CHAPITRE V
La conquête de la province des Csinarins, avec la descrip' tion de ses richesses et de son temple.
TupAG Inca Yupanqui porta dcmc ses arme» dans la province des Ganarins ^ et assujétit le long du chemin la contrée qu'on nomme Palta , d'où fut apporté à Guzco oe fruit exquis et délicieux qui ebt aussi appelé Palta^ du nom du terroir qui Ta . produit le premier. Quoique les habitans de cette pravince soient fort aguerris , il s'en rendit maître plutôt par la douceur que par la Toie 4es armes. L'on distinguait les ^gens de oe pays*la des autres 9 en ce qu'ils avaient la tête extrême*, me^it difforme ; cette difformité leur plaisait , et passait parmi eux pour une grande beauté. C'est pourquoi , dès qu'un enfant venait au monde , ils lui appliquaient sur le front un petit ais en carré et un autre sur le derrière du col , les attach^ant tous deux ensemble ; ils lui mettaient ainsi la tête en presse, à force de la serrer tous les }ours , et ils n'ôtaient point ces deux ais c^ue IVa .
1 7 2 HISTOIRfinDB^ We/^ ,
fant n'eut atteint Tàge de trois ans. Par ce moyen ils avaient tous la tête si contrefaite., A^tt^ quand on voulait injurier quelqu^in qui avait le front plus large qu'à Fordinaiire^Mdei chignon du col. plat y on l'appelait Paltahuma , c'est-à-dire tête de Palla* Le, roi laissa dana.cçUe province des gouverneurs et i des oSicicrS' pour itistritire ces nouveaux sujets dans la religion et dans les devoirs de la vie civile \ il alla ensuite dans la frontière des Ganarins , qu'il envoya sommer de se rendre ou^) de se prë^arenàjatgjuerreé Le»X>aoartns' furent d'abord irrésolui sur le parti qu'ils devaient prendre* Mais enfin , après avoir considëré qu'ils étaient hors d'état de insister èPIlica à cause de leurs divisions particulières^ ils demeu^ rèrent d^aecord de lui obéir et de le recevoir- pour leur roi. Us allèrent donc au-devant de lui avec de grandes démonstrations do joie , et.lui^ randi* rent obéissance , ce qu'ils n'ôurent pasplatAlfiiit, que tous les autres Guracas les imitèrent. L'Inca les reçut avec de grands applaudissemens , les combla de faveurs^ leur fit donner des hi^ts, et. prit soin qu'on leur enseignât 9a religion, et les devoirs de la vie civile. Avant que les GanaFins fussent tributaires des Incas, ils adoraient la lune comme leur principale divinité : et , en second lieu , de grand» arbres et lès pi^nres extraordi-* naircs, et par^ulièrenicnt celles qui étaient jas-
peM. iHUofupnÈ l[uel«{ Ioca»les ttanfal&itîn- BtimreldaïAsrieirr religion, ils ivriorèveiit ^ mtmhe e«ix /«le^isofail. ^liiesl IncftS'hii bàtiimil ditns^^lle •ptwrhMe^uii^ temple )iuft^iiift(|pie> tout cooT^^t de 4ame$2 d-or tt êhAt^nt ) ih bâtirent • aussi une ^nirison.^de^^rîerg^s^ ohnicies^ et phisieiirs^ pïilcrfs pour d» demeure- dies*' vois }( mftre cel|i ^ iW fireii t des intigHsins pour y sdrrer lé tiibut du«roi^t les proirimmsidu (Ribhô \ ils «lugmentèretit'les' terres Ittbolatibles ^ lel ^pèai led Htrrèser ils eurent weeimts aux'iiquédmes». £ti)^UitiS)k>tj ihn^oublièt^fit rieuse ■cc^ qu^Hs' avaient aocoutumé de &tre » dans lepny s ^u^îlsi «fuient conquis ; 'encore» ieifiront^^ilsav^c piasid'ftvmtâgeidâiiiS'Oâtte* province ^ paMe que te'{i»VMi^.'se(U:iOUyameilteur qu^aux «utres en« 'drotH } aussi iksCbnariiis-^scfoafRpô^lèrieht'tou- -foms^ii boni su jets> depuis <ce'tems )a^ comme ils ta «bontièMni' des {Mpeaires)diins la guerre lentre ttottsiearf el^^Anhimiillpa.' Il laut 'pourtant uvouer -que lorfquo4«s^Bspâgnobr«ntrèrent dans fe Pérou, il y wit lin. Oanariniquî popta^ pav son^'exemple tMX' de sa'Uation àaimterautaht lesrBspagnols , qiiKb IcPUr^donna^de sujet dWoircA 'barreur lès iëioas ^ CMamè nous ie dii^ns ^n soft lieu.
Âpvès^que'lépwid Tupa^ iRCàYnpanqtri eut aitt éon«|ufs>les Canarins , il troavaiju^it^ê manquait pas d'emploi à régler fear nations différentes ^qm*sont comprises sous le nom de Canariii.
