CHAPITRE VIII
i)c8 trois mariages de Huayna Capac, de la mort du roi ^on père \ et de ses paroles remarquables.
LInca Tupac Yupanqtii , s'étant détaché en* lîèrenient des affaires de la guerre^ tourna louUa
MjO HlHTOfRE DBS INCA8,
mm ponide» à gouTcrner son empire, qa*îl visitait souvenf pou? l'amour de ses vassaux. Il fit travailler sans rolùehç à la forteresse de Cusco*) que son p^re avait eommencife. Cet ouvrage était si prodigieux et si grand, qu*il occupait vingt mille hommes depuis jilusieiirs années ^ lesquels , ice que Ton croit, y travaillaient avec tant d'èvdre, que chaque nation et chaque province y envoyaient doA gons à leur tour; de sorte qu'on eut dit que c'était quelque république , cm Pëtat d'une maison bien re^glée. Tupac Yupanqui envoyait de trois en ti*oiâ ans des gouverneurs pour visiter le royaume de Chili , et pour porter aux Curuca» et à ses parens quantité de ses babils dont il leur fiiisait présent. Les caciques, de leur vàtéy lui envoyaient on échange quantité crur, des pluuies fuies et d^autrcs singularités de leur pap. ('e eouunerce se conserva jusqu'à ce (jue don Diego dWhuiijii-o entra dans le royaume, eouime nous verrous ci-après.
Lorsque le priniH' Iluayun Capac eut conquis IVlat de (^uilo et les proviuces de Quillacenca , de Pastu, d'Otavallu et de Caranque etqu^il eut roj^lc tout ce qu'il fallait jH>ur la garde de cette Tioutièit*, il sV!i rctourn» à Cu/co pour y rendre loiupte à son père de sou expéiUtion. Il y fut ivyu avec beauci>up d'applaudissemens , et il l'I^ousa eu s rotule^ uoi\^ sa sc^ur puînée, que
Rots DU pÎÈRÔU, 194
Von mmiHait Raita Oello, parce qu'il fi'âvait ])«int éU d'enfàng dé Pileu Huaco j sa sœul: stirtée , et qu'i) stMibâitâit d'en ayoir un lëgitinle , tant du cété paternel que luateifnel , qui put Jiéfiter du rcrfflùme sebti les lois. Il se maria de plus lëgitimeineni dtec Mûtûa, Runtn, fille de son oncle Auqui Ams^ru Tupac Incu , secoûd frère êe son père^ Noiii avoM dit^ lit. F', ofaap» 2(6, que le motâuqbi sighiâe ifl&nt^ et Ht. IV, chap. ij , qu'on entenctait par celui d^amai'U les grahdes conleuvnds du paiys des Autié \ il faut ajouter ici que les Incas prenaient de semblables noms d*a« nimaitx , de fleurs ou de plantes , pour donner à entendre que comme ces choses excellaient par^ dessus celles de leurs espèces , il fallait aussi qu'ils parussent pàrtni leÈ hoihmes àani un de>- ^^ré éiiiiiieilt.
