montagnea telles qu'elles sont , et que toute l'adresse consistait à les ajuster ensemble. Cela même fait dire au P. Josjeph Acosta ; qu'il s'étQi>ne de ce que les^ pierres de cette muraille, quoiqu'il y ait beaucoup d'inégalité çntr'elles pour la figure^ sont si bien enchâssées les unes avec les autres , qu^ellea. forment un excellent ouvrage de maçonnerie. Ces pièces, de rocbers,ajoute-t« il , qu'ils ont lais-, sées dans leur naturel, enjambent autour de quatre doigts les unes sur lea autres,} et c'est en cela que consiste priqkcipalement l'artifice de cette aoble structure. On peut dire en un mot que du. mélaiige confus de ces rochers entassés péle-méle^ ils en ont fout un chef-d'œuvre inimitable et qi|i^ plait beaucoup à la vue.

Un prêtre natif de Montilla , qui depuis moa arrivée en Espagne s'en, était allé au Pérou , me dit à son retour ^ qu'il avait trouvé <ces- pierres infiniment, plus grandes qu'il ne se les était re-^

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présentées sur le bruit commun , et qu'il ne pou« vait attribuer cet ouvrage qu'au démon. En effet, tout ce que Ton a publié des sept merveilles dn monde n'approchait pas de celle-ci. Oh ne manquait ni d'ouvriers , ni de matériaux ^ ni d'instrumens pour construire les murailles de Babylone 9 ou les pyramides d'Egypte , et pour fabriquer le Colosse de Rhodes. Mais que sans machines , sans outils , et sans aucun instrument , ces Indiens aient trouvé le secret de transporter , de tailler, d'entasser et d'ajuster avec la dernière exactitude de si lourdes masses de rocher , c'est , je l'avoue, ce qui me parait incroyable , et qui semble tenir du sortilège auquel ces barbares étaient fort adonnés.

Quoi qu^il en soit , il y avait une grande porte à chacune de ces murailles , et on les fermaitavec une pierre de la même grandeur qu'on ôtait toutes les fois qu^on voulait ouvrir. La première s'appelait Tiupuncu , c'est-à-dire, Porte dusablon, parce que c'était un lieu plein de sable : ee mot est composé de tiu , qui signifie du sable , et de puncu , qui signifie porte. La seconde ae nommait Acahuana Puncu , du nom de l'architecte qui l'avait faite , et la troisième ViracochaPuncu, parce qu'elle était consacrée à leur DieuViracocha^ le même qui avait apparu au jeune prince Viracocha Inca , et qu'ils prirent depuis pour ie Dieu

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tutélaire de la ville et de la iCbrterresse de Guzco, De Tune de ces trpis . murailles à l'autre il y a \ingt-cinq ou trente pieds d'ëtendue y avec un terrcrplein jusqu'à la hauteur de chaque muraille.; mais je ne sais pas si c'est la nature ou l'art qui l'ont fait ainsi. Quoi qu'il en soit , chaque enceinte avait son^parapet à hauteur d'appui, et il n'y a nul doute qu'on ne se pût miéui^ défendre par ce moyen, que si Ton y avait été à découvert.

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