l74 HISTtMRB DES 1NCA8,
Pour les favoriser davanlage , il se doniift la pdne de les voir instruire dans la religion des Incas et dans leur manière de vivre. Il employa beaucoup de tems à cela , pour laisser paisible cette contrée, et obliger par cette conduite les autres provinces qui ne lui étaient point sujette^ à le recevoir avec plaisir pour leur seigneur. Parmi ces nations , il y en a une qu'on nomme Quill€icU , composée d'hommes du néants et qui sont si là-^ ches , qu'il ont peur que la terre , Teàu et Fair même ne leur manquent j ce qui a donné lieu depuis à ce proverbe indien , que les Espagnols ont reçu en leur langue. C'est un vrai Quillacu, c'està-dire un avare qui ne vaut rien. L'Inca imposa un tribut à ces misérables , qu'ils ne payaient qu'en poux \ le but de ce prince était de les obliger à se tenir propres , et à ne se laisser pas manger par cette vermine. Tupac Inca Yupanqui , et son fils Huay ma Gapac, embellirent ces provinces des Ganarins et celles de Tumipampa de plusieurs maisons royales , où l'on voyait dans les chambres , au lieu de tapisseries , des plantes , des fleuri et des animaux d'or et d'argent , représentes au naturel. Les portes en étaient couvertes aussi , et parsemées de pierreries, et principalement de quantité [de turquoises et d'émeraudei*. Car ces peuples aimaient avec tant de pii&sion leurs princes, que pour leur cire plus agréables,
Aoks ùv PkMv. 1^5
^Is ehfiôhîssdient lesiemplea et les palais de tous les trésors qu*ils pouvaient trouver.
Pedro de Gieça traite au long, dans le 44^ ^ha- ])itre de son livre, des grandes richesses des temples et des palais , qui étaient dans les provinces des Ganarins jusqu'à Tumipampa , que les Espagnols nomment Tome-Bamba par un chailgemeiit de lettres. Cet auteur ajoute quMI y avait outre cela un magnifique trésor^ qui consistait en vases , en pùts et en d'autres vaisselles d'or et d'argent, et en quantité de riches habits tous semés d'orfèvrerie. H faut remarquer que , par le mot dWfévrerie , les indiens appellent Chaqui-ta^ les Espagnols eiitendent souvent de petits gruins d'or , plus déliés que lu semen ce des )3erles la plus menue , à quoi les Indiens travaillent bI délicatement , que les meilieurs orfèvres de Séville , auxquels je fis voir le peu que j*en por-^ tii en Espagne, m^ont souvent demandé comment cela se pouvait faire , parce que , quoique tes grains fussent si déliés , il ne laissait pas d'y avoir de la soudure. Pedro de Gieça ^ après avoir parlé amplement du grand trésor de ces provinces des Ganarins , ajoute a II me serait imposs.bie de pouvoir jamais décrire les grandes richesses qu'avaient ces Incas dans leurs maisons royales ; » et dans un autre endroit, oii il parle en part'culier des maisons et du temple de Tu»
1^6 llIS'^OIRB DES INCÀS,
mipampa :,« Quelques Indiens,. a)OUt,e!-t-il ,.o&t \oulu dire qu'on ayail tiré la.plup^ft dç^ p;!^n«s, dont le lqI^pIe,duso]|eil.etlesa^tre8 édifices ,^tfiient Hiits j de la grande ville de Gus^co , par.,Ofdre du roi Quayna CapAc,< et qu'on s'était, serfi^ pour les y transporter, de càblps extrêmement^ {^os; ce qui n'était pas une petite merveille 9, yu la longueur, du chemin et la prodigieuse ;|passe de pierres ) don t. le nombre étç^it £brtgn|nd. » Cet historien semble révoquer en doute dans ces paroles la relation des Indiens à cause de lUn^portance du fait ; mais pour moi , qui suis ide leur nation^ je ne ferai pas difficulté de confirmer ce qu'ils en ont dit , comme, une chose trèao- véritable. Les rois Inças faisaient transporter ces pierres de GuzcQ afin d'obliger davantage cette province; car, cpmwe nous l'avons dit plusieurs fois, les Indiens regardaient comme sacré tout .ce qui venait de la ville capitale de ce grand e|(npire. C'était bien une grande faveur, selpneux, dfçpermettre qu'ils bâtissent un temple au soleil ^ ou des palais dans quelque province principale^, parce que c'était faire ses liabitans bourgeois de Cuzco ; mais c'en était une incomparablemfint .plus grande, lorsque l'Inca soufirait quon tirât, le^^ pierres de Cuzco, afin que ces temples et ces palais pussent être construits , non -seulement sur le modèle de ceux de cette ville , mais avec les
ftOIS DU PÉROU. 177
mêmes pierres et les mêmes matériaux. Il ne faut donc pas s'étonner si les Indiens, pour jouir de ce privilège, trouvaient facile et su|>portable la peiiie qu'il y avait a transporter ces pierres par un chemin aussi long et aussi pénible qu'était celui de Cuzco à Tumipampa , d'où il n'y à guère moins de quatre cents lieues, et dont le pays est si mauvais, qu'il est impossible de le croire 'à moins que d'y avoir voyagé ; c'est pourquoi je n'en parlerai pas davantage. Il est aisé de conclure de ce que Pedro de Gieça ne parle point cii manière de bàtimens (le setnblableis relations en aucun autre endroi de son histoire que les Indiens ne lui dirent point qu'on avait tiré de Cuzco la plupart des pierres dont le temple du soleil et les palais étaient bâtU, pour exagérer la peine qu'ils avaient T^ae à le tirer de si loin , mais plutôt pour se glorifier des grandeis grâces et des faveurs que leurs rois leur avaient faites en leur commandant de les transporter. Au reste , Pedro de Gieça rapporte encore dans Son histoire plusieurs choses conformes à ce que nous avons dit de ces provinces. Nous n'en dirons pas davantage prisentement pour faire connaître la grandeur et les richesses des maisons royales et des temples du soleil qui étaient à Tumipampa , et dans toute l'étendue du Pérou.
178 VISTOIHE D}£5 INGAS^
aaaesssK=amsamaib:^aKSsst*astasÊt