Le roi Tupac Inca Yupanqui et tous eeux de son conseil ordonnèrent que ees deux fen^mes seraient tenues pour l^gilimes , et honorëes da titre de reines^ comme la première, de sorte que les enfans qui en proviendraient hériteraient du royaume selon Tordre accoutume. Ils prirent cette précaution à cause de la st(^rilitiJ de la première femme qui les scandalisa beaucoup. Huayna Capac cul de Rava Oella, sa Sœur, Tinca lnli**Cusi HUoUpa^ surnommé Huascar, par la raison que nous dirons ci^iiprès. 11. eut de la
troisième Manco Inca, qui ne fut roi que Je nom, parce que Tempire était déjà entre les mains des Espagnols, comme nous le verrons plus bas. Tupac Inca Yupanqui, après aycik* passé quelques années dîins une pleine tranquillité, sentant affaiblir ses forceps-, et que Theure de sa mort approchait, il fit ap^peler le prince Huayna Gapac , et tous ses autres enfans', fils et tilles, qui n^étaient plus que deux cents* LorsquHls furent devant lui , il leur déclara sa dernière volonté , en forme de testament. U leur recommanda premièrement de veiller au bien commun de ses sujets , de les maintenir en paix , de leur rendre la justice , et d'être dans toute leur conduite les vrais imitateurs et légitimes enfans du soleil. Apres cela il ordonna expressément à son fils aine de travailler à la réduction et à la conquête des peuples barbares , de les civiliser , de les porter à ladoration du soleil , et pour tout dire en un mot, d'imiter en tout ses prédécesseurs. 11 lui commanda encore de châtier la trahison de ceux de Puerto Yiejo, et de leur frontière, principalement des Huanca-Villas qui avaient tué cruellement leurs capitaines et les autres ministres qu'on leur avait envoyés, et qu'ils avaient eux-mêmes demandés, pour être instruits et retirés de leur barbarie, qui était si grande, qu'ils ne savaient ni labourer la 1er-
ft, iil coàvrir leur nudibé; il lai dit que Tiiapaailé d'une si noire ingratitude pourrait en^ gager ses autnes sujets i suivre un exemple si pernideuX'. Eftfin Tupac Ynpanqui conclut son discours , en disant que «on père le Soleil Tap^ pelait pour se repeser de ses travaux dum fautes vie areè lui « et que la dernière okoSe qti'il leiur reoommandaii a tous ^ était de vivre en paix les uns avec les autres^
Ainsi mourut ce grand priàce ^ laissant parmi ses sujets une mémoire immortelle de sa clémence) de sa bonté, ^t des .grands avan**tages quil avait procurés à tout cet empire; ^ ne se contenta pas aussi de Thonorer Jes éloges qu^on avait donnés aux autres rois ses prédécesseurs) -mais on l'appela particulièi^ement Tupac ¥aya^ c^est-âhdire le père écla* tant. Il eut de Mama Oello^ sa légitime femme c^ sa «soeiir ) 'outre le prince son héritier , cinq autres enfans mâles; le premier de ces cinq fut appelé Auqui-Amaru-Tupac Inca ^ comnie ^Q père.) afin d'avoir toujours présente la mémoire de son nom; le second fut Que- Iniar Tupac ; le troisième ^ Huallpa ^ Tupac- Inéa Yupanqui, qui fut mon sueul du côté de ma mère*; le quatrième, Titu-Inca Rîmachi ^ et le cinquième, Auqui May ta. Son corps fut embaumé solennellement ^ et avec tant d'art , 3^ I ^
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qu'il paraissait cire enoore hbii ni^ lonque je h TÎs Ta» i559<
Je rapporterai ici ce que le R. P« Biais Vakm a dit de cet Inca , et que j'ai traduit mot à mol <ie son latin, u Tupac Inca Ynpanqui avait accour tumé de dire : plusieurs croyent que le soleil est vivant, et qu'il est le créateur de tout ce que Toa voit dans le monde. Mais il me sembla que oetui qui fait quelque cbose y doit être présent nécessai« rement. Or , plusieurs choses se font en l'absence du soleil , donc il ne les fait pas toutes* On peut conclure qu^il n'a pas de vie , de ce ^uHl ne cesse de faire sa course au ciel sans se lasser jaoïais , au lieu qu'il se lasserait sans doute comme nous ^ s'il était vivant. S'il avait une pleine liberté p il visiterait assurément quelque partie du ciel , où il ne va jamais. L'on peut donc bien dire qu'il en est de lui comme d'un animal qu^on a mis à l'attache , qui fait toujours le même tour , ou comme d'une flèche de cochce qui ne vaqu'aulieu oîi l'ar* cher la daide , sans qu'il lui soit possible d'y aller de son propre mouvement.» Le même auteur rapporte qu'il répétait plusieurs fois ces paroles de rinca Roca VI roi du Pérou , parce qu'elles lui |)araissaient très^^i m portantes au bien de la ré- ])u1)tiquc ; « qu'il ne faut pas enseigner aux gens du commun ks choses qui ne doivent être sucs (|ue des gentilshommes, de peur qu'une connais-.
Boit 00 MROIT. t^t
sance si rd^vée lie les fafse mëconnaitre , et qu'ainsi ils ne nuisent à l'État. Que ces gens-U doivent se contenter d'apprendre le métier de leurs pèrey ^ puisqu'il nç leur appartient pas de commander aux autres , et que c'est faire tort à la république de leur en donner la conduite. » Le P. Blas Valcra rapporte encore ces maximes de Topac Yiipanqui : a que Tùvarice et Tambi^ lion Ile ae peuvent modérer^ non plus qile le$ auires passions : qua l'avarice détourne l'é^prit Ju bien pul>lic et du particuKer de chaque fa<^ mille, et que, d'un autre côté , c'est le propre de l'ambitmn d'^empech^îr que l'entendement ne puisse gonisr les bops co^^eib des hpmnies sages etvertUiaux, »
* CHAPITRÉ iX.
Da mais où de leur blé, de leur liz, et de leurs autre»
semences.
ÂTàNTquede passer à la yie de Huayna Capaôk nous décrirons If s fruits et les ai.*:maux qui servaient à la nom'iitpre des habitans du Pérou ^ lorsque les Espsignols le conquirent. Il y avait dé
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(lifi^reiites sortes de fruits ; les uns sVleVâiehtde terre , et les autres croissaient sous la terre. Le principal des premiers ëtait celui qtie left Meii* cains et ceux des ilés dé Barioventô appellent maïs y (ist les Péruviens çara , dont on fait du pain. II y a aussi de deux sortes de maïs , Ton dur et Taulre tendre et délicieux. On nomme le premier murucu , et l'autre capi». Ils le mangent au lieu de pain , ou grille, où bouilli dlins IVaU. La semence du maïs dur se cultirie maintenant en Espagile , n^ais non pas celle de Tautre. II en croit en certaines provinces de plus tendre < t et plus dëlicat qu^cn d'autres , et particulièrement dans celle de Rucana. Lorsqu'on voulait moudre du maïs , les femmes le mettaient sut* une centaine pierre fort large , des hommes le broyaient avec une autre pierre qui est au-dessus de cellelà , et qu'ils tenaient par les deux coins* Cette pierre était faite en forme de demi-lune^ quin'é^ tait pourtant pas ronde tout-«i-fait ^ mais tlin ^u longue ) et avait trois doigts de large. On broyait de la même manière les autres grains. Ils se servaient de cette pierre comme d'un battoir de les** sive; elle écrasait le grain par sa pesanteur. Mais comme cela leur paraissait fort incommodé , ils ne mangeaient pas du pain à leur ordinaire pour s'exempter de ce travail. Ils ne pilaient point aussi le grain à force do bras dans^ies mortie.s ,
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^uo^ulb^ en eussent. Us faisaient avec la farine du maïs , mais -rarement , une espèce de bouillie qu'on appelait api , et disaient mille bon mots en la mangeant. Lorsqu'on youlait séparer la farine d'arec le son , on retendait sur une robe de coton fort nette , et ensuite on la remuait ; par ce nMyen, la farine la plus dëliëe s'attachait à la robe , au lieu que le son s'en écartait. Il leur était facile ensuite de ramasser .la farine du milieu de la robe ; ils ça remettaient encore d'autre pour en blutfr de la même manière. autant qu'il leur en fiiUait. Us ne fiiisaient ainsi la farine que pour faire du pain aux Espagnols. Car pour eux ils n'étaient pas si délicats que de rejeter le son, principalement celui du maïs qui est assez tendre. Us sassaient la farine comme nous ayons dit y &ute de tamis , parce que les Espagnols n'en avaient pas encore introduit l'usage dans le pays j ce que je dis pour l'avoir vu de mes propres yeux , et m'étre nourri jusqu'à l'âge de neuf ou dix ans de ce qu'on appelle çara , qui est le maïs. U faut remarquer que le pain qu'ils en font a trois noms différens ; le premier , cancu , qui est celui de leurs sacrifices ; le second, bumaintu , celui de leurs festins solennels , et le troisième, tan ta , leur pain ordinaire : la première syllabe de ce dernier mot se prononce en. tirant la langue vera
HjS HISTOIRE DBS flICAS ,
lepabU» li n'y avait point de diffeivencei^eUéen* tre ces trois so'vt^de pain* Lgf »»rA griUéc ùtBomtmà cbdAicfaà ^ c'est«*à-<iîre du mmi rôli , ce non) €xpriniQ l'adjectif et le ^ul>Maki.Uf i m%k il faut {^r^oonc^r i'w , par<j€ q ve ^i on IVwit «vw «ne » , îl signifie un quartier de villa pu u^i gvalid en* clos. On appelle le muti la çai^a colite , ei les Espagnols la nomme tnoté , D'est'?à-diûe du mats cuit ; ce mot comprend aussi Tadjo^tif et la sut-* stantif. Les Espagnols font avec 'Cette iarint de maïs des beignets^ des gâteaux ^ de petits biscuiu et autres friandises prt^pres auk sains et aux ma* lades ; les meilleurs médecins préfèrent la ùnot du maïs a celle du blé commun pour Tustge des malades dans toutes sortes d'indi^oaidonifi. Les Indiens font leur boisson ordinaire *ea dârem* pant c^lte farine dans de Teau simple 9 H Toià &it d'excellent vinaigre avcQ cette boisaon ^ en l'aigrissant ^ comme les Indiens le aaVeo4 fiire ; les tuyaux, qui sont fort doux avdnt^iteJb gitiA soit mùr , servent à faire de fort bon ffCUfl^ Ces tu}'aux , lorsqu'ils sont secs ^ aussi bi^n <fW leurs feuilles , sont une très^^bonne pâture pour le bë« tail. Quelques Indiens , qui sont plus lsi<ijets a ri«< vrognerie que les autres , font trempek* jk (ara dans l'eau jusqu'à ce qu'ellecomm^n-Pe à ^rmer. Alors ils la moulent , ils la fi^M; bouiUk eniaiiîte
mou BV PÉBAU. 19^
dans k nctae enu^aTec quelques autres ingré'? dienis , et.lâ gardeiit , après Vaw^ bien QwUe , pour im boira ^and U en sera tesos» Gç tte 4>oîsf* gon^ qu'on appelle vj^tuifm.fl€oreLdMnBwm aulKi langue, est4i4bff|ey q|i\tLLe «nivrejSUPt^Hchamp. C'est pour "cela.qne les incas ^dtfendent) maSa les jilus drfbaucliës, à ce <Epia)^aî mi dine , ne JaiSf% fient pas d'en user aiiiîoinK]?hiuuI'it (^ura pA eiu^re fbrt ttUle dans la aaÀlepine, connue nf us l'nvona dit au iivre li 9 diap. aS.
Les Indiens mettent an aeeond rang des Mgn<mes qui cveissent sur la tesre'eelni qu'ils appei« lent f afoiia , et les Espagnols «du millet , ou dn petit riz , parce qu'il en approehe ^t , et pour la conlçuriet pour le grain, {jajdantequi iepro^ duit ressemble à de la poisëe, en sa tige^ en ses feuilles et en sa fleur , oii s'engendre le quinua. Les Indiens et les Espagnols se servent de ses feuilles d^ns leurs pQt«^9 pA^ac qu'elles sont jfert tendres, de bon gôùtj^ et extrêmement saines , et ils y ni4l^t aww Jije ff:^in. l?*ns Je? pays où il f^V a pas de maïs , on y fait la boisson avec le quinua. Le apothicaires indiens se servent de la' farine de ce légume pour guërir quelques maladies. Affi iMte ) )|B divai ici qu'en m'envpya du Pérou, l'an 1590 , quelque quantité de ce grain : mais quoiqu'on le semât -en divers ^efus , ee £iH; inutiloDient. CNstnsices semmoes , les Indiens du
t0O H18TMU DM ÎWCAS y ^
Pérou ont n'ois eu quatre fortei de fiwéole» qv» Fesfcmblent a des fèves y excepté qu'elles sont ua peu plus petites. Us les apprélentdÎTersement, d les nomment Purutu. Les pois en sont comni» ceux d'Espafj^ne^ mais un peu plus. gros et plus blancs, et ils les appellent Tarvi. Il y a encore d'autres sortes de pois de diffécentes couleurs , eb si ronds , qu'on dirait qu'ils ont ëtë faits au.moule^ ils ne sont pas bons à manger. Les Indiens les ap* pellent en général chuiy et en marquent les difi&^ rencesparles couleurs. Us leur donnent plosieun noms fort ridicules , mais qui leur conyiennenl rssez bien ; nous les passerons sous silence pou éviter la longueur. On se sert de ces pois en ài^ verses sortes de jeux , et il me souvient d'y avoic. joué moi-même assez souvent.